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01 mai 2019

La terre des fils [Gipi]

L'auteur : De son vrai nom Gian Alfonso Pacinotti, Gipi est un auteur de bande dessinée italien né en 1963. La terre des fils a reçu le Grand prix de la critique 2018.

L'histoire : Dans un futur incertain, un père et ses deux fils comptent parmi les survivants d'un cataclysme dont on ignore les causes. C'est la fin de la civilisation. Il n'y a plus de société. Chaque rencontre avec les autres est dangereuse. Le père et ses deux fils, comme les quelques autres personnages rencontrés, la Sorcière, Anguillo, les jumeaux Grossetête, les Fidèles, adeptes fous furieux du dieu Trokool, vivent dans un monde néfaste et noir. L'air est saturé de mouches, l'eau empoisonnée. L'existence du père et de ses deux fils est réduite au combat quotidien pour survivre. Le père écrit chaque soir sur un cahier noir. Qu'écrit-il ? Quel est son secret ? Nous l'ignorons, ses fils aussi. Ils aimeraient bien apprendre à lire, ils aimeraient bien savoir comment on vivait "avant". Mais le père, lui, refuse d'en entendre parler…

Mon avis : Voici un album dont je n’avais pas du tout entendu parler. Je l’ai croisé en tête de rayon à la bibliothèque, l’ai feuilleté et hop emprunté. C’est donc sans rien en connaitre ni en attendre que j’ai commencé ma lecture, me laissant prendre dans ce récit survivaliste où les hommes sont tous ennemis et où l’entraide n’existe plus.

Comme souvent dans ce genre de thématique, on traite ici la question de la différence fondamentale entre les verbes vivre et survivre, par le biais de l’éducation qu’un homme seul doit donner à ses deux fils. Pour les adapter le plus possible à ce nouveau monde, il tire à trait sur toute sentimentalité. Certains mots sont rayés du vocabulaire, la culture et tout ce qui est superflu sont supprimés. Quitte à faire de ses enfants des monstres. L’ainé surtout hait son père et ne perd pas une occasion pour s’opposer à lui. Il faut dire qu’entre ces deux générations, l’incompréhension est totale : le père a bien du mal à oublier le monde d’avant, à déroger à certains principes de son ancienne vie qu’il se refuse d’expliquer. Au-delà de la haine, l’ainé brûle d’envie de comprendre : que peut donc bien écrire son père dans ce journal auquel il tient tant ?
Planche La terre des fils, de Gipi
Le lecteur en sait presque aussi peu sur ce monde que ces deux fils, et c’est avec eux qu’il va découvrir toute la complexité de cette terre qui est la leur une fois le père parti. Au fur et à mesure que le voile se lève, c’est aussi l’amour du père qui apparait. A travers un silence pesant, à travers des choix discutables, mais il reste indéniable. Et par son geste final, ce fils aîné qui se révèle digne de son père et rapporte l’espoir d’un lendemain meilleur dans ce monde infiniment sombre. Au-delà d’un récit apocalyptique c’est donc aussi le récit d’un voyage initiatique que l’auteur nous livre, servit par un trait minimaliste, sec et hargneux. Un crayonné noir qui fait surgir les émotions et colle parfaitement au récit.


La terre des fils, de Gipi
Traduit par Hélène Dauniol-Remaud
Éditions Futuropolis
Mars 2017

1 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Une bonne pioche dans les rayons, alors.