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30 janvier 2017

Matin brun [Franck Pavloff]

L'auteur : Né en avril 1940 à Nîmes, Franck Pavloff est un écrivain et poète français. Psychologue expert auprès des cours d'appel, il a passé plus de vingt ans dans différents pays dans le secteur du développement social communautaire et de la défense du droit des enfants.

L'histoire : Charlie et son copain vivent une époque trouble, celle de la montée d'un régime politique extrême : l'État brun.

Dans la vie, ils vont d'une façon bien ordinaire : entre bière et belote. Ni des héros, ni de purs salauds. Simplement, pour éviter les ennuis, ils détournent les yeux.

Sait-on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d'entre nous ?

Mon avis : Dans ces temps troubles où nous avons vu Brexit, Trump et autres pays d'Europe voir monter les extrêmes, je suis tombée totalement par hasard sur ce petit livre de onze pages (sa longueur me fait forcément penser à L'instant de ma mort de Maurice Blanchot) et le résumé a su tout de suite me tenter. Il y a du Orwell dans ces quelques pages, pour décrire la très progressive descente aux enfers.

Une mesure absurde à laquelle on adhère parce qu'on ne veut pas s'embêter à lutter, à comprendre, même si d'autres osent résister et subissent les foudres du gouvernement... Puis tout va  dégénérer. Le narrateur d'insouciant devient de plus en plus inquiet. Plus les mesures s'accumulent, plus la peur gagne du terrain : peur de l'autorité, peur des autres qui s'adonnent à la délation. Il n'y a que l'enfant, pleurant sur son chien exécuté, qui refuse la logique des adultes, qui en voit toute l'absurdité, ne pensant qu'à son animal auquel il tenait tant.

Quelques jours après l'attentat qui a frappé le marché de Noël de Berlin, et alors que les Allemands refusent de voir encore plus de policiers dans les rues, le lecteur français réfléchira forcément et fortement à ce que nous, au nom de l'état d'urgence qui met plus des hommes armés dans tous les endroits rassemblant du public, limitant notre liberté au nom d'une sécurité qui n'est qu'illusoire. Banaliser la xénophobie n'est jamais la solution.

Matin brun, de Franck Pavloff
Cheyne Éditeur
1998

3 commentaires :

Violette a dit…

un récit court mais efficace qui marque durablement. De l'indispensable!

Alex Mot-à-Mots a dit…

Une lecture forte.

La chèvre grise a dit…

@ Violette : on est très proche de "1984", bien plus accessible, même si forcément moins fouillé. Donc, vu les temps qui court, tout à fait indispensable, tu as raison !

@ Alex Mot-à-Mots : oui.