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15 juillet 2011

Les trafiquants d'épaves [Robert Louis Stevenson]

Après L'île au trésor, nous retrouvons une nouvelle fois Robert Louis Stevenson avec Les trafiquants d'épaves.

L'histoire : Le Flying Scud serait-il un vaisseau maudit ? Parti de Hong Kong par beau temps, le "bolide volant" s'échoue quelques jours plus tard sur un récif de corail de l'île de Midway. L'épave est alors l'objet d'une véritable course au trésor. Spéculant sur une hypothétique cargaison d'opium, Loudon Dodd et Pinkerton, deux aventuriers, l'achètent aux enchères pour une somme astronomique.
Fouillé de fond en comble, attaqué à la hache, le Flying Scud ne livre qu'un maigre butin. Nos deux amis se sont ruinés pour du vent. Acte de piraterie, escroquerie ? Le mystère reste entier jusqu'au jour où Dodd, ballotté par les événements, retrouve la trace de l'équipage fantôme. Foin de contrebande, le navire, démon des mers du Sud, s'ouvre sur d'autres abîmes...

Mon avis : Voici le deuxième volet de mon voyage dans l’œuvre de Stevenson. Après le classique des classiques, L'île au Trésor, voici un livre bien moins connu mais qui fut certainement un de ses chefs d’œuvre, écrit alors qu'il vivait dans les îles du Pacifique.
Autant L'île au Trésor était destiné à un public d'enfants, autant The Wreckers (le titre original) est un roman adulte, très réaliste, se déroulant au basculement du XIXe vers le XXe siècle. On n'est plus dans l'aventure rêvée mais belle et bien dans l'aventure réaliste, décrivant la vie assez étonnante d'un homme dans cette époque un peu folle : les États-Unis sont le symbole de la liberté et de la libre entreprise où tout est possible, où vous pouvez tout gagner ou perdre en un instant ; l’Angleterre est encore l'empire colonial dominant le monde et Paris, la ville des artistes et des étudiants du quartier latin.
À mon sens, ce n'est pas vraiment un roman auto-biographique mais il est très inspiré de la vie de Stevenson : on sent qu'il décrit les choses d'une manière trop précise pour ne pas les avoir vues. C'est un véritable témoignage de son époque écrit d'une manière admirable. J'ai vraiment beaucoup aimé découvrir le Paris des étudiants des Beaux Arts, la vie bohème à Barbizon (quand on voit ce que c'est devenu, c'est triste), des guinguettes de la Marne. Et puis, il y a la famille Anglaise bourgeoise ayant fait fortune à la force du poignet et très attachée à ne pas dissiper son héritage ; le San Francisco des années 1900 que je ne connaissais pas du tout, cette ville en pleine explosion économique, en perpétuelle ébullition, portée non plus vers le commerce avec l'Europe mais vers le Pacifique, les îles et l'Asie. Et, bien sûr, l'ambiance des îles du Pacifique isolées de tout et attendant le prochain schooner (les bateaux qui faisaient les traversées) pour commercer plus ou moins honnêtement.
C'est également une histoire d'amitié entre 2 hommes que tout sépare mais qui s'entraînent dans leurs folies : l'un, le héros, avec un tempérament d'artiste et rêveur, l'autre, son ami, avec un tempérament d'entrepreneur fou. On peut se demander si l'ami n'est pas une source perpétuelle d'ennuis pour le héros mais finalement, sans lui, il n'aurait jamais vécu cette vie extraordinaire. D'ailleurs, leur amitié est presque troublante quand on voit que le héros, ne fréquentant jamais de femmes, est poussé à s'enfuir par le mariage de son ami pour ne plus être en concurrence avec la mariée. Heureusement, comme toujours chez Stevenson, l'appel de l'aventure facilitera cette fuite et fera de notre doux rêveur un trafiquant d'épaves, voire pire...
Je conseille donc fortement ce roman en tant que livre d'aventures, en tant témoin de son époque aussi et pour son petit côté désuet de ces hommes qui se comportent en gentlemen en toutes situations, même les pires. De plus le style, la densité et la construction sont remarquables, bien loin des productions qui pullulent dans le genre "aventure historique", en particulier dans la littérature américaine. Tout le monde n'est pas un grand écrivain avec un destin extraordinaire.
Suite de mes pérégrinations chez Stevenson... les canaux du nord de la France, les cévennes à dos d'âne... on verra où l'aventure nous mène ;)

4 commentaires :

Marie a dit…

Celui-ci, j'ai bien envie de le lire pendant mes congés (très bientôt !!!!). J'ai beaucoup aimé Voyage avec un âne dans les Cévennes, j'ai bien envie de continuer les récits de voyages de Stevenson !

Gruikman a dit…

Moi je vais faire le chemin inverse, du Pacifique aux ânes des Cévennes :)... Mais n'hésite pas, c'est un joli voyage et bien écrit qui plus est!

Allie a dit…

J'aime beaucoup Stevenson que je redécouvre depuis quelques mois. Je ne connaissais pas du tout ce livre-là cependant! Je note!

Gruikman a dit…

C'est un de ses derniers livres donc il est un peu méconnu. Mais il vaut le coup