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22 décembre 2017

Exposition : Le verre, un Moyen-Âge inventif


En entrant dans la salle d'exposition, il ne faut pas rater la courte vidéo qui explique comment le verre est produit : à base de sable et de fondants, ces derniers variant entre la France (fougères et hêtres) et l'Italie/Moyen-Orient (salicorne), le tout chauffé à très haute température. C'est simple, didactique et important pour avoir les bases de compréhension.

Le verre exerce au Moyen-Âge une véritable fascination sur les hommes. Le miroitement des surfaces et la lumière filtrée sont une façon de rendre grâce à Dieu. 

La scénographie présente ensuite 3 sections. En premier le verre Architecture, c'est-à-dire celui des vitraux et des fenêtres. C'est celui qu'on connait le plus, devant lequel on a l'habitude de s'émerveiller dans les églises. Aux larges vitres d'époque romaine, succèdent les premiers vitraux au plomb (Ve - VIIe siècles), qui se rehaussent d'une peinture "grisaille" (IXe -Xe siècles). Mais les vitraux s'imposent avec la commande de l'abbé Suger pour Saint Denis, puis avec celle de Saint Louis pour la Sainte Chapelle. Au-delà de la matière, le vitrail exige également une technique de décor, celle des peintres-verriers.
Arbre de Jessé - Abbatiale de Saint Denis, 1140-1144 - La baie atteint 4 mètres de haut sur 2 mètres de large, et les figures se détachent sur un magnifique fond bleu, dit "bleu de Chartres" ou "verre saphir", spécifique au XIIe siècle.
Le verre de l'habitat civil évolue également, notamment avec le développement de la croisée. On garde bien évidemment la priorité à la transparence, à la circulation de la lumière et de l'air. Si les Italiens et les Allemands adoptent les cives, petits disques de verre, en France, en Hollande et en Espagne on préfère les petits losanges réalisés à partir de verre soufflé en plateau.

Fenêtre de losanges de verre, assemblés au plomb et retenus par des vergettes à l'intérieur d'un cadre en bois.

Puis vient la section des verres creux, ceux qui servent de contenant en tout genre : boisson, liquide médicaux, parfums... Le verre est longtemps considéré comme un élément de luxe, car sa cuisson, qui nécessite de monter à 1600 degrés, est dangereuse. Signe de richesse donc, on l'utilise à table comme contenant des boissons, et il s'orne de décor. J'ai été surprise par la pureté et la finesse extrême de certaines pièces, vraiment très belles. Bizarrement, on retrouve également les gobelets et coupes dans les tavernes

Verres à tige creuse, XIVe siècle
Puis les médecins s'en servent également : alambics et contenants pour les produits de la pharmacopée se répandent.

Alambic et casque de distillation - Empire germanique XVIe siècle


Livre des propriétés des choses de Barthélémy l'Anglais, XVe siècle et l'urinal en arrière-plan

Enfin, on termine avec le verre de précision, celui des lunettes, des miroirs ou des œuvres d'art. Pour ces dernières, le verre est pareil à une pierre précieuse. On parle de tableaux "églomisés" : il semble que l'artiste choisisse une plaque de verre, la plus plane possible, y colle au revers et au blanc d’œuf une feuille d'or qu'il incise ensuite à la pointe avant de recouvrir le tracé de couleurs à l'huile. Les lunettes, elles, progressent fortement : fini les loupes ; on insère dans des cercles de bois des lentilles de quartz ou de verre polis

Deux docteurs de l'Église, XIVe siècle - verre dit "églomisé" à feuille d'or appliquée au revers, gravée et peinte


Lunettes clouantes XVe siècle en os et verre altéré

Lunettes et leur étui, XVIe siècle en corne, verre et cuir
Une belle exposition, simple et efficace, qui vous en apprendra beaucoup. Et aussi l'occasion d'aller voir ou revoir la tapisserie de la Dame à la Licorne (billet à venir), compris dans le prix du billet d'entrée. N'hésitez donc pas à aller visiter le musée de Cluny, d'autant que ce sont les derniers jours.

Et merci à Elsa d'Arts & Stuffs qui m'a offert l'entrée !

Informations utiles :

Du 20 septembre 2017 au 08 janvier 2018
Du mercredi au lundi de 9h15 à 17h45
Musée de Cluny
6 place Paul Painlevé
75005 Paris
Tel : 01.53.73.78.00

Tarif : 9€
Tarif réduit : 7€

Site du Musée de Cluny ici

5 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Une exposition qui a l'air riche et passionnante.

keisha a dit…

Zut alors ça se termine! Une expo qui m'aurait, pourtant.
J'ai déjà visité ce musée, idéal, pas de queue, très beau et en prime j'avais eu de la musique d'époque du coin car la fête de la musique approchait.

nathalie a dit…

Expo très intéressante oui, avec de superbes manuscrits qu'on ne voit pas souvent !

Licorne a dit…

J'étais persuadé que les travaux n'étaient pas finis ! un musée que j'aime visiter quand je viens sur Paris ! la dame à la licorne n'a plus de secret pour moi ! Merci de ce joli reportage !

La chèvre grise a dit…

@ Alex Mot-à-mots : très chouette, à ma grande surprise, alors que j'y allais guère plus motivée que ça. Et j'aime quand je me fais surprendre justement.

@ keisha : j'y retournerai quand les travaux seront terminés, ça promet d'être très sympa.

@ nathalie : c'est vrai, les manuscrits étaient bien beaux. Il fallait parfois chercher pour comprendre quelle illustration était intéressante par rapport aux propos mais les ouvrages en eux-mêmes étaient déjà beaux.

@ Licorne : ils ne sont pas finis ! Mais le musée reste ouvert. Il faut dire qu'ils sont tellement importants que ça représenterait un gros manque à gagner je pense. Mais en discutant avec le gars à la billetterie, il semble qu'ils aient prévu en tout cas un musée beaucoup plus moderne.