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19 juillet 2019

Exposition : Toutânkhamon, le trésor du pharaon



Le 26 novembre 1922, Howard Carter trouvait enfin le tombeau de Toutânkhamon, dans la Vallée des Rois, à 4 mètres sous terre. Et avec cette découverte, ce sont plus de 5 300 objets funéraires qui furent révélés. Pourtant, bien que Toutânkhamon soit le roi d'Egypte le plus célèbre, on ne sait encore que très peu de chose sur lui : pourquoi ses successeurs ont-ils rayé son nom ? qui étaient ses parents ?  comment est-il mort ? Bref, autant de sujets qui annoncent une exposition passionnante !

Trône de Toutânkhamon en ébène, ivoire et feuille d'or

Toutânkhamon monte à 9 ans sur le trône, après le décès de sa sœur Merytaton qui avait succédé à leur père Akhenaton. Le pays était déstabilisé par les choix politiques d'Akhenaton, notamment le remplacement du puissant clergé d'Amon par le culte d'Aton. Un de ses premiers gestes forts du jeune pharaon sera donc de rétablir le culte d'Amon. C'est surtout sur la scène religieuse que s'exerce le pouvoir du pharaon : il est le garant du maât, l'ordre social et naturel du monde et doit repousser le chaos (isfet). Pour le reste, il ne dirige pas seul, étant entouré de nombreux vizirs, généraux et conseillers en tout genre à qui il délègue beaucoup et qui ont une grande autonomie. Son principal conseiller, Aÿ, sera d'ailleurs son successeur sur le trône.

Statue colossale en quartzite de Toutânkhamon, usurpée par Aÿ et Horemheb
Mort jeune, après seulement 10 ans de règne, il est mis dans un tombeau qui ne lui était pourtant pas destiné, pas plus qu'une grande partie du trésor qui est exposé dans la Grande Halle de la Villette. Si des travaux de construction de son "temple des millions d'années" ont forcément été initiés dès la première année de son règne, il a fallu le mettre au tombeau de façon prématurée. Sur une grande partie du mobilier funéraire, son nom semble recouvrir celui d'un autre pharaon, le doute subsiste  pour certaines pièces entre Nefertiti et Merytaton quand d'autres sont si bien usurpées qu'on ne distingue plus le nom du premier propriétaire. Et son successeur Aÿ  en profitera pour usurper la propriété d'une partie des biens prévus pour la tombe de Toutânkhamon. 

Dieu Amon protégeant Toutânkhamon, le dieu a les traits du pharaon, qui est l'émanation sur terre du divin
Figure rituelle de Toutânkhamon en souverain de Haute-Egypte
Chaque représentation du pharaon rappelle son rôle de garant du maât, que ce soit sur des parois de temples ou de petits objets. Les images et les hiéroglyphes sont performatifs : ce qui est représenté n'existe que par ce qu'il est énoncé. Le simple fait de représenter le jeune Toutânkhamon comme un roi parfait rend cela véridique. Et on comprend mieux que ses successeurs se soient acharnés à supprimer son nom sur nombre de ces représentations. On voit le jeune roi baigné dans les rayons du soleil, accompagné de lions protecteurs et apportant la puissance ; dans des scènes de chasse rappelant qu'il triomphe sur les animaux considérés comme dangereux ; dans des scènes de guerre  où il massacre les ennemis de l'Egypte, même si on n'a pour l'instant pas connaissance que le jeune pharaon ait mené des troupes au combat.

Statut gardienne du ka du roi portant la coiffe némès

Boîte avec cartouche en bois incrusté qui contenait beaucoup de bijoux et d'ornements
Lors de la découverte du tombeau, Howard Carter tombe en premier sur l'antichambre : des murs sans décoration mais un amoncellement d'objets : des lits, des tabourets, des coffrets et de la nourriture, des chars... et deux statues géantes de Toutânkhamon qui gardent le passage vers la chambre funéraire.


Détail d'une bandelette de Toutânkhamon, en or, cormaline, lapis-lazuli, faïence et felspath

La chambre funéraire a des murs richement décorés, avec des représentations du pharaon accomplissant les rituels funéraires. On l'y voit notamment avec son ka, son double incarnant son énergie vitale, se présenter devant à Osiris, dieu des morts. Et bien sûr, en plein milieu, une chapelle en bois doré, dans laquelle, après plusieurs couches, se trouve le premier sarcophage du roi. Là aussi, c'est un jeu de poupée russes pour accéder à la momie. Le masque d'or pur si célèbre n'est pas visible dans l'exposition, car il ne quitte pas le Caire.

Petit cercueil canope de Toutânkhamon dédicacé à Amset et à Isis, de face

Petit cercueil canope de Toutânkhamon dédicacé à Amset et à Isis, de dos

Bouchon de vase canope représentant la tête du roi
A côté de la salle funéraire ce trouve la salle du trésor, c'est-à-dire les pièces majeures du mobilier funéraire de Toutânkhamon, parmi lesquelles on trouve le coffre-chapelle qui renferme les fameux cercueils-canopes du roi qui recueillent les viscères embaumés du défunt.

Tous ces objets permettent au pharaon de mener une existence heureuse dans l'au-delà. En plus de la momification, de la mise en tombeau et du dépôt d'offrandes, ce sont surtout le corps, le nom, le ka, le ba et le akh qui seront pour le roi les visas lui permettant de circuler dans l'autre monde. Le corps (khet) survit dans l'autre monde grâce à l'embaumement. Le nom (ren) est une nécessité pour exister. Le ba nourrit le défunt et lui conserve une activité sexuelle. Le ka est son énergie vitale. Et le akh représente sa part divine et lumineuse. 


Collier ousekh et contrepoids représentant un faucon aux ailes déployées en or


Pectoral, chaîne et contrepoids incrustés d'or avec scarabée en lapis-lazuli flanqué de l’uræus  

Pectoral en forme d’œil oudjat avec chaîne en or et en faïence égyptienne

Pendentif en or incrusté de pierres avec scarabée en lapis-lazuli

Pectoral en or en forme de vautour aux ailes déployées avec incrustation de lapis-lazuli, de cornaline et de verre 

Les nombreux bijoux, amulettes, bracelets et parures en tout genre étaient posés directement sur la momie ou glissés entre ses bandelettes. Ils lui permettaient de gagner l'immortalité puisque faits d'or, métal représentant pour les anciens Égyptiens la chair des dieux.

Figurine d'Horus sous les traits d'un faucon solaire - ornement de char


Figurine d'Horus sous les traits d'un faucon solaire de dos - ornement de char
Une très belle exposition que je ne saurais que trop vous conseiller. Elle présente des trésors sans nul autre pareil, qu'on n'aura pas l'occasion de revoir de si tôt en France. La beauté et la qualité des pièces m'étonne toujours pour une époque si ancienne.


Informations utiles :

Du 23 mars au 22 septembre 2019
Tous les jours de 9h à 21h
Grande Halle de la Villette
211 Avenue Jean Jaurès
75019 Paris

info@expo-toutankhamon.fr

Tarif : de 18 à 24€

Site de l'exposition ici

4 commentaires :

Anonyme a dit…

Coupe file recommandé? keisha (le monde me fait peur)

tant qu'il y aura des livres a dit…

Un peu trop loin pour moi mais c'est le genre d'exposition qui me passionnerait!
Daphné

dasola a dit…

Bonjour La chèvre grise, j'ai déjà chroniqué cette expo que j'ai en effet trouvé magnifique et bien organisée et pourtant il y a du monde. Certaines de tes photos sont plus réussies que les miennes, bravo. Bonne journée.

La chèvre grise a dit…

@ Keisha : je n'ai pas eu de problème lorsque j'y suis allée, pourtant en weekend, mais j'en avais effectivement un... Il y avait du monde dans la salle par contre, mais ça restait praticable.

@ Daphné : oui, c'était mon cas. Je me suis dit que c'était l'occasion ou jamais !

@ Dasola : difficile de faire des photos de bonnes qualités, avec les reflets, les gens partout...