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Affichage des articles associés au libellé Lupano

BD Express #39

Luna Almaden, de Clarke et Lapière

L'histoire
: Luna est aveugle et mène une vie bien réglée, entre sa mère, sa sœur et son métier de sculpteur. Mais lorsque quelqu'un décide de bouleverser cette vie bien tranquille, Luna va devoir réagir seule, avec ses propres moyens.

Mon avis :  À lire la quatrième de couverture, j'en attendais bien plus : être tenue en haleine, être surprise. En fait, le scénario est bien trop simpliste, le dénouement étant sous les yeux du lecteur dès les premières pages. Et puis le résumé est totalement mensonger : on nous vend une Luna qui, contre vent et marée va devoir se battre pour faire éclater la vérité. Rien n'est moins faux ! Elle est en permanence assistée par d'autres protagonistes pour lui venir en aide, pour démêler les fils de la vérité. Elle ne porte rien par elle-même. Le tout manque terriblement de psychologie. La tension que doit ressentir Luna ne transparait jamais, on ne sent pas l'angoisse monter.

Bref, ça manque furieusement de complexité pour fonctionner pleinement et laisser un souvenir de lecture.


Le promeneur, de Jirô Taniguchi

L'histoire
: A la faveur des petits événements ordinaires de sa vie professionnelle et personnelle, un quadragénaire se laisse aller à des escapades impromptues au hasard des chemins de traverse qu'offre la grande ville. Cette pulsion vagabonde prend bientôt des allures de cheminement sentimental, ponctué d'images surgies de la jeunesse du promeneur.

Mon avis : Comme sait le faire Jirô Taniguchi, voici un album composé de plusieurs séquences où le personnage principal déambule dans la grande ville. Il va redécouvrir certains quartiers de sa jeunesse ou les charmes de ruelles qui lui étaient encore inconnues.

Des tranches de vie agréables à suivre pour retrouver le goût de déambuler sans but et d'apprécier le paysage qui nous entoure. Chaque chapitre est une invitation à découvrir un nouveau quartier. Cela doit revêtir plus de charme pour les personnes natives de Tokyo ou qui y vivent. Cela ne cherche pas forcément à faire passer un autre message que celui de lever le nez du guidon par moment. On est dans la contemplation et l'appréciation de la banalité du quotidien.

Si la lecture est agréable, ce n'est pas le style d'ouvrage de Taniguchi que je préfère. C'est assez peu mémorable sur le long terme.


Les vieux fourneaux tome 8 : Graines de voyous, de Lupano et Cauuet

L'histoire
:  C'est l'été, Montcoeur est sec comme un 49,3. La canicule est telle qu'on voit même le fond de l`étang la Gibelette ! Du jamais-vu. Pourtant, ce n`est pas la météo qui va empêcher Sophie d`organiser une fête pour les 60 ans du « Loup en slip ». L`occasion de se replonger dans les souvenirs et de dépoussiérer quelques vieilles photos. Le loup en Slip, dans le coin, c`est pas rien.

Naturellement, Pierrot fait le déplacement, mais voilà, est-ce la chaleur ? Il semblerait que le vieil anar se tape une crise de foi en arrivant au bled. Fraichement descendu du bus, les radicalisés du bar La Chope le retrouvent à l`église à se poncer les rotules sous la croix. Pour le groupe, ça ne fait aucun doute : Pierrot est à deux doigts de caner. Pendant ce temps, dans la plantation de pommes, un octogénaire se lance dans le MMA. On se met à craindre le pire, et on a bien raison.

Mon avis : Revoici notre bande de vieux préférée ! Ces zigotos ont toujours le bon mot pour nous faire rire mais là encore, je ferais le même reproche que pour le tome précédent : cela manque d'une vraie histoire et de surprises. En effet, le fin mot est connu dès le début, le comment n'a pas vraiment d'intérêt. Le récit ne tient que par l'interaction des personnages entre eux. Reste les gags, comme Pierrot qui s'énerve parce qu'il ne peut pas commander un café de vive voix au serveur et toutes les conséquences qui vont suivre. Mimile est assez transparent ici. Et il manque surtout ce dessin cruel de notre société actuelle qui nous fait tellement rire, tout en nous reconnaissant forcément dans les travers dénoncés.

Vikings dans la brume [Lupano et Ohazar]

Les auteurs : Si on ne présente plus le scénariste français Wilfrid Lupano sur ce blog, auteur notamment de La bibliomule de Cordoue avec Chemineau ou des Vieux fourneaux avec Cauuet, il collabore cette fois avec son frère, Ohazar alias Rodolphe Lupano, illustrateur, graphiste et coloriste autodidacte né en 1970. 

L'histoire : "Vikings Dans La brume" raconte les aventures burlesques de Vikings partis en mer pour accomplir une forme de routine : raids, pillages, meurtres et ripailles !
"Vikings Dans La brume" raconte aussi et surtout, l'histoire d'un monde qui bascule. Nos Vikings sont confrontés à l'évolution rapide du monde chrétien, qui se structure, se répand, et complique considérablement le bon déroulement des pillages. À la tête de sa bande de redoutables guerriers, le chef Reidolf est bien obligé de constater que ce mode de vie basé sur la prédation vit ses derniers instants... Mais comment changer quand on a toujours vécu ainsi ? Comment sortir de la brume... ?

Mon avis : Une succession de saynètes faisant une demie page et mettant un scène des vikings partis en raid sur les terres chrétiennes, ou leurs femmes restées tranquillement à la maison. C'est ainsi que sont construits ces deux albums des Vikings dans la Brume. À la tête de cette troupe, on retrouve le chef Reidolf, qui initie son fils aîné à la plus pure tradition vikings pendant que sa femme fomente la rébellion et s'accoquine avec des esclaves chrétiens. Un vent moderne souffle donc.


Graphiquement, Ohazar livre une prestation très originale mais j'ai eu du mal avec les visages, peu visibles et dont on ne voit du coup pas les expressions. Scénaristiquement, si j'ai ri une ou deux fois, j'avoue avoir eu l'impression que Lupano est plus inspiré en série dans Traquemage ou dans Les vieux fourneaux. Ca manque de percussion je trouve, c'est un peu trop gentillet. On enchaîne les bagarres et les coups de hache mais sans voir de sang couler, même si nos valeureux vikings se décrivent comme sanguinaires ; les réflexions sur la religion sont par contre plus intéressantes. 

Ca aurait pu être un peu plus profond pour être encore plus savoureux. Mais pour un divertissement léger, vite consommé, sans prise de tête, ça fait très bien le travail.


Vikings dans la brume, tomes 1 et 2, de Wilfrid Lupano et Ohazar
Éditions Dargaud
2022 et 2023

BD Express #30

Le pavillon de l'aile ouest, de Sun Jiayu et Guo Guo

L'histoire
: Chen Yuqing, fils d’une riche famille déchue, est devenu un vagabond. Un jour, dans la ville de Pu Zhou, il croise le chemin de PianPian, la fille du premier magistrat de la ville, et en tombe amoureux. Mais comment comment un errant comme lui pourrait-il intéresser la famille de la belle ?...
En la sauvant, elle et sa famille d’un grand péril ! Et là, la mère de la jeune fille l’a promis, il pourra enfin épouser celle qu’il aime. Sauf si des intérêts plus haut placés entrent en jeu…
Trouvera-t-il enfin le bonheur ?...

Mon avis : Une histoire tirée d'une pièce de théâtre traditionnelle chinoise qui ne m'a pas du tout convaincue, en tout cas dans ce format manga. . Si le talent de la dessinatrice Guo Guo est indéniable, et c'est d'ailleurs ce qui m'avait attirée pour emprunter cet album à la bibliothèque, le scénario est juste mauvais : les situations sont précipitées et les personnages caricaturaux. On aurait pu passer outre l'aspect assez naïf, puisqu'il s'agit après tout d'un vieux conte chinois, mais le récit a bien trop de défauts et vire au niais au point de gâcher complètement la lecture.


Sad girl, de Kan Takahama


L'histoire
: Actrice malgré elle d’une vie qu’elle abhorre (dépendance aux médicaments, conflit avec un mari alcoolique, tentative de suicide), une jeune femme, Shiori, prend la fuite pour se réfugier chez une amie. Mais celle-ci, quoiqu’amicale, entretient également une dépendance aux drogues. Shiori s’enfuit à nouveau, égarée, sans perspectives. Son errance la conduira successivement auprès d’un ancien amoureux puis d’une connaissance de celui-ci, qui fait entrer la jeune femme dans le cir- cuit de la prostitution. Une lente dérive en forme de descente aux enfers, qui, après un détour par la maison familiale et un bref épisode religieux, amènera Shiori redevenue totalement toxico-dépendante aux portes de la clochardisation, puis de la mort.

Mon avis : Encore un emprunt à la bibliothèque qui se révèle une lecture en demi-teinte. Cette fois-ci, c'est largement ma faute car je n'avais pas lu la quatrième de couverture avant, me basant uniquement à la couverture que avait attiré mon regard : cette position du corps et ce papillon me semblait porteur d'espoir. Malheureusement, il s'agit en fait du récit d'une descente aux enfers d'une tristesse absolue. C'est sombre et il n'y a quasi jamais de lumière au bout du tunnel qui permettrait au personnage principal de tenir le coup et de trouver le sursaut d'énergie nécessaire à son salut.

Je ne suis pas friande de ces histoires, même bien contées, qui décrivent des situations toujours plus tragiques. C'est une réalité, j'en suis consciente, mais quand je lis, et a fortiori des bandes dessinées, c'est plus souvent pour m'évader du quotidien et non qu'on m'en rappelle les pires aspects possibles. Les rares fois où j'accepte de commencer ce genre de lecture, j'en ai alors pleinement conscience. Ici, non prévenue, j'ai été plombée de bout en bout, refusant alors toute empathie avec Shiori surtout pour mon propre salut.
 
 
 
Les vieux fourneaux tome 7 : chauds comme le climat, de Lupano et Cauuet
 
L'histoire : C'est la fête à Montcoeur ! Le maire a décidé d'organiser un « pique-nique de l'amitié et du vivre-ensemble ». Hélas, le vivre-ensemble a du plomb dans l'aile, ou plutôt un pic à brochette dans les fesses. Celles du maire, en l'occurrence, victimes d'une agression de Berthe, l'ancienne amante de Mimile. La fête est donc de courte durée, d'autant qu'on apprend bientôt la mort d'Armand Garan-Servier, le patron de l'entreprise qui porte son nom. À son décès s'ajoutent d'ailleurs plusieurs incendies inexpliqués qui ne font qu'attiser les tensions déjà palpables dans le village... De son côté, à Paris, Antoine participe à la manifestation du 1er mai, où il s'oppose à la violence d'un militant des « black blocs », avant de se retrouver à l'hôpital après une charge policière musclée. Et il n'est pas au bout de ses peines... L'événement lui vaut également une empoignade avec Pierrot, venu lui rendre visite. Un accrochage symbolique, qui témoignerait presque de l'impossible réconciliation au sein de la grande famille de la gauche...
 
Mon avis : Si c'est toujours un plaisir de retrouver ces papys foutraques, j'ai trouvé Lupano moins inspiré pour ce tome 7. Les blagues font moins mouche et le récit manque de souffle. J'ai tourné la dernière page en me demandant où était l'histoire principale. On abandonne certains personnages sans vraiment aller au bout (le jeune Bastien par exemple) alors qu'il y a pléthore de thématiques d'une actualité fracassante à explorer. Peut être y en a-t-il trop justement et que cela disperse l'attention.  Je ne doute pas cependant que le prochain tome sera meilleur.
 

La bibliomule de Cordoue [Wilfrid Lupano & Léonard Chemineau]

Les auteurs
: Après Blanc autour l'année dernière réalisé avec Stéphane Fert, le scénariste Wilfrid Lupano s'associe avec le dessinateur français Léonard Chemineau pour nous proposer La bibliomule de Cordoue.

L'histoire : Califat d'Al Andalus, Espagne. Année 976 Voilà près de soixante ans que le califat est placé sous le signe de la paix, de la culture et de la science. Le calife Abd el-Rahman III et son fils al-Hakam II ont fait de Cordoue la capitale occidentale du savoir.
Mais al-Hakam II meurt jeune, et son fils n'a que dix ans.
L'un de ses vizirs, Amir, saisit l'occasion qui lui est donnée de prendre le pouvoir. Il n'a aucune légitimité, mais il a des alliés. Parmi eux, les religieux radicaux, humiliés par le règne de deux califes épris de culture grecque, indienne, ou perse, de philosophie et de mathématiques. Le prix de leur soutien est élevé : ils veulent voir brûler les 400 000 livres de la bibliothèque de Cordoue. La soif de pouvoir d'Amir n'ayant pas de limites, il y consent.
La veille du plus grand autodafé du monde, Tarid, eunuque grassouillet en charge de la bibliothèque, réunit dans l'urgence autant de livres qu'il le peut, les charge sur le dos d'une mule qui passait par là et s'enfuit par les collines au nord de Cordoue, dans l'espoir de sauver ce qui peut l'être du savoir universel.
Rejoint par Lubna, une jeune copiste noire, et par Marwan, son ancien apprenti devenu voleur, il entreprend la plus folle des aventures : traverser presque toute l'Espagne avec une « bibliomule » surchargée, poursuivi par des mercenaires berbères.

Mon avis : Un scénario de Lupano, c'est toujours bon. Mais il faut avouer que sur certains albums, avec certains dessinateurs, cela peut parfois confiné au très très bon. C'est le cas ici avec La bibliomule de Cordoue, véritable coup de cœur !

Cette histoire est une fable historique qui se savoure de bout en bout, en nous transportant en Andalousie à la fin du Xe siècle, au cœur d'un califat qui vit en paix sous l'égide de la culture et de la science. Cordoue concurrence Bagdad comme ville de savoir, et sa grande bibliothèque en est l'emblème. À la mort du calife, le vizir prend le pouvoir et opte pour la guerre. Pour s'allier les religieux, il décide de brûler les 400 000 livres. C'est sans compter sur Tarid, eunuque en charge de la bibliothèque qui, aidé par la copiste Lubna et par le voleur Marwan, veut sauver les plus précieux des ouvrages. Lancés sur les routes du califat, les trois compères vont devoir éviter les pièges et lutter contre l'inculture.

Voilà un récit à la gloire de la culture et de la civilisation arabo-musulmane, puits de science alors que la chrétienté n'était encore que superstition crasse. Sous couvert d'aventures, Lupano rappelle le lien terrible entre soif de pouvoir et extrémisme religieux de tout bord. Et le lecteur d'entendre un terrible écho à nos préoccupations actuelles. 


L'ensemble est servi par un dessin parfait de Léonard Chemineau : à la fois riche et épuré selon ce qu'il dessine, très vivant.

Terriblement humaniste, bourré d'humour et d'aventures, mais aussi de vérités qui font mal. Et un rappel que le livre est un objet qui ouvre au monde. À lire absolument !


La bibliomule de Cordoue, de Wilfrid Lupano et Léonard Chemineau
Éditions Dargaud
Novembre 2021

Blanc autour [Wilfrid Lupano et Stéphane Fert]

Les auteurs : si on ne présente plus Wilfrid Lupano sur ce blog, scénariste de merveilles diverses et variées comme Les vieux fourneaux ou Un océan d'amour, on notera qu'il s'allie cette fois avec le dessinateur, coloriste et scénariste français Stéphane Fert.

L'histoire : 1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l'institutrice Prudence Crandall s'occupe d'une école pour filles. Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah.
La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace. Même si l'esclavage n'est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l'Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d'une révolte sanglante. Pour les habitants de Canterbury, instruction rime désormais avec insurrection. Ils menacent de retirer leurs filles de l'école si la jeune Sarah reste admise.
Prudence Crandall les prend au mot et l'école devient la première école pour jeunes filles noires des États-Unis, trente ans avant l'abolition de l'esclavage.

Mon avis : Un album très attendu, puisque signé Lupano, qui devait sorti fin 2020 et qui aura été repoussé à janvier 2021. Une occasion pour moi de me faire un cadeau d'anniversaire. Maintenant, l'attente valait-elle le coup ?

Et bien oui ! Cette bande dessinée est simplement superbe, il n'y a pas d'autre mot ! Sur le propos, déjà. Elle raconte l’histoire véridique et tumultueuse de la création d’une école de jeunes filles noires au fin fond du Connecticut au XIXe siècle par Prudence Crandall. La jeune institutrice se heurte au refus net de suprémacistes blancs qui n’acceptent pas que des jeunes filles noires puissent avoir accès à l’instruction. Cela ne ferait que leur permettre de rêver et d’espérer accéder à des situations bien au-delà de la condition qu’on leur réserve.

Le combat racial se double d’un combat féministe, puisque les femmes blanches sont les premières à encourager leurs époux à refuser cette nouvelle institution et à renvoyer ces jeunes filles à la condition de servante soumise qui doit être la leur. Et quand le différent en arrive à des action violentes, impossible de se tourner vers la police, tenue par des figures qui font les lois locales au gré de leurs petits arrangements. Il faut aller jusqu’à la Cour Suprême pour enfin obtenir le respect d’un droit aussi fondamental que l’accès à l’éducation et à l’instruction.

Un récit qui fait donc terriblement écho à l’actualité américaine. Les plus dangereux ne sont pas les Noirs qui réclament à juste titre d’être considérés comme des citoyens à part entière, mais ceux qui sont guidés par la peur : de l’autre, du changement, d’une éventuelle rébellion d’un peuple asservi mais beaucoup plus nombreux au final que ces Américains Blancs (certains états comptaient au XIXe siècle quatre Noirs pour un Blanc).


Visuellement les dessins de Stéphane Fert sont tout en rondeurs et en teintes douces. Ils introduisent une part de surnaturel et de fantastique poétique dans une situation terriblement tendue. L’incarnation de dame Nature permet un souffle d’espoir et rappellent que les jeunes filles scolarisées étaient avant tout des demoiselles qui auraient du vivre pleinement insouciantes, sans avoir à revendiquer.

Un magnifique album sur la différence. Un coup de cœur à découvrir absolument !

Blanc autour, de Wilfrid Lupano et Stéphane Fert
Éditions Dargaud
Janvier 2021

BD Express #15

L'assassin qu'elle mérite, de Lupano et Corboz

Vienne, 1900. Deux riches noceurs, désabusés et cyniques portent un regard impitoyable sur ce milieu artistique viennois de la Sécession qui prétend révolutionner l’art. Un soir d’ivresse, ils font le pari de transformer un jeune homme pauvre en ennemi de la société, de le façonner à leur guise, comme une œuvre d’art vivante. Ils choisissent le jeune Victor qui passait par là. À leur côté, le jeune homme va découvrir des plaisirs insoupçonnés derrière les murs de la plus prestigieuse maison close de Vienne. Un monde de volupté et de raffinement s’ouvre à lui. Un monde dans lequel il y a la merveilleuse Mathilde. Un monde qui n’est pas le sien.
Quel sera le prix à payer pour que le rêve se poursuive ?

Mon avis :  Mouais. Autant j'aime bien Lupano d'habitude, autant sur cette série je suis largement restée sur ma faim. Les dessins sont beaux mais peut être trop parfaits, trop glacés. Quant à l'histoire, elle s'inscrit dans un contexte historique totalement exploité mais pas assez détaillé à mon goût. D'autant que c'est un épisode que je connais peu. Victor est le jouet d'une classe à laquelle il n'appartient pas et dont il ne connait pas les codes. Il devient vite incontrôlable, même pour ses créateurs. La tension monte habilement mais le tout se termine un peu en queue de poisson.



Un bus passe..., de Mizu Sahara

Chaque jour, le bus suit sa route, transportant autant de “souhaits” et “d'espoirs” que de passagers et donnant parfois naissance à de belles histoires…
Des avions dans le ciel pouvant exaucer des vœux, une promesse échangée pendant la saison des cerisiers, une parole qu'on n'a pas pu transmettre… Ce recueil d'histoires courtes d'une douce pureté a pour toile de fond l'arrêt de bus où vont et viennent des milliers d'âmes.

Mon avis : Un recueil qui montre toute la difficulté des Japonais de dire leurs sentiments. Ça peut parfois voir un côté exaspérant pour nous occidentaux de les voir tourner autour du pot, et les histoires sont de qualité inégale, mais l'ensemble donne une atmosphère particulière, douce amère qui a un certain charme. Pas sûre cependant d'en garder un grand souvenir.


Black Op, de Desberg et Labiano

Au cœur de l'empire américain - entre une morale puritaine très stricte et une absence totale de scrupule lorsqu'il s'agit de défendre l'hégémonie des USA -, deux amis d'enfance engagent la CIA dans une opération périlleuse : en pleine Guerre froide, relancer la mafia russe pour mieux combattre le communisme de l'intérieur. Ainsi apparaissent l'un après l'autre les acteurs d'une menace qui risque, aujourd'hui plus que jamais, d'exploser au grand jour. Les États-Unis ont toujours eu l'art de créer eux-mêmes leurs meilleurs ennemis.

Mon avis : Je m’attendais à quelque chose d’assez proche de I.R.$ dans le genre, et effectivement, il y a des similitudes. Le dessin de Labiano est loin de m’avoir convaincue mais reste efficace pour ce genre de récit. La déception vient plus des personnages, auquel on ne s’attache à aucun moment. Il faut dire que les différents éléments narratifs sont longs à se mettre en place, n’aidant pas à se projeter dans le récit. Avec une double narration entre 1967 et 2004, le scénario est forcément complexifié, passionnant mais parfois brouillon. J’aurais aimé découvrir deux styles graphiques différents pour aborder les deux époques.

BD Express #9

Les tuniques bleues tome 61 : L'étrange soldat Franklin, de Lambil et Cauvin

En secourant un esclave noir en fuite poursuivi par des Confédérés, le caporal Blutch et le sergent Chesterfield ne se doutent pas qu'ils vont ramener à leur base un bien étrange personnage. Blessé, celui-ci refuse d'être examiné par un médecin et se révèle être un espion blanc chargé par McClellan d'infiltrer les troupes ennemies afin de rapporter des renseignements sur une attaque imminente. Une fois l'assaut-surprise déjoué, le nouveau venu (dont le nom est Franklin Thompson) sera affecté au service médical où il assistera le médecin et sauvera de nombreux soldats. Néanmoins, le secret continue d'auréoler sa véritable identité, et il faudra toute la perspicacité de Blutch pour venir à bout du mystère...

Une idée originale que de partir de l'histoire vraie de Franklin Thompson, mais l'ensemble manque d'action pour tenir. Nos deux protagonistes sont plus témoins qu'acteurs ans cette aventure et le personnage central et mystérieux que ce soldat Franklin passe son temps à fuir : comment construire une intrigue là-dessus ? D'autant que, éclairé par les lectures des tomes précédents, le lecteur aura tôt fait de comprendre ce qui peut bien se passer. À côté, on retrouve avec plaisir les running gag : Arabesque qui fait la morte, les mots doux que s'échangent Chersterfield et Blutch, le capitaine Stilman assis sirotant son verre à travers une paille... cela suffit-il pour faire vivre une série ? On se demande si les auteurs ont encore envie de nous raconter quelque chose ou s'ils sont coincés par contrat à devoir sortir un tome tous les ans. Les Tuniques bleues ont cinquante ans, il serait peut être temps de les faire mourir de leur belle mort.



Les vieux fourneaux tome 4 : la magicienne, de Lupano et Cauuet

Après une tournée d'été du théâtre du "Loup en slip", Sophie et Antoine rentrent au bercail... pour découvrir leur charmant village en pleine effervescence ! Le projet d'extension de l'entreprise Garan-Servier, qui relancerait l'économie de la région, est menacé... par une mystérieuse "magicienne dentelée" occupant le terrain. Branle-bas de combat pour les zadistes ! Cela dit, c'est un coup de bol pour les vieux fourneaux, qui peuvent enfin partir à la recherche de leur trésor oublié... 

Quant à Sophie, elle apprend une délicate vérité au sujet de son père...Confidence pour confidence, révélera-t-elle enfin l'identité du père de sa fille, Juliette ?

C'est avec un énorme plaisir que j'ai relu les trois premiers albums des Vieux fourneaux avant de découvrir ce quatrième qui va nous livrer le secret de Sophie. On y retrouve bien évidemment nos trois vieux fourneaux et la ribambelle de portraits secondaires, parfois un peu caricaturaux mais tellement attachants ! Les répliques savoureuses sortent à la pelle tout en faisant mouche à chaque fois, des sourires et des rires viennent cueillir le lecteur à chaque page. Et pourtant,derrière, se cachent un portrait acide de notre société. Car il y a ici mille sujets d'actualité soulignés légèrement mais avec la pointe de vérité qui fait mouche. Et en plus du talent immense de Lupano pour le scénario, c'est servi par le magnifique dessin expressif de Cauuet. Bref, c'est toujours un vrai bonheur, un coup de cœur à conseiller encore et encore. Et ça devrait être remboursé par la sécurité sociale tellement c'est ravageur pour la morosité !

Liens de sang, de Hermann et Yves H.

Début des '50. Jeune flic débarqué d'une brigade de province, Sam Leighton découvre la réalité sordide d'une grande métropole américaine où la police, à commencer par ses officiers supérieurs, semble peu pressée d'élucider une série de crimes horribles. Est-elle corrompue ou terrorisée par le gang mafieux qui contrôle la ville et que dirige l'imprenable Joe Beaumont ? Ce parrain dont la puissance n'a d'égale que la paranoïa, ne se hasarde hors de son repaire que pour se délecter des ondulations de sa femme, la superbe Gladys, chanteuse de cabaret qui noie ses frustrations dans l'alcool... 


Cet album, je suis tombée dessus par hasard en farfouillant dans les rayons de la bibliothèque. Le début était plutôt prometteur : univers polar des années 50, sombre à souhait et les dessins sont magnifiques, même s'ils ne facilitent pas la lecture à jouer autant avec les ombres. Hermann joue parfaitement de l'alternance avec les couleurs claquantes et lumineuses pour les lieux de débauche et il sait rendre parfaitement la ville en perdition, rongée par la corruption. Par contre, j'ai eu du mal avec l'histoire dont certains détails ne sont pas nets et restent trop embrouillés. Ça rend l'ensemble trop fouillis pour sortir de cette lecture vraiment satisfaite.

BD Express #2

Célestin Gobe-la-Lune, tome 1: L'amour à ses raisons..., de Wilfrid Lupano et Yannick Corboz

Je continue ma découverte des réalisations de Wilfrid Lupano, cette fois-ci avec sa collaboration avec Yannick Corboz aux crayons pour cette série en deux tomes.

L'histoire : "Ô capricieuse marraine
Vers quels horizons merveilleux
La fortune me mène !
Je vis mes derniers jours de gueux.
J'épouserai tantôt la belle Pimprinule
Et à n'en pas douter deviendrai bientôt Roi
Me faisant tout de go en or les testicules
J'irai le cœur léger me vautrer dans la soie !"

Mon avis : Voici une nouvelle déception pour un album avec Lupano au scénario. Célestin Gobe-la-Lune est un de ses premières réalisations. L'histoire ne m'a pas convaincue, d'autant que le trait épais et appuyé de Corboz mettait vraiment en exergue le côté grossier du personnage. Il n'apparaît pas très sympathique du coup, et on a du mal à s'attacher à lui et à son destin.

Célestin Gobe-la-lune, tome 1 : L'amour à ses raisons..., de Lupano et Corboz
Delcourt
Juin 2007

La théorie de la contorsion, de Margaux Motin

Après J'aurais adoré être ethnologue, j'ai choisi d'emprunter le deuxième album de Margaux Motin à la bibliothèque.


L'histoire : Je suis quelqu'un d'assez souple, dans la vie, en général. J'veux dire, je m'adapte à peu près à toutes les situations. Mais dès qu'on essaie de me ranger dans des cases et de me coller des étiquettes, je suis trop nombreuses, on fait des crises de claustrophobie. C'est mauvais pour mon teint et en plus, après, je digère mal. Je veux bien être "Mère", ça me va. "Illustratrice", c'est cool. "Fiiiille", ça me satisfait, de toute façon, si je devais faire pipi debout, j'arrêterais pas de saloper mes godasses. Mais je ne peux pas être que ça, tout le temps. Je veux être libre d'être toutes les femmes que j'ai envie d'être, même celles auxquelles j'ai pas encore pensé, même celle que je ne pensais pas vouloir être y'a cinq minutes. Et ça me semble évident que ça serait archi pas écologique tout le papier qu'il faudrait pour coller des étiquettes à toutes ces bonnes femmes... Donc autant nous laisser courir toutes nues dans les champs de pâquerettes. CQFD.

Mon avis : J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir le dessin si expressif et agréable de Margaux Motin. Elle sait en peu de traits croquer des expressions terriblement justes. J'aime vraiment beaucoup son style de dessin. Un peu moins la vulgarité dont elle fait un peu trop preuve dans ce tome-ci. D'autant qu'à d'autres moments, elle fait preuve d'une réelle poésie qui me touche, comme pour l'illustration ci-dessous.

De l'air, Margaux Motin

La théorie de la contorsion, de Margaux Motin
Marabout
Octobre 2010

La rose de Versailles tome 3, de Riyoko Ikeda

Étant enfant, j'ai suivi l'anime Lady Oscar avec passion. Étant adolescente, j'ai découvert le manga et je l'ai adoré. Je savais qu'un troisième tome existait, mais qu'il ne faisait pas suite à l'histoire principale. Alors j'ai attendu et profité d'un emprunt à la bibliothèque pour le découvrir.

L'histoire : La Rose de Versailles 3, ce sont quatre petites histoires ayant pour fil rouge la jeune nièce d'Oscar, Loulou de la Rolancy :
- Loulou et la poupée qui l'accompagne: Loulou trouve, un jour, une très belle poupée mais on tente plusieurs fois de la lui dérober.
- Le fils du général de Jarjayes: Maurice, un jeune garçon, arrive un jour chez les Jarjayes et affirme être le fils du père d'Oscar à la grande surprise de celle-ci !
- Le pirate turc et la religieuse: La main coupée d'une femme serrant une bague sertie d'une émeraude est retrouvée dans une malle, sous un pont. Loulou mène l'enquête dans un couvent !
- L'élixir du Diable: Le tout-Paris parle d'un mystérieux élixir fabriqué par Ebella et qui soignerait bien des maux. Mais ce remède est-il vraiment miraculeux ?

Mon avis : Si j'ai aimé retrouver le personnage d'Oscar par moment, j'avoue ne pas avoir été emballée par ces petites histoires qui se centrent sur Loulou. En fait il s'agit simplement pour ce troisième tome d'un recueil d'histoires courtes et tout à fait anecdotiques, qui relève de la fan fiction plus qu'autre chose. Assez novateur à l'époque sûrement, moins aujourd'hui.

La rose de Versailles tome 3, planche

Le dessin par contre est toujours éblouissant, d'une qualité et d'une précision folle au regard de ce qu'on peut trouver sur le marché aujourd'hui.


La rose de Versailles tome 3, de Riyoko Ikeda
Kana
Septembre 2005

Ma révérence [Lupano & Rodguen]

Les auteurs : Je ne présente plus Wilfrid Lupano, le scénariste, qui est un classique sur ce blog. Par contre, quelques mots sur le dessinateur Rodguen qui l'accompagne pour cet album, Ma révérence. Né en mai 1969 en Picardie, il a travaillé dans l'animation notamment pour les studios Universal ou encore Dreamworks tout en continuant la bande dessinée. Ma révérence a obtenu le prix du Polar SNCF au Festival d'Angoulême 2014.

L'histoire : Depuis maintenant un mois, je bois mon café tous les matins à la brasserie des Sports, à côté de Bernard. Il est convoyeur de fonds...

Bernard, c'est mon ticket pour les tropiques. Un beau jour, j'ai pris la décision ferme et définitive de m'emparer de tout l'argent que contient son camion et de tirer ma révérence... et ce jour-là, ma vie a changé.

Mon avis : Vu les déceptions provoquées par mes dernières lectures de Lupano, je craignais un peu de commencer cette Révérence. Esprit de contradiction ? J'ai au contraire bien aimé cet album.

Certaines répliques font vraiment mouches et m'ont bien fait ricaner. L'histoire pourrait être violente - un braquage - mais le côté décalé du personnage de Vincent, le narrateur, un parfait loser qui va de tuile en tuile alors qu'il pense anticiper correctement, apporte un peu de légèreté. Et surtout, surtout, Gaby ! J'ai adoré Gaby. Il est terrible ! Il n'a aucune envie de faire semblant, de s'intégrer, et du  coup ça donne des dialogues savoureux ! Nos deux bras cassés forment un duo de choc comme il est rare d'en voir, et bigrement attachant les bougres.

Ma révérence, planche (clic pour voir en plus grand)
L'intrigue s'avère complexe et habilement construite. Complexe, parce qu'il ne faut pas se perdre au début dans les circonvolutions du narrateur, qui ne prend pas le fil de l'histoire tout de suite dans l'ordre. Mais tout se remet vite en place, pas de crainte. On se doute bien sûr que tout n'ira pas comme sur des roulettes dès le début... mais impossible d'imaginer ce qui va se passer réellement. À la fois polar, critique de la société et drame intimiste, cet album vise large tout en restant vraiment pertinent.

Le dessin de Rodguen fait merveille ici. Un trait précis qui montre toute la complexité des personnage et sait les rendre expressifs au possible, sans être pour autant dénué d'une forme de tendresse. Il sait également insuffler le dynamisme qui correspond au scénario proposé par Lupano.

Ma révérence, de Lupano et Rodguen
Dargaud
Septembre 2013

L'homme qui n'aimait pas les armes à feu, tome 1 : Chili con carnage [Lupano, Salomone & Pieri]

Les auteurs : Je ne présente plus le scénariste Wilfrid Lupano, qui est régulièrement dans ce blog, notamment pour Traquemage. Il est cette fois accompagné de Paul Salomone pour les dessins et de Lorenzo Pieri pour la mise en couleurs.

L'histoire : Début du XXe siècle, Arizona… Maître Byron Peck, citoyen britannique et avocat d’affaires, escorté de son acolyte, l’effrayant Monsieur Hoggaard, parcourt le désert de pierre aride et brûlant en quête d’un mystérieux papier qui pourrait changer le cours de l’histoire des États-Unis d’Amérique à jamais. Dans le même but, la dangereuse Margot de Garine s’associe à une bande de mexicains sans foi ni loi… Et ils seront sans pitié !

Mon avis : Eh bien, voici le premier ouvrage de Lupano auquel je n'adhère pas ! Voilà qui est bien triste. Est-ce parce que je n'étais pas très concentrée à sa lecture ? Il faut dire qu'une crève carabinée me tenait et m'endormait toutes les deux pages, alors j'ai mis pas mal de temps à en venir à bout...

Mais je n'ai pas trouvé les personnages attachants et l'histoire ne m'a guère passionnée. On est ici dans le western humoristique, même si l'humour pince sans rire de Maître Byron Peck ne m'a pas beaucoup amusée. Il semblerait cependant que ce premier tome soit loin de convaincre s'il est lu seul, ce qui fut mon cas. Il ne fait que planter le décor, alors que le scénario prendrait tout son sens après la lecture du deuxième tome. Moi qui n'avait pas très envie de découvrir la suite en finissant ce Chili con carnage, je verrai si je tente de découvrir les deux autres. Un comble quand on sait que c'est avec la plus grande impatience que j'attends le quatrième et dernier tome des aventures des Vieux fourneaux !

L'homme qui n'aimait pas les armes à feu, tome 1 : Chili con carnage, de Lupano, Salomone et Pieri
Delcourt
Avril 2011

Les vieux fourneaux tome 3 : Celui qui part [Lupano & Cauuet]

Après le bonheur de lecture du tome 2 des Vieux fourneaux, je peux vous dire que ce troisième et dernier tome, je l'attendais avec impatience.

L'histoire : Après deux albums en 2014, voici le troisième tome, très attendu, des Vieux Fourneaux ! Lupano et Cauuet se penchent cette fois sur le cas de Mimile, qui a passé sa vie à bourlinguer dans le Pacifique, entre bourre-pifs, rugby et amitiés au long court. Pirate un jour, pirate toujours ! En parallèle : Pierrot et son collectif "Ni Yeux Ni Maître" jouent les abeilles tueuses, et Sophie apprend qu'à la campagne, on ne prend pas ses œufs de poule chez les vieilles chouettes. Bref, les « vieux fourneaux » sont de retour, pétant la forme !

Mon avis : Une fois en main, j'ai été terriblement tentée de le dévorer de suite ce tome 3. Mais j'ai préféré prendre le temps de relire les deux premiers tomes, pour me remettre bien l'histoire en tête, et les personnages. L'occasion de re-rigoler aussi d'ailleurs. Puis, j'ai enchaîné direct sur Celui qui part. Le titre évoque forcément une fin un peu triste, et c'est bien ce que les premières pages confirment. Cependant, haut les cœurs, le tome 3 est tout aussi drôle que ses deux aînés.

Alors que dans les tomes précédents nos vieux fous étaient des donneurs de leçon, cette fois, c'est eux qui vont en prendre une de leçon. Sophie n'est pas la petite fille de l'un d'eux pour rien. On voit apparaître deux autres personnages : une vieille fermière rancunière et Errol, pirate australien pas piqué des hannetons. En fan de rugby, j'ai beaucoup apprécié ce personnage et la jeunesse de Mimile qu'il met en lumière. 

Toujours plein d'énergie, toujours drôle, toujours émouvant aussi. Ça râle, parce que nos trois vieillards sont fort en gueule. Et c'est succulent. Ça se dévore ou se déguste, selon les envies, mais dans tous les cas, ça se lit forcément avec beaucoup de plaisir.

Et je viens d'apprendre, en préparant ce billet, qu'il y aura un quatrième tome, centré sur Sophie. Je suis joie !

Les vieux fourneaux tome 3 : Celui qui part, de Lupano et Cauuet
Dargaud
Novembre 2015

Traquemage, tome 1 : le serment des Pécadous [Lupano & Relom]

Les auteurs : Lupano est un scénariste qu'on ne présente plus, après le succès d'Un océan d'amour ou des Vieux fourneaux. Cette fois, il fait la paire avec Relom aux crayons, de son vrai nom Olivier Morel, né en avril 1973.

L'histoire : Plus qu'un récit d'aventure, plus qu'un manifeste écologiste, Traquemage pose tout simplement les bases d'un nouveau genre littéraire : la rural fantasy fromagère non pasteurisée, aux gros laids crus. 
Traquemage : une histoire, un terroir, des traditions.
En vente chez tous les bons libraires affineurs.

Mon avis : Apprêtez-vous à entrer dans un monde totalement loufoque en commençant cette série ! C’est que les mages se livrent une guerre sans merci, rendant la vie dans la montagne impossible. Pistolin, simple berger, doté d’une jolie tête de benêt, a pourtant besoin de mener ses cornebiques aux pâturages pour obtenir le fromage qui sera la matière première de ses fameux pécadous. Lorsque son troupeau est massacré une fois de plus, il décide d’exterminer les mages, accompagné par la seule survivante du troupeau, Myrtille.

Pistolin est un peu comme ses fromages : bien fait. Dans le mauvais sens du terme. C’est-à-dire que là où ses pécadous sont piquants en bouche et infâmes pour les narines, lui est simplet mais bourré d’envie de se venger. Armé d’une vieille épée donnée par un voisin et d’une fée alcoolique et truculente, il s’imagine pouvoir tuer tous les mages et part sur les routes du pays. Sauf que, bien sûr, la réalité est un tout petit peu plus complexe. Et notre anti-héros n’en rate pas une. Pas plus que les personnages secondaires qui l’entourent et qui font tout le charme de cet album, mention spéciale à Myrtille qui se transforme en cracheuse de feu et va se confronter au dragon.

Côté graphisme, je suis un peu plus réservée. Pourtant, tout colle parfaitement aux propos et les visages sont bigrement expressifs. Mais je n’ai pas vraiment ressenti d’émotion liée au visuel et c’est dommage. J’aurais aimé un peu plus de finesse dans le dessin.

On pourrait reprocher ici un manque d’action mais il s’agit essentiellement là d’un premier tome qui pose le décor, bucolique et fantastique. Le lecteur verra les premières étapes initiatiques de tout héros en devenir d’une aventure bien originale, parsemée de situations toutes plus amusantes les unes que les autres. C’est en plus bourré d’humour voire bourré tout court.

Il semble que ce soit l’année Lupano et le scénariste prouve ici encore qu’on peut lui faire confiance et se laisser faire les yeux fermés. J'attends avec impatience la suite des aventures de Pistolin maintenant !

Traquemage tome 1 : le serment des Pécadous, de Lupano & Relom
Delcourt
Septembre 2015

Les vieux fourneaux tome 2 : Bonny and Pierrot [Lupano & Cauuet]

Tout de suite après avoir tourné la dernière page du tome 1 des Vieux fourneaux, je me suis précipitée chez mon libraire pour avoir la suite. Toujours de Lupano et Cauuet.

L'histoire : Déjà le deuxième tome des Vieux Fourneaux ! Lupano et Cauuet décrivent avec toujours autant de drôlerie la chute libre de notre société. Restent Mimile, Antoine, Pierrot et ses anars malvoyants pour redresser la barre. Un versement inattendu de la « finance carnassière » arrive à point nommé, mais réveille également de douloureux souvenirs pour Pierrot. Sa muse libertaire, Ann Bonny, réapparaît…

Mon avis : Immédiatement après avoir acheté ce deuxième tome, je l'ai lu. Et j'ai adoré. J'avais pourtant beaucoup entendu dire qu'il était un peu moins bien. En fait, je le trouve surtout différent.

D'abord les similitudes : le verbe reste haut, le mot toujours juste. Et nos papys n'hésitent pas à croquer la vie qu'il leur reste à pleines dents. C'est un délice à lire et à voir. Car le trait de Cauuet est parfaitement adapté aux caractères colorés et pas faciles de nos héros. Le récit alterne entre présent et flashbacks de l'ancien temps, dans lequel on découvre les amours de Pierrot, notre fouteur de m*rde professionnel au sein du collectif "Ni Yeux ni Maître".

Alors, oui, sur l'histoire elle-même, j'ai trouvé cela peut être un peu moins bien. Il y a un peu moins de tendresse, mais toujours autant de verve. La jeune Sophie a enfin accouché et se révèle totalement, alternant coup de gueule et retenue devant sa petite fille et les papys sont tous gâteaux. Et il y a quelques scènes qui m'ont fait éclater de rire, comme par exemple le hackage du site de Nadine Morano, la bombe humaine emmenée au meeting de Jean-François Copé, le canon à mouton (qui aime ça) ou les saillies sur les noms des baguettes de pain. Ce sont des dialogues et des situations qui se savourent et qui font, pour certains, terriblement écho à la vie de tous les jours, à la société actuellement, notamment la politique, ce qui n'était pas forcément le cas du premier tome.

J'ai hâte maintenant de lire un troisième tome, qui, je suppose, se concentrera sur Mimile le tatoué. Et vive le troisième âge plein de pêche !

Les vieux fourneaux tome 2 : Bonny and Pierrot, de Lupano et Cauuet
Dargaud
Octobre 2014

Les vieux fourneaux, tome 1 : ceux qui restent [Lupano & Cauuet]

Les auteurs : Wilfrid Lupano est un scénariste qui a su me charmer plus d'une fois, notamment avec Le singe d'Hartlepool ou Un océan d'amour. Alors je n'ai pas hésité à découvrir sa nouvelle bande dessinée, issue d'une collaboration avec le dessinateur Paul Cauuet. D'autant qu'elle a reçu le Prix du public au dernier festival d'Angoulême.

L'histoire : Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d'enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Quitte à traîner encore un peu ici-bas, ils sont bien déterminés à le faire avec style : un œil tourné vers un passé qui fout le camp, l'autre qui scrute un avenir de plus en plus incertain, un pied dans la tombe et la main sur le cœur. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu'il n'y a pas d'âge pour commettre un crime passionnel.

Mon avis : Comme je le disais un peu plus haut, lorsque l'opération La BD fait son festival de Priceminister a proposé ces Vieux fourneaux, je n'ai pas hésité et j'ai sauté sur l'occasion.

Pierrot est un emmerdeur professionnel. Antoine a un caractère emporté, prêt à s’enflammer. Mimile est plus discret, mais qu’on soupçonne dur à cuire (tatouages à l’appui). Les convenances, c’est trois là s’en fichent. Le lecteur va le découvrir au fil d’un voyage en direction de la Toscane, après le décès de Lucette, femme d’Antoine, qui a laissé une lettre à l’attention de son époux. Lettre qui va le mettre dans une rage folle et le jeter sur les routes pour retrouver son ancien patron, Garan-Servier. Et nos 3 papys ont encore de la vigueur ! Ils sont accompagnés par Sophie, portrait craché de sa grand-mère et qui n’est pas la petite fille d’Antoine pour rien. Le caractère est aussi une histoire de famille. Si le lecteur sent bien qu’elle cache des failles, elle n’a pas sa langue dans sa poche pour autant.

Le verbe est haut et le mot toujours juste. Les dialogues sont donc savoureux, bourrés d’humour mais aussi de tendresse. Pourtant, on ne s’embarrasse pas de délicatesse chez ces trois briscards. Une longue amitié les rassemble et le voile va petit à petit se lever pour le lecteur : du syndicalisme dans l’usine de Garan-Servier à l’histoire d’amour secrète, en passant par la critique des générations passées ou encore les ravages d’Alzheimer (et de la vieillesse de façon plus générale). Leurs aventures sont un plaisir à suivre et malgré leur âge ces papys sont pleins de vie et de volonté. Des personnages vrais et terriblement attachants donc. Qui nous rappellent que la vieillesse peut être un âge drôle et en mouvement.

J’avais quelques craintes sur le coup de crayon de Cauuet. C’est que je n’aime guère les graphismes pointus et agressifs. Mais celui-ci sert parfaitement le dessin de ces personnalités hautes en couleurs. Il leur donne une vraie « gueule ». Si les corps sont parfois courbés, les traits marqués de ride, ils dégagent une furieuse énergie. Les couleurs s’adaptent au fil des cases pour dire le temps qui passent et illustrer les flash-backs.

Des bandes dessinées comme je les aime, originales, qui racontent une belle histoire. J’ai tellement aimé que je me suis déjà ruée dans ma librairie pour commander la suite !

http://www.priceminister.com/blog/la-bd-fait-son-festival-2015-12976

Note : 17/20

Les vieux fourneaux tome 1 : ceux qui restent, de Lupano et Cauuet
Dargaud
Avril 2014

Un océan d'amour [Lupano & Panaccione]

Les auteurs : Wilfried Lupano, déjà croisé avec Le singe de Hartlepool, est le scénariste et Grégory Panaccione est l'illustrateur. Il travaille également dans l'animation et notamment sur le film Corto Maltese.

L'histoire : Chaque matin, Monsieur part pêcher au large des côtes bretonnes. Mais ce jour-là, c'est lui qui est pêché par un effrayant bateau-usine. Pendant ce temps, Madame attend. Sourde aux complaintes des bigoudènes, convaincue que son homme est en vie, elle part à sa recherche. C'est le début d'un périlleux chassé-croisé, sur un océan dans tous ses états. Une histoire muette avec moult mouettes.

Mon avis : Croisée chez Miss Alfie qui a su me donner envie, cette bande dessinée sans parole est une petite merveille. Je pourrais arrêter là mon billet car c'est la principale chose à retenir de cet ouvrage. Mais alors, vous trouverez sûrement que j'abuse un peu.

Sachez donc que Un océan d'amour est aussi une histoire d'amour entre Madame et Monsieur, si heureux ensemble. Pourtant leur quotidien n'est pas forcément aisé, il y a des difficultés, mais ils sont là et ils s'aiment. De petites attentions l'un pour l'autre les lient. Quand l'un disparaît, l'autre n'hésite pas à braver ses phobies des transports pour tenter de le retrouver de l'autre côté de l'océan. En costume de bigoudène, la femme de notre pécheur part à la recherche de son homme. Le lecteur va suivre en parallèle les péripéties de nos deux personnages. Et ils vont en vivre !

Cette bande dessinée est aussi un récit écologique qui dénonce notre monde consumériste et globalisé qui pollue la planète : marée noire, mouette emprisonnée dans du plastique, mer de déchets... L'aventure de Monsieur emporte le lecteur dans une histoire bourrée de tendresse et d'humour, le tout magnifiquement servi par un dessin vraiment expressif. Tout se passe dans les gros plans sur les regards et les mouvements, dans les jeux de détails, puisqu'il n'y a aucun texte.

Un vrai coup de cœur et une idée parfaite de cadeau pour Noël qui en ravira plus d'un !

Un océan d'amour, de Lupano et Panaccione
Delcourt
Octobre 2014

Le singe de Hartlepool [Lupano et Moreau]

L’auteur : Wilfrid Lupano est un scénariste français né en septembre 1971 à Nantes et vous pouvez retrouver Jérémie Moreau le dessinateur sur son blog.

L'histoire : 1814, au large des côtes du petit village anglais de Hartlepool, un navire de la flotte napoléonienne fait naufrage lors d'une tempête. Au petit matin, sur la plage, les villageois retrouvent un survivant parmi les débris. C'est un singe qui jouait le rôle de mascotte à bord du vaisseau, et qui porte l'uniforme français. Or les habitants de Hartlepool DÉTESTENT les Français, même s'ils n'en ont jamais vu en vrai. D'ailleurs, ils n'ont jamais vu de singe non plus. Mais ce naufragé arrogant et bestial correspond assez bien à l'idée qu'ils se font d'un Français... Il n'en faut pas plus pour qu'une cour martiale s'improvise.
Inspiré d'une légende tristement célèbre du Nord de l'Angleterre, le Singe de Hartlepool est une fable tragi-comique qui parle de nationalisme va-t-en-guerre et du racisme ignorant qui ne connaît pas de frontières...

Mon avis : C’est Ys avec son billet qui m’a donné envie de découvrir cette BD, sélectionnée pour le festival d’Angoulême 2013 et j'espère que moi aussi, à mon tour, je vous donnerai envie.
Pauvre singe que celui-ci ! Voici un animal qui, de sa sortie de la jungle où il était heureux se retrouvera sur un bateau français où, vêtu d’un uniforme de soldat napoléonien, il devra amuser la galerie, avant de vivre un naufrage puis d’aborder les côtes anglaises pour son plus grand malheur. La bêtise humaine va se déchaîner contre lui. Le prenant pour un français (ils n’en ont jamais vu, ni de singe), les anglais vont le torturer pour obtenir des informations sur une possible invasion de Napoléon, avant de le pendre haut et court.
Quelle abominable scène que celle du rasage de ce singe pour qu’il fasse bonne figure à son procès ! Il y aura bien une âme un peu plus charitable que les autres pour tenter de prendre sa défense. Mais, acculé par la violence et l’envie de sang de ses coreligionnaires, à peine plus éveillé qu’eux, ce personnage devra vite se rendre à l’évidence : il ne peut rien contre la foule.
Ce récit présente donc, vous l'aurez compris, les pires aspects de la nature humaine mais n’est pas dénué d’humour. Barbizan est un personnage clé pour alléger quelque peu la lourdeur du propos par ses insultes hautes en couleur et savoureuses. Mais surtout, il faut attendre la fin pour que le lecteur sourie à nouveau avec ce clin d’œil du jeune héros, Charly, personnage assez particulier de l’histoire, comme vous le découvrirez vous-même je l’espère. Son père, médecin en voyage, et personnage éduqué est le seul, avec 2 des enfants (Philip et Melody), à faire preuve de tolérance et d’esprit d’analyse, de curiosité plutôt que de violence gratuite.
Notons que ce récit est tiré d’une histoire vraie,  et il est bon que les auteurs le précisent, car on ne peut que s’en étonner tellement elle est invraisemblable. Et tellement il est triste de voir à quel point l'homme peut être bête, méchant, pour ne pas être plus grossière. Car cette presque fable semble vraiment intemporelle sur son discours.
Quant à la qualité du dessin, je vais reprendre les mots d’Ys pour la décrire : « Le dessin naïf de Jérémie Moreau accentue l’aspect de fable de cette édifiante histoire. Ces villageois abrutis ont des « tronches » vraiment réussies, la caricature soulignant ici l’ampleur de la bêtise. Face à eux, la douceur du singe fend le cœur. »

Voilà, en deux mots : lisez le !