Il a jamais tué personne, mon papa [Jean-Louis Fournier]

Huit ans après ma lecture de La servante du Seigneur, je renoue avec Jean-Louis Fournier pour un petit roman assez ancien.

L'histoire : Il était docteur, le papa de Jean-Louis Fournier. Un drôle de docteur qui s'habillait comme un clochard, faisait ses visites en pantoufles et bien souvent ne demandait pas d'argent. Ses patients lui offraient un verre. Il n'était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait trop bu ; il disait alors qu'il allait tuer sa feme. Un jour, il est mort : il avait quarante-trois ans.

Mon avis : À hauteur d’enfant, celui qu’il fut, l’auteur nous dresse par courts chapitres figurant des instantanés de vie, le portrait d’un père présent mais défaillant du fait de son alcoolisme. Un père qui mourra à quarante-trois ans. Sans être physiquement violent, il n’en est pas moins maltraitant par l’inquiétude et l’irresponsabilité de ses actes qui rejaillissent sur toute sa famille. Tout l’argent qu’il gagne part dans les bistrots du quartier. Il en rentre toujours saoul, sans que rien ne puisse l’arrêter. Cela ne l’empêche pas d’être un médecin généraliste compétent et apprécié de sa patientèle, mais un médecin qui ne sait pas prendre soin de lui et des siens.

C’est un père que l’enfant aimerait aimer sans conditions si ce n’était la crainte que lui inspire ses réactions toujours extravagantes et imprévisibles. Le petit Jean-Louis grandit, sûrement trop vite, entre les crises, zigzaguant entre humour et tragique, sans toujours bien comprendre ce qui se joue sous ses yeux. Au lecteur de combler les vides, les non-dits difficiles qui se laissent deviner. Le regard de petit garçon suffit à apporter l’émotion sans qu’il ne soit besoin d’en rajouter. Comme un hommage rendu avec pudeur à un homme qui n’a pas su vivre. Et à qui personne n’a su apporter une aide suffisante. Il y a peut-être une dénonciation du silence qui entoure cette situation : tout le monde sait, mais personne ne dit rien, ni dans la famille, ni en dehors. Laissant alors Jean-Louis se débrouiller de la confrontation entre une image paternelle idéalisée et la réalité.

Un court récit tout en humanité et en sincérité qui laisse doucement transparaitre l’émotion d’un amour filial compliqué.

"Quelquefois, il disait qu'il allait tuer maman, et puis moi aussi, parce que j'étais l'aîné et pas son préféré. 
Il était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait beaucoup bu.
Il a jamais tué personne, mon papa, il se vantait." (p°15)
 

Il a jamais tué personne, mon papa, de Jean-Louis Fournier
Éditions Le Livre de Poche
Mai 2017

Commentaires

Alex Mot-à-Mots a dit…
J'en ai lu peu de l'auteur, et j'avais beaucoup aimé celui-ci.
La chèvre grise a dit…
@ Alex Mot-à-mots : je suis toujours touchée par ses mots, mais dans ces romans qui ont fait polémique.