Le dernier gardien d'Ellis Island [Gaëlle Josse]

L'auteur
: Née en septembre 1960, Gaëlle Josse est une écrivaine française de poésie et de romans. En 2015, elle est finaliste du Prix des libraires et lauréate du prix de littérature de l'Union européenne pour son roman Le dernier gardien d'Ellis Island.

L'histoire : New York, 3 novembre 1954. Dans quelques jours, le centre d'immigration d'Ellis Island va fermer. John Mitchell, son directeur, resté seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent : Liz, l’épouse aimée, et Nella, l’immigrante sarde porteuse d'un très étrange passé. Un moment de vérité où il fait l’expérience de ses défaillances et se sent coupable à la suite d’événements tragiques. Même s'il sait que l’homme n'est pas maître de son destin, il tente d'en saisir le sens jusqu'au vertige.

Mon avis : Un livre dont j'ai beaucoup entendu parler mais qu'il aura fallu que ma cousine m'offre pour que je le découvre enfin. Une belle lecture sur ce lieu célèbre de tous les exils depuis longtemps, forcément chargé d'émotions. Centre d'accueil des migrants, où l'administration américaine tatillonne cherchait à vérifier les identités de ceux qu'elle s'apprêtait à accueillir sur son sol. C'était l'ultime épreuve pour les exilés de tous ports, le seuil d'un nouveau destin quand l'ancien était totalement chamboulé. Seraient-ils acceptés ou rejetés ?

Pour incarner tous ces destins, Gaëlle Josse choisit de s'attacher à celui du dernier gardien de ce lieu, John Mitchell. Centre ouvert en 1892 et fermé en 1954, il voit passer beaucoup de monde. Son gardien, forcément, est au première loge pour deviner les destins brisés. Par ses rapports, il fait certes son travail administratif mais aussi œuvre de mémoire. Il raconte les destins de tous ces hommes et femmes jetés sur la route de l'exil dans des circonstances toutes différentes et pourtant similaires : exil politique, économique, familial… Le renoncement, la fatigue, l'émotion, la peur et le déracinement chevillé au corps.

John Mitchell n'est pas un personnage idéal, il a des défauts, a pu se défaire par moment de sa droiture administrative, a abusé de son pouvoir, mais il avoue ses fautes. En cela, il montre qu'en tout être humain il y a le revers de la médaille et qu'attendre des émigrés une parfaite adéquation avec l'idéal américain est illusoire.

La fin est peut être trop convenue, mais il n'empêche que la plume de Gaëlle Josse est sensible et délicate pour dire toute la complexité des émotions liées à l'exil. Et j'ai particulièrement aimé qu'elle intègre des personnages réels dans ce récit, découvrant ainsi le travail très questionnable d'Augustus F. Sherman qui, fonctionnaire des services de l'immigration sur l'île, a tiré le portrait de nombreux migrants entre 1904 et 1924 et ainsi, malgré tout, permet aujourd'hui de donner un visage à toutes ses ombres qui peuplent désormais Ellis Island. Un beau roman.

Johanna Dÿkhoff, Mère de famille hollandaise avec ses 11 enfants - Augustus F. Sherman

Famille allemande - Augustus F. Sherman


Le dernier gardien d'Ellis Island, de Gaëlle Josse
Éditions Noir sur Blanc collection Notabilia
Mars 2020

Commentaires

Alex Mot-à-Mots a dit…
Une déception pour ma part, j'attendais un peu plus de chose sur cette île.
La chèvre grise a dit…
@ Alex Mot-à-mots : ça aurait été plus long, je t'aurais certainement rejointe. Mais le roman étant assez court, je me suis laissée porter.