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San Francisco 1906 tome 1 : les trois Judith [Damien Marie & Fabrice Meddour]

Les auteurs
: Né en 1971, Damien Marie est un scénariste français qui collabore ici ave Fabrice Meddour, dessinateur français de 5 ans son aîné.

L'histoire : 17 avril 1906, la nuit tombe sur San Francisco. Et comme tous les soirs, la petite femme de chambre vient prendre son service au majestueux Palace Hotel. Elle reçoit ses instructions pour s'occuper de la vedette du jour : Enrico Caruso, le fameux ténor italien qui se produit, en ce moment même, sur la scène du Gran Theatre Central...

En vérifiant la bonne tenue de la chambre, elle découvre un colis qu'elle n'aurait pas dû voir et qui la propulse entre les mains des pires clans criminels de la ville, prêts à tout pour le récupérer...

Alors que l'issue semble de plus en plus désespérée pour la jeune fille, le sol se met à trembler...

Mon avis : Un album dessiné qui met au cœur de son récit l'Art nouveau, je ne pouvais pas résister à la tentation. Car ce fameux colis que la femme de chambre, qui s'appelle Judith, découvre, ce n'est rien d'autre qu'un tableau inconnu de Klimt, le maître de la Sécession Viennoise. Autour de cette toile, des mafias franciscanaises se déchirent, le chanteur d'opéra Caruso donne un concert  et le grand séisme de 1906, estimé à 8 sur une échelle de 9 niveaux. De quoi secouer fortement le destin de nos personnages que l'on suit avec plaisir dans ce récit mi-historique mi-policier. Une histoire sympathique, même si pas forcément très originale pour l'instant, l'intrigue principale étant comme laissée au second plan. A voir si cette impression se confirme dans le deuxième volet ou si c'est le fait d'un premier tome introductif.

Visuellement, le travail de Fabrice Meddour à l'aquarelle est splendide. Les tons sépias qui habillent les planches font merveille, avant que le tout ne s'apprête de couleurs une fois le tremblement de terre passé, comme pour mieux mettre en lumière un paysage dévasté. Les visages féminins sont splendides, les masculins sont un peu moins réussis. Le point faible, à mon sens, c'est lorsque la ville détruite est en arrière plan, on ne comprend pas bien ce qui se joue. Les dernières pages qui donnent les explications contextuelles pour bien comprendre l'ouvrage font référence à certaines cases que je n'aurais pas comprises sans cet éclairage.

Merci Babelio et les éditions Grand Angle pour cette lecture offerte dans le cadre de l'opération Masse Critique.


San Francisco 1906 tome 1 : les trois Judith, de Damien Marie et Fabrice Meddour
Éditions Grand Angle
Mars 2024

BD express #27

Quatorze Juillet, de Martin Quenehen et Bastien Vivès

L'histoire
: Quand Jimmy, un jeune gendarme, rencontre Vincent, un peintre qui vient de perde sa femme dans un attentat, il décide de les prendre, sa fille Lisa et lui, sous son aile. Mais peut-on sauver les gens malgré eux ? Et dans quelle mesure est-il forcément juste de vouloir jouer les justiciers ?

Mon avis : Paru début 2020, cet album fait référence au traumatisme des attentats. Il n'y avait pas encore la psychose du covid ou de la guerre en Ukraine, notre attention était focalisée sur le terrorisme. Vincent, jeune gendarme plein d'ambition, est obnubilé par le risque, réel ou supposé. Au point de faire du zèle et de sortir de la légalité en enquêtant en solo. Tout se mélange, les violences peuvent avoir des sources différentes, mais les personnages sont perdus, ambigus dans leur motivation, loin d'être les héros que nous voudrions voir en eux. Jusqu'au final qui montre bien que rien n'est jamais si simple et si clair qu'on pourrait le croire. Notons également, le dessin et la mise en scène typique de Vivès qui sont pour beaucoup dans l'ambiance de cet album, un polar prenant.



La fille du quai, d'Alexine et Meddour

L'histoire
: Celui qui voit la fille du quai y reste à jamais enchaîné. Quiconque voit la fille du quai mourra par elle... C'est une légende oubliée que l'on se raconte le soir, pourtant c'est ce qui va s'emparer d'Haurel à 8 ans quand son destin sera bouleversé par une étrange apparition. Un beau jour de marché, sur le quai, une femme semble attendre sous une ombrelle. À partir de ce jour, le destin d'Haurel est lié à ce personnage que lui seul peut voir. La malédiction le poursuit, le hante et le prive d'une vie normale. Plus il tente de s'en échapper, plus son emprise est puissante. Sensuelle et possessive, la fille du quai s'empare de sa proie pour l'anéantir quand viendra le moment. Haurel rencontre enfin l'amour avec une femme bien réelle, mais saura-t-elle lui faire oublier son malheur ?

Mon avis : Entre malédiction et folie, le personnage d'Haurel navigue sans trop savoir et le lecteur est perdu de même. Car le scénario semble brasser trop large en trop peu de pages : il lance des pistes qui ne sont pas exploitées, laissées à l'état d'ellipse, tout en essayant de développer une ambiance pesante et mystérieuse autour de cette fameuse fille du quai. Globalement, tout cela reste confus.

Les dessins et la palette de couleurs sont par contre splendides. S'ils attirent forcément le regard, ils ne suffisent pas à compenser un récit trop mal exploité.



Coupures irlandaises, de Kris & Vincent Bailly

L'histoire
: À l'occasion d'un voyage linguistique à Belfast, deux jeunes bretons, Nicolas et Chris, découvrent la dure réalité du conflit Nord Irlandais. Le voyage est long pour les apprentis polyglottes et l'arrivée en Ulster les surprend. Pluie, grisaille, douaniers nerveux, pluie, militaires, barrages, pluie... Autre déconvenue : nos deux amis n'habiteront pas sous le même toit, Nicolas restera dans une famille ouvrière catholique alors que Chris doit se rendre chez une famille protestante nettement plus aisée. Chris se sent peu d'affinités avec eux. Trop gentils pour être honnêtes. Mais pour les deux jeunes gens, la découverte de l'Irlande passera également par la découverte des filles...

Mon avis : Deux adolescents bretons partent pour un voyage linguistique à Belfast en plein conflit irlandais dans les années 80. Avec un brin d'inconscience, ils débarquent dans une ville sans trop comprendre les tenants et les aboutissants de cette guerre larvée qui oppose deux camps. Ils découvrent, effarés, que les deux communautés sont séparées par des barricades en plein milieu de la cité. Il n'est pas si simple de passer d'un côté ou de l'autre.

Les deux auteurs font ici une belle œuvre pédagogique en mettant en lumière ce conflit qu'on craint voir ressurgir avec le Brexit. Ce récit est basé sur des faits réels, à l'exception de la fin, bien plus tragique que ce qu'ont pu vivre les deux compères. Dommage peut-être d'avoir voulu faire dans le sensationnalisme au lieu de s'en tenir à la réalité, qui montre bien le climat de haine ambiant. Dommage aussi d'avoir un peu trop centré le récit sur le point de vue catholique, oubliant les protestants au passage, relégué à la famille casse-pieds et ennuyeuse.