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27 novembre 2015

La terre qui penche [Carole Martinez]

L'auteur : Après la belle surprise de ma lecture Du domaine des Murmures de Carole Martinez, c'est avec enthousiasme que j'ai ouvert, à l'occasion des Matchs de la rentrée littéraire 2015 de Price Minister, ce nouveau roman de l'auteur.

L'histoire : Blanche est morte en 1361 à l'âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort ! La vieille âme qu'elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu'elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.

L'enfance se raconte au présent et la vieillesse s'émerveille, s'étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l'y attend.

Veut-on l'offrir au diable filou pour que les temps de liseré cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais ?

Mon avis : Esclarmonde, à la fin du XIIe siècle, faisait totalement partie du Domaine des Murmures. Elle avait su m’enchanter à ma grande surprise. C’est donc avec enthousiasme que j’ai suivi, aux portes du même domaine, Blanche. Aux portes aussi du XIVe siècle et de sa vie de femme. Livrée par son père en mariage au fils du seigneur local, Blanche voit s’ouvrir devant elle le champ des possibles. Elle peut vivre librement, apprendre à lire et écrire, découvrir le monde. Elle refuse de se soumettre, est éprise de liberté. Cela s’accompagne forcément d’un changement intérieur qui aura des conséquences : adieu innocence. Les humains sont pétris de contradiction. Difficile de les lire, ils ne sont pas toujours ce qu’on imagine. Au contact des vieilles pierres du Domaine, Blanche grandit et ouvre les yeux.

Tout le récit est bercé par les flots tumultueux de la Loue. La rivière enchanteresse, faiseuse de destinées, prend les gens, les modèle. Elle se personnifie parfois en une dame qui envoûte les hommes. Pour se rapprocher de la fable et de la poésie des chants d’amour du Moyen-Âge, Carole Martinez tend vers l’onirisme. Et là, je n’ai pas du tout goûté cet aspect du roman, qui me perdait plus qu’autre chose.

Je n’ai pas non plus été convaincue par la narration à deux voix, où Blanche et son esprit immortel se racontent. Voilà une façon de tenir le lecteur en haleine que j’ai trouvé plus pesante qu’habile. Si la vieille âme est pétrie de sagesse, elle ne connait pourtant pas la fin de Blanche, morte à douze ans. Elle ne se souvient pas. Seule la petite fille connait l’histoire et peut la raconter avec toute sa naïveté.

J’ai au final trouvé cette Terre qui penche bien moins riche que Domaine des Murmures. Là où Esclarmonde, enfermée dans sa cellule, s’ouvrait totalement au monde qui l’entourait sans pouvoir jamais l’atteindre, Blanche est une petite fille très égocentrique, rebelle et a bien moins su me toucher.

Le mélange de roman initiatique et onirique n’a pas pris, mais je ne doute pas qu’il saura trouver son public.

"On oublie si vite nos rêves et nos désirs d'enfant, on les dilue pour les rendre acceptables, innocents et jolis. On ne se souvient que d'un monde doux et tranquille, alors que la pureté de l'enfance est toute entière dans cette violence que tu dis sans détours." (p°29)

La terre qui penche, de Carole Martinez
Gallimard
Août 2015

2 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

J'ai du mal avec cette auteure, alors cette lecture ne me tente pas.

c'era una volta a dit…

Bon si je devais découvrir cette auteure alors je privilégierais Du domaine des murmures. Merci de permettre de trancher aisément :)