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09 mars 2016

Exposition : La mode retrouvée



Je dois vous avouer que la comtesse Greffulhe m’était totalement inconnue il y a encore peu de temps. C’est en écoutant la radio, fin 2014, que j’ai découvert ce personnage, lors d’une émission évoquant la sortie du livre de Laure Hillerin La comtesse Greffulhe : l’ombre des Guermantes. L’auteur nous racontait un peu ses recherches, ses découvertes sur cette figure mondaine et la muse qu’elle fût pour Marcel Proust.

Photographie de Paul Nadar, la comtesse Greffulhe portant la « Robe aux lys » créée par Worth, 1896 © Nadar / Galliera / Roger-Viollet
La comtesse Greffulhe était une personnalité qui fascina ses contemporains. Connue pour ses tenues, elle ne cherche pourtant pas à être à la mode, elle « fait » la mode. Elle règne sur les mondanités. On pourrait dire que c'est la "it-girl" du moment. La collection qui est présentée sur cette exposition La mode retrouvée au Palais Galliera est un don fait en 1964 par ses héritiers. Le tout est éclairé par des esquisses et des photographies qui montrent le visage de cette femme hors du commun.

Ce qui frappe tout de suite le visiteur, c'est que la garde-robe de la comtesse laisse deviner quelqu’un qui ne cherche pas à tout prix l’extravagance. Elle apporte cependant beaucoup de soin à sa toilette, est une femme de goût, en avance sur son temps. Elle sait mettre en scène ses apparitions, se faire rare pour mieux éblouir. Chacune de ses toilettes est détaillée par la presse. Est-ce parce que son mari ne lui laisse que peu d’autre moyen d’expression ? Née en 1860, elle a connu la fin du Second Empire, deux Républiques, deux guerres mondiales, la Belle Époque et les Années folles.

Elle a épousé le comte Henry Greffulhe à 18 ans, en septembre 1878. Le couple vit au château de Bois-Boudran (en Seine et Marne) et dans l’hôtel particulier de la rue d’Astorg à Paris, où Elisabeth ouvrira un salon dans les années 1890. S’y côtoient politiciens et artistes en tout genre. En 1882 nait Elaine, la fille unique du couple, qui se mariera en 1904. À la cérémonie, la comtesse Greffulhe fera sensation dans l’emblématique robe byzantine, toujours de Worth, éclipsant sa fille.

Maison Worth, robe byzantine portée par la Comtesse Greffulhe pour le mariage de sa fille, 1904 Taffetas lamé, soie et filé or, tulle de soie, application de paillettes © L. Degrâces et Ph. Joffre / Galliera / Roger-Viollet
Comme le laissent deviner les visuels qui illustrent ce billet (n'hésitez pas à cliquer dessus pour les voir en plus grand), les tenues dessinent un corps vraiment menu : une taille très fine, un petit buste, pour un bout de femme d’1m68 d’après sa carte d’identité (Peut-on s’y fier ? Elle se rajeunit de 8 ans dessus !). 

Pianiste hors pair, elle s’entoure de musicien : Fauré, on le sait, mais aussi Liszt, Bartók, Debussy… Elle fonde en 1890 la Société des grandes auditions musicales de France. Au-delà des arts, la comtesse s’intéresse également aux sciences : elle encourage Édouard Branly et rencontre Pierre et Marie Curie. Admirée par les écrivains, les musiciens et les artistes, elle est la muse de beaucoup d’entre eux : elle inspire Proust pour sa duchesse de Guermantes, Fauré lui dédie Pavane, elle encourage Wagner et fait découvrir les ballets Russes.

Manteau du soir, vers 1925 Lamé argent entièrement brodé de perles, tubes et paillettes bleus et or © R.Briant et L.Degrâces / Galliera / Roger-Viollet
Très belle, immensément riche, elle est en fait une femme trophée. Bien que terriblement jaloux, Henry Greffulhe l’exhibe pour montrer son standing. Il est brutal et colérique, fait preuve de vulgarité, la trompe ouvertement. De son côté, Elisabeth est beaucoup plus vertueuse. Elle semble trouver dans ses œuvres de mécénat et dans les cercles qui l’entourent de quoi remplir sa vie. Elle lève des fonds, produit des spectacles et en fait la promotion. Elle prend aussi des positions politiques en faveur de Dreyfus et soutient Léon Blum.

Maison Worth, tea gown, vers 1897 Velours ciselé bleu foncé sur fond de satin vert, dentelle de Valenciennes © Stéphane Piera / Galliera / Roger-Viollet
J’avoue être aussi venue pour cette robe Tea-gown (ou robe d’intérieur), portée pour recevoir des amis intimes en fin d’après-midi, à l’heure du thé donc. J’avais déjà pu l’admirer en 2013 lors de l’exposition Paris Haute Couture à la Mairie de Paris. Je vous le disais déjà à l’époque, elle est tout simplement magnifique, œuvre du créateur de la haute couture, de Worth, datée de 1897. En velours ciselé bleu à fond satin vert, dentelle type Valenciennes, doublure en taffetas de soie changeant. Ces grands motifs sont typiques du couturier.

Malheureusement, je trouve que l’éclairage tamisé de l’exposition ne met pas en valeur le travail de reflets. Mais par contre, qu'il est appréciable de pouvoir contempler la richesse des tissus et des matières sans le filtre d'une vitre ! Le musée prend le risque de touchés importuns pour satisfaire la curiosité des visiteurs, et c'est très appréciable.

Éventail pliant, 1878 Plumes d'autruche chinées, écaille brune, ornement argent ou vermeil dédoré, diamants, rubis et émeraudes © Julien Vidal / Galliera / Roger-Viollet
En vrac, on note une salle est dédiée aux accessoires : éventails, gants, souliers, bas, ainsi qu’une partie de la garde-robe du comte Henry (bretelles, gilets, chapeaux). Et beaucoup de pièces ne sont pas (plus ?) griffées, dont un corsage magnifique en dentelle de soie noir, tulle de soie noir, broderies de perles de verre noir imitant le jais.

J'ai beaucoup aimé cette exposition. Au détour des tenues, le monde d’aujourd’hui disparait et les fantômes d’une société que nous n’avons pas connue renaissent. Ce n'est pas juste une exposition de mode, c'est bien plus que cela. Ce sont tous les codes d'une société qui se révèlent sous les yeux du visiteur.


Une collection qui séduira à la fois les amoureux de la mode, les amoureux des belles matières, mais également ceux qui s'intéresse à l'Histoire sociale de la France.


Informations utiles :

Du 7 novembre 2015 au 20 mars 2016
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu'à 21h

Palais Galliera
10 avenue Pierre 1er de Serbie
75116 Paris
Tel : 01.56.52.86.00

Tarif : 8€
Tarif réduit : 6€

Site du palais Galliera ici

4 commentaires :

Mariejuliet a dit…

Merci pour cet article passionnant et très détaillé, qui nous donne un aperçu de l'exposition pour ceux qui la rate, comme moi :-)

Alex Mot-à-Mots a dit…

Une exposition qui doit être magnifique (malgré les éclairages que tu déplores).

Anonyme a dit…

Cette exposition donne envie d'en savoir plus sur cette femme fascinante : pour cela, je vous conseille de lire sa passionnante biographie : "La comtesse Greffuhe, l'ombre des Guermantes", de Laure Hillerin(Flammarion, 24 €).
Plus d'infos sur ce livre (critiques, prx littéraires, actualités)sur le site
http://www.comtessegreffulhe.fr/

c'era una volta a dit…

La Tea Gown est superbe! Je comprends que tu ais eu envie d'aller à cette expo pour cette robe.
Merci pour la découverte du personnage et de ses créations. Très intéressant billet.