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01 octobre 2013

La dame du manoir de Wildfell Hall [Anne Brontë]

Anne Brontë est la troisième sœur Brontë, auteur d'Agnès Grey.

L'histoire : L'arrivé de Mrs Helen Graham, nouvelle occupante du manoir délabré de Wildfell Hall, alimente tous les on-dit. Qui donc est cette mystérieuse artiste, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils ? Quel inconvenant secret cache-t-elle ? Et pourquoi son voisin veille-t-il si jalousement sur elle ?
Même Gilbert Markham, un prospère éleveur tombé sous le charme d'Helen, commence à douter d'elle. Il est vrai qu'Eliza Millward, sa promise, ne cesse de propager des ragots sur la dame du manoir. Un drame semble inévitable...

Mon avis : Considéré comme l'un des premiers romans féministes, ce roman raconte l'histoire d'une jeune femme, aveuglée comme toute jeune fille, par les talents de charmeur d'un jeune homme, qui s’avérera débauché et exigeant, et elle devra s'enfuir pour sauver son fils de l'influence néfaste de son père. Helen cherchera alors de quoi subvenir à ses besoins, et pourra compter sur l'aide de son frère. Mais bien vite, un jeune homme, Gilbert Markham, va tomber sous son charme et n'aura de cesse de comprendre le mystère dont elle s'entoure.
On peut comprendre que ce roman ait fait sensation à l'époque. Notamment lorsque Helen refuse sa chambre à son mari ou qu'elle décide de s'enfuir, alors qu'une femme devait obéissance et soumission à son époux. Helen n'hésite pas à s'opposer à son mari, à lui conseiller de revenir dans le droit chemin, à condamner son comportement. Elle fera tout pour l'aider, mais ne s'attirera que davantage les foudres conjugales pour sa conduite si respectable, se faisant humilier en public. A l'inverse du comportement de son amie Milicent, tout à fait soumise et n'osant se rebeller. Pourtant, si le comportement d'Helen est très avant-gardiste et présenté comme positif, il ne lui attirera que des ennuis. A l'opposé, Milicent trouvera le bonheur conjugal sans agir. Le lecteur est donc confronté à une femme qui accepte sa soumission et doit attendre l'intervention d'un élément extérieur et à une autre qui prend son destin en main et décide d'agir. Helen ose braver les conventions, non pour son propre bien, mais pour celui qui ne dépend que d'elle, son propre fils. Elle trouvera l'amour en luttant.
En même temps, les romans d'Anne Brontë sont très différents de ceux de ses soeurs en ce qu'ils sont emplis d'une grande piété, d'une grande morale religieuse. De nombreuses pages sont ici dédiées à des discussions sur la sauvegarde des âmes des pêcheurs et sur le gain du salut éternel. On sent une grande préoccupation religieuse dans les écrits d'Anne, bien plus qu'un roman d'amour. Là où Charlotte Brontë est plus romanesque, décrivant les tourments d'un amour impossible et où Emily Brontë est plus romantique au sens sombre et gothique du terme, avec des amours torturées et maudites.
Côté plume, celle d'Anne est à l'image de celles de ses sœurs, savoureuse, juste, précise. Elle se déguste. La psychologie des personnages est bien dessinée, aucun n'étant simplement tout noir ou tout blanc ; le rythme tout à fait bien construit. Anne est capable de prendre la voix d'un homme (Gilbert Markham qui écrit à son ami) comme d'une femme (Helen qui écrit son journal) tout en restant crédible. Le style est au final terriblement moderne. Le tout accroche le lecteur à ces pages, et le roman se dévore.

Un livre à découvrir !

Ce livre fait partie du challenge Les sœurs Brontë de Miss Cornish.

3 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Un des premier roman féministe ? Je le note, alors.

Karine:) a dit…

J'avais aimé. Mais la piété m'avait un peu agacée, j'avoue.

Petite Fleur a dit…

@ Alex Mot-à-Mots : tu me diras alors :-)

@ Karine : Oui, on sent cet aspect bien plus que chez ses sœurs.