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07 juin 2017

Dix de der [Comès]

L'auteur : Didier Comès, né en décembre 1942 et mort en mars 2013 était un auteur belge de bande dessinée. Dix de der fut son dernier album, publié en 2006.

L'histoire : Décembre 1944, quelque part dans les Ardennes belges, lors de la grande offensive des armées d’Hitler. Au pied d’un calvaire mutilé par les bombardements alliés, au fond d’un cratère d’obus, un très jeune soldat totalement inexpérimenté, tout juste arrivé d’Angleterre, découvre qu’il n’est pas seul dans ce lieu désolé, ouvert à tous les dangers. Trois fantômes l’habitent déjà : deux tués de la guerre de 14, un Français et un Allemand, flanqués d’un ancien alcoolique morts d’une cirrhose du foie entre les deux guerres. Sous l’œil de corbeaux ironiques et insolents, cet improbable trio s’est lancé dans une partie de partie de belote dantesque, à laquelle il manque désespérément un quatrième joueur…

Mon avis : Je vais être franche, Comès, je ne connaissais pas. Il semble qu’il était un maître dans l’art du noir et blanc en bande dessinée. Et avec Dix de der sous les yeux, c’est une évidence.

Le titre fait autant référence à cette partie de belote que les fantômes jouent qu’au surnom de la Première guerre Mondiale. Comès traite pourtant bien des deux guerres, puisque « Le Bleu », jeune soldat américain fraîchement débarqué et entouré de vétérans pour le guider, se retrouve à faire une guerre de tranchée en plein dans les Ardennes belges. N’aurait-il pas précocement perdu la boule qu’il se met à discuter avec des morts ?

Ici, pas de bons et de méchants, pas de héros et de lâches, juste des hommes face à face. Les Ardennes, c’est une région qui manie aussi bien la langue de Goethe que celle de Voltaire, en fonction des périodes. Alors forcément, sur ces terres, les hommes sont loin du manichéisme classique. Car le dindon de la farce c’est toujours l’homme qui va au casse-pipe, qui perd sa vie stupidement : en soldat ou en simple victime collatérale.

Malgré ce sujet grave, cet album n’est pas sans humour, cynique, et une forme de légèreté dans le propos, peut être afin de mieux rendre l’absurdité de ces guerres qu’on trouve toujours moyen de justifier et qui font prendre les êtres humains pour de simples pions sur un échiquier. Bizarrement, Comès n’appuie pas particulièrement sur le commandement militaire, préférant, par le biais de deux corbeaux, animaux charognards, tirer à boulets rouges sur la religion.

Dix de der, de Comès - Planche 30
Les scènes, dessinées en noir et blanc donc, sont d’une profondeur inouïe. Certaines sans parole en disent parfois plus que les mots eux-mêmes. C'est tragique et malheureusement terriblement humain.


Dix de der, de Comès
Éditions Casterman
Octobre 2006

1 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Une lecture très forte, on dirait.