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24 avril 2019

Les esclaves oubliés de Tromelin [Sylvain Savoia]

L'auteur : Né en septembre 1969, Sylvain Savoia est un dessinateur français de bande dessinée.

L'histoire : L'île des Sables, un îlot perdu au milieu de l'océan Indien dont la terre la plus proche est à 500 kilomètres de là... À la fin du XVIIIe siècle, un navire y fait naufrage avec à son bord une "cargaison" d'esclaves malgaches. Les survivants construisent alors une embarcation de fortune. Seul l'équipage blanc peut y trouver place, abandonnant derrière lui une soixantaine d'esclaves.

Mon avis : Le naufrage de l’île de Tromelin et l’expédition archéologique qui en a découlé m’étaient tout à fait inconnus. J’ai repéré une affiche pour l’exposition au Musée de l’Homme à Paris puis cet album à la bibliothèque que j’ai donc emprunté en me demandant de quoi diable il pouvait bien être question.

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1761, L’utile, bateau français s’échoue par tempête sur cette bande de sable située entre La Réunion et Madagascar. A son bord, 140 hommes d’équipage. Et les cales pleines de 160 esclaves embarqués clandestinement. La quasi-totalité de l’équipage s’en sort, mais seulement une soixantaine de Malgaches, hommes et femmes. Le navire s’est fracassé, et il va falloir à ces naufragés beaucoup d’énergie pour survivre sur cette îlot corallien d’à peine 1km2, dont le plus haut point se trouve à huit mètres au-dessus du niveau de la mer.

Aujourd’hui, on accède à ce qu’on appelle l’île de Tromelin par avion, tellement les courants marins rendent l’accostage impossible. C’est une réserve naturelle hostile à l’Homme, qui a pourtant trouvé le moyen de venir y construire une station météorologique et de polluer les lieux. L’endroit est baigné par un soleil écrasant et de nombreuses tempêtes. Max Guérout, archéologue, a dirigé l’expédition Esclaves oubliés en 2008. Dans ses bagages, il a emporté Sylvain Savoia qui nous livre là à la fois un reportage sur cette mission, mais aussi une fiction historique sur ce qui a pu être le calvaire de ces esclaves abandonnés de tous et qui trouvèrent l’énergie de survivre pendant plus de 15 ans.

Planche sur les naufragés de l'île de Tromelin
Savoia opte pour un traitement graphique différent entre sa fiction, d’un aspect très classique, et le reportage, prenant lui la forme d’un carnet. La fiction est forcément touchante par l’histoire qui nous est contée, mais le classicisme des cases a du mal à participer à l’émotion : aplat de couleurs d’une palette forcément dans les jaunes et bruns, dessin pas très beau… L’auteur a su davantage me toucher avec les pages consacrées à l’expédition de 2008. J’ai cependant aimé la mise en parallèle des deux : quand on voit comment l’Homme d’aujourd’hui doit déployer des trésors pour survivre sur l’île de Tromelin, on se rend d’autant plus compte de l’exploit réalisé par les survivants du naufrage. De leur façon de survivre, on sait toujours très peu de choses : quelques pierres utilisées pour la construction, quelques instruments en métal, guère plus.

Planche sur l'expédition de 2008

Ce que cet album ne montre pas, c’est que ces oubliés ne l’était pas tant que ça : le gouvernement a choisi de ne pas venir les secourir, puisque les esclaves n'auraient pas du se trouver dans ce navire, et certains abolitionnistes se sont emparés de l’histoire.


Je suis forcée de comparer avec les témoignages de Lepage, qui sont un peu du même acabit. Et j’avoue être ici moins touchée et moins convaincue. Le dessin m’emballe moins et le parti pris d’incarné le destin des naufragés avec la jeune Tsimiavo, s’en doute pour émouvoir davantage. Il s’agit cependant d’un bel album qui aura eu le mérite de me faire découvrir cet événement et le destin tragique de ces gens.


Les esclaves oubliés de Tromelin, de Savoia
Éditions Dupuis Aire Libre
Avril 2015

4 commentaires :

keisha a dit…

Bien aimé cette BD (et aussi le livre d'Irène Frain sur le même sujet, mais pas romancé)

Alex Mot-à-Mots a dit…

Je ne te sens donc pas pleinement convaincue.

nathalie a dit…

J'ai vu l'expo à l'époque où elle était à Bordeaux et elle était très intéressante, avec la description des interventions archéologiques, mais effectivement la BD ne m'a pas fait envie, le dessin ne me disait rien.

La chèvre grise a dit…

@ Keisha : ah, je vais regarder si je le trouve à la bibli, tiens. Parce que le sujet est intéressant.

@Alex Mot_à_mots : non, le dessin m'a trop tenue à distance.

@ Nathalie : je me tâte pour aller la voir ici. Le sujet est intéressant et je ne le connaissais pas.