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BD Express #11

Labyrinthes tomes 1 à 4, de Pendanx, Dieter et Le tendre

Le professeur Ariane est un illustre savant spécialisé dans les sciences occultes et le paranormal. Pour lui, spiritisme et incantations sont des outils qui lui permettent de résoudre des énigmes et de se rapprocher toujours plus du mystérieux groupe des Sept Anges...

Une série assez banale et tout à fait dispensable. Il y avait matière, je pense, à accrocher bien davantage le lecteur. D'autant que les tomes semblent n'avoir que peu de rapport et sont très inégaux. Le meilleur étant certainement le deuxième tome, reprenant le mythe d'Orphée. Le dessein des Sept Anges se révèle bien trop tard pour qu'on mesure un danger quelconque autour d'une machination. Et le professeur Ariane, personnage principal, est un homme d'un certain âge assez renfermé dont on ne sait en fait pas grand chose en dehors de ce qui nous est tout le temps répété : il aime aller à la rencontre des phénomènes paranormaux. Les relations entre différents personnages sont totalement passées sous silence, empêchant de construire un monde bien défini dans l'esprit du lecteur. Bref, ça aurait pu être bien, mais c'est juste moyen.


L'heure la plus sombre vient toujours avant l'aube, d'Emmanuel Moynot

Lui est chauffeur routier. Une femme, des gosses. Elle, serveuse dans un restoroute. Seule, un fils en prison. Fatigués tous les deux. Par le manque d’amour, par les emmerdes qui tombent dru. Par la vie, pénible et sans horizon, terne et froide. Ils ne se connaissent pas vraiment, juste bonjour, bonsoir, quand Jean-Claude, de temps à autre, gare son bahut près du restoroute où s’étiole Nouria. Quand sa Majesté Salopard 1er, le patron de Nouria, s’est mis à la frapper, Jean-Claude n’a pas hésité un instant. Il s’est interposé, a balancé son poing dans la figure du connard, et a embarqué Nouria dans son camion. Jean-Claude, c’est pas le genre main au panier et tout ça, non, juste un homme gentil, un peu timide aussi. C’est pour ça que Nouria, méfiante quand même, parce qu’elle n’a jamais eu vraiment de chance avec les mecs, s’est laissée faire. Et ne sachant pas vraiment où aller, s’est laissée convaincre par Jean-Claude de passer une nuit ou deux dans une piaule appartenant à un copain, à Lormont, près de Bordeaux. Loin du restoroute.

Quand la violence psychologique prend la place de la violence physique, ce n'est pas toujours facile pour la victime de comprendre ce qui lui arrive, l'enfermement dont elle est la cible. Nouria pensait trouver en JC une homme différent, un amour salvateur. Elle y trouve un malheur quotidien qui prend juste une forme différente. L'auteur choisit d'alterner les voix des deux protagonistes pour raconter cette descente en enfer. Un album qui se lit bien mais qui n'est pas très marquant. 


Guide du mauvais père tomes 1 à 3, de Guy Delisle

Oublier le passage de la petite souris, traumatiser sa fille avec une terrifiante histoire d'arbre qui pousse dans l'estomac, dénicher des conseils peu avisés pour encourager fiston à taper plus fort sur le punching bag... Guy Delisle, un mauvais père ? Non, un auteur de bande dessinée qui sait puiser l'imagination là où elle se trouve, avec un sens aigu de l'observation et une bonne dose d'autodérision.

Empruntés un peu par hasard à la bibliothèque, sur la simple idée de voir ce que donnait Guy Delisle dans un registre purement comique, après avoir apprécié ces récits biographiques et ses témoignages plus graves. Les situations et anecdotes décrites sont touchantes voire drôles, même si on peut douter que le père tiennent réellement de tels propos à ses enfants. Le dessin à la patte caractéristique de l'auteur, a peut être trop de place par rapport au texte, peu existant, ce qui fait qu'on se retrouve à la fin d'un volume en moins de deux.


BD Express #6

Shenzhen, de Guy Delisle
Éditions L'association

L'histoire : Shenzhen, décembre 1997. Guy Delisle revient pour 3 mois en Chine, après un premier séjour dans le nord du pays quelques années auparavant. Il retrouve les odeurs, le bruit, la foule, la saleté et la grisaille : autant de sensations peu agréables que sa mémoire avait oublié, pour ne retenir que les beaux côtés, l’exotisme. Il est venu remplacer un canadien, directeur d’un studio d’animation Dupuis qui est au bord de la crise de nerfs après un séjour de 8 mois : la qualité du travail des dessinateurs chinois nécessite une vigilance de tous les instants. Guy Delisle va rapidement réaliser que cette ville chinoise moderne, en banlieue de Hong-Kong, n’est pas pour autant totalement ouverte sur l’Occident. Difficile de communiquer, peu de chinois parlent couramment anglais. Son séjour risque d’être solitaire…

Mon avis : Après ma découverte de Guy Delisle dans ses Chroniques birmanes, j'ai tenté un autre ouvrage de l'auteur. J'ai donc emprunté Shenzhen à la bibliothèque. Ces chroniques se déroulent bien avant qu'il ne soit en couple. Il voyage donc en solitaire, pour son travail et est amené à travailler avec des dessinateurs chinois sur le dessin animé Papyrus pour un studio d'animation.

Si j'ai retrouvé avec plaisir le ton plein d'humour de l'auteur, cette fois, on voit clairement que Guy Delisle n'a pas réussi à passer la barrière de la langue. Du coup, et il le dit lui-même, difficile de s'intéresser et d'essayer de comprendre les spécificités culturelles ! Peu de chinois parlent anglais, ou en tout cas suffisamment pour permettre un échange. Il en est réduit à rester seul la plupart du temps et à s'étonner de ce qu'il peut voir, sans percer le mystère, contrairement à son voyage en Birmanie où il obtenait souvent des explications sur les coutumes. Forcément, on est donc moins touché car Guy Delisle évoque ici un séjour qui est parfois à la limite de l'ennui.



Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle, de Brüno et Nury
Dargaud


L'histoire : 1830, Afrique noire. Atar Gull, un superbe esclave, est chargé sur le bateau du capitaine Benoît pour être vendu aux Antilles. Son prix est élevé : c'est le fils d'un roi, un athlète, un guerrier... Son histoire nous entraînera des soutes d'un négrier jusqu'à la Jamaïque, des marchés aux esclaves au cœur des plantations ; son destin sera tragique... 

Mon avis :  Après mon coup de cœur pour Tyler Cross de Nury et Brüno, je ne pouvais que découvrir cet album, adaptation d'un roman d'Eugène Sue. On y découvre, en suivant le destin d'Atar Gull, silencieux, modèle et épris de vengeance, un monde esclavagiste qui trouvait sa norme dans la traite d'êtres humains comme des animaux de foire, comme une propriété dont on peut disposer à sa guise. C'est d'une violence terrible car réaliste. Le scénario peine un peu cependant à décoller et prendre pleinement toute son ampleur dramatique, entre Europe, Afrique et Amérique. Ce temps de mise en place est toutefois nécessaire

Encore une fois, la collaboration entre Brüno et Nury, avec Laurence Croix aux couleurs fait merveille. Jusqu'à la toute fin on ne sait pas trop si on aime ou pas cet homme fait d'une montagne de muscles et à l'esprit affuté qui pousse jusqu'à la folie le désir de vengeance, faisant preuve d'une volonté implacable. Un album fort et loin d'un manichéisme trop évident.


La tectonique des plaques, de Margaux Motin
Delcourt

L'histoire : Cuites, dérapages et autres séismes dans sa vie de mère célibataire... À 35 ans, Margaux Motin raconte les récents bouleversements qui ont secoué son existence. En magnitude 10 sur l'échelle de Richter, sa nouvelle histoire d'amour avec son meilleur pote, pour qui elle change radicalement de vie. Et comme toute nana post-trentenaire qui prend des décisions rapides, le retour de flammes sera brutal.

Mon avis : Pas grand chose de nouveau à dire sur cet album, digne suite du précédent de Margaux Motin La théorie de la contorsion. On retrouve à nouveau des dessins parfois plein de poésie, des tranches de vie qui font mouche, et des pointes de vulgarité qui pourraient être éviter à mon goût. Le décalage entre les deux reste perturbant.


S'enfuir, récit d'un otage [Guy Delisle]

J'ai profité de l'offre #1Blog1BD de Price Minister lors du dernier festival d'Angoulême pour continuer ma découverte des oeuvres de Guy Delisle. Après ses Chroniques birmanes, et Shenzen (billet à venir), c'est donc sur un album biographique que je me penche.

L'histoire : En 1997, alors qu'il est responsable d'une ONG médicale dans le Caucase, Christophe André a vu sa vie basculer du jour au lendemain après avoir été enlevé en pleine nuit et emmené, cagoule sur la tête, vers une destination inconnue. Guy Delisle l'a rencontré des années plus tard et a recueilli le récit de sa captivité – un enfer qui a duré 111 jours. Que peut-il se passer dans la tête d'un otage lorsque tout espoir de libération semble évanoui ?

Mon avis : Loin des récits de voyage qui l'ont rendu célèbre, Guy Delisle reste tout de même dans la thématique du vécu avec ce récit de l'enlèvement de Christophe André, qui travaillait en 1997 pour MSF dans le Caucase. On retrouve la finesse de l'auteur pour traiter ce sujet grave sans pour autant le rendre plombant.

Sa prouesse est de rendre intéressantes des cases pourtant répétitives dans lesquelles on voit le personnage allongé sur son matelas, puis allongé sur son matelas, puis allongé sur son matelas... On ressent bien l'écoulement des jours qui se ressemblent tous. D'où l'importance qu'accorde Christophe au calendrier qui a dans sa tête, seul point de repère qui lui reste. La peur est évoquée sans trop s'appesantir dessus. Ce qui peut paraitre bizarre car il a bien du ressentir du découragement très rapidement. Tellement isolé dans sa cellule, sans contact clair avec ses ravisseurs dont il ne comprend pas la langue et auxquels il refuse de céder, ça tourne forcément dans la tête en boucle, même si le personnage le dit lui-même, il essayait de ne pas penser. L'attente, l'attention focalisée sur le moindre détail qui dévie de la routine.

Les couleurs sont volontairement limitées à une bichromie qui focalise l'attention du lecteur sur le cheminement intellectuel du personnage et sa lutte interne et solitaire pour ne pas sombrer. Et c'est vraiment marrant comme Guy Delisle arrive à attraper le lecteur dans une non-action totale ! Il fait tourner le lecteur en rond, comme Christophe mentalement dans sa pièce avec pour seule vision un matelas, un radiateur et une fenêtre obstruée. Au détriment peut être d'une réelle émotion. Et pourtant, à aucun moment la lecture ne devient lassante.

Un bel album, proche du documentaire.

S'enfuir, récit d'un otage, de Guy Delisle
Dargaud
Septembre 2016

Chroniques birmanes [Guy Delisle]

L'auteur : Né en janvier 1966, Guy Delisle est un auteur de bandes dessinées québecois.

L'histoire : Guy Delisle a suivi sa compagne durant 14 mois en Birmanie alors qu'elle y collaborait avec Médecins sans Frontières. Il raconte son expérience du pays, comment il a fini par apprivoiser son environnement, et petit à petit, comment il a découvert la réalité politique, sanitaire et sociale de ce pays dominé par une junte militaire, soutenue elle-même par de puissants groupes industriels.

Mon avis : Voici pas mal de temps maintenant que je croise Guy Delisle sur les blogs et dans la presse, et encore plus récemment avec la sortie de S'enfuir, récit d'un otage l'année dernière. En faisant ma liste de bandes dessinées à emprunter à la bibliothèque, j'ai donc assez naturellement pensé à cet auteur, et je me suis spontanément dirigée vers une de ces chroniques. Ce jour-là, ce sont les Chroniques birmanes qui ont croisées mon chemin.

Je ne savais pas forcément à quoi m'attendre mais j'ai été agréablement surprise du ton qu'emploie Guy Delisle : auteur de bandes dessinées, il suit sa femme qui travaille pour MSF et va raconter son quotidien : il reste très en retrait et se contente de constater les différences de culture, le climat qui l'assaille dès sa décente d'avion, les différentes formes que peuvent prendre la dictature, tout en promenant son fils nouveau né. On navigue entre désillusion et curiosité, jugeant très peu ce qui l'entoure, mais frustré de ne pas entrer en contact avec Aung San Suu Kyi à l'époque assignée à résidence par les autorités.

Son point de vue reste celui d'un occidental et on sent parfois affleurer la critique car les situations décrites ne sont pas toujours simples ni dénuées de danger. Il est à la fois un observateur privilégié, protégé par son statut d'étranger au sein d'une ONG, mais en même temps soumis à la surveillance des autorités.

Planche 128 de Chroniques birmanes de Guy Delisle
C'est aussi le microcosme des expatriés et des humanitaires que nous montre un peu l'auteur. Les arcanes et les jeux de pouvoir entre les différentes associations, pourquoi certaines acceptent les contraintes gouvernementales alors que d'autres jettent l'éponge, les aberrations auxquelles il faut faire face pour tenter d'atteindre au moins un peu le but premier fixé...

Un joli témoignage, totalement personnel mais qui jette un regard nouveau sur ce pays et qui m'a bigrement intéressée. J'ai dévoré ce pavé. L'auteur mêle savamment et intelligemment constatations géopolitiques et anecdotes culturelles plus légères, de quoi s'instruire avec plaisir. Je vais forcément emprunter une autre réalisation de Guy Delisle à la bibliothèque.


Chroniques birmanes, de Guy Delisle
Delcourt, collection Shampooing
Novembre 2007