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14 avril 2017

S'enfuir, récit d'un otage [Guy Delisle]

J'ai profité de l'offre #1Blog1BD de Price Minister lors du dernier festival d'Angoulême pour continuer ma découverte des oeuvres de Guy Delisle. Après ses Chroniques birmanes, et Shenzen (billet à venir), c'est donc sur un album biographique que je me penche.

L'histoire : En 1997, alors qu'il est responsable d'une ONG médicale dans le Caucase, Christophe André a vu sa vie basculer du jour au lendemain après avoir été enlevé en pleine nuit et emmené, cagoule sur la tête, vers une destination inconnue. Guy Delisle l'a rencontré des années plus tard et a recueilli le récit de sa captivité – un enfer qui a duré 111 jours. Que peut-il se passer dans la tête d'un otage lorsque tout espoir de libération semble évanoui ?

Mon avis : Loin des récits de voyage qui l'ont rendu célèbre, Guy Delisle reste tout de même dans la thématique du vécu avec ce récit de l'enlèvement de Christophe André, qui travaillait en 1997 pour MSF dans le Caucase. On retrouve la finesse de l'auteur pour traiter ce sujet grave sans pour autant le rendre plombant.

Sa prouesse est de rendre intéressantes des cases pourtant répétitives dans lesquelles on voit le personnage allongé sur son matelas, puis allongé sur son matelas, puis allongé sur son matelas... On ressent bien l'écoulement des jours qui se ressemblent tous. D'où l'importance qu'accorde Christophe au calendrier qui a dans sa tête, seul point de repère qui lui reste. La peur est évoquée sans trop s'appesantir dessus. Ce qui peut paraitre bizarre car il a bien du ressentir du découragement très rapidement. Tellement isolé dans sa cellule, sans contact clair avec ses ravisseurs dont il ne comprend pas la langue et auxquels il refuse de céder, ça tourne forcément dans la tête en boucle, même si le personnage le dit lui-même, il essayait de ne pas penser. L'attente, l'attention focalisée sur le moindre détail qui dévie de la routine.

Les couleurs sont volontairement limitées à une bichromie qui focalise l'attention du lecteur sur le cheminement intellectuel du personnage et sa lutte interne et solitaire pour ne pas sombrer. Et c'est vraiment marrant comme Guy Delisle arrive à attraper le lecteur dans une non-action totale ! Il fait tourner le lecteur en rond, comme Christophe mentalement dans sa pièce avec pour seule vision un matelas, un radiateur et une fenêtre obstruée. Au détriment peut être d'une réelle émotion. Et pourtant, à aucun moment la lecture ne devient lassante.

Un bel album, proche du documentaire.

S'enfuir, récit d'un otage, de Guy Delisle
Dargaud
Septembre 2016

4 commentaires :

keisha a dit…

Bon, ben : totalement d'accord avec toi!!!!!

Ex Æquo a dit…

Je viens tout juste de le terminer... impossible de décrocher jusqu'au dénouement final.

Tout est fait pour que l'on ressente l'enfermement et la monotonie journalière qui s'installe (angles de vue, couleurs, formats des cases). Comme si nous étions dans la tête de Christophe André.

Du grand art, tout simplement.

Alex Mot-à-Mots a dit…

Tu n'as pas ressenti un sentiment d'enfermement comme le personnage, à cette lecture.

Faurelix a dit…

Dès qu'elle croise mon chemin, je la lis !!