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Exposition : Balade urbaine, le Japon croqué par Florent Chavouet


Florent Chavouet, cela fait plus de dix ans maintenant que je l'ai découvert avec Manabe Shima et Tokyo Sanpo. Un choc tant je sais aujourd'hui reconnaître son style et sa perspective si particulière, qui immerge totalement le spectateur, tout en faisant preuve de beaucoup de douceur. Aussi quand la Maison de la culture du Japon à Paris propose une exposition, gratuite, sur l'artiste, impossible de résister et de ne pas y faire un tour.




Cette plongée dans son univers se fait par l'intermédiaire d'une trentaine de dessins représentant un environnement urbain mêlant des immeubles très modernes et des habitations ou des commerces traditionnels, parfois ponctués d'un personnage touchant ou d'une touche de nature qui s'invite. A la fois bande dessinée et carnet de voyage, on peut voir dans les croquis préparatoire que le dessin de Chavouet est très précis tout en faisant preuve de beaucoup de liberté. 




L'artiste arpente les villes et les campagnes, au gré de ses envies, sans guide, sans GPS, ne suivant que son regard, attiré aussi bien par des paysages que des constructions ou un objet abandonné sur un trottoir. Il prend le temps de contempler. Et avec lui, nous nous arrêtons nous aussi quelques instants de courir, nous levons le pied, le nez aussi pour regarder ce qui nous entoure et trouver parfois un peu de magie dans la banalité du quotidien.

Une exposition à ne pas rater.


Informations utiles :

Du 15 octobre 2025 au 07 février 2026
Du mardi au samedi de 11h à 19h, fermé les dimanches, lundis et jours fériés

Maison de la culture du Japon à Paris
101 bis, quai Jacques Chirac
75015 Paris
Tel : 01 44 37 95 00

Gratuit

Site de la Maison de la culture du Japon à Paris ici

Petites coupures à Shioguni [Florent Chavouet]

On retrouve à nouveau Florent Chavouet après ses carnets de voyage au Japon et son immersion dans le Louvre, mais pour un style encore différent : une enquête policière qui lui a valu le prix du polar au festival d'Angoulême 2015.

L'histoire : Kenji avait emprunté de l'argent à des gens qui n'étaient pas une banque pour ouvrir un restaurant qui n'avait pas de clients. Forcément, quand les prêteurs sont revenus, c'était pas pour Goûter les plats.

Mon avis : Florent Chavouet semble désormais suffisamment à l'aise avec le Japon pour quitter le genre du carnet de voyage et inventer une histoire qui se déroule dans un quartier urbain, mettant en scène policiers, yakuzas, voleuse et cuisinier. On croise également un tigre, des maquereaux, des crevettes, un panda et un hippopotame bleu. Bref, un joyeux mélange dont on cherche à retrouver le fil, toujours aussi bien mis en images par l’auteur, avec ce style si particulier. Il ne respecte toujours pas le format classique de la bande dessinée : pas de case ni de bulle, mais une explosion de couleurs et l’utilisation de toute la page, sans marges.


Planche Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet
Plusieurs faits divers sans lien apparent se déroulent au cœur de la nuit dans le quartier de Shioguni. Chaque protagoniste va donner sa version des faits qui est consignée dans un carnet d’enquête. Le récit se modifie donc au fur et à mesure que l’enquête avance. Et il est parfois compliqué de s’y retrouver. D’autant que chacun peut avoir des choses à cacher et . On court de tous les côtés pour retrouver des indices, on se lance dans de fausses pistes. Bref, ça ressemble à une véritable enquête mais je regrette que la fin ne soit pas plus éclairante.

C’est toujours bourré d’humour et on s’amuse beaucoup à suivre les élucubrations décrites et les multiples détails de chaque planche dans lesquels on cherche un indice.


Planche Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet

Petites coupures à Shioguni, de Florent Chavouet
Éditions Philippe Picquier
Novembre 2014

L'île Louvre [Florent Chavouet]

Après Tokyo Sanpo et aussi le passionnant Manabe Shima dans lesquels Florent Chavouet retraçait avec brio son voyage au Japon, je retrouve cet auteur pour une toute autre visite, celle du plus grand musée français, le Louvre.

L'histoire : Le musée du Louvre est devenu île, sous les crayons de couleurs de Florent Chavouet. Muni d’un pass délivré par les autorités du musée, il se rend sur ce territoire insulaire à la rencontre de ses habitants (ceux qui travaillent dans cette institution), de ses visiteurs (les touristes du monde entier) et de ses paysages (l’ensemble des salles et des œuvres exposées). Carnet de voyage en main, l’auteur s’amuse à nous décrire cette île-musée et ses traditions. Au fur et à mesure de ses déambulations, il nous plonge ainsi dans la vie quotidienne du Louvre, restituant avec un sens du détail digne des plus grands enlumineurs, les lieux les plus courus comme d’autres bien moins connus !

Mon avis : Après mon coup de cœur pour Manabe Shima, c’est avec plaisir que je me suis plongée dans cette nouvelle œuvre de Florent Chavouet. Cette fois, ce n’est pas un pays étranger qu’il nous propose de découvrir mais un musée, et rien de moins que le Louvre. Même si on en connait bien les salles, le Louvre reste souvent mystérieux tant il fourmille dans tous les sens. C’est en cela qu’il peut être considéré comme une ville avec ses différentes populations (les visiteurs et le personnel) ou ses codes propres. D’où la comparaison de l’auteur avec une île, un monde hors du temps et de la capitale. J’avoue ne pas avoir plus gouté que ça la métaphore de l’île, à mon sens totalement dispensable. Pour le reste, c’est toujours agréable de retrouver le style Chavouet si reconnaissable et qui ne respecte pas du tout les codes de la bande dessinée classique. Son œil reste plein de curiosité et d’humour mais toujours tendre.

Planche de L'île Louvre, de Florent Chavouet
 
L’auteur s’intéresse plus aux humains qu’aux œuvres. Il croque sur son carnet les êtres qu’il croise, jeunes ou vieux, français ou étrangers, gardiens ou visiteurs. Il rend merveilleusement une ambiance à partir d’anecdotes ou de réactions face aux œuvres plutôt que sur les œuvres elles-mêmes. Quelques fois juste dans les couloirs aussi, où, comme les visiteurs, le lecteur se perd avec délice. Le plan dépliable au centre de l'album est d'ailleurs un clin d’œil facétieux à ceux, souvent incompréhensibles donnés sur le site.

Dessin de L'île Louvre de Florent Chavouet
Il observe ceux qui observent. Les dessins débordent, fourmillent de détails dans tous les sens. C’est riche et généreux, à l’image du propos. Malgré tout, il y a un sentiment bizarre de trop peu à la fin de cet album, comme si on n’avait fait que survoler le sujet.

Une lecture qui m’a donné envie de m’organiser une petite visite au musée !


L'île Louvre, de Florent Chavouet
Éditions Futuropolis
Novembre 2015

Tokyo Sanpo [Florent Chavouet]

Après avoir découvert Florent Chavouet avec son Manabé Shima, je me suis forcément précipitée sur son deuxième ouvrage Tokyo Sanpo, qui m'avait été offert en même temps.

L'histoire : Il paraît que Tokyo est la plus belle des villes moches du monde. Plus qu'un guide, voici un livre d'aventures au cœur des quartiers de Tokyo. Pendant ces six mois passés à tenter de comprendre un peu ce qui m'entourait, je suis resté malgré tout un touriste. Avec cette impression persistante d'essayer de rattraper tout ce que je ne sais pas et cette manie de coller des étiquettes de fruits partout, parce que je ne comprends pas ce qui est écrit dessus. A mon retour en France, on m'a demandé si c'était bien, la Chine. Ce à quoi j'ai répondu que les Japonais, en tout cas, y étaient très accueillants.

Mon avis : Après ma découverte de Manabé Shima, je retrouve le coup de crayon talentueux et si propre à nous faire voyager de Florent Chavouet. Là encore, on est à mi-chemin entre un guide touristique, un carnet de voyages et une bande dessinée. La façon de dessiner la perspective est très personnelle, avec un petit côté mal dessiné qui devient une marque de fabrique et apporte une touche de tendresse au sujet représenté et en même temps beaucoup de vie.

Écrit avant Manabé Shima et lu après pour ma part, je n'ai pu m'empêcher de comparer les deux. Ma préférence va à Manabé Shima qui s'attache davantage aux gens et à leur façon de vivre, mais cela n'enlève rien à la qualité de celui-ci. Dans Tokyo Sanpo, il est surtout question de croquer tout ce qui est dépaysant pour un français, en passant par les étiquettes trouvées sur les fruits, au gré de vagabondages à bicyclette, toujours muni de papier et de crayons de couleur. Après le dessin de kōban, petit poste de police à l'architecture parfois improbable, qui ouvre chaque chapitre correspondant à un quartier précis, un plan dudit quartier est présenté et indique où se situe l'action de chaque page suivante. Le mélange entre architecture moderne des grands buildings et petites maisons traditionnelles est détonnant.

L’œil de l'auteur est dénué d'a priori mais plein de curiosité et de tendresse. Et son œuvre donne envie d'aller se dépayser à son tour. J'ai particulièrement aimé deviner, au détour d'un dessin qui n'a pas été terminé, comment Florent Chavouet construit son dessin par étapes.

J'aimerais assez qu'il aille se balader dans un autre pays pour nous proposer encore de sa façon de voir et de dessiner le monde qui l'entoure.

Manabé Shima [Florent Chavouet]

L'auteur : Florent Chavouet, né en février 1980, est un dessinateur français. Séjournant régulièrement au Japon, il a tiré de ses voyages deux bandes dessinées dont voici la deuxième (le hasard a fait que je n’ai pas commencé dans l’ordre !) Manabé Shima, qui a été sélectionnée pour le Festival d’Angoulême en 2011.

L'histoire : Le Japon est tellement une île qu'il est un archipel. Dans le catalogue japonais, on trouve des îles industrielles, des îles artificielles, des îles sacrées, des îles musées, des îles formol, des îles atoll, des îles balnéaires, des îles bleu-vert, des îles sauvages, des îles sans âge, des îles connues, Shikoku, et même des îles où l'on pêche et l'on boit.
Parmi ces miettes de terre, il y a Manabeshima, une île dont on parle peu, mais où poussent très bien les poissons.

Mon avis : J’ai découvert l’auteur et ses deux romans graphiques – carnets de voyage lorsque je travaillais dans une grande banque française où une demoiselle, Loesha pour ne pas la nommer, me les a fait découvrir. J’ai tout de suite été attirée par le parti pris original de narration et de perspective dans le dessin. Par contre, n’étant pas forcément une inconditionnelle du Japon, j’hésitais beaucoup. Jusqu’à ce qu’il soit offert lors d’un pot de départ et que j’ai l’occasion de le feuilleter longuement.

Dans Manabé Shima, c’est dans le Japon intime et profond, pittoresque et absolument pas touristique que nous convie Florent Chavouet. Nous sommes loin de la surpopulation de Tokyo. L’île qui se trouve dans la mer intérieure de Seto, ne compte guère plus de 300 habitants d’après Wikipédia. L’auteur a décidé d’y passer deux mois et de vivre au plus près des habitants pour partager leur quotidien. Il nous présente les dessins issus de ce séjour. D’anecdotes en présentations des personnages et des lieux, en passant par quelques histoires un peu plus construite, c’est par un trait tout en rondeur et haut en couleur que Florent Chavouet attrape son lecteur. On y sent du vécu et de l’

Il ne faut pas hésiter à attraper le livre à deux mains et à le retourner, à pencher la tête, pour bien lire le moindre détail de ces dessins si riches et si colorés. La lecture est du coup forcément plus lente et longue qu’une simple bande dessinée. Il faut prendre son temps pour se laisser porter et apprécier. Les perspectives peu orthodoxes utilisées, comme en plongée immersive, donne une sensation de vie impressionnante.

Peu familière des personnages et de leur nom, j’ai parfois eu un peu de mal à les distinguer. Il n’empêche que chacun à sa façon est attachant. Plongé parmi eux, le lecteur français est fortement dépaysé. Les relations entre chacun sont bien posées : aller à la pêche au crabe par exemple, ou faire un tour au temple. Et les pages expliquant la façon de vivre ou la nourriture participent aussi à l’exotisme. Le côté voyageur occidental qui découvre une culture inconnue est vraiment bien rendu.

Un roman graphique qui ravira ceux qui rêvent de partir au Japon, mais aussi ceux qui aiment tout simplement être dépaysé. Une sorte de guide touristique nouvelle génération qui prônerait non pas la visite des lieux les plus connus ou représentatif mais au contraire de se poser et de prendre le temps de vivre comme les autochtones.