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05 décembre 2016

Mourir au printemps [Ralf Rothmann]

L'auteur : Ralf Rothmann est un auteur allemand, né en 1953 à Schleswig.

L'histoire : Allemagne, 1945. Alors que la défaite semble imminente, Walter et Fiete, deux amis de dix-sept ans, se retrouvent enrôlés de force par les SS et envoyés en Hongrie. Le premier est affecté au ravitaillement, mais le second, moins chanceux, est envoyé directement sur le front.

Walter, qui a sauvé la vie du fils d'un général, se voit accorder quelques jours de permission afin de retrouver la tombe de son père. À son retour, il apprend que Fiete, arrêté après une tentative de désertion, vient d'être condamné à mort. Et son officier supérieur, qui trouve là un plaisir sadique, lui confie la terrible tâche d'exécuter son meilleur ami...

Mon avis : A travers le regard de Walter, jeune homme de dix-sept ans, le lecteur va suivre les derniers jours du Reich, la défaite de l'armée allemande qui enrôle pourtant toujours plus. C'est un point de vue peu fréquent et qui apporte une lumière différente sur l'atrocité et la folie de cette guerre. En faisant le choix de faire raconter l'histoire de Walter par son propre fils des années après, Ralf Rothmann aborde le sujet de ce que ces hommes qui ont connu l'horreur ont pu transmettre à leur propre descendance.

Brutalité, souffrance, abomination et absurdité de la guerre prennent forme sous nos yeux (ce nouveau commandant obnubilé par la grammaire alors que tout le monde meurt autour de lui), le tout mêlé d'une puissance de vie portée par ces vaches qui parsèment le récit de bout en bout, qui ont besoin d'être traites, qui mettent bas. Les deux s'opposent et se rencontrent donc dans ce récit, donnant une ambiance assez étrange du coup.

C'est aussi la question habituelle : qu'aurions-nous fait dans cette situation ? qui est à nouveau posée. Il faut avoir atteint une forme d'aliénation pour ne pas remettre en question les ordres qui vous poussent à aller vous faire tuer, comme un cheval qu'on mènerait avec des œillères pour qu'il ne renâcle pas. Se serrer les coudes, faire corps les uns avec les autres, pour accepter d'affronter la mort dans des conditions aussi absurdes. Parfois jusqu'aux plus terribles dérives dont sont capables les hommes quand ils sont en groupe. On s'abrite derrière le sens du devoir, derrière a devise SS "Mon honneur est fidélité".

L'auteur ne dit pas toujours tout, laisse beaucoup le lecteur deviner le fond de l'histoire, comme pour le père de Walter dont on sait très peu de chose, gardien dans un camp, qu'on imagine aisément être un camp de concentration. Ces ellipses et l'ambiance étrange déroutent. Associées au style de l'auteur, cela donne un roman grave et sombre qui n'a pas su éveiller en moi un grand émoi, malgré le point de vue original.


"Le silence, le profond mutisme, en particulier quand il concerne les morts, est en définitive un vide que la vie se charge un jour ou l'autre elle-même de remplir de vérité." (p°7)

Mourir au printemps, de Ralf Rothmann
Traduit par Laurence Courtois
Éditions Denoël
Octobre 2016

2 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Le sujet était intéressant, pourtant.

c'era una volta a dit…

Le point de vue, le sujet, tout me paraît intéressant. Sans compter la réflexion et les questions qu'une telle lecture amène...
Je note!