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06 février 2011

Ubik [Philip K. Dick]

L'auteur : Philip K. Dick était un auteur de science-fiction américain, né en décembre 1928 et mort en mars 1982. Il se sent toute sa vie affectée par la mort prématurée de sa sœur jumelle. Il carbure aux médicaments, notamment les amphétamines, devient paranoïaque, se drogue et délire. Ses problèmes de toutes sortes rejaillissent sur son œuvre.

L'histoire : Ubik semble être une marque de produits multiples, sans rapports entre eux, allant du café, au nettoyant, en passant par le médicament. Une sorte de produit miracle à chaque fois, qu’il faut absolument avoir. Parallèlement à ces différents slogans, en 1992, les personnes possédant des pouvoirs parapsychiques sont nombreuses : des précogs, des télépathes, et d’autres pouvant annuler les pouvoirs de ceux-ci. Ainsi, il y a d’un côté ceux qui violent votre vie privée, ne respectent rien, attirés par l’argent ou tout autre idéal, ils sont embauchés par la firme de Hollis. Et de l’autre côté, il y a la société de protection Runciter, qui vous protège de ces individus. C’est un vrai business des deux côtés, mais la firme Runciter est en perte de vitesse, elle perd la trace de plus en plus de membres de Hollis. C’est la raison pour laquelle le président, Glen Runciter va demander conseil à sa femme, gardée en semi-vie. Joe Chip, collaborateur chez Runciter, dépensier chronique, après avoir fait la rencontre d’une personne détentrice d’un pouvoir bien étrange, voit la société Runciter décrocher un gros contrat, qui échoue suite à une explosion sur la Lune. À partir de là, tout s’enchaîne de façon étrange : la mort d’une partie des participants, la dégénérescence temporelle de choses, l’évolution de l’argent...

Mon avis : Je connaissais déjà Philip K. Dick pour avoir lu Le maître du Haut château, une uchronie très intéressante, plus sur le principe de l'uchronie dans l'uchronie que pour l'histoire elle-même. Je me suis penchée sur Ubik, consciente qu'il s'agissait là d'une sorte de bizarrerie, mais aussi d'un fondement de la science-fiction. Et effectivement, dès les premières pages, je pense à Minority Report, à cause des précogs. Mais la comparaison s'arrête là. Ici, nous suivons essentiellement Joe Chip, et quelques autres membres de la société Runciter Associate, spécialisée dans l'anti-psi.
Bizarrement, il y a très peu d'utilisation des pouvoirs, qui semblent posés comme un postulat qu'il ne sert à rien de décrire. Seules quelques lignes viennent indiquer au lecteur comment fonctionne les visions des précogs.
P.K. Dick décrit un monde essentiellement construit autour du capitalisme et de la consommation : il faut payer pour entrer chez soi, sortir de chez soi, utiliser salle de bains et WC, avoir un café à sa propre machine à café... Puis, après l'explosion sur la Lune, tout s'emballe. Avec Joe Chip, on perd nos repères, un compte à rebours s'enclenche : le temps semble revenir en arrière. Les machines qui font le quotidien reviennent à des versions antérieures (des voitures plus anciennes, de vieux postes de télévision, ...), les produits de consommation sont périmées (des fleurs fanées, des cigarettes toutes sèches, ...). Ubik, qui n'était jusqu'ici pas apparu dans l'histoire autrement que par slogans publicitaires avant chaque chapitre fait son entrée : Runciter offre ce produit à Joe, qui n'ose l'utiliser. On ne sait plus qui est mort ou vivant, qui est en semi-vie ou en pleine vie.
Le concept de semi-vie est justement très intéressant et au centre de l'histoire au final : les êtres humains en train de mourir qui sont pris à temps peuvent être congelés et une sorte de connexion mentale peut être établie avec eux pour dialoguer. Leur temps de semi-vie est compté, alors il faut en user avec parcimonie. À la fin, on se rend compte exactement de ce qu'implique la semi-vie : une sorte de monde parallèle où il faut lutter pour rester en vie et où les interactions avec les vivants sont nombreuses ; un monde où l'environnement peut être construit à la force de l'esprit (et là on pense à Inception). Pourtant, il se dégage sur les dernières pages une ambiance très glauque qui a fait que j'ai été heureuse de terminer ce livre, dérangeant à plus d'un titre...

Une lecture commune avec Loesha, beaucoup moins emballée que moi !

7 commentaires :

Loesha a dit…

Je ne suis pas plus emballée que ça en effet, même si je comprend en quoi ce livre est un monument... je me suis quand même pas mal ennuyé quand j'y repense...
On en a parlé la semaine dernière, mais pour moi K. Dick adore construire des univers cohérents, mais je ne suis pas sûre qu'il aime faire vivre ses personnages ;)
Après, cette impression de retournements de dernière minute, de modification de la perception etc... il faut dire qu'on est habitué, et même si c'est K. Dick qui à inventé cela, ça apporte quand même moins à l'expérience du lecteur. Mais c'est un classique à lire, c'est évident...

Enfin ça ne m'empêchera pas de lire "Le maitre du Haut château" un de ces jours ^^

gruikman a dit…

Ubik (ainsi que le maitre du haut chateau) sont foisonnants d'idées très novatrices pour l'époque et la portée philosophique est vraiment énorme c'est indéniable. Par contre, le côté glauque de l'univers est clair et net et on n'en ressort rarement indemne sauf à ne pas du tout rentrer dedans et à rester dans l'absurde. Il ne faut pas oublier que M.Dick était un névrosé total dont la vie a été un calvaire dans le style "mal-être" jusqu'à sa mort, assez douloureuse d'ailleurs, d'un cancer et où pour contrer ses névroses, il s'abrutissait de drogues en tout genre, d'emphétamines, d'halucinogènes qui renforçaient encore ses paranoïas (cf sa parano des envahisseurs asiatiques)... Le côté désespéré de ses personnages a sûrement un écho là-dedans. Il n'avait aucun espoir dans sa vie future et ses personnages n'en ont jamais ou ils les perdent...
En lecture plus simple de Dick mais vraiment impressionnante de poésie (et de désespoir aussi), je conseille un petit bijou pour moi: le Guérisseur de Cathédrale... de la SF belle et triste à crever ;)

Petite Fleur a dit…

@ Loesha : j'ai surtout été frappée par le côté précurseur. Et puis ça se lit, j'ai connu beaucoup plus ennuyeux. Il y a clairement deux livres en un : celui avant la lune, qui expose tous les concepts, et celui après, qui les explore plus profondément.

@ gruikman : en même temps, si on le lit, ce n'est pas juste parce que c'est un drogué et paranoïaque. Ce n'est pas une raison suffisante pour lui passer des défauts... Je pense que je vais arrêter là pour l'instant sur P.K. Dick. Je verrais plus tard.

gruikman a dit…

Y-a-t-il beaucoup de grands écrivains qui n'étaient pas dérangés quelque part? :D

Lalou a dit…

Je l'ai lu il y a quelques mois et il m'a vraiment laissé un souvenir prenant.
Je ne connaissais pas du tout K.Dick, et c'est sur les conseils d'autres lecteurs que je me suis plongée dans Ubik.

Je suis encore plus positive que toi à la lecture de ce roman, je pense, tant pour moi il a été impressionnant :)

Petite Fleur a dit…

@ gruikman : je ne te suivrais pas sur ce terrain là :-)

@ Lalou : j'avoue avoir été plus marquée par l'ambiance de mon premier P.K. Dick "Le maître du Haut-Château". Cette lecture est encore trop récente pour savoir si elle le détrônera, mais dans tous les cas, je trouve que ça a vieilli...

Luna a dit…

Je viens tout juste de découvrir Dick à travers ce livre. Je l'ai trouvé assez différent des livres de science-fiction que je lis habituellement : on parle beaucoup plus de sentiments et les "héros" du livre sont assez banals bien qu'ils croient en leur convictions et font tout pour les défendre !

J'aime beaucoup l'écriture de Dick : simple mais efficace. Très prenant et dynamique avec cette petite saveur de rétro (bon, c'est plus du à l'époque d'écriture) qui me fait craquer ! Sans compter la petite pointe d'humour...

C'est un livre que je n'hésiterais pas à conseiller ! Je ne regrette absolument pas de l'avoir découvert !