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15 novembre 2017

Shangri-La [Mathieu Bablet]

Mister avait apprécié, il y a plus de six ans maintenant, La belle mort de Mathieu Bablet. Alors l'auteur ne nous était pas inconnu lorsqu'il a fait partie de la sélection officielle d'Angoulême en 2017 pour Shangri-La.

L'histoire : L'espace infini.
L'Homme et Tianzhu Enterprises.

Tianzhu TV, TZ-Phones, Tianzhu-Tab, Tianzhu Fitness, Tianzhu Burgers, Tianzhu Immobilier, Tianzhu Bank...

Le monde est parfait car Tianzhu Enterprises veille à votre bonheur.

Mon avis : Je pense être largement passée à côté de cette BD encensée pourtant partout. Elle a pourtant d'indéniables qualités, la plupart tenant aux thèmes abordés. Car comme nombre d’œuvres de science-fiction, elle dénonce les travers de notre société : consommation à outrance, dérives scientifiques, racisme...

Shangri-La propose une vision glaçante de notre futur si nous ne décidons pas de changer de comportement. Cela fait terriblement écho à notre situation actuelle. Comme nous qui venons de voter par l’intermédiaire de nos élus la banalisation de l’état d’urgence, les protagonistes de Shangri-La adhèrent à la suppression de leurs droits les plus fondamentaux, si tant est qu’on leur garantisse en échange de ne plus avoir à se préoccuper de rien. Une scène aussi est particulièrement atroce, celle de l’utilisation d’humanoïdes « ratés » pour fabriquer les produits industrialisés vendus comme absolument nécessaires. À défaut d’être intégrés dans la société, il ne faudrait pas gâcher la main d’œuvre qu’ils peuvent représenter ! Je n’en dirais pas plus mais clairement, quelques planches peuvent donner la nausée. L'homme semble se perdre lui-même dans une volonté implacable de contrôler tout, au point d’en devenir Dieu. Tout ça est parfaitement rendu et fait froid dans le dos.

Visuellement, par contre, je n'ai pas adhéré. J'ai trouvé que c'était déséquilibré. Entre le rendu des bâtiments et des décors en général, simplement impressionnants, et la mocheté des visages humains, je ne sais pas s’il faut crier au génie ou à la duperie.

Page 134 - Shangri-La, de Mathieu Bablet
Et puis, au-delà des thèmes génériques abordés, je n’ai pas compris grand-chose à l’histoire elle-même. Je suis passée au travers du lien entre les premières planches et la suite, de l'explication de la recherche scientifique elle-même…

Bref de très belles idées mais une exploitation globale qui m'a laissée de marbre.

Shangri-La, de Mathieu Bablet
Éditions Ankama
Mars 2017

2 commentaires :

c'era una volta a dit…

Je l'ai trouvé intense ce roman graphique. Il est clair qu'il ne se donne pas à lire aisément. Je suis d'accord pour dire que le propos scientifique est le moins abordable mais les autres thèmes développés sont vraiment intéressants et donnent à réfléchir sur notre société actuelle et le consumérisme notamment.

Graphiquement, je suis aussi d'accord pour dire que les dessins sont déstabilisants et que les planches sont inégales quant à leur beauté. Pour avoir vu Mathieu Bablet aux Utopiales (conférence et dédicace rapide), il y a vraiment quelque chose de lui dans le physique de ses personnages (mais il est plus mignon!).
C'était instructif d'ailleurs de l'écouter parler de son travail.
J'ai fait l'acquisition de La belle mort (in extremis)

La chèvre grise a dit…

@ C'era : Je suis d'accord, ça fait clairement réfléchir. Mais bon, d'autres œuvres jouent sur ces thématiques là aussi et m'ont plus touchée en fait (mis à part certainement LA scène d'esclavage qui est juste abominable et forcément bouleversante). Je pense clairement que je suis passée à côté. Comme je le dis, Mister avait lu "La belle mort" mais de mon côté j'étais restée bloquée sur les dessins sans franchir le cap. Là, vu tout le tintouin fait autour de ce "Shangri-La", je me devais d'essayer.
Après, c'est sur que de pouvoir écouter l'auteur raconter son œuvre doit être très intéressant et permettre de l'aborder sous un autre jour.