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29 octobre 2011

L'héritage Dickens [Louis Bayard]

Après La Tour noire, voici le nouveau roman de Louis Bayard.

L'histoire : Enfant malade, Tim Cratchit est devenu célèbre bien malgré lui. Il a en effet été l'un des personnages principaux du roman de Charles Dickens, Un conte de Noël. C'était lui, le jeune Tiny Tim, qui réussissait à émouvoir le héros du livre, Ebenezer Scrooge, et devenait ainsi l'instrument de sa rédemption. En 1860, une vingtaine d'années plus tard, Tim a bien changé. Lassé de l'image d'Épinal qui lui a trop longtemps collé à la peau, il vit désormais dans un bordel des bas-fonds de Londres,où, en échange du gîte et du couvert, il apprend à lire et à écrire à la tenancière. Il lui arrive également de sillonner la Tamise sur le bateau du capitaine Gully pour récupérer les cadavres qui y flottent. C'est ainsi qu'il repêche un jour le corps d'une petite fille, marqué d'une lettre mystérieuse. Quelques jours plus tard, une autre enfant est retrouvée assassinée, son corps marqué de la même façon. Qui s'en prend ainsi aux petites filles perdues des bas-fonds de Londres ? C'est le début d'une enquête passionnante pour Tim, qui va le mener dans les beaux quartiers de la ville, là où tout s'achète et se monnaye. Pris dans un réseau de mensonges, de meurtres et de manipulations, ce qu'il va découvrir dépassera tout ce qu'il a pu imaginer.

Mon avis : Solène m'avait déjà gentiment procuré La Tour Noire qui se déroulait à Paris avec Vidocq en personnage principal. Le livre était sympathique mais sans plus : intrigue convenue, description de Paris qui sentait un peu la naphtaline, le guide touristique compulsé et les livres d'histoire récités. En m'envoyant celui-ci, Solène précisait qu'il était assez différent du précédent (apparemment La Tour Noire semble postérieur d'ailleurs). Je le confirme immédiatement : L'héritage Dickens est beaucoup plus ambitieux, abouti et consistant. Dès les premières pages, on sent que l'auteur maîtrise son sujet, qu'il parle du Londres du XIXe siècle de manière sûre, précise et qu'il aime en parler. D'ailleurs, la passion de l'auteur pour son récit apporte vraiment un grand plaisir de lecture. On plonge donc très rapidement dans ce Londres légendaire (le Londres de Jack l'Éventreur également) et on descend dans ses bas-fonds, dans sa misère, dans ses miasmes façon Dickens.
Le titre original Mr Timothy a été transformé mais, pour cette fois, je ne critiquerai pas trop la traduction car, n'étant pas un lecteur de Dickens, je n'aurais pas forcément reconnu le petit Tim de son célèbre Conte de Noël. Mais, une fois qu'on commence le livre et qu'on découvre l'oncle Ebenezer Scrooge, forcément on fait le lien avec cette histoire. L'auteur réutilise donc les personnages de Dickens à sa sauce : Timothy est devenu adulte, Scrooge est son oncle et un vieillard solitaire, mourant et riche qui voudrait l'aider, aide dont Timothy voudrait s'affranchir. Ce dernier est une sorte de dilettante sans le sou, au tempérament un peu bohème et sans réel but dans la vie. On sent qu'il y cherche un sens mais qu'il vit dans le passé et cette aventure avec ces enfants va lui donner une raison d'être. Tout cela fait un peu "Le Conte de Noël 20 ans plus tard" mais, à vrai dire, c'est juste un contexte voire un prétexte pour Bayard. Car certes, il fait de nombreux clins d’œil à Dickens (le fantôme du père de Timothy par exemple) mais l'intérêt réside plus dans sa propre vision de l'époque.
Le livre n'est pas un livre policier à proprement parler et l'intrigue est assez entendue je dirais, même si assez sordide. Les personnages sont assez finement ciselés et ont tous leur part d'ombre plus ou moins marquée. De mon point de vue, c'est un livre d'ambiance avant tout et il est très réussi. Il se lit d'un trait, son écriture est simple. Par moment, le personnage au tempérament assez rêveur nous emmène dans son petit monde fantasmagorique puisque ses spectres apparaissent au grand jour (un peu comme dans le Chant de Noël de Dickens). Il y revit son passé, ses regrets par rapport à son père ; il a l'impression de le croiser dans la rue sous les traits d'un marchand et voudrait lui dire ce qu'il n'a jamais pu lui dire mais sait que le spectre va disparaître dès qu'il lui adressera la parole. Ces passages oniriques donnent un côté doucereux au récit et une réelle consistance à l'ensemble. D'ailleurs tout cela va de paire avec cette brume londonienne dans laquelle on n'est plus sûr d'où on est et de ce qu'on distingue.
En bref, voilà un très bon roman dans cette époque du Londres de 1850 que je conseille vivement. On y passe un très bon moment et j'avoue que M.Bayard m'a beaucoup étonné car je l'avais rangé dans les écrivains américains qui pondent des livres légers après avoir compulser quelques documents sur un sujet quelconque. Là, je me dis que si on gratte un peu la couche superficielle, il y a peut-être plus qu'on ne croit ! J'en redemande du même acabit !

Un grand merci aux éditions du Cherche Midi !

2 commentaires :

maggie a dit…

comme je suis une grande admiratrice de Dickens, je l'ai forcément repéré ! Tu as l'air d'avoir beaucoup aimé et tu ne sembles pas la seule !

Gruikman a dit…

Je ne suis pas une fille. Il y a "man" dans mon nom ridicule:D... Je suis l'âme damnée masculine de Petite Fleur :)
Mais sinon n'hésite pas, ce livre est très sympathique et on y passe un très bon moment!