Les neuf cercles [R.J. Ellory]

Presque deux ans après ma dernière lecture d'Ellory avec Mauvaise étoile, je ressors un de ses romans de ma PAL.

L'histoire : 1974. Vétéran du Vietnam, John Gaines a accepté le poste de shérif de Whytesburg dans le Mississipi. Un jour, on découvre, enterré sur la berge de la rivière, le cadavre d'une adolescente, Nancy Denton, disparue vingt ans plus tôt. Le corps a été préservé par la boue, mais le cœur a été remplacé par un panier contenant la dépouille d'un serpent. Déjà traumatisé par la sale guerre du Vietnam, John est à nouveau confronté à l'horreur. Il va ainsi repartir au combat et devra faire face aux secrets et aux vérités cachées de cette petite ville tranquille. Vingt ans après le crime, c'est une nouvelle traversée des neuf cercles de l'enfer qui attend John.

Mon avis : Disons-le tout net, cette cuvée Ellory est une déception. Je partais pourtant confiante : le talent de l'auteur n’est plus à prouver et il a su plus d’une fois m’intéresser à des thématiques qui ne sont pas forcément ma tasse de thé. Preuve en est : mon préféré jusqu’à maintenant de lui est Vendetta alors que je ne suis pas friande des histoires de mafia.

Mais hélas, cette fois-ci la magie n’a pas opéré. Le Vietnam n’est pas non plus ma tasse de thé mais cet aspect est au final très anecdotique et peu exploité, servant essentiellement à souligner le traumatisme que représente ces expériences pour tout vétéran. Aucun soldat ne revient vraiment indemne. Soit. Ceci dit, Ellory ne retrace pas d’opération particulière vécue par Gaines, juste quelques vagues souvenirs sans queue ni tête qui ne trouvent pas vraiment d’écho dans la situation qu’il doit désormais gérer en tant que shérif dans le Mississippi. Les neuf cercles de l’enfer donc on ne les voit pas vraiment.

Ce qui aura vraiment péché cette fois, c’est le style. D’abord les scènes de dialogue sont tout bonnement insupportables avec ces personnages qui s’interpellent systématiquement par leur nom à tout bout de champ, donnant un aspect factice et très lourd. Et puis on pourrait au bas mot retirer 200 pages à ce pavé rien qu’en enlevant les redites systématiques. Une situation est décrite entre deux personnages, l’un deux va en retrouver un troisième et lui retrace cette situation : on pourrait s’en sortir d’une simple phrase mais non, on redit tout ce à quoi le lecteur a déjà assisté.

Gaines en plus, n’est même pas un bon shérif. Il s’appuie beaucoup sur son instinct qui le trompe malheureusement. Il est alors convaincu de tenir le coupable, avant de découvrir que non et de passer au suivant avec la même conviction. De la même façon, il est totalement oublieux de l’ambiance si particulière du Mississippi : sans être natif du Mississippi, il devrait tout de même être au courant des croyances fortes liées à ces terres : vaudou et magie sont des éléments clés que j’aurais aimé plus prégnants. Du coup, ce n’est pas ça non plus côté ambiance et personnages.

Finissons sur une bonne note : Ellory maîtrise toujours le sens de l’intrigue. Comme souvent, tout s’accélère sur les dernières pages et si j’ai vu venir bon nombre de rebonds, je n’avais pas du tout deviner la révélation finale. Surement le plus mauvais roman de l'auteur que j'ai lu. Je n’ai pas reconnu son talent. Mais d’autres titres m’attendent déjà dans ma PAL et je ne doute pas que j’y retrouverai ce que j’aime chez lui.

"Nous avons vu des choses que les autres ne pourraient jamais imaginer, shérif. Pas même dans leurs cauchemars les plus fous. Et pire encore. Les hommes ne devraient pas voir de telles choses, mais ce sont eux qui les ont créées, alors pourquoi seraient-ils épargnés ? On ne peut pas supporter un tel fardeau en menant une vie ordinaire. Nous avons survécu, peut-être. Nous ne sommes pas morts, mais nous aurions tout aussi bien fait de mourir." (p°246)

Les neuf cercles, de R.J. Ellory
Traduit par Fabrice Pointeau
Éditions Livre de Poche
Septembre 2015

Commentaires

Alex Mot-à-Mots a dit…
Un auteur dont je me suis un peu lassé.
La chèvre grise a dit…
@ Alex Mot-à-mots : j'avoue que le fait qu'il sorte un roman par an ne m'incite pas à croire que la qualité est là systématiquement. Après, c'est la première fois que je suis clairement déçue. J'en ai encore 3 dans ma PAL (il me semble) donc je verrai bien où cela me mène.