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25 janvier 2016

L'île du serment [Peter May]

L'auteur : Plus d'un an après ma lecture du dernier volet de la trilogie de Lewis, Le braconnier du lac perdu de Peter May, difficile de tourner la page. Alors j'ai replongé dans l’œuvre de l'auteur avec son tout dernier, L'île du serment.

L'histoire : De mémoire d'homme, aucun meurtre n'a jamais eu lieu sur l'île d'Entrée, située dans l'archipel de La Madeleine, à l'est du Canada, et peuplée par une poignée de familles d'origine écossaise pour la plupart. Jusqu'à cette nuit de tourmente où James Cowell est poignardé à mort. Sa femme prétend qu'un assaillant s'en est pris à elle avant de tuer son mari, mais tous suspectent cette épouse d'un couple vacillant. Tous, sauf Sime Mackenzie. Seul anglophone parmi les enquêteurs envoyés sur place, il éprouve un choc en découvrant Kristy Cowell. Le sentiment irréfutable de la connaître depuis toujours. Isolé dans une équipe où œuvre comme spécialiste des scènes de crime son ex-femme Marie-Ange, meurtri par l'échec de son mariage, rompu par l'insomnie, Sime sombre dans un état second où la réalité se mêle à des rêves étranges, faisant ressurgir l'histoire de son aïeul, expulsé de l'île de Lewis dans les années 1850, au moment de la Famine de la pomme de terre. Avec la certitude folle que le destin de Kirsty comme le sien se sont noués là, quelque cent cinquante ans plus tôt, dans un amour interdit qui n'a cessé de brûler ni de le hanter. Le face-à-face entre le détective et la suspecte sur une falaise escarpée de l'île d'Entrée se superpose à l'image sépia d'une adolescente embrassée à l'ombre des pierres levées puis perdue sur un quai de Glasgow, dans le tumulte d'un navire qui déporte des milliers de misérables vers le Nouveau Monde.

Mon avis : Lire ce roman en plein hiver, alors qu'il fait gris, qu'il pleut et que le vent souffle, c'est se mettre dans l'ambiance, comme il faut, pour le savourer.

Encore une fois, Peter May balade ses lecteurs entre le temps présent, l'enquête sur le meurtre de James Cowell sur l'île de La Madeleine, et le passé des ancêtres de Sime Mackenzie, à des milliers de kilomètres de là, sur l'île de Lewis. Encore une fois, il mélange Histoire, traditions, modernité, ruralité pour nous parler d'un homme un peu perdu, chamboulé, qui se cherche. Il touche son lecteur par ces histoires d'hommes et de femmes, parfois d'enfants, qui quittent tout, sans en avoir le choix, pour un autre monde qu'ils ne connaissent pas, dans des conditions de transport abominables, dans le plus grand dépouillement. Peter May sait comment rendre tout cela captivant. Je ressors de cette lecture avec une idée bien plus précise des Highlands clearance, nom donné à la purge, au XVIIIe siècle, menée par les propriétaires terriens anglais, visant à récupérer la terre des paysans écossais, en pleine Famine de la pomme de terre.

Soyons franc, l'intrigue en elle-même n'a que peu d'intérêt. Seule la rencontre entre Kristy et Sime, qui se justifie par l'enquête que mène le policier, est importante. C'est elle qui provoquera le flot de souvenirs qui nous transporteront dans le passé, sur les traces de cet autre Sime qui du s'expatrier. Les personnages sont bien dessinés et tout à fait crédibles. Les rapports parfois complexes qu'ils entretiennent sont passionnants à suivre. Et l'auteur montre qu'un homme se construit par rapport aux traces de ses ancêtres, lié par le sang qui coule dans ses veines.

Le tout sous un climat atroce, aussi bien au Canada qu'en Écosse, fait de pluie, de vent, de tempête et parfois un rayon de soleil qui vient habiller le paysage d'un petit air de paradis. La fureur des éléments est totalement perceptible mais ne décourage pas de visiter, un jour, pourquoi pas, ces contrées lointaines.

"Gus am bris an latha agus an teich na sgàilean (Jusqu'à ce que le jour se lève et que les ombres s'enfuient)."

L'île du serment, de Peter May
Traduit par Jean-René Dastugue
Rouergue noir
Septembre 2014

3 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

J'avais bien aimé sa précédente trilogie.

Bonheur du Jour a dit…

J'aime beaucoup cette trilogie de Peter May.

La chèvre grise a dit…

@ Alex Mot-à-Mots : difficile de faire aussi bien, mais ce roman-ci est pas mal.

@ Bonheur du jour : la trilogie est mémorable, c'est sûr.