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15 janvier 2018

Le professeur [Charlotte Brontë]

Je vous parlais en 2010 d'une lecture qui m'a énormément marquée étant jeune, Jane Eyre de Charlotte Brontë. Après avoir découvert les écrits de sa sœur Anne, puis relu Les hauts de Hurlevent d'Emily, je me lance maintenant à la découverte des autres romans de Charlotte, en commençant par son premier roman publié à titre posthume, Le professeur.

L'histoire : Orphelin depuis l’enfance, William Crimsworth étudie dans la prestigieuse école d’Eton, grâce à l’aide financière de sa famille.

À la fin de ses études, il rejoint son frère aîné Edward, qui mène carrière dans l’industrie. Mais les deux frères ne s’entendent pas : victime du caractère irascible d’Edward, William choisit de s’exiler en Belgique. Une nouvelle vie s’offre à lui dans un pensionnat pour garçons à Bruxelles, où il devient professeur d’anglais.

Mon avis : C’est avec bonheur que je me suis plongée dans ce roman et que j’ai retrouvé les tournures de phrase et le style que j’aime chez Charlotte Brontë. Elle sait comme personne décrire les passages les plus sensibles des liens que tissent entre deux protagonistes, comme par hasard, au fur et à mesure. Le professeur est fortement inspiré par son expérience personnelle, puisqu’elle et Emily sont allées étudier dans un pensionnat de Belgique, où elle semble avoir puisé l’inspiration et appris énormément. Sauf que ça donne ici un premier roman raté.

On frôle souvent l’ennui voire l’agacement à cette lecture. D’abord, par le personnage de William, d’une grande froideur alors qu’étant le narrateur du récit, c’est à lui d’apporter de la vie et de l’émotion. Sauf qu’à vouloir le décrire absolument comme intègre et honnête au milieu d’êtres viles et corrompus, il en devient terriblement rigide. Son penchant pour sa jeune élève se poursuit sans qu’on ne sente chez lui poindre de vrais sentiments. Charlotte Brontë semble bien en peine de les mettre en mots alors qu’elle excelle déjà à rendre ceux de son élève avec une simple histoire couchée sur papier ! William geint, se plaint tout en disant ne pas vouloir le faire. Il ne veut rien devoir à personne mais dépend fortement d’autrui puisqu’il n’a ni esprit d’initiative ni commencement de financement pour se lancer dans le monde. Pourtant, ce n’est pas la reconnaissance envers son bienfaiteur qui l’étouffe ! Et quel regard critique et sombre il porte sur les étrangers, alors que ce sont eux qui lui offrent l’opportunité qu’il n’a pu avoir sur son sol natal !

Et puis la construction même du roman ne va pas. C’est certainement un roman de formation puisqu’on commence l’histoire avec un jeune homme tout juste sorti de ses années d’études. Mais ce personnage ne change pas. Aucune tension ne tient le lecteur en haleine, aucune revendication particulière ne tend le récit. Est-ce aussi mon regard moderne qui me fait tiquer de voir un homme en position d’autorité s’attarder autant sur les détails des toilettes de ses élèves et de leur apparence ? Possible, mais j’ai trouvé ça presque malsain. En tout cas, on ne sent pas dans cette histoire la recherche de grandeur, la critique d’une société. À être trop ancré dans la réalité, l’ensemble est ennuyeux sans prise de recul qui donnerait la touche nécessaire intéressante. On ne ressent pas la passion qui devrait habiter les personnages, que ce soit dans la violence ou dans l’amour, dans la confrontation ou dans l’acceptation.

Bref, une lecture totalement dispensable à moins de ne devoir faire un mémoire sur l’auteur. On comprend mieux après pourquoi aucun éditeur ne l'avait accepté du vivant de l'auteur.

"Si les romanciers observaient consciencieusement la vie réelle, les peintures qu'ils nous donnent offriraient moins de ces effets de lumière et d'ombre qui produisent dans leurs tableaux des contrastes saisissants. Les personnages qu'ils nous présentent n'atteindraient presque jamais les hauteurs de l'extase et tomberaient moins souvent encore de l'abîme sans fond du désespoir : car il est rare de savourer la joie dans toute sa plénitude, plus rare peut-être de goûter l'âcre amertume d'une angoisse complètement désespérée."

Le professeur, de Charlotte Brontë
Éditions Bibebook pour Kindle

6 commentaires :

keisha a dit…

Je l'ai lu car je résiste mal aux auteurs anglais, d'accord il y a des défauts, mais j'ai trouvé le tout intéressant.Ce professeur est bien froid, c'est sûr. On aurait pensé aussi revoir le personnage du cousin, mais non...

Alex Mot-à-Mots a dit…

Deux avis différents sur cette lecture. Il existe en format papier ?

La chèvre grise a dit…

@ keisha : j'en retire surtout la promesse d'un style qui s'épanouira par la suite. Mais le tout est mal exploité en fait.

@ Alex Mot-à-mots : oh oui, très certainement !

Bonheur du Jour a dit…

Je vous trouve bien sévère avec ce livre. Bien sûr, il ne ressemble pas à ce qu'on lit maintenant - les tournures de phrases (est-ce du à la traduction ?), la façon d'exposer les sentiments, de se parler, etc sont sans doute arides pour des lecteurs du XXI° siècle. Charlotte Brontë y a mis une grande part de son séjour en Belgique et, ma foi, ce n'est pas de sa faute si elle y a rencontré des gens très froids. Et, quand on parle de soi, ne risque-t-on pas la maladresse ? Et, enfin, le roman parfait existe-t-il ?
Bonne journée.

La chèvre grise a dit…

@ Bonheur du jour : Pour avoir lu d'autres romans de Charlotte et plus généralement des soeurs Brontë, ce ne sont pas les tournures de phrase, ou l'expression des sentiments ou la façon de se parler très marquée par l'époque qui m'ont gênée.Je dis seulement que c'est son premier roman, qu'il est plein de défauts et qu'elle a heureusement persévéré pour nous livrer de vrais chefs d’œuvre ensuite.

nathalie a dit…

Oui heureusement qu'elle ne s'est pas arrêtée là, il n'est vraiment pas terrible. Du coup, chanceuse, il te reste à lire les meilleurs !