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Exposition : We are [still] here



Après une belle exposition We are here au Petit Palais en 2024, qui mettait à l'honneur les street artistes dans un cadre unique, l'opération a été reconduite cette année pour mon plus grand plaisir. Je vous préviens tout de suite, il reste 2 jours encore pour la visiter !

Plus loin que l'horizon, de Maye (2016)

Logan Hicks

Marchal Mithouard, alias Shaka

200 oeuvres et 75 artistes, français ou internationaux, ont pris leur quartier dans les différentes salles du Petit Palais, accessibles gratuitement. Ouvrant le dialogue entre l'architecture des lieux, les collections permanentes et les oeuvres éphémères proposées. Enfin, éphémères, ce n'est pas dit : Invader laisse une mosaïque flashable et Seth a vu sa Tour de Babel intégrer le parcours permanent.

Kusillo 2, d'INTI (2021)

Airmès, de Maxime Siau (2025)

Seth d'ailleurs présente en plus une Marianne qui se décline à différents endroits : une petite fille au bonnet phrygien et queue de cheval qui émeut.

La Petite Semeuse, de Seth (2024) - sculpture en bronze

Des pièces sont créées spécialement pour l'exposition, facilement repérables par le dialogue qu'elles engagent clairement avec les pièces qui les entourent.

Memento Viveri, de D*Face (2025) en marbre de Carrare.

Comme lors de l'exposition précédente, le clou du spectacle se trouve dans la Salle Concorde, où les oeuvres inondent les murs, en référence au Salon des refusés. 

Salle Concorde



Informations utiles :

Du 20 juin 2026 au 20 septembre 2026
Du mardi au dimanche de 10h à 18h

Petit Palais
Avenue Winston Churchill
75008 Paris

Tarif : Gratuit

Site ici

Exposition : Manga, tout un art !



L'exposition Manga tout un art ! au musée Guimet vient tout juste de se terminer. J'ai pu y faire un tour, l'occasion de découvrir l'histoire de cet art si populaire de nos jours, avec des millions d'exemplaires vendus chaque année et de multiples déclinaisons en anime, jeux vidéo et autres produits dérivés constituant le fer de lance de la pop culture japonaise.

Journal Tôbaé n°41 - 1888

Tokyo Puck, Kitazawa Rakuten, 1908 (comme un petit air de Bécassine, née en 1905)

Les mangas sont nés de la rencontre entre le Japon et l'Occident au cour de la période qui s'étend des années 1850 aux années 1920. Avec l'ouverture du pays aux échanges internationaux et adopte la culture occidentale. On introduit notamment la presse satirique qui se développe depuis le XIXe siècle en Europe et aux Etats-Unis. Par exemple, le Français Georges Bigot va créer le journal Tôbaé en 1887. Les caricatures sont appelées ponchi-e. Et en 1890, Imaizumi Ippyo publie dans le quotidien Jiji shinpo les tout premiers dessins en vignettes, auxquels il donne le nom de manga, mais avec le sens de caricature. Le terme est ensuite vulgarisé jusque dans les années 1920 où il prend le sens de bande dessinée narrative et publiée en feuilleton.

Planche originale d'Astro boy, d'Osamu Tezuka, avec les incrustations de texte

Il était une fois, planche originale de Princesse Saphir d'Osamu Tezuka - 1963

Le père du manga moderne est sans conteste Tezuka Osamu, dans l'immédiat après-guerre. Avant lui, les cases étaient généralement conçues comme une scène de théâtre : les personnages semblaient y entrer ou en sortir latéralement. Tezuka s'inspire du langage cinématographique et introduit des plongées, gros plans, zooms... donnant ainsi plus d'intensité dramatique au récit et rencontrant un grand succès. Je pourrais vous parler d'Ayako, une merveille dramatique. Mais bien sûr, on connait davantage Astro boy, qui deviendra la première série télévisée d'animation japonaise. Tezuka créée aussi le shojo (manga pour filles) avec Princesse Saphir en 1953.

Planche originale de Lady Snowblood, de Kazuo Kamimura - 1972

A la fin des années 1950 naît le mouvement gekiga (dessins dramatiques) qui fait entrer la bande dessinée japonaise dans l'âge adulte. Le style est sombre et réaliste, les récits, courts, décrivent la solitude, la misère et la banalité du crime, les travers de la société, l'introspection ou la froideur de l'action. Bref autant de traits de caractères assez distincts mais qui tous s'inspirent de la société moderne. Dans ce mouvement, on retrouve notamment Lady Snowblood de Kazuo Kamimura et Kazuo Koike. 

Planches originales NonNonBa de Mizuki Shigeru - 1992

Au milieu des années 1960,  Mizuki Shigeru fonde sa propre maison d'édition après avoir travailler comme auteur de planches de kamishibaïs, ces grands cartons illustrés au recto et avec le récit à lire par le narrateur au verso. Il rencontre le succès notamment avec les yokaï, ces créatures fabuleuses du folklore japonais. Ces personnages deviendront des images centrales dans l'univers du manga.

Vélo de Kamishibaï équipé de son butai (petit théâtre en bois) - 1934

Bakemono (ou Yôkai)

Bakemono

On le disait tout à l'heure, le manga se décline pour tout type de lectorat. Le premier a avoir été identifié comme un public à cibler ce sont les jeunes filles. Les shojo sont principalement réalisées par des autrices et abordent des sujets variés qui ne se limitent pas aux histoires d'amour : drames familiaux, récits sportifs (on en a mangé dans notre jeunesse en version anime sur le volley-ball ou la gymnastique !), science-fiction ou horreur. L'esthétique des shojo est bien identifiable : mises en pages libres et affranchies des cases, personnages se déployant sur toute la hauteur de la planche, grands yeux scintillants... afin de rendre au mieux la psychologie des personnages. Ici, on ne peut que s'arrêter sur les planches de La rose de Versailles de Riyoko Ikeda.

La Rose de Versailles d'Ikeda Riyoko, reproductions photographiques et application de papier cartonné, 1972-1973

La Rose de Versailles d'Ikeda Riyoko, reproductions photographiques et application de papier cartonné, 1972-1973

La Rose de Versailles d'Ikeda Riyoko publié dans Shueisha Weekly Margaret n°36 en 1973

Le style certainement le plus représenté est le shonen (manga pour jeunes garçons). Il faut dire qu'à partir des années 1980, le manga explose à l'international notamment grâce aux séries télévisées comme Goldorak ou Saint Seya. L'explosion à la même période de l'informatique permet d'explorer l'univers narratif aussi en jeu vidéo, le rendant plus riche. On vit une expérience transmédia qui immerge totalement le spectateur, l'amenant d'un support à un autre pour retrouver ses héros. One piece ou Naruto en sont le parfait exemple, ce ne sont pas juste des mangas, ce sont des franchises. La série Demon slayer ira même jusqu'à être l'objet de spectacles de théâtre nô au Japon !

Weekly Shonen Jump mettant en avant Captain Tsubasa - avant la publication sous le format que nous connaissons, les mangas sont pré-publiés dans des magazines ayant la taille d'un bottin sur du papier recyclé de qualité médiocre, imprimés à bas coût et vendus bon marché. Ils sont jetés à peine lus et regroupent plusieurs titres dans un même numéro. Les titres les plus demandés font la couverture

Weekly Shonen Jump n°22-23 de 2015 mettant en une Naruto, Boruto et Luffy de One Piece

Crayonné d'après l'œuvre d'Oda Eiichiro ayant servi à la production du jeu vidéo One Piece Treasure Battle ! 

Enfin, un dernier mot sur un genre particulier, celui du récit d'apocalypse puisque toute une salle lui est dédiée. L'imaginaire japonais a été fortement marqué par les explosions nucléaires subies : Gen aux pieds nus de Nakazawa Keiji ou Akira de Otomo Katsuhiro jusqu'à L'attaque des titans d'Isayama Hajime en sont le parfait exemple. L'apocalypse est régulièrement remise sur le devant de la scène,  comme une vision critique de la modernité et un appel à réflexion sur l'humanité.

Planche originale Gen aux pieds nus, de Nakazawa Keiji

La dernière salle, moins intéressante alors qu'il y avait certainement matière à faire mieux, évoque la thématique du cosplay à travers les collaborations de grands noms de la haute couture et des artistes japonais issus du monde du manga. Une autre façon d'étendre l'influence d'un genre qui n'est pas aussi mineur qu'on pourrait le croire.


Informations utiles :

Du 19 novembre 2025 au 09 mars 2026
Tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h

Musée national des arts asiatiques - Guimet

6 place d'Iéna
75116 Paris
Tel : 01.56.52.54.44

Tarif : 150€
Tarif réduit : 12€

Site du musée Guimet ici

Exposition : Isao Takahata, Pionnier du dessin animé contemporain, de l’après-guerre au Studio Ghibli


Il reste encore un mois pour visiter cette belle exposition qui, pour peu que vous appréciez les réalisations du studio Ghibli, vous présente le travail du réalisateur Isao Takahata, co-fondateur moins connu que Hayao Miyazaki, mais plus que Toshio Suzuki. Elle retrace, à travers ses carnets, croquis et dessins préparatoires en tout genre, la carrière de ce réalisateur à qui on doit Le tombeau des lucioles ou Le conte de la princesse Kaguya.

Horus, prince du Soleil ©1968 TOEI COMPANY, LTD. © Graziella Antonini

Né en 1935 (et mort en 2018), Isao Takahata étudie la littérature française à l'université de Tokyo. Il découvre ainsi Jacques Prévert et son travail avec Paul Grimault pour La Bergère et le Ramoneur, qui le marque et lui donne sa vocation artistique. En 1959, il rejoint donc le studio d'animation Tōei Animation pour devenir réalisateur mais commence par diverses taches subalternes et fait la rencontre de Miyazaki. Horus, prince du soleil est son premier long métrage destiné au cinéma. Il ne s'y limite pas à une représentation enfantine de la narration et décide d'adresser son récit aussi aux adultes, avec des tensions politiques et une densité narrative. L'exposition montre toute l'ingéniosité de Takahata pour faciliter la production collective et la construction d'un univers narratif complet et complexe.

Le succès n'étant pas au rendez-vous, les producteurs se recentrent vers la production télévisuelles. A partir de là, Miyazaki et Takahata collaborent très fréquemment sur des films dont Nausicaä de la vallée du vent en 1984 et sur des séries télévisées Lupin III, Heidi en 1974, Anne et la maison aux pignons verts en 1979... pour lesquelles l'équipe déploie des trésors d'ingéniosité pour être minutieux tout en respectant les contraintes de planning de production d'un épisode par semaine. Un vrai travail d'équipe où chacun joue sa partition.


A partir de 1981, Takahata se réoriente vers des productions se déroulant au Japon. En 1985, il cofonde le studio Ghibli et sort Le tombeau des lucioles en 1988, Souvenirs goutte à goutte en 1991 et Pompoko en 1994. Dans les années 90, il se plonge dans l'étude des anciens rouleaux peints (emakimono) et donc la culture visuelle traditionnelle au Japon, cherchant là un nouveau style d'animation où personnages et décors sont intégrés. Cela débouche en 1999 avec Mes voisins les Yamada et en 2013 sur Le conte de la princesse Kaguya. Sa représentation tire alors clairement sur l'aquarelle et s'appuie sur les dernières technologies numériques pour donner vie au crayonné. C'est à la fois traditionnel et follement moderne.

50 ans d'audace et de créativité toujours renouvelées qui se révèlent dans cette belle exposition qui montre aussi l'importance de la France pour ce réalisateur japonais, qui fit pas moins de 26 voyages en Europe, notamment pour des repérages !




Informations utiles :

Du 02 décembre 2025 au 10 janvier 2026
Du mardi au samedi de 11h à 19h, fermé les dimanches, lundis et jours fériés

Maison de la culture du Japon à Paris
101 bis, quai Jacques Chirac
75015 Paris
Tel : 01 44 37 95 00

Tarif normal : 7€ pour l'exposition 
Tarif réduit : 5€

Site de la Maison de la culture du Japon à Paris ici

Exposition : Balade urbaine, le Japon croqué par Florent Chavouet


Florent Chavouet, cela fait plus de dix ans maintenant que je l'ai découvert avec Manabe Shima et Tokyo Sanpo. Un choc tant je sais aujourd'hui reconnaître son style et sa perspective si particulière, qui immerge totalement le spectateur, tout en faisant preuve de beaucoup de douceur. Aussi quand la Maison de la culture du Japon à Paris propose une exposition, gratuite, sur l'artiste, impossible de résister et de ne pas y faire un tour.




Cette plongée dans son univers se fait par l'intermédiaire d'une trentaine de dessins représentant un environnement urbain mêlant des immeubles très modernes et des habitations ou des commerces traditionnels, parfois ponctués d'un personnage touchant ou d'une touche de nature qui s'invite. A la fois bande dessinée et carnet de voyage, on peut voir dans les croquis préparatoire que le dessin de Chavouet est très précis tout en faisant preuve de beaucoup de liberté. 




L'artiste arpente les villes et les campagnes, au gré de ses envies, sans guide, sans GPS, ne suivant que son regard, attiré aussi bien par des paysages que des constructions ou un objet abandonné sur un trottoir. Il prend le temps de contempler. Et avec lui, nous nous arrêtons nous aussi quelques instants de courir, nous levons le pied, le nez aussi pour regarder ce qui nous entoure et trouver parfois un peu de magie dans la banalité du quotidien.

Une exposition à ne pas rater.


Informations utiles :

Du 15 octobre 2025 au 07 février 2026
Du mardi au samedi de 11h à 19h, fermé les dimanches, lundis et jours fériés

Maison de la culture du Japon à Paris
101 bis, quai Jacques Chirac
75015 Paris
Tel : 01 44 37 95 00

Gratuit

Site de la Maison de la culture du Japon à Paris ici

Exposition : Georges de La Tour, entre ombre et lumière

Artiste célèbre de son vivant, Georges de La Tour sombre dans l'oubli après sa mort pendant plus d'un siècle avant d'être redécouvert à la fin du XIXe par les historiens de l'art. Il fut un grand maître des scènes de nuit, jouant magnifiquement avec la lumière. L'exposition qui se tient jusqu'en janvier au musée Jacquemart-André lui rend un bel hommage.

Le Nouveau-né, Georges de La Tour, huile sur toile -1647-1648

Madeleine pénitente, Georges de La Tour, huile sur toile - 1635-1640

Né en 1593 et mort en 1652, Georges de La Tour vécut l'essentiel de sa carrière dans le duché catholique de Lorraine, indépendant à l'époque, et coincé entre la France et le Saint Empire. Il a travaillé pour de prestigieux collectionneurs, pour les ducs de Lorraine puis à la cour de France sous Louis XIII. On sait que Richelieu fut un de ses illustres clients. On ne sait pas grand chose de plus de sa vie. On soupçonne un possible séjour en Italie vers 1610, dans le sillage d'autres grands artistes lorrains (Jacques Callot, Claude Deruet ou Jean Le Clerc). Mais son style évoque aussi les écoles de peinture du Nord de l'Europe.

Job raillé par sa femme, Georges de La Tour, huile sur toile - 1630

Le reniement de Saint Pierre, Georges de La Tour, huile sur toile - 1650

On ne conserve qu'une quarantaine de tableaux originaux de lui aujourd'hui, sur une estimation de autre à cinq cents productions, mais aussi des copies qui montrent le succès qu'il a pu rencontrer, notamment grâce à sa stylisation inimitable de la lumière artificielle et des formes, surtout les visages. Les mouvements sont figés, pris sur le vif.

Saint Grégoire, Georges de La Tour (ou d'après ?), huile sur toile - 1630

Saint Thomas, Georges de La Tour, huile sur toile - 1636

La lumière d'une chandelle déchire une scène de genre nocturne et met en exergue la simplicité. Nous sommes loin des habits fastueux et des meubles richement sculptés. Ici, tout est humble et ce dépouillement souligne le divin dans les scènes parfois les plus prosaïques. Celui du souffle de la vie dans Le Nouveau-né ou des thèmes spirituels usuels à l'époque, comme Madeleine pénitente. Sa sobriété, flirtant parfois avec l'austérité rappelle le mouvement de la Contre-Réforme et vise à plus de pureté.

Le vielleur à la sacoche, Georges de La Tour, huile sur toile - 1640

Les mangeurs de pois, Georges de La Tour, huile sur toile - 1620

La Tour n'a pas inventé le ténébrisme, porté à son apogée par Caravage, ce mouvement visant à peindre des scènes sombres pour n'éclairer que certains détails de façon très vive. Et s'il est surtout connu pour s'être inscrit dans ce mouvement, il a aussi peint des scènes diurnes, souvent austères et peu amènes, parfois aussi "sombres" que ses scènes nocturnes, si ce n'est l'absence de toute lumière artificielle. Il s'agit souvent de figures marginales, des petites gens : musiciens, mendiants... On remarque aussi qu'il n'y a pas de pathos dans ces représentations : elles sont factuelles et dignes.

Saint Jérôme pénitent (Stockholm), Georges de La Tour, huile sur toile - 1630

Saint Jérôme pénitent, dit à l'auréole, Georges de La Tour, huile sur toile - 1630

Il n'hésite pas à représenter plusieurs fois une même figure, avec quelques variantes visant à personnaliser la toile pour le commanditaire, comme c'est le cas pour les deux Saint Jérôme pénitent. Une logique de production assumée pour répondre à une forte demande. Difficile du coup de distinguer l'original et la copie, l'œuvre de l'artiste et celle de l'atelier.

Saint Jérôme lisant, Georges de La Tour, huile sur toile - 1648-1650

Saint Pierre repentant, dit Les larmes de saint Pierre, Georges de La Tour, huile sur toile - 1645

Une belle exposition qui présente un grand nombre de toiles sur le peu qu'on lui attribue, mais j'ai regretté l'absence de toiles appartenant au musée du Louvre comme Le tricheur à l'as de carreau ou La diseuse de bonne aventure. En quoi ces deux toiles sont-elles plus "imprêtables" que Madeleine pénitente ou Le nouveau-né ?


Informations utiles :


Du 11 septembre 2025 au 26 janvier 2026

Ouvert tous les jours de 10h à 18h, nocturnes les lundis et samedis jusqu'à 20h30

Musée Jacquemart-André
158 Boulevard Haussmann
75008 Paris
Tel : 01 45 62 11 59

Tarif : 18€ (accès exposition et musée)
Audioguide : 3€

Site du musée Jacquemart-André : ici

Exposition : Le mystère Cléopâtre


L'Institut du Monde Arabe propose en ce moment une exposition didactique sur Cléopâtre qui, si elle est simple, repose bien la réalité de ce qu'était cette reine d'Égypte et requestionne tout le mythe qui l'entoure.

Figure féminine surement la plus connue et la plus emblématique de l'Histoire, Cléopâtre fascine. Pourtant, on en sait au final assez peu sur elle et ce que l'on pense en savoir se confronte assez mal à la réalité historique. C'est que son image s'est autant façonnée de son vivant, notamment avec son suicide, qu'après. Au fil des siècles, les politiques et les artistes se sont emparés de cette figure pour la remodeler, l'élevant au rang de légende, de mythe puis d'icône. L'exposition propose plus de 200 œuvres très diverses pour essayer de lever le mystère.

Crédit photo : Alice Sidoli / Institut du Monde Arabe

De façon efficace, l'exposition rappelle dès l'entrée l'état des connaissances historiques sur Cléopâtre. Issue, d'une famille d'origine grecque mise sur le trône d'Egypte, elle nait en 69 av. J.C. à Alexandrie, sous le règne de son père Ptolémée XII. Pour rappel, Alexandrie a été fondée deux siècles et demi plus tôt par Alexandre le Grand, roi de Macédoine. Après la mort de ce dernier, le pouvoir revient à Ptolémée, un de ses officiers, qui établit la dynastie égyptienne des Ptolémées qui règne sur le pays pendant trois siècles. Cléopâtre sera la septième et dernière souveraine de la lignée des Ptolémées.

Cléopâtre prend le pouvoir en 52 avant notre ère, et l'Égypte est alors sous protectorat romain. Elle a perdu des territoires et la reine ambitionne de lui redonner sa grandeur. Il faut surtout garantir l'autonomie relative du pays. Au milieu des hommes qui l'entourent et qui sont en permanence en pleine lutte de pouvoir, elle sait se montrer fine diplomate et se lie avec Jules César puis Marc Antoine, élimine ses frères qui pourraient revendiquer le trône et associe au pouvoir son fils, Césarion. Les guerres fratricides romaines mettent en concurrence Octave et Marc Antoine, jusqu'à la défaite de Cléopâtre à la bataille d'Actium et son suicide en 30 avant notre ère.

Pièce de monnaie égyptienne, 50 piastres reine Cléopâtre an 1442 © collection particulière

On a tous d'elle l'image d'une femme très belle. On oublie donc de dire qu'elle était surtout intelligente, fine psychologue, diplomate et politique, cultivée et œuvrant pour son royaume. Elle n'aurait pas pu réaliser tout ce qu'elle a fait du seul fait de sa beauté et ne peut donc être réduite à ce seul caractère physique. D'autant qu'aucune source de l'époque n'en fait particulièrement mention !

Cartouche de Cléopâtre sur une corniche

D'où vient donc cette image de femme fatale ? Tout simplement des chroniqueurs romains de l'époque qui se sont voués à un véritable travail de réécriture au service de la propagande. Alors que dans le monde arabe, on garde surtout la trace d'une souveraine compétente, les auteurs romains proches d'Octave, devenu l'empereur Auguste, parlent de "reine prostituée", diffusent insultes et calomnies. L'objectif : discréditer Cléopâtre et décrédibiliser la candidature potentielle de Césarion à la succession !

La mort de Cléopâtre, par Jean-André Rixens - 1874

Il faut ensuite attendre la Renaissance pour qu'on porte à nouveau un intérêt à cette figure historique. Et c'est sa mort par suicide pour éviter d'être humiliée qui la porte au rang de grande figure historique tragique. Il faudra encore des siècles pour qu'elle retrouve cette dignité de souveraine régnante, capable, résistant à l'envahisseur romain.

Elizabeth Taylor dans Cleopatre de Joseph L. Mankiewicz en 1963
Crédit: Everett Collection/Bridgeman Images
© 20th Century Fox Film
Corporation Everett Collection Bridgeman Images 

Une telle figure ne pouvait échapper aux arts, à la publicité (on se souvient tous des savons au lait d'ânesse) et au cinéma notamment. Qui la conforte malheureusement dans cette image stéréotypée de femme fatale jouant uniquement de ses charmes, les réalisateurs abusant du cliché orientaliste.

Une exposition un petit peu décevante sur les œuvres proposées (j'imagine cependant qu'il n'est pas facile de déplacer des œuvres majeures) mais que j'ai tout de même beaucoup apprécié car elle restaure la figure de Cléopâtre et son rôle prépondérant dans l'histoire de l'Égypte, loin de ce qu'un monde machiste se plait à en retenir. Pour conforter cette impression, la dernière salle est d'ailleurs bigrement amusante, revoyant de façon plus féministe et de fait réaliste, les grands textes masculins qui font référence cette reine.


Informations utiles :

Du 11 juin 2025 au 11 janvier 2026
Du mardi au jeudi, de 10h à 18h, du samedi au dimanche de 10h à 19h, le mercredi en nocturne jusqu'à 21h30

Institut du Monde Arabe
1, rue des Fossés-Saint-Bernard
Place Mohammed-V 75005 Paris
Tel : 01 40 51 38 38

Tarif normal : 15€ pour l'exposition
Tarif réduit : 13€

Site du musée Institut du Monde Arabe ici