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08 juin 2015

Les héritiers de la mine [Jocelyne Saucier]

Après le vrai plaisir que j'avais pris à la lecture d'Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, je n'ai pas pu résister lorsque les éditions Denoël m'ont proposé de découvrir son deuxième roman, Les héritiers de la mine.

L'histoire : Eux, c’est la tribu Cardinal. Ils n’ont peur de rien ni de personne. Ils ont l’étoffe des héros… et leur fragilité.

Notre famille est l’émerveillement de ma vie et mon plus grand succès de conversation. Nous n’avons rien en commun avec personne, nous nous sommes bâtis avec notre propre souffle, nous sommes essentiels à nous-mêmes, uniques et dissonants, les seuls de notre espèce. Les petites vies qui ont papillonné autour s’y sont brûlé les ailes. Pas méchants, mais nous montrons les dents. Ça détalait quand une bande de Cardinal décidait de faire sa place.
– Mais combien étiez-vous donc?
La question appelle le prodige et je ne sais pas si j’arrive à dissimuler ma fierté quand je les vois répéter en chœur, ahuris et stupides :
– Vingt et un? Vingt et un enfants?
Les autres questions arrivent aussitôt, toujours les mêmes, ou à peu près : comment nous faisions pour les repas, comment nous parvenions à nous loger, comment c’était à Noël, à la rentrée des classes, à l’arrivée d’un nouveau bébé, et votre mère, elle n’était pas épuisée par tous ces bébés?
Alors je raconte...

Mon avis : C'est l'histoire d'une famille hors norme. Elle est magique. À tour de rôle, certains des enfants Cardinal vont raconter cette histoire. En commençant par le benjamin, surnommé LeFion. Il raconte le quotidien d'enfants élevés dans une région minière paumée du Canada, dans la ville de Norco. Le père est totalement absorbé par la mine de zinc. Le mère obnubilée par la logistique nécessaire pour nourrir toute cette fratrie. Du coup, les aînés vont prendre les commandes : LaPucelle jouera le rôle de mère de substitution. Malgré les bizarreries de ce collectif, une forme de bonheur existe, une liberté qui ne se trouve nul part ailleurs. C'est un joyeux bazar.

Jocelyne Saucier a en elle la magie des mots. Elle façonne ses personnages à l'image de leur environnement : ils sont secs, durs, et pourtant envoûtants. Aucune facilité ici. La douleur est présente, en permanence. D'abord, la douleur de perdre son innocence d'enfants, cette enchantement d'un temps à jamais révolu où les soucis n'avaient pas la même importance, aussi vite oubliés qu'arrivés. Ensuite, celle du drame qui se profile, drapé dans un voile d'ignorance fait pour protéger les plus faibles. Des choses sont tues. Un jour de juillet a été funeste. Que s'est-il donc passé qui nécessite tant de précautions ? Petit à petit, voix par voix, le voile va se lever. Et le lecteur de ressentir tout le déchirement et la perte d'un être cher. Car la fin de la mine, de la ville de Norco, va aussi sonner le glas de la famille Cardinal. Ce qui les unit va voler en éclats, suivis par des années d'incompréhension. Et la plume de l'auteur entraîne le lecteur toujours plus loin dans cet univers, ce monde qui se révèle à lui.

Au moment de les quitter, leur destin est entre leurs mains. À eux de savoir, à eux de choisir qui ils veulent être, séparément ou collectivement. Un très beau roman.

"Le bonheur, tu le sais, nous en avons longuement discuté, je n'en voulais pas. J'avais mieux à faire que d'être heureuse dans la vie. J'avais des rêves tellement grands que je ne pouvais pas en rêver. Le bonheur n'était qu'un encombrement, une mollasserie qui allait affadir le goût de mes rêves. Et la vie, dans l'un de ces revirements cruels dont elle a le secret, a fait que je me retrouve installée dans une sorte de bonheur aux confins des terres habitées alors que tu as été arrachée à ses promesses..." (p°64).

Les héritiers de la mine, Jocelyne Saucier
Denoël
Avril 2015

8 commentaires :

keisha a dit…

Il me reste à découvrir Il pleuvait des oiseaux, car la plume de l'auteur est vraiment belle.

Lelf a dit…

Veux :3
(Constructif hein ? Bon j'attendrai le poche par contre ^^)

La chèvre grise a dit…

@ Keisha : une petite préférence pour "Il pleuvait des oiseaux" je pense. Plus gai. Mais il y a la même magie.

@ Lelf : Je m'en serais doutée en même temps :)

Alex Mot-à-Mots a dit…

Il a l'air très beau, j'espère qu'il croisera ma route.

Nane a dit…

Je vais commander ses autres livres à la Librairie du Québec. Pas la patience d'attendre que les éditions Denoël les fassent paraître!

casscrouton a dit…

Je viens d'en finir la lecture cet après-midi, je suis complètement tombée sous le charme de cette histoire ! Les héritiers de la mine est vraiment un roman formidable. Je pense lire son premier livre maintenant!

Nane a dit…

Ca y est, j'ai craqué : j'ai ses deux premiers romans. Affaire à suivre!

La chèvre grise a dit…

@ Nane : il faudra que tu me montres ça alors.

@casscrouton : je ne connais que "Il pleuvait des oiseaux", qui a ma préférence. Mais le style reste un bonbheur.