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Les assassins [R.J. Ellory]

Ma dernière lecture de R.J. Ellory datait de plus de trois ans, avec Les neuf cercles.

L'histoire : New York, 2006. Quatre homicides sont commis en quinze jours, selon des modes opératoires très différents. Seul John Costello, documentaliste au New York City Herald, inépuisable sur les tueurs en série, voit un lien entre eux. Il a en effet découvert que chacun des meurtres a été perpétré à une date anniversaire, chaque fois celle d'un célèbre crime exécuté par un serial killer, d'après une procédure rigoureusement identique. Épaulé par Ray Irving, inspecteur au NYPD, et Karen Langley, journaliste au City Herald, John va se livrer à la traque de cet assassin très particulier.

Mon avis : Le point fort d'Ellory reste sa capacité à nous mettre très vite dans l'ambiance et à nous tenir par le biais de chapitres courts qui se dévorent à la suite sans qu'on s'en rende compte. Le lecteur plonge rapidement dans ce récit qui met en scène un enquêteur sur la trace d'un tueur en série en plein cœur de New York. Celui-ci défie la police en copiant les crimes d'autres tueurs en série célèbres. Pourquoi ? Il faut chercher à plonger dans la psychologie des êtres les plus sombres pour essayer de comprendre et d'anticiper les actes du tueur pour l'arrêter. Il va recevoir l'aide d'un documentaliste au City Herald, lui-même ancienne victime réchappé d'un tueur en série dans sa jeunesse.

Malgré cela, à nouveau dans ce roman de l'auteur, je fais les mêmes reproches que pour Les neufs cercles
 - Des longueurs qui agacent dès le début, et donnent au final un roman qui pourrait facilement être allégé de plus d'une centaine de pages,
 - Ce qui provoque forcément une frustration sur la fin : tout ça pour ça ?
 - Des personnages qui interpellent par leur prénom à tout bout de champ dans un dialogue mené à deux.
Ajoutons ici un effet répétitif des scènes de crime où aucun indice n'est trouvé et des portraits bien trop rapides et succincts des grands tueurs cités. Ellory ne fait rien du matériel qu'il a sous la main. En fait, il ne se passe rien pendant tout le roman, juste les tentatives désespérées de l'enquêteur pour trouver quelque chose, n'importe quoi. Il faut attendre que l'assassin se livre presque pour connaître le fin mot de l'histoire.
 
Bref, une qualité qui fait défaut après ses vrais chefs d’œuvre que sont Vendetta ou Seul le silence. Est-ce que je me lasse ? Est-ce que mon œil devient plus affûté ? Ou est-ce que l'auteur se repose un peu trop sur ses lauriers, faisant ainsi resurgir ses défauts de jeunesse ?


Les assassins, de R.J. Ellory
Traduit par Clément Baude
Éditions Livre de poche
Décembre 2016

Les neuf cercles [R.J. Ellory]

Presque deux ans après ma dernière lecture d'Ellory avec Mauvaise étoile, je ressors un de ses romans de ma PAL.

L'histoire : 1974. Vétéran du Vietnam, John Gaines a accepté le poste de shérif de Whytesburg dans le Mississipi. Un jour, on découvre, enterré sur la berge de la rivière, le cadavre d'une adolescente, Nancy Denton, disparue vingt ans plus tôt. Le corps a été préservé par la boue, mais le cœur a été remplacé par un panier contenant la dépouille d'un serpent. Déjà traumatisé par la sale guerre du Vietnam, John est à nouveau confronté à l'horreur. Il va ainsi repartir au combat et devra faire face aux secrets et aux vérités cachées de cette petite ville tranquille. Vingt ans après le crime, c'est une nouvelle traversée des neuf cercles de l'enfer qui attend John.

Mon avis : Disons-le tout net, cette cuvée Ellory est une déception. Je partais pourtant confiante : le talent de l'auteur n’est plus à prouver et il a su plus d’une fois m’intéresser à des thématiques qui ne sont pas forcément ma tasse de thé. Preuve en est : mon préféré jusqu’à maintenant de lui est Vendetta alors que je ne suis pas friande des histoires de mafia.

Mais hélas, cette fois-ci la magie n’a pas opéré. Le Vietnam n’est pas non plus ma tasse de thé mais cet aspect est au final très anecdotique et peu exploité, servant essentiellement à souligner le traumatisme que représente ces expériences pour tout vétéran. Aucun soldat ne revient vraiment indemne. Soit. Ceci dit, Ellory ne retrace pas d’opération particulière vécue par Gaines, juste quelques vagues souvenirs sans queue ni tête qui ne trouvent pas vraiment d’écho dans la situation qu’il doit désormais gérer en tant que shérif dans le Mississippi. Les neuf cercles de l’enfer donc on ne les voit pas vraiment.

Ce qui aura vraiment péché cette fois, c’est le style. D’abord les scènes de dialogue sont tout bonnement insupportables avec ces personnages qui s’interpellent systématiquement par leur nom à tout bout de champ, donnant un aspect factice et très lourd. Et puis on pourrait au bas mot retirer 200 pages à ce pavé rien qu’en enlevant les redites systématiques. Une situation est décrite entre deux personnages, l’un deux va en retrouver un troisième et lui retrace cette situation : on pourrait s’en sortir d’une simple phrase mais non, on redit tout ce à quoi le lecteur a déjà assisté.

Gaines en plus, n’est même pas un bon shérif. Il s’appuie beaucoup sur son instinct qui le trompe malheureusement. Il est alors convaincu de tenir le coupable, avant de découvrir que non et de passer au suivant avec la même conviction. De la même façon, il est totalement oublieux de l’ambiance si particulière du Mississippi : sans être natif du Mississippi, il devrait tout de même être au courant des croyances fortes liées à ces terres : vaudou et magie sont des éléments clés que j’aurais aimé plus prégnants. Du coup, ce n’est pas ça non plus côté ambiance et personnages.

Finissons sur une bonne note : Ellory maîtrise toujours le sens de l’intrigue. Comme souvent, tout s’accélère sur les dernières pages et si j’ai vu venir bon nombre de rebonds, je n’avais pas du tout deviner la révélation finale. Surement le plus mauvais roman de l'auteur que j'ai lu. Je n’ai pas reconnu son talent. Mais d’autres titres m’attendent déjà dans ma PAL et je ne doute pas que j’y retrouverai ce que j’aime chez lui.

"Nous avons vu des choses que les autres ne pourraient jamais imaginer, shérif. Pas même dans leurs cauchemars les plus fous. Et pire encore. Les hommes ne devraient pas voir de telles choses, mais ce sont eux qui les ont créées, alors pourquoi seraient-ils épargnés ? On ne peut pas supporter un tel fardeau en menant une vie ordinaire. Nous avons survécu, peut-être. Nous ne sommes pas morts, mais nous aurions tout aussi bien fait de mourir." (p°246)

Les neuf cercles, de R.J. Ellory
Traduit par Fabrice Pointeau
Éditions Livre de Poche
Septembre 2015

Mauvaise étoile [R.J. Ellory]

3 ans déjà depuis ma dernière lecture d'un roman de Ellory. 3 ans que celui-ci traine dans ma PAL. Il était plus que temps de profiter de l'été pour le découvrir.

L'histoire : Texas, 1964. Après l'assassinat de leur mère, Elliott et Clarence passent de maisons de correction en établissements pénitentiaires pour mineurs. Le jour où Earl Sheridan les prend en otages, les deux adolescents se trouvent embarqués dans un périple meurtrier. Alors que Sheridan sème la terreur sur leur route, une sanglante et terrible partie se met en place entre les trois protagonistes.

Mon avis : J'ai eu peur, je dois l'avouer. Il faut dire que ça commençait mal, avec un roadtrip, ce que je n’aime pas du tout. Mais Ellory a déjà su me surprendre et me faire apprécier des histoires qui, sur le papier, m’auraient plutôt rebutée : Vendetta et la mafia ou encore Les anonymes et les complots gouvernementaux. Alors j’ai commencé ma lecture, froncé les sourcils, trouvé des longueurs et détesté ce Earl Sheridan. Mais je me suis accrochée, et j’ai bien fait.

Car une fois un des personnages sorti de l’équation (je ne dirai pas lequel), tout s’est arrangé. Par cette astuce, l’auteur a relancé mon intérêt, sortant de la route que je croyais deviner. Il le fera à nouveau en ajoutant le personnage de l’inspecteur Cassidy, tenté par l’aventure fédérale, qui viendra ajouter son grain de sel à l’enquête. Ellory, lentement, tisse sa toile pour amener son lecteur exactement là où il le souhaite. Alors, avec plaisir j’ai plongé dans ce roman. Les personnages secondaires sont légion, chacun très différents, mais pour beaucoup promis au même destin tragique et sanglant. Avec ton son talent et son cynisme, l’auteur prend le temps de les dessiner et de nous les rendre sympathiques, tout en annonçant clairement qu’ils ne feront pas long feu. Qu’est-ce qu’il en dézingue, et pas toujours de la façon la plus rapide et délicate !

Ce roman pourrait être allégé d'une bonne centaine de pages et se complaire un peu moins dans le gore sans perdre son âme pour autant. Je m’étonne également de cette fin fleur bleue, peu crédible et assez dissonante au milieu de ces litres de sang versés. Mais cette ambiance ! Ce portrait de l’Amérique des années 60, où vous sentez la poussière sur vos mains, vous arrêtez dans un motel sordide et prenez un repas dans un diner ! On vit vraiment ce roman. Et si c’est bigrement dérangeant, c’est aussi brillant.

Mauvaise étoile, de R.J. Ellory
Traduit par Fabrice Pointeau
Éditions Livre de poche
Octobre 2014

Chicalogand [Fabrice Colin & Sacha Goerg]

Les auteurs : Fabrice Colin est à la fois auteur pour la jeunesse (Bal de givre à New York) et pour les adultes  (Plus rien entre nous, Laurens), mais aussi scénariste de bande dessinée. Il s'allie ici à Sacha Goerg, né en 1975, auteur suisse de bande dessinée et qui est ici aux crayons pour adapter le triptyque de nouvelles Trois jours à Chicagoland de R.J. Ellory.

L'histoire : Chicago, années 50, trois points de vue sur le meurtre d’une jeune institutrice retrouvée étranglée dans son appartement.

Alors que le meurtrier est sur le point d’être exécuté, la sœur de la victime, le flic qui a mené l’enquête et le tueur reviennent sur les circonstances de sa mort pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. Les apparences sont trompeuses. Seuls leurs trois témoignages pourront révéler la triste vérité.

Mon avis : Vous le savez, j'aime beaucoup R.J. Ellory. Trois jours à Chicagoland était pourtant une déception. Comme l'histoire m'avait tout de même beaucoup plu, j'ai été tentée de découvrir ce que pouvait donner une adaptation en bande dessinée.

Cet album est construit de la même façon que les nouvelles : trois parties pour trois points de vue. La sœur d'abord, le flic ensuite, et pour terminer le tueur. Ici aussi il faudra attendre les dernières pages pour élucider l'enquête et savoir ce qui s'est réellement passé dans l'appartement de Carol Shaw. L'adaptation proposée par Fabrice Colin est bien pensée, jouant sur des astuces bien trouvées pour suggérer là où la narration d'Ellory décrivait davantage.

Ce qui m'a considérablement gênée par contre, ce sont les dessins, que j'ai trouvé vraiment très moches. La colorisation elle, est réussie : les teintes pastel sont un parfaits contrepoint à la violence décrite et incitent le lecteur à s'attacher à l'intimité des trois personnages suivis.

Chicagoland, planche 11
Bref, encore une fois une lecture en demie-teinte pour cette adaptation, alors que l'histoire elle-même à tout pour plaire.

Chicagoland, de Fabrice Colin et Sacha Goerg
Delcourt
Septembre 2015

Papillon de nuit [R.J. Ellory]

Les romans de Ellory, vous savez désormais que je suis fan. Et que je prends mon temps pour les savourer. Je les achète, je les stocke, je les regarde, les touche et un jour, je me lance. Jusqu'à maintenant, je n'ai jamais été déçue. Alors, quand Sonatine a sorti le tout premier roman de l'auteur, qui n'avait encore jamais été traduit en français, je me suis précipitée en librairie pour l'acheter. Mais je n'ai pas pu tenir très longtemps avant de le découvrir cette fois. Après Les anges de New York, voici donc Papillon de nuit.

L'histoire : Après l'assassinat de Kennedy, tout a changé aux États-Unis. La société est devenue plus violente, la musique plus forte, les drogues plus puissantes. C'est dans cette Amérique en crise, celle du Vietnam, des luttes pour les droits civiques, celle de Jimi Hendrix, du Ku Klux Klan et du film de Zapruder que Daniel Ford a grandi. Et c'est là, en Caroline du Sud, qu'il a été accusé d'avoir tué Nathan Verney, son meilleur ami.

Nous sommes maintenant en 1982 et Daniel est dans le couloir de la mort. Peu de temps avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d'être aussi simples qu'elles en ont l'air.  Et que la politique et l'histoire des sixties ne sont pas qu'une toile de fond dans la vie de Daniel, peut-être lui aussi victime de la folie de son temps.

Mon avis : Voici donc le premier roman écrit par R.J. Ellory. Comme tout lecteur découvrant un nouveau roman d'un auteur qu'il apprécie énormément, j'ai forcément fait des comparaisons. Alors oui, cette œuvre de jeunesse a des défauts mais aussi beaucoup de qualités.

On trouve ici la construction classique, mais toujours efficace, en flashbacks. Le narrateur, Danny, va s'en servir pour nous raconter comment il a pu, dans les années 80, se retrouver coincé dans le couloir de la mort. On va, avec lui, de son enfance à l'âge adulte, découvrir la vie dans un petit village où tout le monde se connait, la ségrégation et le racisme, l'assassinat des Kennedy, la guerre du Vietnam et l'attente de l'ordre d'enrôlement. L'angoisse rongeait tous les jeunes hommes, mettant en suspension leurs projets d'avenir et les poussaient à brûler la vie par les deux bouts, croquant à pleines dents tout ce qu'ils pouvaient. Et puis bien sûr, la question de la peine de mort en filigrane.

Des défauts je disais donc, essentiellement des longueurs et quelques redites.

"Les enfants que nous avions été avaient disparu pour toujours. Je crois que c'était peut-être ce qui me peinait le plus." (page 310)
"Nous n'étions plus des enfants, et je crois que c'est ce que je regrettais plus que tout." (page 367)

L'auteur évoque aussi plusieurs sujets de façon assez éparpillés, sujets qui doivent lui tenir à cœur car ses autres romans seront l'occasion de revenir plus précisément dessus. Le chrono tourne, la sentence va bientôt être exécutée et il y a un certain déséquilibre entre l'urgence en 1982 et l’extrême détail des descriptions de Danny.

Mais on sent aussi tout le talent de l'auteur pour attacher le lecteur au destin de son personnage et ancrer le récit dans l'Histoire des États-Unis. Toutes les émotions de Daniel sont rendues à merveille. Il va découvrir qui il est vraiment et ce qu'il veut. Et le lecteur est totalement emporté par ce récit.

Encore un joli roman donc, même si ce n'est pas mon préféré de l'auteur. Il serait dommage de passer à côté.

J'inscris cette lecture dans le challenge R.[ead] J.[ust] Ellory de Léa Touch Book.



Papillon de nuit, de R.J. Ellory
Traduit par Fabrice Pointeau
Éditions Sonatine
Juin 2015

Les anges de New York [R.J. Ellory]

Lea touch Book a eu l'excellente idée de proposer un challenge Ellory, du 15 septembre au 15 octobre. J'avais bien sûr Les anges de New York dans ma PAL alors j'ai participé. Ma dernière lecture de l'auteur remontait à avant les grandes vacances avec la trilogie de nouvelles Chicagoland. Et au cours de ma lecture c'est Mauvaise étoile qui a rejoint ma PAL. Il y a toujours un Ellory qui m'attend !

L'histoire : Malgré l'avis de sa hiérarchie, Frank Parrish, inspecteur au NYPD, s'entête à enquêter sur le meurtre d'une adolescente, victime, pense-t-il, d'un tueur en série. Contraint de consulter une psychothérapeute après la mort de son partenaire, Frank va lui livrer l'histoire de son père, figure éminente des Anges de New York, ces flics d'élite qui, dans les années 1980, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs. Une histoire bien différente de la légende communément admise.

Mon avis : Autant le dire tout de suite, j’ai été un petit peu moins convaincue par ce roman-ci. Attention, cela ne veut pas dire qu’il est mauvais, loin de là ! Et je ne vous cache pas que je l’ai tout de même dévoré et que j’ai beaucoup apprécié.

Je n’ai pas été emportée par la partie historique relatant l’âge d’or de la mafia new-yorkaise. Elle n’était pas assez développée à mon goût et j’aurais aimé y plonger bien davantage. C’est d’habitude la force des romans de l’auteur que de mener en parallèle l’histoire actuelle et l’histoire passée pour les faire se réunir en fin de roman. Mais dans Les anges de New York, le récit se base essentiellement sur l’enquête à l’époque actuelle, qui est somme toute assez classique. Et il n’y a aucun lien entre l’histoire que Frank Parrish raconte à son psy et son enquête actuelle : juste un éclairage psychologique qui explique l’état d’esprit de l’inspecteur, que l’on sent au bout du rouleau.

Il faut dire que son enquête a de quoi en remuer plus d’un ! Des jeunes filles d’une quinzaine d’année sont retrouvées étranglées et violées avec des traces de drogue. Seuls liens : elles ont toutes fait un passage par l’équivalent de notre Aide Sociale à l’Enfance et elles sont bien coiffées et manucurées. Forcément, on pense alors à un tueur en série. En jouant avec les limites du système, Frank Parrish va tout faire pour confondre le coupable. Se rapprochant ainsi inexorablement de ce qu’était son père, qu’il déteste et dont le souvenir le hante.

La deuxième force des romans d’Ellory, c’est l’ambiance. Et là, le lecteur ne sera pas déçu. L’auteur nous offre une véritable plongée dans l’esprit de Frank Parrish, flic de 44 ans, qui tient ses rêves où des cadavres lui parlent éloignés grâce à l’alcool. Sa famille se décompose et le vide se fait autour de lui. Même au boulot où il est sous le coup d’une retenue sur salaire et où son permis lui a été retiré. Vous me direz que c’est l’archétype du flic américain, ce qui n’est pas faux. Mais le personnage est suffisamment fouillé et crédible pour que cela tienne et que le lecteur adhère et ressente de l’empathie pour lui. Par opposition à son père, il endosse le costume d’ange veillant sur la ville, mais les ailes sont lourdes à porter.

Bizarrement, malgré toutes les horreurs décrites, j’ai eu une furieuse envie de retourner à New York. Car le décor planté par Ellory est bien réel : j’ai déambulé dans la ville, couru les pâtés de maison, suis entrée dans les petits restaurants…

Au final, un bon roman bien noir, moins classique qu’il n’y paraît !

Les anges de New-York, de R.J. Ellory
Traduit par Fabrice Pointeau
Livre de poche
Septembre 2013

Trois jours à Chicagoland [R.J. Ellory]

En attendant de sortir Les anges de New York de ma PAL, je me suis intéressée au triptyque Trois jours à Chicagoland formé par les trois nouvelles La sœur, Le flic et Le tueur, qui annoncait la sortie du roman Mauvaise étoile de R.J. Ellory.

L'histoire : Trois nouvelles, trois points de vue sur un seul meurtre, celui d'une jeune institutrice retrouvée étranglée dans son appartement. Des années plus tard, alors que le meurtrier est sur le point d'être exécuté, la sœur de la victime, le flic qui a mené l'enquête et le tueur reviennent sur les circonstances de sa mort pour tenter de comprendre ce qui s'est passé. Les apparences sont trompeuses et seuls leurs trois témoignages pourront révéler la triste vérité.

Mon avis : Pour la première fois après une lecture d'une œuvre de R.J. Ellory, qui je trouve a un talent fou, mon avis sera en demie-teinte.

D'abord, parce que n'étant pas une fan des nouvelles, je trouve que le format ici proposé ne laisse pas assez de place pour développer la psychologie des personnages. Le format court impose d'aller vite alors que le talent d'Ellory est justement de nous porter sur des centaines de pages et de créer une ambiance par laquelle le lecteur se laisse envahir. Comme une impression d'y être. Or, justement, cette impression d'y être se perd ici dans la nécessité de contextualiser l'avis de chacun par un minimum de vécu du personnage et l'auteur s'attache du coup davantage à des faits qu'à créer une ambiance.

Et puis, parce que j'ai eu une furieuse impression d'être flouée à la fin de la troisième nouvelle, qui se termine au milieu du tome, le reste n'étant que le début du livre Mauvaise étoile dont ces trois nouvelles accompagnent la campagne promotionnelle. Du coup, la vision du tueur que je m'attendais être un véritable contrepoint aux deux autres visions est beaucoup plus réduite et apporte trop vite la clé. Quant au procédé d'attirer le lecteur pour que la moitié de l'ouvrage ne soit pas consacrer à ce qu'on attend, je trouve cela très très limite !

Côté points positifs, je note les retournements de situation : j'en ai vu venir un, je m'attendais à un deuxième, qui n'a pas été celui que je croyais mais un autre auquel je ne m'attendais absolument pas. Je note également la façon dont tout se joue dans les détails essentiellement. Je cherchais bien de ce côté là, mais je regardais plus précisément la formulation de chaque récit, fait à la première personne. C'est seulement la conjonction des trois nouvelles qui permettra de révéler la vérité, chacun étant détenteur d'une partie. Comme toujours avec Ellory, une vraie empathie s'installe avec le narrateur, même le tueur. On s'attarde cette fois sur ce que nous faisons de notre vie, en fonction des cartes que nous avons à notre naissance et de part notre éducation.

À noter que ce triptyque ne se limite pas à être catalogué policier. Il plaira autant aux amateurs de polars qu'à bien d'autres lecteurs, si vous n'y allez pas en attendant une plongée dans une ambiance comme l'auteur sait si bien le faire, auquel cas vous risqueriez comme moi la frustration.

Vendetta [R.J. Ellory]

Après le coup de cœur de Seul le silence et la lecture très agréable des Anonymes, j'ai décidé de me pencher sur Vendetta, deuxième titre traduit en France de R.J Ellory.

L'histoire : La Nouvelle-Orléans, 2006. La fille du gouverneur de Louisiane est enlevée. Le kidnappeur, Ernesto Perez, se livre aux autorités mais demande à s'entretenir avec Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire qui travaille à Washington dans une unité de lutte contre le crime organisé.
À cette condition seulement, il permettra aux enquêteurs de retrouver la jeune fille saine et sauve. Commence alors une longue confrontation entre les deux hommes, au cours de laquelle Perez va, peu à peu, faire l'incroyable récit de sa vie de tueur à gages au service de la mafia.
Dans ce thriller exceptionnel, R.J Ellory retrace cinquante ans d'histoire du crime aux États-Unis, mêlant avec une virtuosité étonnante les faits réels et la fiction.

Mon avis : J'ai longtemps hésité avant de me pencher sur ce livre. Déjà, par peur d'être déçue, vu le coup de cœur qu'a été ma première rencontre avec cet auteur. Et puis parce que les histoires de mafia ne sont pas du tout ma tasse de thé. Seulement, après avoir aussi beaucoup apprécié Les anonymes, je me suis dit que ce serait dommage de passer à côté. Alors j'ai tenté. Et bien m'en a pris car encore une fois, ce roman est magistral.
Ellory a le don pour plonger le lecteur dans une ambiance. Il prend son temps, pose les situations, les personnages principaux comme les secondaires, le décor, l'humidité et la chaleur de la Nouvelle-Orléans. Il faut dire qu'avec 750 pages rien ne presse. Il y a un vrai travail de recherche sur le monde qu'il passe à la loupe, ici la mafia américaine, tenue par des familles italiennes. De grands noms du crime organisé apparaissent : Al Capone, Lucky Luciano, Meyer Lansky, Sam Giancana. Quelques artistes et politiciens qui tournent autour de ce milieu comme Franck Sinatra, les Kennedy ou Marilyn Monroe. Avec une narration qui m'a fait pensé aux Mille et une nuit, Perez, américano-cubain à la solde des familles mafieuses, homme de main, raconte son histoire. Jour après jour, il tient en haleine son interlocuteur Ray Hartmann, et le lecteur avec lui. Pourquoi avoir choisi expressément Hartmann pour lui raconter sa vie ? Pourquoi avoir enlevé la fille du gouverneur de Louisiane pour exercer une pression sur la police et l'obliger à écouter son histoire avant d'agir ? Tout cela, nous ne le saurons qu'à la fin bien sûr. En attendant, le lecteur est confronté à un monde de crimes, de violence, de prostitution. Un monde non dépourvu d'un certain code de l'honneur mais où la vie d'un homme ne vaut pas grand chose. Le fondement reste "la famille".
L'histoire est passionnante et très bien racontée. Perez, homme pourtant silencieux lors de sa carrière, peu porté sur les mots, se contentant d'agir et de respecter sa parole, devient prolixe. Apparaissant comme un homme sûr, il découvre pourtant des fêlures, des sentiments qui dérangent car on voudrait le haïr pour ce qu'il fait. Et bien que peu portée sur les histoires de mafia, j'ai plongée. J'ai tourné les pages, attendu impatiemment le moment où, dans les transports, je pourrai reprendre mon livre, pris le temps de savourer cette lecture. Dans un style bien différent mais tout aussi efficace que Seul le silence, l'auteur nous emporte. Moins intimiste certes, moins émotionnel, mais tout aussi addictif. J'adore la plume d'Ellory, j'adore me laisser emporter par lui. Et j'ai désormais hâte que le prochain titre sorte en France car encore une fois c'est un coup de cœur !

Une lecture commune avec Manu, Kikine et Lounima, je vais donc aller de ce pas voir leurs avis !

Les anonymes [R.J. Ellory]

Les éditions Sonatine ont sorti, le 7 octobre dernier, le troisième livre en France de R.J. Ellory, Les anonymes. Après le coup de cœur qu'a été pour moi Seul le silence, je ne pouvais pas manquer ce rendez-vous.

L'histoire : Washington. Quatre meurtres. Quatre modes opératoires identiques. Tout laisse à penser qu'un serial killer est à l'œuvre. Enquête presque classique pour l'inspecteur Miller. Jusqu'au moment où il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité, fabriquée de toutes pièces. Qui était-elle réellement ? Ce qui semblait être une banale enquête de police prend alors une ampleur toute différente et va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain.

Mon avis : Je ne suis pas une fan des romans d'espionnage alors j'ai hésité un peu, avant de me laisser tenter. Et j'ai terriblement bien fait (de me laisser tenter, hein, pas d'hésiter !).
Comme pour Seul le silence, j'ai eu quelques peines à me plonger dans l'histoire : une 50aine de pages plus loin, ça y est, j'étais définitivement accrochée ! Le style de narration est fort, alternant chapitres suivant l'inspecteur Miller, les futures victimes, ou le Tueur au ruban qui nous fait entrer dans son monde à la première personne, monde peuplé d'anonymes, ces gens qu'il a été amené à tuer. L'histoire aussi, qui ne dévoile que par bribes, avant que tout se recoupe, que les personnages apprennent à se connaître avant de se croiser...
L'enquête ne coule pas de source : les enquêteurs piétinent, n'ont aucun indice auquel se raccrocher, les maigres éléments récoltés ici ou là mènent dans une impasse, ce qui ne lasse pas de les déconcerter. Petit à petit, le lecteur lève le voile, découvrant les agissements de la CIA, des hommes de l'ombre dont même le Président ne connait pas les actes. Une tension permanente entraîne le lecteur à tourner les pages.
Parallèlement, c'est une réflexion sur les arcanes du pouvoir, les rapports entre les états et la position des États-Unis sur la scène internationale que R.J. Ellory nous dessine.
R.J. Ellory est un conteur hors pair, tout simplement fabuleux. Moi qui ne suis habituellement pas intéressée non plus par les histoires de mafia, je m'en vais rapidement aller chercher Vendetta, son deuxième roman, pour le lire aussi !

Que dire d'autre ? Qu'il faut lire ab-so-lu-ment ce roman !

Un grand merci à Solène des éditions Sonatine pour ce magnifique livre.

Objectif PAL : -74

Seul le silence [R.J.Ellory]

L'auteur : R.J. Ellory est un auteur de thriller britannique, né en Juin 1965 à Birmingham. Il est passé par les cases orphelinat, prison, guitare et photographie.

L'histoire : Joseph a douze ans lorsqu'il découvre dans son village de Géorgie le corps d'une fillette assassinée. Une des premières victimes d'une longue série de crimes. Des années plus tard, alors que l'affaire semble enfin élucidée, Joseph s'installe à New York. Mais, de nouveau, les meurtres d'enfants se multiplient...
Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante.

Mon avis : Voici un livre unanimement salué par la critique et par la blogosphère. Intriguée, j'ai attendu que le Père Noël me l'apporte pour me plonger dans cette lecture. J'ai commencé par avoir peur à cause de la dédicace à Truman Capote (j'ai abandonné la lecture de De sang froid tellement je n'aimais pas le style). Mais je comprends la filiation lorsqu'on commence à suivre l'histoire de cet enfant, témoin des chamboulements que produit la guerre en Europe (nous sommes dans les années 40) dans sa petite ville, puis d'un meurtrier en série qui s'attaque aux petites filles de son école. Parallèlement, Joseph se construit et se découvre une vocation d'écrivain. Alors effectivement, on retrouve ces événements terribles comme dans De sang froid, mais, alors que Truman Capote opte pour une vision froide des choses, Ellory nous implique complètement dans sa narration.
En dehors de l'histoire, après tout déjà vue en littérature, ce qui est marquant, c'est le style : fluide, magnifique, qui nous emporte dans l'histoire, une sensibilité à fleur de peau face à cette enfance abîmée par la mort d'un père, par la guerre, par un meurtrier, par les désillusions, par l'intolérance... En à peine 40 pages, le lecteur est totalement happé dans ce monde.
Ce roman n'est pas un polar traditionnel, dans la mesure où le cœur du texte n'est pas tellement l'enquête. Il faut simplement oser, se laisser emporter par ce roman. D'autant que le choc est mis en évidence par l'opposition entre la fluidité, la légèreté du style d'Ellory et la noirceur de ce qui est décrit. Les pages défilent, j'ai eu peur de me lasser, mais non, pas un seul instant, seulement l'envie de plonger à nouveau dans cet univers.

Que vous dire de plus que d'autres n'aient déjà dit ? Une seule chose : lisez-le ! C'est pour moi un véritable coup de cœur.

Un extrait que j'ai beaucoup aimé (p°42) : "Nous ne sommes plus à l'Âge des Ténèbres. Nous ne sommes pas des ignorants. Adolf Hitler est un Blanc, tout comme Genghis Khan était mongol et Caligula romain. Ce n'est pas une question de nationalité, ni de couleur, ni de religion... c'est à chaque fois juste une question d'homme."

Ceci est une lecture commune très en retard avec Neph, Stephie, Theoma, Pimprenelle et Gio.

Objectif PAL : -33






P.S : Devant un tel style, je me tâte pour acheter son roman suivant Vendetta. Je n'aime pas les histoires de mafia, mais venant de lui, ça passerait peut-être...