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18 juin 2018

Le requiem de Terezin [Josef Bor]

L'auteur : Josef Bor est un juriste tchèque, né en 1906 et mort à Prague en 1979. Interné au camp de Theresienstadt en juin 1942, il y voit mourir son père avant que sa famille soit déportée et assassinée. Lui-même passe par Auschwitz puis Buchenwald jusqu’à la libération du camp en avril 1945. En 1963, il témoigne avec Le requiem de Terezin.

L'histoire : Raphaël Schächter, pianiste et chef d'orchestre tchécoslovaque, arrive au camp de Terezin le 30 novembre 1941 et le quitte pour Auschwitz le 16 octobre 1944. Entre ces deux dates, il réussit, en dix-huit mois d'efforts désespérés, à répéter et à faire jouer le Requiem de Verdi.

Mon avis : Terezin, antichambre de l'abomination nazie, ghetto et camp de concentration qui sont le premier pas vers Auschwitz. Mais aussi vitrine de propagande. Le requiem de Terezin s’inspire de l’histoire vraie du pianiste et chef d’orchestre Raphaël Schächter, né en Roumanie en mai 1905 et mort soit gazé en 1944, soit lors d’une marche de la mort dans l’évacuation d’Auschwitz en 1945. Il s’est investi dans la vie culturelle du camp en proposant des représentations musicales, notamment le Requiem de Verdi.

Si la représentation est un acte évident de résistance, les répétitions sont des actes nécessaires de survie. Un but fixé, un cap à maintenir dans un environnement où tout pousse à devenir un animal, à ne se soucier que des besoins primaires de la pyramide de Maslow.

Sous la plume de Josef Bor, Schächter est froid. Il ne fait montre d’aucune sentimentalité quand le départ d’un convoi pour Auschwitz emporte une partie de son orchestre. Et puis, l’œuvre choisie est réputée compliquée à monter : elle nécessite en effet un grand nombre de musiciens et de choristes, sans parler des instruments, alors interdits dans le camp. À chaque fois qu’il pense avoir trouver un excellent artiste, qu’il a réparti convenablement les rôles dans son chœur, les trains partent. Malheureusement, d’autres arrivent. Le découragement est très passager et bien vite Schächter se met à la recherche de nouveaux artistes. Acte de survie certes, mais il en oublie son humanité parfois, reprochant à certains de préférer accompagner leurs proches vers la mort plutôt que de rester pour chanter. Lui aussi en quelque sorte sombre dans une forme de folie.

Le choix du Requiem de Verdi est loin d’être anecdotique. D’abord parce que c’est un requiem, chant annonciateur du destin tragique qui attendait les membres du chœur. Ensuite, parce qu’il comporte un Dies Irae qui appelle au jugement des tortionnaires sans que les victimes n’encombrent leurs âmes de haine et de rancœur. C’est un cri de témoignage, pour refuser de s’avouer vaincus, poussé face aux dirigeants nazis, dont Eichmann en personne. C’est la beauté la plus pure qui surgit au milieu de l’horreur absolue.

Le bémol dans ce récit, c’est que si vous n’êtes pas féru de musique classique, une bonne partie des considérations musicales vous passeront royalement au-dessus. Schächter fait preuve d’acharnement et de perfectionnisme, tout dévoué qu’il est à son art. On ne distingue que peu de chose de la vie au camp de Terezin. Ce qu’on ne sait pas non plus, c’est le rôle joué par l’auteur dans cette histoire : simple spectateur ou participant à la chorale ? On sait en tout cas qu’il était effectivement à Terezin à cette période et qu’il sera lui aussi envoyé à Auschwitz. Dont il sortira vivant pour donner ce témoignage, tout de même important à lire et à découvrir.


Le requiem de Terezin, de Josef Bor
Traduit par Zdenka et Raymond Datheil
Éditions du sonneur
2009

2 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Un témoignage de survivant qu'il faut que je lise.

Ingannmic, a dit…

Je n'y connais pas grand-chose en musique, et je n'ai pas souvenir que ça ait gêné ma lecture. J'en ai juste retenu que la musique -et à travers elle l'art en général- y est décrite comme un moyen de rester debout, de revendiquer son humanité.