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14 février 2018

La horde du contrevent tome 1 : le cosmos est mon campement [Eric Henninot]

L'auteur : Né en décembre 1974, Eric Henninot est un dessinateur français de bande dessinée. Mais cette fois il se lance également dans l'adaptation en signant le scénario de cet album, basé sur le fabuleux roman d'Alain Damasio.

L'histoire : Personne ne vous dira dans la Horde qu'il aime le vent. Personne ne vous dira le contraire non plus. J'adorais pourtant cette sensation d'homme debout, de lame de chair encore droite sur ce monde horizontalisé. Ce rêve têtu, de la plus haute crétinerie, cette chimère d'atteindre un jour l'Extrême-Amont.

La fin de la terre... le début de quoi ?

Mon avis : Eric Henninot s’est attaqué à un monstre : l’adaptation en bande dessinée du célèbre roman d’Alain Damasio La horde du contrevent. Ce roman, ça a été pour moi une claque. Je lis peu de SF et Fantasy, mais quand j’en lis, en général c’est du très très bon qui produit un fort effet sur moi. Ma première incursion dans le genre fut Hypérion et Endymion de Dan Simmons alors, forcément, la barre est haute. Bref, pour revenir à nos moutons, l’adaptation de ce roman a été le sujet de beaucoup de projets avortés, dont le plus connu reste WindWalkers visant à le décliner sur trois supports complémentaires mais qui n’a pas trouvé les financements nécessaires. Visuellement, il promettait beaucoup pourtant.

L’adaptation de Henninot est celle d’un format franco-belge et devrait s’étendre sur cinq tomes. Ici nous avons donc le premier. La première difficulté figure dans la représentation d'un monde de vents tous très différents, de la petite brise à la tornade en passant par la bourrasque. Parce que le vent, c'est invisible, c'est de l'air. Là-dessus, Henninot s’en sort magnifiquement, même si je ne suis pas fan de son trait et du choix des couleurs (travail de Gaétan Georges). Rien à dire par contre sur la composition et les cadrages qui sont justes. Il réussit à donner corps à cette horde et à sa quête effrénée, même si les personnages sont assez peu présentés et utilisés je trouve, à l’exception des quelques emblématiques. Mais on retrouve la construction d'un pack avec des individualités qu'il est compliqué d'unir.

Ensuite, bien sûr, c’est la poésie qui se dégage de la plume de Damasio qui est difficile à adapter. Et là, je trouve le défi bien moins relevé. Les dialogues ne se prêtent guère à cet exercice et c’est le dessin et les couleurs qui auraient pu prendre le relai. Mais comme je n’y adhère pas, ça fait flop pour moi.

Et puis, il y a ce qui est passé sous silence, toutes ces petites spécificités qui font le charme du roman bien au-delà de l’histoire elle-même. La pagination, la ponctuation, l’incipit, la prise de parole des différents personnages (Exit la polyphonie, on ne garde que la voix de Sov, le scribe)… Toutes ces choses sont absentes de la bande dessinée car inadaptables bien sûr. La grille de lecture est donnée alors que dans le roman elle se mérite, apportant par là sa part de satisfaction au lecteur. La trame est forcément simplifiée et moins subtile et diffuse, même si l’auteur sait en garder l’essentiel et le plus pertinent.


Je pense que le problème vient surtout de la façon dont j’ai abordé cet album, en le comparant avec le roman. Il faut je pense le voir davantage comme un complément au monde créé par Damasio, une autre vision de l’histoire pour lui donner toute sa chance. C’est avant tout une porte d’entrée pour tous ceux qui auraient pu être rebutés par les premières pages du roman, ardues il faut bien le dire. Le choix de l’entrée en matière, qui diffère du roman, est alors parfait, en prenant comme point d’entrée la sortie de cette 34e horde. Il s’agit alors d'un travail d'interprétation bien mené. Et si je n’ai pas réussi à donner toute sa chance à se premier tome, je n’en compte pas moins continuer à découvrir le travail de Henninot dans les prochains, en les abordant différemment.


La horde du contrevent tome 1 : le cosmos est mon campement, d'Eric Henninot
Éditions Delcourt
Octobre 2017

3 commentaires :

Mypianocanta a dit…

J'ai tellement aimé la langue de Damasio dans La Horde que cette adaptation ne m'attire pas plus que cela et ce que tu en dis me conforte dans mon idée. ; alors même que la bande-dessinée est un genre dans lequel tu es nettement plus à l'aise que moi.
Bref, je passe mon tour et te remercie pour cet avis :)

Alex Mot-à-Mots a dit…

Comme le roman original n'est pas mon préféré de l'auteur, j'hésite à lire la BD. Mais peut-être qu'elle pourrait me convaincre.

La chèvre grise a dit…

@ Mypi : c'est souvent le problème je trouve pour ces romans d'imagination qui nous marquent ; trouver les images d'un autre, je n'aime pas trop ça je crois.

@ Alex Mot-à-mots : ça peut être l'occasion de t'en donner une vision différente justement. J'avoue ne pas avoir lu les autres romans de l'auteur, tellement j'ai été marquée par celui-ci.