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31 août 2015

La logique de l'amanite [Catherine Dousteyssier-Khoze]

L'auteur : Catherine Dousteyssier-Khoze, née à Clermont-Ferrand en 1973, est franco-britannique. Elle enseigne le français à l'Université de Durham dans le nord de l'Angleterre. Elle est l'auteur de plusieurs essais, éditions critiques et articles sur la littérature française du XIXème siècle. La Logique de l'amanite est son premier roman.

L'histoire : Nikonor, érudit snob et acariâtre, vit retranché dans son château, en Corrèze. Il se passionne pour la mycologie (surtout cèpes et amanites) et la littérature. Au fil des pages, on va découvrir les confidences étranges qu’il nous livre sur sa famille. Pourquoi voue-t-il une telle haine à sa sœur jumelle Anastasie ? Et qu’est-il advenu de ses proches ?

Mon avis : Ce roman, je l'ai choisi un peu par hasard. Parce qu'il parlait de la Corrèze, une terre dans laquelle ma famille trouve ses racines. Parce qu'il parlait de champignons et que ça m'amusait.

Le narrateur, Nikonor de la Charlanne, est un homme imbu de lui-même et entouré de mystères. Français par son père, Anglais par sa mère, son récit, en français, emprunte parfois des locutions britanniques qui égaient la narration. Il raconte une enfance idyllique dans la demeure familiale, un amour absolu du monde de la forêt, et des cèpes. Son bonheur absolue d’être au fond de la Corrèze. Et une haine farouche de sa sœur jumelle. Qui est-il ?

Catherine Doussteyssier-Khoze a une vraie plume. Avec érudition, tout comme son personnage, elle entraîne le lecteur à sa suite. Au fil des réflexions mycologiques, parfois un peu longues, et des références littéraires à Balzac, Zola, Goncourt ou encore Baudelaire, elle pose par petites touches un décor de plus en plus oppressant au fur et à mesure que le voile se lève. La noirceur se révèle derrière le masque de civilité. Tout comme, dans la forêt sombre et menaçante, apparaît la merveille du chasseur de champignons. Pourtant Nikonor nous est de plus en plus familier et attachant. Grâce à ses remarques acerbes et vives. Sa vanité. Sa folie peut-être.

Il y a cependant quelque chose qui m’a dérangée dans l’organisation du récit car il est parfois un peu compliqué de comprendre à quelle période on se situe, entre souvenirs d’une vie révolue, temps présent, rêves. Le récit se termine d’ailleurs de façon un peu abrupte, laissant la porte ouverte à l’interprétation. Un petit bémol donc, mais tout de même une jolie découverte et un vrai plaisir à la lecture des mots de l'auteur, précis, bien choisis.

"On m'avait fait comprendre, au château, que je n'allais pas rester à me les tourner jusqu'à trente ans, et que la carrière mycologique vaguement suggérée par moi, entièrement pastichée sur celle de mon père il faut l'avouer, ne bénéficierait de l'approbation familiale qu'une fois le diplôme adéquat obtenu (une thèse en sciences naturelles, lança ma sœur, jamais à court de fourberies), bref une vraie folie, à laquelle il était parfaitement impensable que j'allasse sacrifier mon oisive jeunesse. Avec une présence d'esprit revenue en flèche, je marmonnai alors que, puisque c'était comme ça, j'irais faire mon droit à Paris, me souvenant bien qu'il s'agissait de la voie royale pour dilettantes et drop-outs en tous genres - je renvoie ici à titre indicatif aux fiches biographiques d'une bonne partie de la clique littéraire du XIXe siècle."

La logique de l'amanite, de Catherine Dousteyssier-Khoze
Grasset via NetGalley pour Kindle
Août 2015

4 commentaires :

Sandrine a dit…

Un livre avec des livres (et des champignons !) dedans : tout à fait tentant !

Alex Mot-à-Mots a dit…

Tu étais de partie-pris puisque ce sont tes racines ;-)

Leiloona a dit…

J'ai été désarçonnée au début, puis après j'ai complètement adhéré ! :D

La chèvre grise a dit…

@ Sandrine : oui, pas mal de références littéraires, sans pour autant être indigeste. C'est assez sympa.

@ Alex Mot-à-Mots : disons que j'entame ce genre de lecture avec plaisir, mais du coup, je peux aussi être très déçue quand ça ne me plait pas.

@ Leiloona : Oui, il y a quelque chose de bizarre dans ce roman. Je n'ai pas réussi à mettre le doigt sur ce qui me gêne. Mais à côté de ça, il y a une vraie plume, un ton très agréable, et le personnage est intéressant.