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09 mars 2015

Le manoir de Tyneford [Natasha Solomons]

L'auteur : Née en 1980, Natasha Solomons est une auteur anglaise, qui travaille également comme scénariste avec son mari. Le manoir de Tyneford est son deuxième roman.

L'histoire : Au printemps 1938, l'Autriche n'est plus un havre de paix pour les juifs. Elise Landau, jeune fille de la bonne société viennoise, est contrainte à l'exil. Tandis que sa famille attend un visa pour l'Amérique, elle devient domestique à Tyneford, une grande propriété du Dorset. C'est elle désormais qui polit l'argenterie et sert à table. Au début, elle se fait discrète, dissimule les perles de sa mère sous son uniforme, tait l'humiliation du racisme, du déclassement, l'inquiétude pour les siens, et ne parle pas du manuscrit que son père, écrivain de renom, a caché dans son alto.

Peu à peu, Elise s'attache aux lieux, s'ouvre aux autres, se fait aimer... Mais la guerre gronde et le monde change. Elise aussi doit changer. C'est à Tyneford pourtant qu'elle apprendra qu'on peut vivre plus d'une vie et aimer plus d'une fois.

Mon avis :Grâce à Stellade, mon binôme pour le challenge Livra'deux pour PAL addict cette saison, ce roman n'aura pas eu le temps de prendre la poussière.

L'histoire qui nous est contée est bien plus celle de Tyneford que d'Elise. Tyneford, manoir perdu dans la campagne anglaise, comme hors du temps, jusqu'à ce que la Seconde guerre mondiale viennent tout chambouler. Tirée d'une histoire vraie, celle du village de Tyneham, sur la côte du Dorset, un charme désuet se dégage de ce lieu : petit village préservé des aléas du monde, la pêche et le travail des champs, un manoir où les domestiques servent fidèlement le maître et son héritier, dans le respect de traditions bien ancrées. Tyneford exerce son envoutement sur tout le monde, habitants comme visiteurs. Il y a du Manderley dans ce Tyneford.

C'est là qu'Elise, jeune juive autrichienne fuyant sa Vienne natale, va arriver en tant que domestique. Elle, fille d'un écrivain et d'une cantatrice connue, elle obligée de quitter sa famille alors qu'elle n'est guère plus qu'une enfant gâtée. Sa soeur, juste mariée, va fuir aux Etats-Unis. Et ses parents attendent un visa pour les rejoindre. Alors seulement, Elise pourra les retrouver. Mais quitter le cocon protecteur d'un foyer bourgeois pour se retrouver femme de chambre, c'est déjà compliqué. Ajoutez à cela la peur des persécutions qui menacent ses proches, une langue qu'elle ne maîtrise pas bien...

Le contexte historique de l'avant-guerre est parfois un peu trop anecdotique malheureusement. Longtemps, la guerre n'est qu'un bruit lointain que la famille Rivers n'entend pas. L'arrivée de celle-ci sera d'autant plus un choc profond qui marquera le changement définitif que la société va connaître. Mais en attendant, la vie est douce à Tyneford. Il fait bon vivre et malgré ses inquiétudes, Elise est entourée et sa préoccupation principale est de trouver sa place. Plus membre de la bourgeoisie, pas vraiment domestique,elle ne sait où est sa place. Son exil forcé est difficile à vivre et c'est ce qui va la faire grandir.

La psychologie des personnages est parfois un peu sommaire et l'histoire cousue de fil plus que blanc. L'auteur a également tendance à se débarrasser un peu trop facilement de ses personnages, en les faisant disparaître sans explication.

Pourtant, malgré ces défauts, on quitte les lieux et les personnages à regret. C'est qu'il y a tout ce qui plaît dans ces romans british : du gentleman, des traditions, une vieille bâtisse figée dans le temps, la nature... Une empreinte qui reste, malgré le temps qui passe, dans les cœurs et les esprits. La lectrice ne peut qu'être touchée.


Le manoir de Tyneford, de Natasha Solomons
Traduit par Lisa Rosenbaum
Livre de Poche
Avril 2014

7 commentaires :

Hélène a dit…

Je lui ai trouvé les mêmes défauts que ceux que tu cites et pourtant c'est vrai que l'atmosphère me reste en tête !

Stellade à la page a dit…

Voilà, tu as bien cerné le roman.
Il y a des éléments qui m'ont gêné aussi mais en général, il est plaisant et je le conseille.
Merci pour ce bel avis.

Fleur a dit…

Les personnages sont parfois un peu caricaturaux mais bizarrement, ça ne m'a pas empêchée d'adorer ce roman!

La chèvre grise a dit…

@ Hélène : c'est bizarre, hein, comme une sorte de manoir hanté dont l'empreinte de jours heureux resterait.

@ Stellade : Merci à toi de me l'avoir fait lire !

@ Fleur : oui, les personnages sont un peu trop marqués.

maggie a dit…

Je l'ai abandonné car je l'ai lu après Jack Rosemblum et je le trouvais pas forcé comme ton...

Faurelix a dit…

Il me faisait de l’œil, et puis non l'envie est passée et tu me confortes dans l'idée qu'il n'est pas essentiel de le lire.

La chèvre grise a dit…

@ Maggie : pour moi, c'était le premier de l'auteur, et je n'en attendais pas grand chose donc, pas de déception.

@ Faurelix : pas essentiel, certes, mais c'était tout de même un moment agréable de lecture.