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Abandon de lecture #9

Aux amours, de Loïc Demey
Éditions Buchet Chastel

L'histoire : Un homme attend une femme qui ne vient pas. Il se lance à sa poursuite en empruntant le chemin des rêveries.

Mon avis : Et pourtant, je l'ai entamé avec beaucoup d'enthousiasme ce livre de Loïc Demey dont j'ai tant aimé Je, d'un accident ou d'amour. Comme toujours avec Demey, c'est une lecture particulière et étonnante qu'on découvre. Pas une seule phrase, aucune majuscule et aucun point. Mais une succession d'idées, de pensées rendue par des bouts de phrases juxtaposées et séparées par de simples virgules. Une divagation couchée sur papier soit exactement ce qui se passe lorsqu'on peut rêvasser et qu'on saute du coq à l'âne sans avoir toujours une suite logique.

Malheureusement, j'avais moi-même tendance à furieusement divaguer pendant ma lecture, imaginant des possibles sans suivre les mots exacts de l'auteur. Et lorsque j'essayais de reprendre le fil, je ne savais plus dire si j'avais lu ou pas le passage que je reprenais. Je ne doute pas que ce texte pourra trouver son public, et je lui reconnais beaucoup de qualité, très dans le style de l'auteur, mais il n'est pas pour moi. J'attends cependant impatiemment le prochain titre !



Au bal des absents, de Catherine Dufour
Éditions Seuil

L'histoire: Claude a quarante ans, et elle les fait. Sa vie est un désert à tous points de vue, amoureux et professionnel ; au RSA, elle va être expulsée de son appartement. Aussi quand un mystérieux juriste américain la contacte sur Linkedin - et sur un malentendu - pour lui demander d'enquêter sur la disparition d'une famille moyennant un bon gros chèque, Claude n'hésite pas longtemps. Tout ce qu'elle a à faire c'est de louer la villa "isolée en pleine campagne au fond d'une région dépeuplée" où les disparus avaient séjourné un an plus tôt. Et d'ouvrir grands les yeux et les oreilles. Pourquoi se priver d'un toit gratuit, même pour quelques semaines ? Mais c'est sans doute un peu vite oublier qu'un homme et cinq enfants s'y sont évaporés du jour au lendemain.

Mon avis : Après avoir attendu longtemps de pouvoir découvrir ce roman, j’ai été plus que déçue d’en arriver à l’abandonner. Mais entre le style lourd de l’autrice et le premier tiers qui n’est fait que de références à la littérature et aux films d’horreur, racontés par Claude lors de ses recherches à la médiathèque, (références certes amusantes, mais je ne lis pas un livre pour qu’on me raconte des films et des romans déjà lus par ailleurs), je n’ai juste eu aucune envie de continuer cette histoire. J'aurais aimé aimer puisqu'on me l'a offert, mai je n'ai pas pu en venir à bout, alors que j'en avais entendu beaucoup de bien. Et aussi malgré un personnage qu’on sort fort et rendu obstiné par des rejets et injustices subis précédemment. Pour moi, je suis passée complètement à côté.


Neverhome, de Laird Hunt
Éditions Actes Sud

L'histoire : Dans la ferme de l'Indiana qui l'a vue grandir, Constance jouit d'un bonheur tranquille auprès de son compagnon. Mais lorsque la guerre de Sécession éclate et que Bartholomew est appelé à rejoindre les rangs de l'Union, c'est elle qui, travestie en homme, prend sans hésitation la place de cet époux à la santé fragile.
Ayant perdu la trace de son régiment après une bataille féroce où elle est blessée, Constance quitte son uniforme et reprend le chemin de la ferme à travers des paysages dévastés, guidée par l'amour infini qu'elle porte à son bien-aimé mais hantée par la violence de son expérience.

Mon avis : Un court roman dont je ne suis pourtant pas venue à bout. La faute au style plat avec lequel l'auteur narre à la fois les souvenirs de Constance/Ash à la ferme et les événements de la guerre. Aucun rythme, aucun relief, un ton neutre et distant en permanence. Constance est une femme forte, qui refuse de montrer ses sentiments ou ses faiblesses. De ce fait, son personnage n'a rien d'humain, rien de touchant. Alors, après une semaine à peiner à l'ouvrir et à m'endormir au bout de cinq pages, j'ai préféré arrêter.

D'un cœur léger, carnet retrouvé du Dormeur du val [Loïc Demey]

Tulisquoi m'avait fait découvrir cet auteur avec Je, d'un accident ou d'amour. Et c'est encore elle que je remercie de m'avoir signaler ce deuxième roman de Loïc Demey.

L'histoire : Un carnet a été retrouvé, il contient un journal manuscrit daté de l'été 1870. Celui d'un jeune soldat, Vincent, exalté par le tumulte à venir des champs de bataille de Moselle et follement épris de son amour, une jeune femme restée à Paris. Ce soldat est celui-là même que chacun connaît, sous la plume d'Arthur Rimbaud, comme le fameux soldat aux deux trous rouges au côté droit : le Dormeur du Val.

Mon avis : Encore un texte magnifique de Loïc Demey que je ne peux que vous encourager à découvrir ! Cette fois, il nous plonge dans l'horreur de la guerre par un petit exercice de style : donner un contexte au célèbre poème d'Arthur Rimbaud :


C'est un trou de verdure où chante une rivière, 
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


À la lecture de ce poème, on ne sait pas comment le soldat est mort : était-il déserteur ? A-t-il été abattu un peu à l'écart d'un champ de bataille ? Qui était cet homme ? D'où venait-il ? Loïc Demey le fait revivre sous nos yeux.

Pour cela, l'auteur nous retrace l'horreur de cette guerre de 1870, qu'on oublie bien souvent. C'est que la boucherie de la Grande guerre qui suivra efface tout. Pourtant tout commence bien ici, en Moselle, avec l'ordre d'attaquer les Prussiens que donne Napoléon III sur les conseils d'Eugénie. De toute la France des soldats arrivent, désireux d'en découdre, la fleur au fusil. Et comme Vincent, notre jeune soldat, ils ont d'autant plus hâte que les leurs les attendent à la maison. Pour Vincent, c'est Alice, la douce Alice, son amour.

Dans ce carnet retrouvé, les premiers mots sont tous pour dire cet amour, gigantesque, qui le constitue tout entier, avant que petit à petit l'horreur ne prenne la place. La marche, l'attente, la faim, les combats, la fatigue, la mort, la peur, la honte... Ce carnet devient carnet de déroute. Il faut reculer, il faut se sauver pour revoir Alice, la revoir à tout prix. Un fil qui se fait ténu mais persiste malgré l'horreur. C'est la seule idée qui permet de tenir dans cet enfer.

Vision d'horreur et amour fou se côtoient, le sang et la folie suintent, la mort est omniprésente et guère glorieuse. Un chant d'amour sur des champs de guerre, avec une belle recherche sur Rimbaud et sur la guerre de 1870. Les mots de Loïc Demey touchent, émeuvent, bouleversent. Une vraie perle, un auteur définitivement à suivre !

"Ainsi se nourrit la guerre, des milliers sont morts et à la fin on ignore qui est le vainqueur. Et peut-être, à bien y réfléchir, que jamais homme, aucun régiment et nul peuple, depuis les siècles des siècles, n'a jamais remporté une seule bataille." (p°60).

D'un cœur léger, carnet retrouvé du Dormeur du val, de Loïc Demey
Cheyne Éditeur
2017

Je, d'un accident ou d'amour [Loïc Demey]

L'auteur : Loïc Demey, né en Moselle en 1977, est professeur d'EPS en collège. Je, d'un accident ou d'amour est sa première publication.

L'histoire : Depuis, ma pensée se désordre. Mon langage se confusion. D’un commencement comme ça. Je voiture Adèle jusqu’à la gare de l’Est, elle se départ chez elle, distance d’ici. Bien trop lointain. Elle m’amour, je l’énormément, mais elle s’en retour. A trois centaines de kilomètres.

Mon avis : C'est chez Tulisquoi que ce petit bijou a attiré mon attention. Pourtant, en lisant chez elle la quatrième de couverture, je me suis demandée ce que c'était que ce machin. Je n'étais pas très attirée. Puis j'ai lu son billet, l'impression forte que ce texte lui avait faite. Et surtout, elle donnait un extrait qui m'a vraiment séduite. Alors, j'ai tenté.

Effectivement, les premières lignes sont perturbantes. Mais la préface aide bien à se mettre dans l'ambiance, à comprendre la logique. Les verbes, qu'ils soient conjugués ou à l'infinitif ont tous été troqués contre des adjectifs ou des adverbes, sur le modèle d'un poème de Ghérasmi Luca. On se trouve alors entre poésie et nouvelle (vu la longueur, je ne parlerai pas de roman).

Et, rapidement, la magie opère. La poésie emporte le lecteur, le bouleverse, de la même façon qu'Hadrien a été bouleversé par sa rencontre avec Adèle. Car Hadrien, pourtant en couple, est littéralement subjugué dans le jardin du Luxembourg à Paris par une jeune femme. C'est le coup de foudre. Qui va l’emmener jusqu'à perdre ses verbes.

On se laisse emporter par les sensations que ces phrases sans verbe font naître. Car le lecteur est forcément totalement investit dans sa lecture, il comble les vides, met de lui-même. Et s'approprie totalement le texte. C'est lui mais en même temps tout le monde tellement le sujet est universel.

Ça pourrait être un peu poussif, ce procédé. Et pourtant non, c'est surtout chamboulant. Un coup de cœur.

"Je me chancelant, je me trac. Elle me chuchotements d'amour à l'oreille.
La rue se nuit, le ciel se lune. Je la nue.
La pièce se sombre, je m'orage. La fermeture éclair. La robe, tonnerre. Sa tunique en l'air et ses dessous à terre. La rue se lune, le ciel se nuit. Je la nue.
Elle me peau, je la pulpe des doigts. On s'épiderme."

Je, d'un accident ou d'amour, de Loïc Demey
Cheyne Éditeur
Septembre 2014