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Les carnets de l'apothicaire tome 4 [Natsu Hyûga]

La saison 2 des Carnets de l'apothicaire est sortie sur Netflix, l'occasion pour moi de revoir la première, de me replonger pleinement dans cette ambiance et d'avoir une furieuse envie de renouer avec ces personnages. J'ai donc ouvert le tome 4.

L'histoire : Que de changements ! Dame Gyokuyo a été sacrée impératrice et Mao Mao ne travaille plus à la cour intérieure. En effet, la jeune fille est retournée au quartier des plaisirs reprendre l'herboristerie de son père adoptif, Luomen. Quant à Jinshi, il n'est plus l'intendant du hougong. Impossible pour lui, après avoir mené la bataille visant à mater la rébellion du clan Shi, de continuer à se cacher derrière sa fausse identité d'eunuque. Si la situation semble s'être apaisée à la capitale impériale, les ennuis continuent de suivre Mao Mao et cette fois, tout le pays est menacé. Lorsque l'apothicaire est sommée de prendre part à une rencontre diplomatique entre l'empire et ses voisins occidentaux, elle n'a d'autre choix que d'obéir. Mais le voyage vers l'Ouest ne sera pas de tout repos...

Mon avis : Petite baisse de qualité sur ce tome-ci que j'ai trouvé moins mordant que les précédents. Est-ce parce qu'il faut relancer les intrigues qui ont toutes ou presque été soldées lors du time 3 ? Peut-être. 

Ici donc, voici Mao Mao exclue du hougong, dont on ne saura rien des agitations qui y ont lieu. On se concentre sur une nouvelle intrigue basée sur une épidémie à venir de sauterelles, entraînant avec elle la famine. En parallèle, Jinshi ne peut plus se cacher derrière un costume d'eunuque et doit pleinement assumer ses responsabilités de fils cadet impérial.  Dans ce contexte, un voyage dans les terres de l'Ouest est décidé. On se doute que la route ne sera pas de tout repos.

Mao Mao est-elle totalement incapable de concevoir ce qui se passe entre elle et Jinshi ? J'avoue être agacée de ne pas savoir ce qu'elle en pense réellement alors qu'on sait tout de ses pensées sur les autres sujets. A écouter les autres autour d'elle, elle si fine en général, ne peut pas ne pas savoir que Jinshi lui porte un intérêt qui dépasse sa simple utilité comme pion politique. Ca donne un côté bancal au récit qui est désagréable au bout d'un moment et rend peu crédibles certaines situations. Elle s'obstine dans son incompréhension et ne progresse absolument pas, dans un sens ou dans l'autre. Un peu rigide la demoiselle !

La relation entre les deux prend d'ailleurs des aspects "red flag" (je passe sur la polémique de traduction initiale proposée par la maison d'édition). Ce n'est pas dérangeant en soit puisqu'on s'imagine bien à l'époque que le consentement de la femme n'était pas au cœur des préoccupations de ces messieurs. Juste que le récit étant adressé à de jeunes lecteurs, il faudrait peut être prendre quelques précautions pour reposer le contexte.

J'attends de voir sur le prochain tome si la psychologie de Mao Mao progresse pour savoir si je continue ou non la série des romans.


Les carnets de l'apothicaire, tome 4, de Natsu Hyûga
Traduit par Jean-Baptiste Flamin et Sasha Boucheron
Éditions Lumen
Août 2024

Au prochain arrêt [Hiro Arikawa]

En 2021, j'avais déjà lu le très connu Mémoires d'un chat de Hiro Arikawa. Celui-ci, paru juste après, en 2008, a été adapté au cinéma.

L'histoire : Au Japon, sur la ligne Hankyū Imazu, reliant Takarazuka à Nishinomiya, au gré des huit gares desservies, des femmes et des hommes montent et descendent, chacun avec son histoire, chacun perdu dans ses pensées et dans les nœuds de son existence.
Dans ce décor invariable et pourtant mouvant, des vies vont ainsi s'entrechoquer et être profondément changées. À chaque arrêt, de nouveaux passagers s'installent, se parlent, se lient. Et, d'un trajet à l'autre comme d'une saison à l'autre, le lecteur se fait l'observateur des paysages nouveaux et des multiples trajectoires qu'auront prises ces destins croisés.

Mon avis : Voici une œuvre originale puisqu'il s'agit d'un huis clos ferroviaire, qui nous fait passer de personnages en personnages, au gré des croisement des voyageurs. A chaque arrêt, des passagers montent et d'autres descendent. Ils s'observent, se parlent parfois. 

J'ai beaucoup aimé retrouver certains d'entre eux brièvement aperçus. Cela permet au lecteur de changer de point de vue sur une situation ou une personnalité et créé clairement un lien entre toutes ces petites histoires. Cela apporte également beaucoup de rythme. Avec la construction en deux parties, aller puis retour, on peut aussi voir évoluer les personnages dans le temps, et savoir quelle est leur vie six mois après.

Pour le reste, il s'agit d'un bon roman feel-good comme les auteurs japonais savent en faire et qui sont beaucoup (trop?) mis en avant ces temps-ci. Avec le talent d'Hiro Arikawa pour inviter à l'observation de la nature, à l'écoute de soi et à la magie des rencontres. Le lecteur observe les paysages qui changent et les gens avec eux. Les trajectoires de vie se dessinent, jamais rectilignes, jamais toute tracées d'avance.

Un très beau roman.


Au prochain arrêt, de Hiro Arikawa
Traduit par Sophie Refle
Éditions Actes Sud Babel
Mai 2023

Les carnets de l'apothicaire tome 3 [Natsu Hyûga]

En juillet je vous parlais du tome 2 des Carnets de l'apothicaire. Il n'aura pas fallu longtemps pour que je lise ce troisième tome, comme annoncé.

L'histoire : Mao Mao ne sait plus où donner de la tête. Que ce soit au pavillon de Jade ou aux quatre coins de la cour intérieure, ses talents d'apothicaire sont en permanence sollicités. Mais quand la grossesse de dame Gyokuyo se complique, la jeune fille se rend à l'évidence : elle va avoir besoin d'aide. Le problème, c'est qu'il va lui falloir faire appel à quelqu'un qui n'est plus le bienvenu au palais impérial...

Sa carrière d'enquêteuse en herbe n'est par ailleurs pas en reste. Bien malgré elle, Mao Mao commence à établir des liens entre des incidents qui, à première vue, n'ont rien à voir entre eux : le dernier passage d'une caravane de marchands, l'arrivée de nouveaux eunuques au hougong, le renvoi d'une première dame de compagnie... Pas de doute, cette affaire risque, une nouvelle fois, d'être bien plus dangereuse que ce à quoi elle s'attendait.

Mon avis : C'est donc avec grand plaisir que j'ai retrouvé Mao Mao, Jinshi et tous les autres personnages ainsi que les traits d'humour dus aux réactions pince-sans-rire de notre jeune apothicaire. C'est toujours aussi savoureux de voir le décalage entre ses centres d'intérêt et ce qui fascine le commun des mortels. Jinshi continue de s'inquiéter pour elle tout en étant bien en peine de le montrer ouvertement. Et ce tome va nous révéler pourquoi, même si on s'en doutait fortement. On voit  cependant mal comment la situation pourrait vraiment tourner à son avantage.

La particularité de ce tome tient à ce qu'à la moitié, il sort des anecdotes de cour pour se focaliser sur une intrigue principale. Ce découpage est un peu perturbant, d'autant que l'enlèvement de Mao Mao et ses péripéties dans les provinces est vraiment long, sans qu'il ne se passe grand chose ni que l'humour intervienne particulièrement. Le ton est en effet plus grave et cela manque de légèreté. En tout cas, il y a une vraie dichotomie entre les deux parties, la seconde étant clairement plus adulte.

A voir comment tout cela évolue dans le prochain tome, qui est déjà dans ma PAL.


Les carnets de l'apothicaire, tome 3, de Natsu Hyûga
Traduit par Jean-Baptiste Flamin et Sasha Boucheron
Éditions Lumen
Mai 2024

Couteau et piment vert [Yuki Isoya]

L'autrice : Yuki Isoya est une mangaka japonaise.

L'histoire : Printemps 1951. Fille aînée de la Maison Kuwanoki, un restaurant traditionnel de Kyôto, Ichika, 34 ans, a perdu son époux durant la guerre. Travaillant désormais comme chef de partie dans un hôtel où résident de nombreux Américains qui occupent encore le territoire japonais, elle espère pouvoir se consacrer un jour entièrement à la cuisine.

Mais pour échapper à la faillite, les Kuwanoki doivent conclure une alliance matrimoniale avec une influente famille d’Osaka. Cependant, le mariage arrangé à l’origine entre la sœur d’Ichika et l’un des fils de cette famille tourne court lorsque les deux promis se désistent, obligeant finalement Ichika à épouser Amané, 19 ans, le benjamin de la fratrie.

Mon avis : Après avoir découvert le coup de cœur Hirayasumi de Keigo Shinzo, j'ai été tentée par cette autre série publiée par le Lézard noir, Couteau et piment vert. J'ai eu la chance de gagner les deux premiers tomes lors d'un concours organisé par le maison d'éditions. Et j'ai été très séduite par cette romance qui se passe dans un contexte historique très original. Il y est question de la place de la femme dans la société japonaise du début des années 50, encore sous domination américaine et qui se remet à peine des conséquences de la Seconde guerre mondiale.

C'est plein de douceur, de délicatesse dans la relation entre les deux personnages, mais aussi de dureté car la réalité est compliquée et complexe. Un mariage arrangé, un restaurant au bord de la faillite, une nécessité de changer et de faire évoluer les traditions. Les deux époux ont des caractères assez éloignés mais qui au final se complètent plutôt bien. Ils sont très touchants, elle dans sa retenue, lui dans sa façon de la bousculer pour la faire avancer. Son âge aidant sûrement, Amané s'avère très moderne et c'est lui qui lutte pour qu'Ichika prenne toute la place qui lui revient en cuisine. Il est bien conscient qu'il n'est qu'un instrument pour elle, et c'est lui-même qui l'incite à se servir de cette situation pour tirer son épingle du jeu. Car Ichika a osé pousser les portes de restaurant américain afin d'avoir du travail, là où il se trouvait, et de pouvoir vivre de sa passion pour la cuisine, même si l'occupant n'est pas bien vu.
Je parlais de romance, mais il ne faut pas s'attendre à une débauche de sentiment. Ici, c'est plus tout une palette d'émotions qui nous est donnée à voir, et on soupçonne forcément que l'amour finira bien par en faire partie. Mais de cela, il n'est clairement pas question pour l'instant. C'est bien l'aspect historique qui prend ici toute la lumière : un Japon englué dans des traditions ancestrales ; le poids de la morale et de la bienséance, blesser dans son orgueil par la défaite et par l'occupation américaine ; la nécessité de survivre et de se relever et de reconstruire une société plus moderne. Ce pourrait être déjà passionnant. Mais en plus, Yuki Isoya ajoute ici toute une partie où ses deux protagonistes trouvent dans cette situation forcée une forme de liberté et la possibilité de s'émanciper : Ichika peut ainsi prendre les rennes du restaurant familial et Amané se détache de l'emprise de sa famille qui lui pèse et dont il ne partage pas les ambitions 

Une très belle découverte, un coup de cœur ❤️. 


Couteau et piment vert, de Yuki Isoya
Éditions Le Lézard noir
Juin 2024

Les carnets de l'apothicaire, tome 2 [Natsu Hyûga]

Fin d'année dernière, j'avais adoré ma lecture du premier tome du light novel Les carnets de l'apothicaire de Natsu Hyûga. Ce n'était donc qu'une question de temps, court, avant que je ne cède à la lecture du deuxième tome. Le troisième est déjà dans ma PAL.

L'histoire : Même lorsque tout semble aller pour le mieux à la cour intérieure, le danger rôde... Et Mao Mao en sait quelque chose ! Chargée de veiller sur la grossesse de dame Gyokuyo, la jeune apothicaire va devoir mettre à profit tous ses talents – et user de la plus grande discrétion, car le secret ne doit absolument pas être éventé. Or, dans le quartier des femmes du palais impérial, les complots et les coups bas se pratiquent aussi couramment que le badinage et la cérémonie du thé.

Si des menaces semblent poindre à chaque coin de rue, notamment avec l'arrivée d'une caravane de marchands de passage en ville, Mao Mao veille au grain – rien n'échappe à son œil acéré. De son côté, le mystérieux Jinshi continue d'être accaparé par les affaires politiques : deux ambassadrices étrangères semblent avoir jeté leur dévolu sur l'empereur, ce qui n'est pas au goût de tout le monde....

Mon avis : C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai retrouvé l'ambiance du hougong et des intrigues politiques qui perturbent la vie en apparence seulement si paisible de ses habitantes. Car tout est une question de pouvoir. Et Mao Mao ne souhaite pas y être mêlée. Malheureusement, son fabuleux esprit de déduction et ses connaissances en pharmacopée sont régulièrement mis à contribution par divers notables de l'Empire. Si elle mène donc certaines enquêtes à contrecoeur, elle s'investit par contre pleinement dans d'autres, créant un décalage très amusant. Chaque épisode pourrait être pris séparément mais forme une toile complexe de relations entre toute cette société où il peut être difficile de naviguer sans perdre des plumes.

Pour les intrigues évoquées, j'en connaissais une bonne partie pour avoir lu le manga et suivi l'anime de Netflix. Il n'empêche qu'il y a quelques nouveautés et surtout beaucoup plus de détails, format roman oblige. Notre protagoniste est toujours aussi attachante, avec sa personnalité si particulière et son ton décalé. Il n'y a pas beaucoup d'interventions de Jinshi, exception de la fin du roman qui nous révèle un aspect si important du personnage. Je ne vais clairement pas attendre 6 mois avant de lire la suite ! 

Côté bémol, toujours la même chose : il y a des ellipses ou des erreurs de traduction, je ne sais dire, qui donnent parfois l'impression de sauter du coq à l'âne avant que le lien ne se fasse plus tardivement dans le paragraphe. C'est un peu perturbant, mais rien de rédhibitoire. 


Les carnets de l'apothicaire tome 2, de Natsu Hyûga
Traduit par Jean-Baptiste Flamin et Sasha Boucheron
Éditions Lumen
Février 2024

Les carnets de l'apothicaire [Natsu Hyûga]

L'auteur
: Natsu Hyûga est un auteur japonais de light novels. Publié initialement en ligne en 2011, Les carnets de l'apothicaire rencontre un tel succès qu'il est rapidement édité en version papier avant d'être décliné en manga et anime.

L'histoire : À dix-sept ans, Mao Mao mène une vie dangereuse. Formée dès son plus jeune âge par un apothicaire des bas-fonds de la capitale, elle se retrouve enlevée et vendue comme servante dans le quartier des femmes du palais impérial. Pour échapper à la mort dans cette forteresse coupée du monde extérieur où complots et machinations se succèdent, la jeune fille doit cacher ses connaissances – bref, se fondre dans la masse.
Mais quand les morts suspectes de princes nouveau-nés mettent la cour en émoi, la passion de Mao Mao pour son art reprend le dessus. À force d’observation, elle découvre le pot aux roses... et se retrouve repérée par Jinshi, un mystérieux haut fonctionnaire à la beauté étrange. Devinant ses talents, il la promeut goûteuse personnelle d’une des favorites de l’empereur. Or, au beau milieu de ce nid de serpents, le moindre faux pas pourrait être fatal à la jeune fille...

Mon avis : Il y a deux ans, je découvrais le manga Les carnets de l'apothicaire, tiré de cette série de romans japonais. Et j'ai beaucoup aimé, au point de suivre régulièrement les parutions des tomes suivants à la médiathèque. Et au point de m'intéresser à l'oeuvre originelle. Je craignais un peu un roman trop jeunesse pour moi, mais j'avais tort. Ici, tout est parfaitement dosé : les personnages et leur psychologie, les différentes péripéties de Mao Mao, les rebondissements. Ce gros pavé se dévore tout simplement. J'ai même trouvé que l'ensemble était plus abouti que les mangas parce qu'on va plus en profondeur, là où le format illustré va forcément plus vite. Bon, ceci dit, cela reste de la littérature jeunesse par la construction très répétitive des chapitres : un mystère ou une demande insolite, Mao Mao qui s'exécute, puis l'explication finale.

Ce qui fait le charme, c'est aussi l'aspect historique. On découvre ici les arcanes du pouvoir impérial chinois ou plus précisément des us et coutumes de la cour à l'époque de l'empereur et de ses concubines. Les jeux de pouvoir, les rites, les découvertes médicales... Mao Mao fait une étonnante apothicaire, surprenante et drôle, avec son caractère entier et peu enclin aux compromis. J'ai envie de voir comment l'auteur va faire évoluer son personnage.

Petit bémol : quelques coquilles et lourdeurs de traduction je pense. Mais rien qui ne gâche réellement la lecture.


Les carnets de l'apothicaire, tome 1, de Natsu Hyûga
Traduit par Laureline Chaplain et Ombeline Marchon
Éditions Lumen
Août 2022

La librairie Morisaki [Satoshi Yagisawa]

L'auteur
: Né en 1977, Satoshi Yagisawa est un écrivain japonais. La librairie Morisaki est son premier roman, récompensé par le Prix Chiyoda en 2008 et porté à l’écran.

L'histoire : Takoko a le cœur brisé par Hideaki, l'homme qu'elle aime, lui annonce ses fiançailles avec une autre. Dévastée, la jeune femme ne supporte plus de le croiser au travail et démissionne. Takako a bien du mal à remonter la pente... jusqu'au jour où elle reçoit un coup de téléphone de son oncle Satoru, qu'elle n'a pas revu depuis de nombreuses années. L'homme, un peu excentrique, est à la tête d'une vieille librairie d'occasion, implantée à Jinbôchô, le quartier des bouquinistes à Tokyo. Il lui propose de venir l'aider, et même de s'installer au premier étage de la boutique. Voyant enfin l'avenir lui sourire, Takako accepte et découvre parmi tous ces livres un nouveau langage qui lui était jusque-là inconnu.

Mon avis : Les romans japonais que je lis sont souvent des tranches de vie où des personnages un peu cabossés prennent le temps de se remettre sur pied. Je profite alors de la lecture pour découvrir toujours un peu plus la culture japonaise et je savoure souvent la plume pleine de délicatesse des auteurs ou autrices qui disent souvent beaucoup en peu de mots, avec pudeur.

J'avoue qu'ici, j'ai été déçue avec cette Librairie Morisaki car pour moi l'auteur ne dit rien de plus que ce qu'il dit, même s'il reste pudique sur les sentiments exposés. Cela manque de finesse, de sensibilité pour prendre vraiment. On est loin du style si délicat d'Aki Shimazaki par exemple.

Quand au récit lui-même, il est composé de deux parties distinctes. La première, annoncée dans la quatrième de couverture, raconte l'histoire de Takako qui trouve sa résilience dans le refuge de la librairie de son oncle, une librairie d'occasion spécialisée dans les auteurs japonais modernes. La seconde évoque le retour de sa tante qui avait quitté le domicile conjugale sans explication ; Takako va être mandatée par son oncle pour lui tirer les vers du nez. Cette deuxième histoire, si elle est intéressante, s'éloigne de la trame principale comme si l'auteur cherchait un prétexte pour ramener son personnage principal dans la librairie une fois que Takako a retrouvé son équilibre.

Une lecture facile et agréable mais qui au final manquera un peu de saveur à mon goût.


La librairie Morisaki, de Satoshi Yagisawa
Traduit par Déborah Pierret-Watanabe 
Éditions Hauteville
Septembre 2023

Les lectures des otages [Yôko Ogawa]

Après ma lecture il y a quelques mois de La formule préférée du professeur de Yoko Ogawa qui ne m'avait pas pleinement convaincue, je n'ai pas tardé à sortir le deuxième ouvrage de l'autrice que j'avais dans ma PAL.

L'histoire : Huit touristes étrangers sont pris en otages. Après une importante mobilisation médiatique, l'attention de la presse internationale se détourne. Seule une ONG présente dans la région poursuit sa mission et parvient à introduire un minuscule enregistreur dans une boîte de premiers soins transmise aux captifs.
À l'intérieur de la cabane, chacun a d'abord écrit son histoire, comme un jeu de cartes, un moyen de se distraire. Et puis, quand le papier est venu à manquer, chacun a gravé la pierre, le bois. Désormais, tous les soirs à la même heure, l'un des otages prend la parole. À des kilomètres de là, un casque sur les oreilles, un jeune homme écoute des voix qu'il ne connaît pas.
Il sait qu'il y a là ce qu'il reste des hommes lorsque plane l'ombre de la fin. Huit récits, huit souvenirs de basculement de vie, huit lectures enregistrées, rapportées, inconsciemment léguées au monde des vivants.

Mon avis : Le pitch, vraiment macabre, n'est qu'un prétexte très factice pour nous conter huit tranches de vie très différentes les unes des autres, mais qui ont toute pour but de célébrer la vie de ceux qui les ont vécues, justement. Ces moments, ce sont les personnages qui ont choisi de les raconter comme étant les plus représentatifs d'un tournant qu'ils ont connu dans leur existence. Une fillette qui secourt un ouvrier obèse, un garçon qui invite sa voisine à cuisiner un consommé, une jeune femme partage de biscuits avec sa logeuse... Des situations diverses, des personnages qui n'ont rien en commun si ce n'est d'avoir vécu un moment comme suspendu. Comme si l'extraordinaire pouvait venir de l'ordinaire le plus simple.
 
Les récits sont tous ciselés au plus juste, suspendant le lecteur pendant quelques pages, dans un monde à mi-chemin entre rêve et réalité. L'étrange s'insinue dans la routine quotidienne, juste ce qu'il faut pour déstabiliser très légèrement le lecteur, sans aller jusqu'au réalisme magique duquel je ne suis pas fan. Bien que je ne sois pas non plus une amatrice de nouvelles, la plume d'Ogawa fait vraiment merveille pour plonger très vite son lecteur dans l'histoire qu'elle raconte. Du coup, j'ai plutôt bien apprécié cette lecture, qui m'avait été conseillée par une cliente au détour d'une déambulation dans les rayons d'une librairie.


Les lectures des otages, de Yôko Ogawa
Traduit par Martin Vergne
Éditions Actes Sud Babel
Mai 2021

La formule préférée du professeur [Yôko Ogawa]

L'auteur
: Née en mars 1962, Yôko Ogawa est une auteure japonaise.

L'histoire : Une aide ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d'une soixantaine d'années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l'autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes.

Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter - le professeur oublie son existence d'un jour à l'autre - mais c'est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d'attention qu'elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans. Commence alors entre eux une magnifique relation. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-ball, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur...

Mon avis : Voici l'histoire d'une étrange amitié. Celle d'une aide-ménagère embauchée pour prendre soin d'un vieux professeur à la mémoire défaillante. La relation qu'ils nouent est basée sur les mathématiques : le professeur fait preuve de beaucoup de pédagogie pour expliquer et l'aide-ménagère est toujours curieuse d'apprendre. Cette relation va même s'enrichir au travers du fils de la jeune femme, qui empêche le professeur de rester totalement enfermé dans son monde. Curieux, l'enfant sait poser les questions les plus naïves qui vont faire réagir le vieil homme. Ce dernier aborde les mathématiques d'une façon très poétique. On découvre ou redécouvre les nombres premiers, parfaits, premiers jumeaux, amicaux... Même si vous n'en êtes pas féru, ne soyez pas découragé de prime abord, ce serait dommage.

C'est un roman qui parle de mémoire bien sûr mais surtout de transmission et d'amitié. D'une génération à l'autre, un lien se tisse parfois sous la forme la plus improbable qui soit. La plume de Yôko Ogawa a une certaine pudeur, d'autres pourraient parler de froideur. Elle tient le lecteur un peu à distance, comme s'il observait en catimini, et l'empêche d'être trop impliqué émotionnellement dans les épisodes plus dramatiques. Il est rare que les auteurs japonais fassent dans l'étalage des sentiments mais il est vrai qu'ici c'est particulièrement flagrant. Du coup, c'est un roman en demi-teinte pour moi : si j'ai apprécié le propos, le style me laisse quelque peu sur ma faim ici.


La formule préférée du professeur, de Yôko Ogawa
Traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle
Éditions Actes Sud Babel
Janvier 2008

Le Meurtre du Commandeur, livre 1 ; une idée apparaît [Haruki Murakami]

L'auteur
: Né en janvier 1949, Haruki Murakami est un écrivain japonais, auteur de plusieurs romans à succès traduits dans de multiples langues.

L'histoire : Quand sa femme lui annonce qu'elle souhaite divorcer, tout s'effondre. Artiste en panne d'inspiration, le narrateur ressent le besoin de s'éloigner du monde pour se retrouver. Il s'exile alors au cœur des montages, dans une maison isolée, ancienne propriété d'un artiste de génie, Tomohiko Amada. Un jour, le narrateur reçoit une proposition alléchante de Wataru Menshiki, un riche homme d'affaires qui lui demande un portrait. Mais quelque chose chez l'homme résiste à la représentation. Une nuit, il découvre un tableau dans le grenier, une œuvre d'une grande violence, le meurtre d'un vieillard, comme tirée du Don Giovanni de Mozart. C'est Le Meurtre du Commandeur. Cette peinture obsède le narrateur, et va le pousser aux frontières du réel."

Mon avis : Autour du thème central des ressorts de la création artistique, on retrouve ceux chers à l’auteur : le réalisme où surviennent des éléments magiques, avec des protagonistes qui ne semblent pas étonnés plus que ça, des personnages peu sociaux, l’importance de la musique (ici les opéras), une sexualité explicite. Le tout avec un style très simple et facile d’accès. Et avec, caractéristique souvent de la littérature nippone, un grand souci du détail dans la description du quotidien et des sensations.

Alors, qu’est ce qui m’a déplu ? Le personnage principal déjà, tout à fait quelconque. Sans charisme, sans esprit, sans envergure. Il a beau nous raconter sa vie, et même si on se laisse plaisamment porter par la belle plume de l’auteur, je me fiche de savoir ce qui va lui arriver. En fait, je pense que le vrai problème ici c’est l’histoire : la question de la création artistique et du pouvoir d’un tableau sur la vie d’un être a déjà été traitée par ailleurs et je n’ai pas lu quelque chose qui m’a réellement emballée. Et puis, je ne suis pas une grande amatrice du réalisme magique non plus, alors... je savais en commençant cette lecture qu'il y avait peu de chance pour que je sois conquise

Ce à quoi je ne m'attendais pas cependant, c'est le défaut des répétitions. Le roman pourrait faire deux cents pages de moins facilement. J’aime quand la littérature prend son temps de poser l’ambiance, mais là, Murakami répète à plusieurs reprises des explications fournies précédemment, à destination d’un autre interlocuteur. Et le lecteur de relire tout le fil alors qu’il le sait déjà. Ça a une furieuse tendance à m’agacer ce genre de défaut.

Le Meurtre du Commandeur, livre 1 : une idée apparaît, de Haruki Murakami
Traduit par Hélène Morita avec la collaboration de Tomoko Oono
Éditions 10/18
Septembre 2019

Les mémoires d'un chat [Hiro Arikawa]

L'auteur
: Hiro Arikawa est une autrice japonaise née en juin 1972. Elle est connue pour sa série Library wars

L'histoire : Un chat de gouttière au franc-parler et rompu au langage des humains a pris ses quartiers dans le parking d'un immeuble de Tokyo. Pour rien au monde il ne troquerait sa liberté contre le confort d'un foyer. Mais le jour où une voiture le percute, il est contraint d'accepter l'aide de Satoru, un locataire de l'immeuble, qui le soigne, lui attribue un nom - Nana - et lui offre la perspective d'une cohabitation durable.
Cinq ans plus tard, des circonstances imprévues obligent Satoru à se séparer de Nana. Anxieu de lui trouver un bon maître, il se tourne vers d'anciens camarades d'études, disséminés aux quatre coins du Japon. Commence alors pour les deux compères une série de voyages et de retrouvailles qui sont pour Nana autant d'occasions de découvrir le passé de Satoru et de nous révéler - à sa manière féline - maints aspects de la société japonais.

Mon avis : C’est avec l’idée de piocher un peu plus dans ma PAL ancienne que j’ai sorti ce titre de mes étagères. Et bien m’en a pris car ce fut une lecture toute en délicatesse mais pleine d’émotions qui m’a vu tourner les dernières pages les larmes aux yeux.

Nous suivons donc Nana, tout jeune chat errant, qui se fait adopter par Satoru. Au bout de quelques années, le jeune homme doit malheureusement s’en séparer et se lance donc à la recherche de l’adoptant idéal, en faisant le tour de ses amis. L’occasion d’un presque roadtrip qui va permettre au lecteur de revenir sur la jeunesse de Satoru et de découvrir les règles qui régissent la société japonaise, à hauteur de chat.

Un point de vue original donc qui permet de jouer l’étonnement et l’incompréhension de règles sociales souvent traditionnelles et difficilement explicables. Le chat s’avère un narrateur parfois caustique, souvent plein d’humour et toujours très empathique. Si une bonne partie de l’œuvre est donc comptée par Nana, quelques incursions dans la tête des personnages humains ou retours à un narrateur omniscient permettent toutefois de préciser l’histoire. Un petit détail m’a gênée ceci dit : lorsque le chat est narrateur, il fait des fautes sur les doubles négations. Je ne sais pas si c’est le fait de la traduction, mais soit il faut plus que ce seul artifice pour faire passer un rapprochement avec le langage humain oral, soit il s’agit simplement d’une erreur malencontreuse qui m’a plus d’une fois frappée.

Surprenant roman donc, qui parle d’amitié et de la force du lien entre l’Homme et l’animal avec beaucoup d’ingéniosité. Le rôle du chat est bien plus qu’une simple originalité ici : il guide, apaise, console, amuse, éduque aussi, ses congénères comme les humains autour de lui. C’est un facilitateur de parole ; il permet sans honte de dévoiler ses sentiments, de s’ouvrir enfin.

Un très beau roman.


Les mémoires d'un chat, d'Hiro Arikawa
Tradtuit par Jean-Louis de La Couronne
Éditions Actes Sud
Juin 2017

La république du bonheur [Ito Ogawa]

Après La papeterie Tsubaki lu il y a deux ans pile, voici que Ito Ogawa reprend ses personnages là où elle les avait laissés.

L'histoire : La vie est douce à Kamakura.
Amis et clients se pressent dans la petite papeterie où Hatoko exerce ses talents d'écrivain public. Tendres, drôles ou tragiques, les destins se croisent sous son pinceau.
Hatoko s'est mariée et découvre, en compagnie de Mitsurô et de sa petite fille, les joies d'être mère au sein de leur famille recomposée : elle enseigne à l'enfant l'art de la calligraphie comme le faisait sa grand-mère et partage avec elle ses recettes des boulettes à l'armoise ou du thé vert fait maison.
Mais si Hatoko excelle dans l'art difficile d'écrire pour les autres, le moment viendra pour elle d'écrire ce qui brille au fond de son cœur.

Mon avis : On retrouve ce qui fait le charme de la plume de l’auteure, cette plongée dans le quotidien japonais.

Dans La papeterie Tsubaki, Hatoko apprivoisait le deuil et l’héritage de sa grand-mère. Ici, elle va apprivoiser la vie de famille et apprendre à devenir mère, suite à son mariage avec Mitsurô. En parallèle, elle continue à rencontrer dans sa papeterie des âmes joyeuses ou tristes, en tout cas pleines de sentiments.

Toujours avec délicatesse et sensibilité, Ito Ogawa raconte le moindre détail de l’existence de son personnage et dit le bonheur simple d’une famille qui se construit petit à petit. Si j’ai aimé ma lecture, j’ai cependant été gênée par l’impression par moment que Hatoko semble plus éprise de sa fille adoptive de que son mari. La pudeur propre à l’écriture de l’auteure y est surement pour beaucoup, éludant totalement les aspects passionnels d’une relation. Elle est tellement centrée sur cette relation qui se tisse avec QP qu’elle ne donne rien à voir sur le travail de construction d’un couple.

Et puis, pas de surprise ici, on reste dans la lignée du titre précédent, sans réel ajout à l’histoire. Un peu trop peut-être pour vraiment m’enchanter cette fois-ci. Pour autant, c’est toujours avec un réel plaisir que j’ai suivi son activité d’écrivain public et le regard que cela donne sur la société japonaise traditionnelle. Quant à ses digressions culinaires, elles sont toujours aussi savoureuses, au point de donner l’eau à la bouche !

Une belle lecture donc, mais un poil moins enthousiasmante qu’attendu.

"Penser à sa disparition était une tristesse. L'idée suffisait à me faire monter les larmes aux yeux. C'était l'homme qui avait changé mes langes. Mais si l'on prenait un peu de recul, pour embrasser du regard un monde plus vaste, il n'y avait pas forcément de quoi se laisser aller au désespoir. Parce que tout le monde, un jour, quitte son enveloppe mortelle."

La république du bonheur, d'Ito Ogawa
Traduit par Myriam Dartois-Ako
Éditions Philippe Picquier
Août 2020

Un zoo en hiver [Jirô Taniguchi]

L'année dernière, je tentais de lire le dernier ouvrage de Jirô Taniguchi, laissé inachevé, La forêt millénaire, sans réussir à entrer dans cet embryon d'histoire. Je ne pouvais en rester là avec le maître japonais. J'ai donc emprunté Un zoo en hiver à la bibliothèque.

L'histoire : Kyôto, 1966. Le jeune Hamaguchi travaille chez un fabricant de textile. Mais lassé de ne pouvoir y assouvir sa passion pour le dessin, il démissionne et part pour Tôkyô. Il y découvre, en même temps qu'un studio de mangas qui lui donne sa chance, la vie nocturne des milieux artistiques de la capitale. Mais le travail d'assistant mangaka est éreintant et Hamaguchi comprend vite qu'on y trouve difficilement le temps et l'énergie pour se consacrer à des œuvres personnelles.

Mon avisUn zoo en hiver est une sorte de manga d’apprentissage puisque le personnage principal, au gré de ses rencontres, va entrer dans l’âge adulte. On retrouve ici le charme un peu suranné des histoires habituelles de Taniguchi, qui mélangent parfois des aspects autobiographiques, avec cette fois l’expérience d’un jeune mangaka dans lequel il est facile de voir l’auteur. Entre Hamaguchi et Taniguchi, la proximité est réelle.

Et puis, c’est très intéressant de découvrir l’envers du décor de la production de manga. On découvre un Kondô qui se contente des grandes lignes et laisse à ses assistants le gros du travail, alors que seul son nom figure sur la couverture. C’est propre à générer une frustration qui éclate à tour de rôle chez chacun des assistants, prenant des formes différentes. Pour Hamaguchi, cela se traduit essentiellement par un manque de motivation pour travailler à sa propre œuvre.

Il se dégage du récit assez lent, qui prend le temps de l’introspection, une forme de poésie courante dans les récits japonais, une sérénité et une douceur de vivre évidente, malgré les périodes de stress lorsque le travail doit être terminé. Pourtant, cela parait parfois trop lent justement : peu d’actions et des sentiments assez lisses font que l’histoire peine à trouver du relief.

Autres réserves : j'ai trouvé qu’entre la première partie, justifiant le titre de l’œuvre, et le reste, il y avait peu de cohérence. Quels sont les impacts de cette première expérience professionnelle sur la vie de l’auteur ? En quoi cela l’a-t-il amené à modifier son avenir ? Ce n’est pas très évident et le récit aurait pu directement commencé sur cette deuxième expérience. De plus, la parenthèse sentimentale me semble assez dispensable.

Bref, un bon moment de lecture mais on est loin du chef d'oeuvre qu'est Quartier lointain.

Un zoo en hiver, de Jirô Taniguchi
Traduit par Corinne Quentin
Éditions Casterman
Juin 2009

Battle royale [Koushun Takami]

L'auteur : Koushun Takami est un écrivain japonais né en 1969. Il a été journaliste pendant 5 ans avant de se tourner vers la fiction en publiant son premier roman Battle Royale en 1999.

L'histoire : Dans un pays asiatique imaginaire existe un programme gouvernemental connu sous le nom de "Battle royale". Chaque année, une classe de 3e est choisie au hasard, emmenée sur une île coupée du monde, et les collégiens doivent combattre entre eux jusqu'au dernier survivant...
Ceci afin de servir d'exemple à la population, à la jeunesse particulièrement, et aussi de recueillir des statistiques sur le temps mis par le champion à éliminer ses camarades.

Mon avis :  Le résumé vous rappelle furieusement quelque chose n’est-ce pas ? Et pourtant Suzanne Collins a dit à de multiples reprises qu’elle ne s’était pas inspirée de ce roman japonais. Bon, les similitudes sont nombreuses, et quand on connait Hunger games, la surprise n’est plus vraiment là à la lecture, forcément. Alors, où trouver un intérêt dans la lecture de ce roman ?

D’abord parce qu’il y a des relents de 1984 : il est question de politiques intérieure et extérieures. L’armée et la police sont toutes puissantes, menant des exactions comme elle l’entendent, en fonction des purges commandées par le gouvernement. La population, encouragée à produire, augmente le PNB du pays et s’offre ainsi une vie confortable, qui annihile toute volonté de s’opposer. Les informations provenant de l’extérieur tout comme les importations de produits étrangers, musique, vêtements et autre, sont strictement contrôlés et très limités. L’antiaméricanisme est très développé. C’est dans ce contexte que le gouvernement créé le Programme 68, une expérimentation qui a lieu chaque année, dans chaque préfecture du pays : une classe de 3e est tirée au sort, menée dans une zone évacuée et les membres de la classe sont contraints de s'entre-tuer. La raison d’être du Programme est un des sujets souvent discutés par les protagonistes que nous suivons mais la principale semble être d’empêcher toute velléité de rébellion en limitant la confiance que peut avoir un japonais envers un autre.

Ce qui détonne dans ce roman et qui en fait toute la saveur, c’est le ton employé, si peu habituel dans les romans japonais : franc, direct, parfois cru, et avec quelques touches d’humour. Le récit est souvent violent, on s’en douterait vu le résumé. Les personnages oscillent entre terrifiés et terrifiants. Certains n’ont ni morale ni scrupule, racontant des agissements aberrants pour des adolescents, alors que d’autres ont des réflexions d’une naïveté stupéfiante. On retrouve en fait les mêmes schémas, transposés sur la jeunesse, que ceux qu’on trouve dans le monde du travail japonais, renforçant cette image de société à la fois ouverte mais terriblement ancrée dans les traditions et soumise à la hiérarchie. Et bien sûr, en exergue, la question essentielle : jusqu’où l’être humain est-il prêt à aller pour survivre pour peu que la société lui en laisse carte blanche ?

Une belle lecture donc que ce classique japonais, prenante, mais malheureusement guère surprenante.

"Mais pourtant, même si rien n'a de sens, nous éprouvons quand même des sentiments comme le bonheur ou la joie... C'est quelque chose de tout petit, d'infime, mais si cette petite chose parvient en partie à remplir notre vide, n'est-ce pas déjà magnifique ?" (p°710)

Battle royale, de Koushun Takami
Traduit par Patrick Honoré, Tetsuya Yano et Simon Nozay
Éditions Livre de poche
Novembre 2014

La papeterie Tsubaki [Ito Ogawa]

L'auteur : J'avais découvert la plume d'Ito Ogawa avec son premier roman Le restaurant de l'amour retrouvé. La papeterie Tsubaki est son quatrième roman

L'histoire : Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l'art difficile d'écrire pou les autres.

Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l'encre, l'enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, rédige un mot de condoléances pour le décès d'un singe, des lettres d'adieu aussi bien que d'amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin.

Et c'est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre de réconciliations inattendues.

Mon avis : J'ai retrouvé le style tout en poésie et bienveillance de l'auteur, qui, par le biais de ce pan de vie d'Hatoko, remet à l'honneur l'art de l'écriture. Lettres, cartes postales, calligraphie, importance du papier et de l'encre. Par le biais des demandes des clients qui franchissent le pas de la papeterie Tsubaki, c'est tout un art presque désuet aujourd'hui qui se réveille et nous est conté. Moi qui continue à envoyer des cartes postales et des cartes de vœux, je suis plus que convaincue de ce qu'Ogawa Ito nous livre ici : le plaisir de recevoir une lettre, concrétisation de la pensée d'un proche pour nous.

L'écrivain public doit traduire en mots les émotions livrées par ses clients. Ce n'est jamais simple d'être au plus près de ce qui est ressenti, mais c'est toute la magie de ce métier. En vivant les sentiments des autres, Hatoko se rapproche des siens et fait la lumière sur ses sentiments par rapport à sa grand-mère. Le chemin de la paix intérieur n'est pas toujours simple : en pardonnant elle pourra s'ouvrir aux autres. Et des sujets tels que l'héritage, la transmission, le lien familial aussi bien entrave que bienfait, ou encore l'importance du partage sont ici abordés toujours avec cette immense délicatesse qui fait tout l'intérêt de la littérature japonaise, encore plus grâce à l'auteur.

"Si l'enveloppe est un visage, le timbre est le rouge à lèvres qui donne le ton. En se trompant de rouge à lèvres, on fiche en l'air le reste du maquillage. Ce n'est qu'un petit timbre, mais tellement important. Dans son choix se concentre, dit-on, la sensibilité de l'expéditeur." (p°74)

La papeterie Tsubaki, d'Ito Ogawa
Éditions Philippe Picquier
Août 2018

Chiisakobé [Minetarō Mochizuki]

L'auteur : Minetarō Mochizuki est un mangaka japonais né en janvier 1964. Il a obtenu de nombreux prix, pour Dragon Head mais aussi pour Chiisakobé, dont le prix de la série du Festival d'Angoulême 2017.

L'histoire : Shigeji, jeune charpentier, perd ses parents et l’entreprise familiale, «Daitomé», dans un incendie. Se rappelant les paroles de son père, « quelle que soit l’époque dans laquelle on vit, ce qui est important, c’est l’humanité et la volonté», il fait le serment de reconstruire Daitomé.

Mais son retour à la maison natale s’accompagne de l’arrivée de Ritsu, amie d’enfance devenue orpheline et qu’il embauche comme assistante, et de cinq garnements au caractère bien trempé échappés d’un orphelinat. La cohabitation va faire des étincelles.

Mon avis : Tout commence par une tragédie, celle de la mort, dans un incendie des parents de Shigeji. Ce qui va plonger l'entreprise dans de grandes difficultés financières. Le jeune homme doute de lui. C'est vrai qu'il ne renvoie pas l'image d'un entrepreneur sur de lui, avec son physique atypique, et ses premières décisions sèment encore plus le doute dans l'esprit de ceux qui l'entourent.

Les personnages prononcent peu de mots et n'exposent pas beaucoup leurs sentiments, dans la pure tradition des romans japonais. En cela, ce manga est vraiment le reflet d'une adaptation du roman de Shūgorō Yamamoto. Le dessin prend alors toute sa place, il dit ce que la pudeur n'ose pas, à travers les gros plans sur des détails physiques et des moments du quotidien, avec son côté pop décalé mais justement dosé pour ne pas lasser.



Récit de la reconstruction d'un homme et de la découverte de sa place dans la société, de l'importance des figures parentales dans la construction de l'être, cette série de quatre tomes explorent également bien d'autres thèmes : le conflit entre les jeunes générations et les adultes, le malaise face à des comportements déplacés, le deuil ou encore les liens qui se tissent doucement au fil des expériences communes. Sans grands événements, l'auteur sait pourtant diablement attraper le lecteur et le conduire tout au long de cette histoire pour son plus grand plaisir, avec une simplicité enchanteresse.

Chiisakobé, de Minetarō Mochizuki
Traduit par Miyako Slocombe
Éditions Le lézard noir
Octobre 2015

La légende des Akakuchiba [Kazuki Sakuraba]

L'auteur : Kazuki Sakuraba, née en 1971, est une auteur connue pour sa série de light novels Gosick mais aussi de romans classiques.

L'histoire : Lorsqu'une fillette est retrouvée abandonnée dans la petite ville japonaise de Benimidori en cet été 1953, les villageois sont loin de s'imaginer qu'elle intégrera un jour l'illustre clan Akakuchiba et règnera en matriarche sur cette dynastie d'industriels de l'acier. C'est sa petite-fille, Toko, qui entreprend bien plus tard de narrer le destin hors du commun de sa famille. L'histoire de sa grand-mère, femme dotée d'étonnants dons de voyance, et celle de sa propre mère, chef d'un gang de motards devenus une célèbre mangaka.

Mon avis : Difficile de donner mon avis sur cette lecture ! Car s'il y a indubitablement du bon, j'ai mis facilement un tiers pour entrer pleinement dans l'histoire. Il faut dire que la pudeur japonaise pour dire les choses, mettant les émotions souvent à distance, n'aide pas forcément. C'est plus à la lecture de la mère de la narratrice, chef de gang qui finit par s'assagir qui m'a raccrochée.

L'écriture est pleine de modernité, ce qui produit au début un décalage mais n'est pas anachronique puisque c'est bien Toko, la petite fille vivant à notre époque, qui raconte l'histoire des deux générations de femme qui l'ont précédée. Elle commence en nous racontant l'histoire de sa grand-mère, Man'Yo, qui de simple enfant trouvée deviendra grande dame dans la noble famille de Benimidori. Nous sommes juste après la guerre et le Japon va entrer dans une phase de transition. Accompagnant le progrès industriel, le haut fourneau crache l'acier à pleine vitesse et fait vivre l'ensemble de la communauté. La modernité est là, et pour les femmes il faut trouver sa place entre tradition et envie de liberté. Man'Yo sera le témoin et l'élément clé de tout ce bouleversement. Deux générations de femmes la suivent, chacune ayant des choix importants à faire.

L'auteur met en parallèle l'évolution du statut de la femme et la transformation de la société japonaise. Au sein d'un Japon rural, parfois pétri de croyances magiques, le choc industriel est vécu comme un cataclysme. Les jeunes sont obligés de s'adapter et le fossé des générations se creusent. Si avant chacun connaissait sa place et ne pouvait s'y soustraire, aujourd'hui la liberté, durement acquise, a un prix : il faut assumer ses choix au risque parfois d'être perdu devant l'étendue des possibilités qui s'offrent. Les traditions autrefois si pesantes peuvent alors apparaitre comme un refuge, un cadre parfois guidant.


Avec ce roman, c'est la maladie de la société contemporaine qui est racontée : la nécessité de refuser l'adultère, la pression scolaire sur les jeunes, l'orientation sexuelle, le harcèlement, la délinquance. Des sujets intéressants mais quelques difficultés à entrer dans l'histoire et à comprendre où tout cela peu bien mener ont donné une lecture en demie-teinte.

Merci à Piranha et Babelio pour cette lecture dans le cadre de l'opération Masse Critique.
La légende des Akakuchiba, de Kazuki Sakuraba
Traduit par Jean-Louis de la Couronne
Éditions Piranha
Octobre 2017

Le restaurant de l'amour retrouvé [Ito Ogawa]

L'auteur : Née en 1973 au Japon, Ito Ogawa est connue pour ses paroles de chansons et ses livres pour enfants. Le restaurant de l'amour retrouvé est son premier roman et a été adapté au cinéma.

L'histoire : Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d'un chagrin d'amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l'art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière.

Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur  en réveillant leurs émotions enfouis.

Mon avis : Vous aimez les bons petits plats mais n'êtes pas pour autant fan de littérature culinaire ? Ne fuyez pas, ce roman a tout de même tout ce qu'il faut pour vous plaire !

Après une déception amoureuse cruelle, puisque son petit ami l'a quittée sans explication et en emportant tout ce qui était dans l'appartement, Rinco va retourner chez sa mère vivre son rêve d'enfant : avoir son propre restaurant. C'est grâce à la cuisine qu'elle va renouer avec la vie, en mettant tellement d'amour dans ses préparations qu'elle change la vie de ses clients, comme une sorte de fée bienveillante.

On assiste bien sûr à l'élaboration des repas : menu, choix des ingrédients, cueillette parfois, préparation, cuisson, service. Tout cela fait qu'on déguste autant les mots que les mets. Mais surtout, c'est la galerie des personnages secondaires, dépeints avec délicatesse, qui est fascinante : chaque personnage qui franchit le seuil du restaurant raconte à Rinco son histoire et son drame intime qui le conduit ici : deuil infini, espoir d'un amour tout neuf, séparation d'avec un parent devenu gâteux, mariage arrangé... Elle arrive à tout simplifier par la subtilité de sa cuisine, elle pourtant qui entretient une relation plus que compliquée avec sa propre mère, faite de non-dits, qui ne se lèveront qu'à la toute fin.

C'est un roman feel-good à l'asiatique, plein de poésie et de bienveillance, cherchant dans chaque être humain le meilleur sans s'attarder sur les mauvais côtés, le tout sans aucune mièvrerie. Un roman qui apaise et invite à se laisser happer par la vie. Un grand merci à Loesha pour ce cadeau qui fut une très belle surprise.

"Mes souvenirs les plus chers, je les range bien à l'abri dans mon cœur, et je ferme la porte à clé. Pour que personne ne me les vole. Pour les empêcher de se faner à la lumière du soleil. pour éviter que les intempéries ne les abîment." (p°234)

Le restaurant de l'amour retrouvé, de Ito Ogawa
Traduit par Myriam Dartois-Ako
Éditions Philippe Piquier
Janvier 2015

La colline aux coquelicots [Chizuru Takahashi et Tetsuro Sayama]

Les auteurs : Japonais tous les deux, Tetsuro Sayama est le scénariste et Chizuru Takahashi est la dessinatrice.

L'histoire : Depuis que son père marin a disparu et que sa mère doit souvent partir à l'étranger, la jeune Umi s'occupe seule de ses cadets, de la maison, et des étudiants à qui elle loue des chambres. Pas facile d'avoir du temps pour soi et pour rêver à l'amour...

Mon avis : En 2012, j'étais allée au cinéma voir La colline aux coquelicots, l'anime adapté par les studios Ghibli de ce manga. C'est avec ces images en tête que j'ai découvert l'histoire originelle. Et tout de suite constatée de grosses différences.

D'abord, si les liens entre les personnages sont bien respectés, les anecdotes qu'ils vivent elles sont totalement revues, puisqu'elles tournent autour de soucis financiers (dans l'anime, il s'agit de sauver un vieux bâtiment). C'est qu'ici, on est loin de l'entente immédiate entre Umi et Hokuto. Les deux protagonistes se cherchent et il faut du temps pour que la romance s'installe entre eux. Mais ils sont très attachants, chacun à leur façon : lui maladroit et roublard, elle avec son caractère bien trempé.

L'humour est présent et relève le scénario qui parfois manque d'originalité. La partie dramatique quant à elle me semble totalement râtée car l'attachement entre Umi et Hokuto n'est pas assez évident dans les planches précédentes pour qu'on puisse réellement ressentir la douleur de la séparation qui touche la jeune fille.

Au-delà de l'histoire principale cependant, ce manga propose aussi une vraie réflexion sur la place de la femme, de l'orphelin et des liens fraternels qui garantissent l'union de la cellule familiale, ou encore du monde étudiant de l'époque.

Le graphisme est dans la pure tradition des shojo (manga pour jeunes filles) des années 80. La jeune fille a de grands yeux, les personnages secondaires peuvent parfois être complexes à distinguer les uns des autres, des traits qui parfois se simplifient à l'extrême... Peu importe, il faut un petit temps d'adaptation mais le lecteur est rapidement happé par l'histoire.

La colline aux coquelicots, planche (clic pour voir en plus grand)

Bref, un classique à lire si vous en avez l'occasion. Je garde ma préférence à l'anime cependant.

La colline aux coquelicots, de Chizuru Takahashi et Tetsuro Sayama
Traduit par Yuki Kakiichi
Delcourt
Janvier 2012

Et puis après [Kasumiko Murakami]

L'auteur : Kasumiko Murakami est une auteur japonaise, qui a été traductrice et journaliste à Paris pendant une vingtaine d'années. Rentrée au Japon, elle s'est engagée dans le soutien aux victimes du tsunami de 2011.

L'histoire : Ce matin-là, Yasuo, directeur syndical des pêcheurs du village, perçoit immédiatement l'inhabituelle violence des premières secousses. Tout près de lui sur la plage, les hommes penchés sur leurs filets sont inquiets. Et quand brusquement la mer semble reculer à l'extrême, quand Yasuo n'écoutant que son intuition se met à hurler, tous obéissent, le suivent, s'échinent à pousser leur navire sur le sable ; puis, comme lui, s'élancent, passent la vague encore accessible et atteignent ainsi l'au-delà du tsunami.
À près de dix kilomètres au large, Yasuo coupe le moteur, jette l'ancre et se retourne.
Le paysage qui s'offre à lui est effrayant. À l'endroit où s'étendait la plage se dresse maintenant un mur noir et luisant.

Mon avis : Voici un court roman dans le pur style japonais, où une situation grave est décrite avec délicatesse et retenue. Le lecteur suit Yasuo, homme d'un certain âge qui entraine avec lui plusieurs pêcheurs pour éviter la vague géante qui s'abat sur la ville ce jour-là. Lorsqu'ils reviennent tout a changé. Ils n'ont plus aucun repère. Les lieux, les bâtiments, les souvenirs, les hommes eux-mêmes, ceux qui sont restés sur terre, sont défaits.

Pourtant, la vie continue. Mais comment ? Comment vivre avec le sentiment de culpabilité ? Comment reconstruire quand on a tout perdu ? Quand on cherche dans les yeux de l'autre, victime lui aussi, une forme de réconfort ? Une forme d'apathie va gagner Yasuo dont il sera long à se débarrasser.

La mort n'apparaît qu'en filigrane. Au détour d'un récit, le lecteur prend conscience que le paysage qui lui est décrit est apocalyptique, jonché de cadavres. Au-delà du deuil, c'est la force de vie qui est ici célébrée. Cette pulsion qui pousse l'humain à s'accrocher et à reconstruire. Ici ou ailleurs, à l'identique ou différemment, cela dépend de chacun et de son ressenti du drame, qui est tout à fait personnel.

Un roman touchant et sensible sur une partie du drame qu'a connu le Japon il y a maintenant 5 ans.

"Cela faisait cinq mois. Au-delà de la brume matinale, les vagues fines comme de la dentelle venaient s’échouer sur la plage. Des gravats jonchaient encore le sable dans la lumière du petit jour mais en serpentant entre les amas, il arriva tant bien que mal à traîner son bateau, le Seiryômaru n°3, jusqu'à l'eau. Yasuo avançait avec précaution entre les débris de bois flottant. Le courant de marée était fort et si les hélices s'arrêtaient, le bateau pourrait être emporté. L'aurore ne perçait pas tout à fait dans le ciel, la nuit était encore présente et derrière l'obscurité on voyait pointer des étoiles çà et là, diffusant une faible lumière." (p°94)

Et puis après, de Kasumiko Murakami
Traduit par Isabelle Sakaï
Actes Sud
Mai 2016