La république du bonheur [Ito Ogawa]

Après La papeterie Tsubaki lu il y a deux ans pile, voici que Ito Ogawa reprend ses personnages là où elle les avait laissés.

L'histoire : La vie est douce à Kamakura.
Amis et clients se pressent dans la petite papeterie où Hatoko exerce ses talents d'écrivain public. Tendres, drôles ou tragiques, les destins se croisent sous son pinceau.
Hatoko s'est mariée et découvre, en compagnie de Mitsurô et de sa petite fille, les joies d'être mère au sein de leur famille recomposée : elle enseigne à l'enfant l'art de la calligraphie comme le faisait sa grand-mère et partage avec elle ses recettes des boulettes à l'armoise ou du thé vert fait maison.
Mais si Hatoko excelle dans l'art difficile d'écrire pour les autres, le moment viendra pour elle d'écrire ce qui brille au fond de son cœur.

Mon avis : On retrouve ce qui fait le charme de la plume de l’auteure, cette plongée dans le quotidien japonais.

Dans La papeterie Tsubaki, Hatoko apprivoisait le deuil et l’héritage de sa grand-mère. Ici, elle va apprivoiser la vie de famille et apprendre à devenir mère, suite à son mariage avec Mitsurô. En parallèle, elle continue à rencontrer dans sa papeterie des âmes joyeuses ou tristes, en tout cas pleines de sentiments.

Toujours avec délicatesse et sensibilité, Ito Ogawa raconte le moindre détail de l’existence de son personnage et dit le bonheur simple d’une famille qui se construit petit à petit. Si j’ai aimé ma lecture, j’ai cependant été gênée par l’impression par moment que Hatoko semble plus éprise de sa fille adoptive de que son mari. La pudeur propre à l’écriture de l’auteure y est surement pour beaucoup, éludant totalement les aspects passionnels d’une relation. Elle est tellement centrée sur cette relation qui se tisse avec QP qu’elle ne donne rien à voir sur le travail de construction d’un couple.

Et puis, pas de surprise ici, on reste dans la lignée du titre précédent, sans réel ajout à l’histoire. Un peu trop peut-être pour vraiment m’enchanter cette fois-ci. Pour autant, c’est toujours avec un réel plaisir que j’ai suivi son activité d’écrivain public et le regard que cela donne sur la société japonaise traditionnelle. Quant à ses digressions culinaires, elles sont toujours aussi savoureuses, au point de donner l’eau à la bouche !

Une belle lecture donc, mais un poil moins enthousiasmante qu’attendu.

"Penser à sa disparition était une tristesse. L'idée suffisait à me faire monter les larmes aux yeux. C'était l'homme qui avait changé mes langes. Mais si l'on prenait un peu de recul, pour embrasser du regard un monde plus vaste, il n'y avait pas forcément de quoi se laisser aller au désespoir. Parce que tout le monde, un jour, quitte son enveloppe mortelle."

La république du bonheur, d'Ito Ogawa
Traduit par Myriam Dartois-Ako
Éditions Philippe Picquier
Août 2020

Commentaires

Alex Mot-à-Mots a dit…
Lu Le restaurant de l'amour retrouvé il y a peu. Tu me donnes envie de continuer avec cette auteure.
La chèvre grise a dit…
@ Alex Mot-à-mots : j'avais beaucoup aimé "Le restaurant de l'amour retrouvé" !
Philisine Cave a dit…
C'est marrant. Tu aurais pu faire une lecture commune avec Jérôme du blog D'une berge à l'autre !