ShareThis

21 septembre 2015

Le liseur du 6h27 [Jean-Paul Didierlaurent]

L'auteur : Né en mars 1962, Jean-Paul Didierlaurent est un écrivain français déjà récompensé pour ces nouvelles. Le liseur du 6h27 est son premier roman.

L'histoire : Sur le chemin du travail, Guylain lit aux passagers du RER de 6h27 quelques pages rescapées de livres voués à la destruction. Ce curieux passe-temps va l'amener à faire la connaissance de personnages hauts en couleur qui cherchent, eux aussi, à réinventer leur vie.

Mon avis : Ce roman, on en a tous beaucoup entendu parler l'année dernière, unanimement salué qu'il a été. Je craignais une histoire trop légère, peu convaincante, un peu comme L'élégance du hérisson ou No et moi qui en avaient charmé plus d'un mais m'avaient laissée sur ma faim. Au final, ce fut une très jolie surprise.

Guylain est affublé d'un nom dont le ridicule le handicape, d'autant qu'il est plutôt du genre discret. Il ne fréquente guère de monde et son travail consiste à réduire les livres invendus en charpie, matière première à l'édition de nouveaux livres. Travail minant pour quelqu'un qui aime lire. Pour supporter, il peut compter sur Yvon le gardien, adepte des alexandrins et Guiseppe, ancien collègue dont les jambes ont été happées par la broyeuse. Il dénombre les lampadaires tous les matins sur son chemin et lit, dans le RER, les quelques pages qu'il a pu détourner de leur destin tragique. Jusqu'au jour où...

Le charme de ce roman est dans la panoplie de personnages secondaires, Guiseppe, Yvon, les résidents des Glycines, Julie, même Rouget de Lisle le poisson rouge. Tous forment une constellation qui soutient Guylain, lui permettant d'avancer et d'être entouré de tendresse. Car il n'est pas un héros, loin de là, lui qui apporte pourtant beaucoup de réconfort aux usagers du RER à qu'il il fait la lecture. Il reste un solitaire mais ses amis sont là pour le soutenir. Chacun a eu son propre lot de douleur, a été abîmé d'une façon ou d'une autre, mais tous ont fait le choix de continuer et de trouver l'énergie de positiver.

Oui, il y a peut être un peu trop d'histoires dans l'histoire, qui se suivent, avec pour seul fil conducteur Guylain. Et plutôt que de littérature, c'est bien de lecture dont il s'agit, de son partage et de ce qu'elle provoque en chacun de nous. Échange et interaction avec les autres sont de petits cadeaux de la vie qu'il est important de faire pour profiter pleinement. Le livre est alors un vrai fournisseur d'émotions, qu'elles soient positives ou négatives. Le message optimiste pourrait paraître niais mais servi par une plume habile, il évite cet écueil.

Le liseur du 6h27 fait partie de ces petits romans qui se savourent et à côté desquels il serait dommage de passer. Merci à Folio pour cette découverte.

"Non, tout ne va pas si bien que ça, eut envie de rétorquer Guylain. J'attends le retour d'un père mort depuis vingt-huit ans, ma mère me croit cadre dans une société d'édition. Tous les soirs, je raconte ma journée à un poisson, mon boulot me dégoûte à tel point qu'il m'arrive de dégueuler tripes et boyaux, et enfin pour couronner le tour, je suis en train de tomber sous le charme d'une fille que je n'ai jamais vue. En résumé donc, pas de problème, sauf que je suis quand même dans tous les domaines un petit peu "à la limite inférieure de la courbe", si vous voyez ce que je veux dire. Au lieu de cela, Guylain répondit un "Ça va" laconique. (p°123)

Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent
Folio
Août 2015

4 commentaires :

keisha a dit…

Les personnages secondaires sont réussis, et on aurait bien aimé en savoir encore plus, non?

Fanoo a dit…

Ce livre est sur ma PAL depuis sa sortie, il m'intrigue beaucoup et j'ai hâte de le lire !
Quand on lit le résumé, on n'arrive pas du tout à comprendre ce qu'il va se passer dans la vie du personnage et ça me fruuuustre ! Jusqu'au jour où..." Où quoi ?? Je pense que ce livre va être ma prochaine lecture, j'espère ne pas en être déçue :s

Alex Mot-à-Mots a dit…

J'hésite encore à le lire, et pourtant, cela fait un moment qu'il est sorti.

La chèvre grise a dit…

@ Keisha : je ne sais pas, j'aime assez l'idée de n'avoir vu qu'un bout de leur vie et les laisser vivre le reste, loin des regards.

@ Fanoo : Une seule possibilité pour toi : lis-le !

@ Alex Mot-à-Mots : comme toi, j'ai pas mal hésité. Et puis l'occasion s'est présentée. C'est une jolie lecture.