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16 mai 2016

Ainsi vont les filles [Mary Westmacott]

L'auteur : Mary Westmacott est le pseudonyme d'Agatha Christie. Ainsi vont les filles est le cinquième roman, écrit en 1952, par l'auteur sous ce nom d'emprunt.

L'histoire : Dans l’Angleterre de l’après-guerre, Ann, veuve de longue date, peut-elle se permettre de vivre un nouvel amour au risque de déstabiliser sa fille Sarah ? Et celle-ci doit-elle déplaire à sa mère et tomber amoureuse d’un garçon qui ne fait pas l’affaire ? N’est-ce pas dangereux de s’arroger le droit de diriger la vie de l’autre ? Ne l’est-ce pas tout autant de refuser de s’impliquer ?

Agatha Christie nous plonge dans des rapports mère-fille tortueux, manipulateurs, pleins d’amour et de haine, avec le même talent pour l’intrigue psychologique que celui dont la « reine du crime » a fait preuve dans ses romans policiers.

Mon avis : Un roman de dame Agatha qui ne soit pas un policier ? J'avais très envie de découvrir cette étrangeté. Et effectivement, c'est une étrangeté déjà dans la forme : il s'agit en fait d'une histoire pensée comme une pièce de théâtre, et cela se sent : peu de description et beaucoup de dialogues.

Nous découvrons Ann qui vient de déposer sa fille de 19 ans, Sarah à la gare. Celle-ci est partie pour trois semaines de vacances, laissant Ann, mère toute dévouée à sa progéniture, un peu perdue. Pourtant, elle va rapidement faire la connaissance d'un homme et accepter de l'épouser. Sauf que Sarah, à son retour, ne l'entend pas de cette oreille.

Agatha Christie excelle dans la description des liens psychologiques entre les personnages. Elle sait admirablement en jouer dans ses intrigues policières et ici aussi. Ann et Sarah sont des femmes d'habitudes. Ann aime sa tranquillité, Sarah son confort et l'exclusivité du lien qu'elle entretient avec sa mère. L'arrivée de Richard dans le tableau remet tout ceci en question, amenant mère et fille à se livrer une véritable guerre. Elles confondent amour, dévotion, étouffement et égoïsme. Elles sont totalement excessives, aussi bien l'une que l'autre.

L'ambiance lourde et oppressante est terriblement bien rendue, alors même que ces deux personnages fuient leur quotidien en s'abîmant dans des futilités : soirées, rendez-vous, visites et nouvelles décorations, téléphone qui sonne sans arrêt pour remplir l'agenda... Sarah et Ann s'enfoncent dans la destruction sans que les témoins de se désastre ne puissent rien y faire.

Un roman très différent de ceux auxquels l'auteur nous a habitués.

"Les animaux ! Mais nous, nous sommes des chrétiens ! Ne dites donc pas de bêtises, Miss Sarah. Souvenez-vous de l'adage : "Un fils reste un fils jusqu'à ce qu'il prenne femme ; ainsi vont les fils. Mais une fille reste une fille toute la vie ; ainsi vont les filles."


Ainsi vont les filles, de Mary Westmacott alias Agatha Christie
Traduit par Dominique Chevallier
Livre de poche pour Kindle
Avril 2016

2 commentaires :

Mypianocanta a dit…

Bon je l'ajoute à ma wish-list car je suis vraiment curieuse de découvrir l'auteur dans un autre genre et ta chronique est tentante. Merci pour cette découverte :)

La chèvre grise a dit…

@ Mypi : alors j'attends ton avis !