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BD Express #17

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB : après la guerre, de Jacques Tardi

À son retour de captivité en 1946, René Tardi et sa femme ont un fils, Jacques. N’ayant pas trouvé de travail, René reste dans l'armée et est envoyé dans la zone d’occupation française... en Allemagne ! Bientôt, Jacques et sa mère l’y rejoignent et découvrent un pays en ruines, mais déjà en pleine reconstruction grâce à l’aide américaine. De Valence à Coblence, Tardi achève dans ce troisième tome le récit du périple de son père, du début à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et ouvre pour la première fois une porte sur son enfance.

Mon avis : Ce troisième tome clos l'histoire de René Tardi lors de la seconde guerre mondiale. Je l'ai peut être trouvé un poil moins intéressant, car plus centré sur Jacques et ses premiers souvenirs d'enfance que sur ce que vit son père. Il n'y a plus les interactions entre ces deux générations, ce qui faisait le charme des deux tomes précédents. Il n'empêche que cet album reste intéressant à lire pour le point de vue qu'il offre sur la division d'une Allemagne multi-occupée et parce qu'il montre que la guerre ne s'est pas véritablement terminée en 1945 : les conséquences, parfois militaires, se firent sentir encore longtemps après.


Saga, tomes 8 et 9 de Fiona Staples et Brian K. Vaughan

La bibliothèque ayant enfin acquis les tomes 8 et 9 de Saga, je les ai empruntés. Anticipant la difficulté de me replonger dans l'univers, plus d'un an après la lecture du tome 7, j'ai aussi re-emprunté ce dernier. Je continue de trouver dommage que l'éditeur ne propose pas un petit récapitulatif des épisodes précédents en début de volume. Bref, j'ai beaucoup aimé ces deux nouveaux tomes, où on retrouve tout le charme des personnages et cette ambiance si particulière. Et surtout, le fait que tout ne se termine pas toujours bien : cette fois, Alana et Marko vont devoir faire face à plusieurs pertes.
Le tome 9 se termine sur un climax qui nous laissent terriblement frustrés de devoir encore attendre la suite. Les auteurs savent se renouveler et éviter l'ennui ou la répétition.


L'incal, de Jorodowksy et Moebius

Dans un futur lointain, une autre galaxie ou un autre espace temps, l'Incal et l'immense pouvoir qu'il confère exacerbent toutes les convoitises. John Difool, minable détective de classe R adepte d'homéoputes et de bon ouisky se retrouve embarqué malgré lui dans cette course à l'Incal. Il aura affaire à des mouettes qui parlent, des extraterrestres idiots, un empire dictatorial ultra violent, des rats de 15 mètres commandés par une déesse nue, une bataille mémorable dans une fourmilière, une secte adepte des trous noirs, et enfin une bataille intersidérale entre le bien et le mal.

Mon avis : Cette fois, ce sera un bref avis pour cause d'abandon. Je n'ai pas accroché au dessin de Moebius, vieilli autant par le crayonné que par les couleurs. Il faut dire qu'il s'agit de 6 tomes parus de 1981 à 1988. Je n'ai pas non plus aimé le personnage principal de John Difool (avec un nom pareil, je me demande toujours où est Doc), un peu beaucoup abruti sur les bords, ni sur l'univers proposé. Ceci dit, ce dernier m'intrigue et je vois bien le potentiel cinématographique qu'il y aurait à exploiter. Un jour peut être un réalisateur s'y frottera...

BD Express #16

La forêt millénaire, de Jirô Taniguchi

Suite au divorce de ses parents et à la maladie de sa mère, Wataru est accueilli par ses grands-parents. Pour le jeune garçon tokyoïte, cette nouvelle vie à la campagne est un bouleversement. Il découvre sa nouvelle école, son nouvel environnement. La forêt en particulier l'impressionne et semble lui communiquer une force presque surnaturelle, venue du fonds des âges.

Mon avis :  Un format original pour une publication japonaise. On sent ici la forte influence de la bande dessinée franco-belge sur le grand auteur Taniguchi. Mais il garde sa touche spirituelle avec cette ode à la nature et à la connexion de l'être humain avec ce qui l'entoure. Il est difficile d'en dire beaucoup plus sur cet ouvrage, qui ne comporte en fait que 52 pages posant le décor. Ce qui a forcément un côté très frustrant. L'autre moitié de l'ouvrage est un texte explicatif de la genèse de cette histoire et ce que l'auteur avait prévu d'en faire, avant de décéder.



La demeure des Gomez, de Miguelanxo Prado

Indalecio Pampin et les siens sont ravis. Toute la famille vient en effet d’hériter d’une vieille tante une maison à la campagne, avec rivière, terrain et tutti quanti. Hélas, les Pampin déchantent en se rendant sur place : la maison n’est qu’une masure, et la rivière plus que l’ombre d’elle-même. Qu’à cela ne tienne, pensent-ils, les travaux adéquats sauront redonner à la bâtisse et à son environnement son lustre d’antan. Mais c’est compter sans les précieuses reliques archéologiques du campement celte qui se trouve tout près - interdit d’y toucher bien sûr - sans oublier le nécessaire accord de la municipalité, qui se fait beaucoup attendre...

Mon avis : J'ai déjà lu un album de Miguelanxo Prado, auteur espagnol de bande dessinée, dans mon enfance. Je ne sais plus comment était arrivé entre mes mains son album Quotidien délirant mais je me souviens surtout du graphisme de cet album. C'est le même ici, assez surprenant, à la fois comme vieillot mais avec une pointe d'originalité. Bref, c'est sur son seul nom que j'ai emprunté cet album à la bibliothèque. Au détour de ce qui ressemble à une histoire assez simple, surtout dans sa construction, c'est la course à l'arrivisme et l'opportunisme débridé qui sont ici dénoncés. Pourtant Indalecio lui serait bien tenté de céder à la simple nostalgie des jours heureux de son enfance, mais il est poussé par les siens et par les autres et va aller de désillusions en désillusions, entourés par des promoteurs et des maires corrompus. Un album sans prétention mais qui surprend agréablement.


Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB : mon retour en France, de Jacques Tardi

" Notre progression n'étant pas satisfaisante, les coups de crosses de de Gummis s'abattaient sur nos échines et sur nos reins. Il fallait ajouter au froid la présence encombrante et brutale des Posten qui nous encadraient, pressés de mettre le maximum de distance entre l'armée Rouge et leurs culs sales, mais ça n'avançait pas plus vite pour autant." 

Mon avis : Encore un tome passionnant, après le premier épisode Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB où le père de Jacques, à travers un cahier que son fils a mis en dessin, raconte sa vision de la seconde guerre mondiale, par le prisme assez rare des prisonniers de guerre. Dans ce deuxième épisode, on s'attarde sur le retour en France, qui passe par un long chemin tortueux et beaucoup de marche épuisante, toujours la faim au ventre. Entre découragement et espoir, les hommes balancent. On retrouve ici toutes les qualités du premier tome. A lire bien sûr !

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB [Tardi]

L'auteur : Né en août 1946, Jacques Tardi est un auteur de bande dessinée, connu entre autres pour ses albums des Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec.

L'histoire : Nous nous étions battus, mon mécano et moi. Nous avions reçu l'ordre de détruire l'ennemi. Nous avions obéi... Oui, nous nous étions battus, et ce 22 mai 1940, un mercredi, douze jours après l'offensive, au petit matin, à l'orée d'un bois, nous venions d'être faits aux pattes. C'était à Mons-en-Chaussée, près de Péronne, dans la Somme. Mon père avait été blessé dans ce coin, vingt-cinq ans plus tôt. Moi, j'avais vingt-cinq ans et je venais de recevoir comme un coup de massue derrière la tête.

Mon avis : Lorsque j'ai feuilleté ce premier tome, j'ai eu un peu peur. Il est très verbeux. Il faut dire que Tardi transpose en bande dessinée les carnets de son père dans lesquels ce dernier raconte dans les années 80 et à sa demande, sa jeunesse, son départ à la guerre et le temps passé dans un Stalag, ou camp de prisonnier. Récit très personnel donc, dont le côté intime est renforcé par la présence du jeune Tardi, posant directement des questions à son père, pour demander des précisions sur ce que celui-ci lui raconte. Précisions qui n'arrivent pas toujours, le dialogue étant totalement fictif et amputé du répondant nécessaire.


Planche de Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au stalag IIB

Tardi père et fil déambulent dans les cases et dans les épisodes marquants  de l'Histoire de la Seconde guerre mondiale, croisant des chars (et non des tanks), la population en exode, les prisonniers de guerre, les travailleurs à la ferme... En s'intéressant aux prisonniers de guerre, et à leur vie dans un camp de travail, c'est une partie de l'Histoire rarement travaillée que Tardi met en lumière ici. Si on est loin de l'innommable des camps d'extermination nazis, les conditions sont tout de même atroces et plus d'un n'en réchappera pas. Une scène de douche à l'arrivée des prisonniers fait frémir le lecteur qui lui a le recul pour imaginer le pire, qui lui se produit un peu plus loin dans le Reich.

Tardi fait preuve de touches d'humour voire de cynisme rétrospectif qui sont parfois déroutantes mais qui apportent un peu de légèreté dans le récit. Légèreté d'autant plus bien venue que la colorisation, tout en nuance de gris, renforce le côté sombre du propos. Le dessin assez rondouillard de l'auteur perturbe un peu aussi, alors qu'on s'imagine des visages plus émaciés. Par contre, il fait merveille pour décrire la vie dans le camp, les conditions climatiques et la quête perpétuelle du moindre élément qui pourra agrémenter le quotidien. Au-delà des écrits laissés par le père, il y a clairement un énorme travail de documentation dans cette oeuvre.

Il faut prendre son temps pour se plonger pleinement dans cette lecture, dense et foisonnante. Une fois accepté ce postulat, j'ai été emportée par se témoignage tout simplement passionnant. Depuis ce premier tome, deux autres sont sortis, et j'ai bien l'intention de les emprunter aussi à la bibliothèque ! Car en plus de l'hommage rendu à un homme, en posant des images sur les mots de son père, Tardi donne une voix authentique à tous ces hommes privés d'une partie de leur vie, marqués à jamais dans leur corps et dans leur âme.

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB, première partie, de Tardi
Éditions Casterman
Novembre 2019