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15 janvier 2016

Le promeneur d'Alep [Niroz Malek]

L'auteur : Né en 1946, Niroz Malek, syrien de parents kurdes, fait l'école des Beaux-Arts et devient artiste peintre, avant d'abandonner la peinture pour l'écriture.

L'histoire : Le promeneur d'Alep est le témoignage poétique et étourdissant d'un écrivain plongé dans la guerre. La voix de Niroz Malek nous parvient à travers les déflagrations et les rafales d'armes automatiques. Pourtant elle nous parle de choses simples, d'amis qui se retrouvent dans un café, de cœurs gravés dans les arbres, de promenades dans cette ancienne cité fabuleuse sur la Route de la Soie. Et du chaos qui guette derrière chaque bruit venu du ciel, devant chaque barrage hérissé de sentinelles.

Mon avis : Ce roman, je l'ai repéré chez Tu lis quoi, qui l'avait elle-même repéré chez Natalia. Les mots qu'elles utilisaient m'ont donné l'impression d'une œuvre sensible et poétique donnant à voir l'horreur d'une ville en guerre, sans user pour autant de facilité. Et c'est exactement ça.

Au fil des anecdotes, le narrateur expose son quotidien, depuis cinq ans que des factions s'opposent dans Alep. Sa ville et toute sa vie se transforme. Il croise régulièrement des scènes ahurissantes qui deviennent banales et n'étonnent plus personne d'autre que le lecteur. Au détour d'un récit, ce sont les fantômes qui se révèlent, ceux d'une vie d'avant. A vouloir faire comme si, l'esprit est trompé et trompe le lecteur, qui se prend la violence de la réalité d'autant plus fortement.

Un monde absurde se dessine, derrière cette vie qui n'en est plus une : barrages partout, immeubles en ruines, des corps, des morts qui s'ignorent et se croient encore vivants. Au milieu de ce monde dévasté pourtant, l'amour parfois surgit et éclaire d'une lumière d'autant plus aveuglante que le narrateur vit souvent dans les ombres de la peur. La plume onirique de l'auteur apporte ce qu'il faut de douceur pour espérer encore et toujours, pour se souvenir de temps plus heureux qu'on espère à nouveau possibles.

"Cela m'a contrarié, pourtant je me suis endormi de nouveau, et après un temps que j'ai imaginé plus long, j'ai soulevé ma tête de l'oreiller avec le sentiment que le jour était bien là où qu'il fallait qu'il le fût. Mais l'obscurité était totale, à part une petite tache au plafond, qui ressemblait à un trou d'où jaillissait une lumière aveuglante. Et puis, j'ai entendu des voix et des mouvements autour de moi, et au-dessus aussi !
Cela m'a étonné, puis j'ai découvert peu à peu qu'il y avait des gens qui essayaient de déblayer des décombres et des choses de ce genre. Mais je n'ai pas su s'ils les déblayaient pour me dégager moi, ou d'autres comme moi." (p°49)

Le promeneur d'Alep, de Niroz Malek
Traduit par Fawaz Hussain
Le serpent à plumes
Octobre 2015

2 commentaires :

Léa TouchBook a dit…

Il faut absolument que je découvre cette ME plus en profondeur :)

Alex Mot-à-Mots a dit…

A ton tour de me donner envie d'ouvrir ce livre.