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BD Express #23

Ted Bundy, lady killer, de JD Morvan, Scie Tronc et Rafael Ortiz

L'histoire
: Florida State Prison, janvier 1989. Ted Bundy est devenu le tueur en série le plus célèbre des États-Unis. Celui que les médias ont surnommé "Lady killer" a finaliement admis, après plus d'une décennie à nier les faits, avoir enlevé, violé et assassiné plus d'une trentaine de jeunes femmes entre 1973 et 1978, à travers sept États différents. Promis à la chaise électrique, il profite aujourd'hui de ses derniers instants pour s'entretenir avec Étienne Jallieu. Ensemble, ils vont dialoguer et tenter de déceler ce qui a pu amener Bundy, un homme en apparence si ordinaire, à devenir l'un des plus terribles meurtriers de l'Histoire. Et s'il n'est pas un monstre, comment savoir si ce qui s'est déclenché en lui n'est pas présent chez chacun d'entre nous ?

Mon avis : Mais où ai-je encore bien pu noter cet album ? Je n'en ai sincèrement aucune idée. Heureusement qu'il vient désormais à une période où j'emprunte un peu aveuglément à la bibliothèque ce que j'ai pu repéré rapidement car ce n'est pas le genre d'ouvrage qui m'intéresse, relevant plus à mon sens de l'exercice de style que de la vraie expression d'une vision. D'autant que graphiquement il n'y a rien de spectaculaire. 
L'idée de faire une série sur les tueurs en série à un côté racoleur je trouve. Mais il est vrai que ces personnages sont aussi très fascinants : comment ces hommes en arrivent à commettre de tels actes et comment peuvent-ils si facilement se fondre au milieu de leurs congénères ? Bundy est peut être le plus célèbre des tueurs américains, sûrement parce qu'il est parti en laissant une bonne part de mystère sur le nombre exact de victimes qu'il aura fait en seulement 5 ans. Morvan semble prendre plaisir à regarder cet homme dans les yeux, exagérant les traits de son visage pour essayer de rendre une folie qui s'exprimait dans une débauche de violence. Le gros défaut, c'est qu'il manque furieusement d'un angle un peu psychologique pour contrebalancer cette complaisance et ce voyeurisme inhérent au sujet. Je n'irai du coup pas regarder les autres tomes.


Une histoire d'hommes, de Zep

L'histoire : Après s'être séparés plusieurs années auparavant, une bande de copains et membres d'un groupe de rock se retrouvent chez l'un d'eux, Sandro. Certains ont réussi, d'autres moins. Au détour de flash-back sur les concerts, la drogue, les amours passagères, ils comprennent les événements mal perçus à l'époque et découvrent que quelque chose de plus fort que la musique unit certains d'entre eux.

Mon avis : Une histoire différente de celles qu'on lui connaît souvent à destination d'un public plus jeune. Ici, il est question d'une passion partagée d'adolescents qui ne résiste pas au passage à l'âge adulte. Il faudra attendre dix-huit ans pour que les blessures soient enfin mises à nu pour être acceptées et soignées. Le temps d'un weekend, l'espoir d'une vie moins douloureuse s'ouvre pour cette ancienne bande d'amis.

On retrouve les dégradés pastels monochromes de Zep, déjà croisés dans Un bruit étrange et beau. À nouveau, j'ai eu l'impression de rester au bord du chemin. Le récit que nous propose Zep est assez banal et souvent adapté et interprété. Je n'ai pas trouvé d'originalité particulière ici qui justifiait cet album.


La faute aux chinois, de François Ravard et Aurélien Ducoudray

L'histoire
: En sortant avec Suzanne, la secrétaire de l'abattoir où il travaille, Louis Mounier a hérité d'un beau-frère en la personne de Jean-Claude. Alors que l'usine est menacée de délocalisation, que Suzanne, dépressive, rejette son mari et que leur fille Pauline refuse de grandir, Jean-Claude propose à Louis de se diversifier en n'abattant plus seulement poulets et cochons mais aussi des hommes.

Mon avis : Louis est un homme assez effacé, peu doué avec les femmes. Alors lorsque celle-ci s'intéresse à lui, il se laisse faire. Même si Jean-Claude, le frère de Louise, fait aussi partie du couple. S'installe alors un étrange ménage à trois. Jusqu'à l'arrivée de sa fille Pauline. Pour elle, il va chercher à mieux gagner sa vie. Et l'abattoir va lui offrir à la fois l'expérience et une parfaite couverture.
C'est violent, sombre, grinçant. C'est aussi un pamphlet social qui dénonce les conditions ouvrières et le consumérisme à outrance. Furieuse manie que nous avons tous de nous créer des besoins qui n'existent pas vraiment. Et puis, ça tire au thriller familial, façon Tontons flingueurs. Le mélange est assez perturbant mais une bonne idée. Seulement, ça manque de subtilité à mon goût, tirant trop sur un genre puis sur l'autre, au lieu de traiter les deux aspects de façon homogène. Une lecture étonnante mais certainement peu marquante.

BD Express #6

Le club des divorcés, de Kazuo Kamimura
Sensei Editions

L'histoire : Le combat quotidien d'une femme divorcée dans le Japon des années 70.

Mon avis : Présenté comme une œuvre forte de Kazuo Kamimura, que je connaissais davantage pour Lady Snowblood, j'ai découvert ce manga grâce à la bibliothèque municipale.

J'avoue être passée à côté de ce récit d'un monde qui a du beaucoup évoluer depuis. Chronique sociale intimiste de la vie d'une femme divorcée dans un Japon des années 70, Japon qui a officialisé le divorce mais qui marginalise les femmes qui ont osé user de ce droit.

Il est difficile, à moins de bien connaitre le contexte historique, de comprendre les choix limités qui sont ceux de Yûko. Alors certes, en début d'ouvrage, une longue préface tente de nous donner toutes les clés pour comprendre. Mais cela n'a pas suffi à ce que je me sente touchée par le récit de Kazuo Kamimura, comme j'avais pu l'être par sa Lady Snowblood assoiffée d'une vengeance héréditaire.

Mais surtout, j'ai eu du mal avec Yûko, qui se complait dans des situations qui la font souffrir, sans prendre de mesure pour tenter au moins de les résoudre : sa relation avec sa fille qui vit chez sa mère est au plus mal, son club a connu financièrement des jours meilleurs, et sa relation avec son barman est des plus ambiguës.



Un bruit étrange et beau, de Zep
Rue de Sèvres

L'histoire : Où est la valeur d’une vie ? Dans le bruit et la fureur ou dans le recueillement du silence ? Dans ses batailles ou ses renoncements ? William, lui, a choisi la solitude et le silence il y a 25 ans en intégrant l’ordre religieux des chartreux. Quand un héritage le contraint à quitter le monastère pour Paris, c’est tout un monde nouveau qu’il doit apprivoiser, des certitudes longuement forgées à interroger et surtout, son ancienne vie, laissée là, qu’il va retrouver.... Sa rencontre avec Méry, jeune femme aux jours comptés du fait d’une maladie incurable mais résolument décidée à profiter du temps qu’il lui reste, le confrontera à de nouvelles questions et compliquera ses choix.

Mon avis : Le dessin de Zep et les couleurs pastels sont parfaitement adaptés au portrait que l'auteur fait de William. Le graphisme pousse à entrer pleinement dans la psychologie du personnage. Cet homme qui a fait le choix d'une vie de silence est obligé de sortir de son monastère et va se mettre à douter. J'ai trouvé les doutes assez mal rendus, en fait, alors que sa redécouverte de la vie foisonnante d'une société est propice à de nombreux questionnements. Ce sont plus les personnages et surtout les femmes qu'il croise qui ont l'air de ne pas comprendre et de douter pour lui. Cela va le pousser certes à la réflexion, et remonter des souvenirs qui mettent en lumière son choix de vivre hors du monde moderne.

Le bruit étrange et beau est celui de la vie. Peut-être qu'en étant plongée dedans je n'y suis plus si sensible. Et si je n'ai pas été happée par cet album, il aura eu le mérite de me faire lever les yeux et regarder un peu plus autour de moi.

Planche Un bruit étrange et beau, de Zep


Stars of the stars, tome 1, de Joann Sfar et Pénélope Bagieu
Gallimard

L'histoire : Sept filles venues du monde entier sont convoquées à New York pour auditionner dans une prestigieuse école de danse. Parmi elles, Angoissette, la Juive new-yorkaise névrosée, et Maurisse, la Noire française déjantée, sont très loin des petits rats de l'opéra... Le concours dégénère avant même que des extraterrestres viennent se mêler de la sélection ! L'enfer ressemblerait-il à un huis clos de ballerines lancé sur orbite ? Le début d'une épopée cosmique et délirante, entre «Fame» et «Star Trek».

Mon avis : Après avoir eu un quasi coup de cœur pour California Dreamin' de Pénélope Bagieu, je me suis dit que je pouvais tenter sa collaboration avec Joann Sfar, dont je ne suis pas fan pourtant.

Et effectivement, on sent largement ici son influence. L'histoire est alambiquée, les questions racistes sur le devant de la scène sans qu'on comprenne vraiment pourquoi. Le trait de crayon si reconnaissable et particulier de Pénélope Bagieu ne fait ici pas mouche, n'apportant ni humour ni légèreté ou profondeur à cette histoire. Et les couleurs sont simplement hideuses. Je n'ai pas du tout aimé.

Happy Sex [Zep]

L'auteur : Zep, de son vrai nom Philippe Chappuis, est un auteur de bandes dessinées suisse, né en décembre 1967. Ses œuvres les plus connues sont la série des Titeuf.

L'histoire : Avec un humour complice et ironique, Zep couche sur papier une vaste galerie d’hommes et de femmes, et ne nous cache rien – absolument rien ! – de la diversité de leurs positions et de leurs comportements dans ces moments intimes où le plaisir glisse vers le rire…
Happy Sex
affirme le talent unique de Zep pour mettre à nu les moeurs singulières de ces drôles de personnages que nous sommes tous.

Mon avis : Voici un cadeau fait par un ami, pour mes 30 ans, fêtés le mois dernier. J'avoue avoir eu un peu peur au début, parce que je n'aime pas Titeuf. Or Zep est le père de Titeuf, son créateur.
Ici, il n'est pas question, vous vous en douterez, de laisser cette bande dessinée entre les mains d'un enfant (est-ce d'ailleurs pour cela que mon exemplaire était sous blister ?). Cette bande dessinée est strictement réservée aux adultes. Les dessins sont clairs et crus mais jamais trash ou gore.
Décomplexée, vraiment drôle, peut-être plus orientée femmes que hommes parce que ces derniers en prennent vraiment pour leur grade, contrairement aux femmes qui sont dans l'ensemble pas trop écorchées. Dès les premières planches (une histoire sur une planche, maximum deux) on accroche et on ne lâche pas la BD avant d'avoir terminé.

Le sourire ne nous quitte pas un seul instant, on rit aussi souvent.