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28 mai 2018

À l'orée du verger [Tracy Chevalier]

Après La dernière fugitive, je retrouve la plume de Tracy Chevalier toujours sur la trace des pionniers de l'Amérique.

L'histoire : En 1838, la famille Goodenough s'installe sur les terres marécageuses de Black Swamp, dans l'Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d'un nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre ces cultivateurs de pommes. Quinze ans et un drame plus tard, leur fils Robert part tenter sa chance dans l'Ouest et sa sœur Martha n'a qu'un rêve : traverser l'Amérique pour lui confier un lourd secret.

Mon avis : Un roman de Tracy Chevalier, c’est normalement pour moi l’assurance d’un voyage dans le temps, à une époque révolue, où la vie pouvait être dure mais pleine de surprises. J’ai du coup été déçue de ma lecture car si la dureté est bien là, j’ai vu peu d’espoir et de lumière dans cette histoire.

D’abord, ce qui n’aide pas, on ne suit pas un personnage en particulier mais toute une famille : d’abord le père James et la mère Sadie Goodenough, pionniers en 1830 partis du Connecticut et venus s’installer en Ohio dans un sombre marécage où il faut lutter sans cesse pour planter et garder des pommiers. Lui ne pense qu’à ses précieuses pommes, elle se réfugie dans l’alcool et les enfants meurent à tour de rôle de la fièvre des marais. Eux qui rêvaient d’un avenir aussi riche que la saveur des reinettes dorées croupissent dans la misère. Un des fils, Robert, décide de pousser plus à l’ouest pour fuir, laissant derrière lui sa sœur Martha, victime silencieuse de la perversion. Difficile de s’attacher à ses êtres multiples et taiseux, comme résignés à leur sort.

Les personnages les plus intéressants ne sont pas ceux qu’on suit, alors qu’ils sont tout à fait authentiques : John Chapeman (plus connu sous le nom de John Appleseed) qui fournit la famille Goodenough en pépins et plants dans l’Ohio, ou encore William Lobb, récoltant et collectionneur de plantes avec lequel Robert est amené à travailler. Ce sont eux seuls qui tiennent le sujet du roman, la passion naissante pour la botanique et autour tout le commerce qui se met en place.

La promesse d’un avenir meilleur qui d’habitude met en mouvement les personnages de l’auteur est ici difficilement perceptible. Tout est sombre, entre la boue qui colle à tout, au corps comme au cœur, et les êtres qui ne font preuve d’aucune sympathie les uns envers les autres. Il n’y a rien à espérer sur les terres du Black Swamp et la communauté d’âmes qui pourraient sauver les pionniers exclue totalement les Goodenough. Alors Robert, encore bien jeune, part. Il veut autre chose, mais il ne sait pas quoi. Il se laisse trop porter par les événements et sa survie ne semble due qu’à un concours de circonstances qui met la bonne personne sur sa route au bon moment. Il faut attendre les toutes dernières pages pour, comme lui, se rendre compte qu’il est plus acteur de sa vie qu’il ne le croit et qu’il n’a pas à porter le poids des pêchés de ses parents. À l’image de ces arbres qui savent rester en vie dans des bateaux pendant une longue traversée, Robert prend son temps pour trouver son chemin.

En toile de fond, qui est toujours un élément important des romans de Tracy Chevalier, on retrouve cette Amérique se construit : la ruée vers l’or rend les Hommes fous, les grands espaces fascinent (le Yosémite vient juste d’être découvert), les villes bourgeonnent et se développent, les gens se croisent et le tourisme apparaît.

« Quand on est arrivés à la Portage River, on a décidé que ça y était, on irait pas plus loin, on avait comme qui dirait atteint notre Terre promise. À ce moment-là toutes nos affaires étaient couvertes de boue. On avait tellement pataugé dedans qu’il y avait plus moyen de décrasser nos bottes, nos habits ou nos ongles de pied. Les garçons se déculottaient le soir et le matin, leurs pantalons, avec la croûte séchée, tenaient debout tout seuls. » (p°34)

Merci à l'équipe Folio pour cette lecture.

À l'orée du verger, de Tracy Chevalier
Traduit par Anouk Neuhoff
Éditions Folio
Février 2018

1 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Une auteure avec laquelle j'ai du mal à accrocher.