La gosse [Nadia Daam]
L'autrice : Née en octobre 1978, Nadia Daam est une journaliste française, notamment dans l'émission 28 minutes sur Arte. La gosse est son cinquième roman.
L'histoire : « Tu verras avec une fille, c’est plus facile. » C’est avec ces mots qu’on a voulu me rassurer, il y a 18 ans, quand j’ai annoncé le sexe de mon bébé à venir. Ça ne m’a ni surprise ni dérangée. Je me sentais davantage capable avec un enfant de mon espèce et n’en ai pas saisi les conséquences. Une fille, c’est « plus facile », mais facile à quoi, pour qui, et pourquoi ?
Je pensais, les toutes premières années, qu’il n’y avait rien de plus dur qu’être privée de sommeil et de temps pour moi. C’est faux. Tenir éloignée une Gosse qui devient une femme de tous les désastres liés à son genre est bien plus éprouvant. Même – surtout ? - si l’on se targue d’être féministe et d’avoir pour la nouvelle génération de grands desseins réparateurs.
La Gosse, ma fille, a grandi et creusé l’écart qui nous sépare. Elle s’élance, je me tasse. Elle veut arpenter la ville et le monde, je ne cours même plus pour attraper le bus. Elle pleure devant Sex Education, sur Netflix, moi pendant les pubs pour les conventions obsèques. La Gosse est de moins en moins gosse. Ni facile, ni difficile (même si elle est objectivement un peu chiante, parfois). Au moins, j’ai retrouvé le sommeil, sauf quand elle sort le soir.
Mon avis : Voici le récit intime de la relation d'un mère célibataire avec sa fille. C'est bien le lien qui les lie toutes les deux qui est ici passé aux cribles. Si on met de côté les clichés nauséabonds habituels, le sexe de l'enfant attendu n'a pas d'impact sur la facilité à l'éduquer. Ce sont juste des problématiques différentes. En temps que femme, et donc ancienne petite fille puis adolescente, la Mère connait les étapes par lesquelles la Gosse va passer. Le contexte et les choix peuvent par contre être différents.
Le point de départ de cette analyse : le décès du père, mort alors que la Gosse à 11 ans. Les parents avaient beau être séparés, le poids de l'éducation se portaient à deux. Désormais, la mère va devoir tout assumer seule. Au moment où s'annonce l'adolescence, ce grand chamboulement hormonal où les influences extérieures à la cellule familiale peuvent avoir une grande importance. La mère parfaite, ce mythe qui n'existe pas, est tellement pensé sur les premières années de l'enfant qu'on en oublie d'aborder la tension dans la relation parent-enfant à l'adolescence. Comment accompagner au mieux son enfant à devenir une adulte droit dans ses bottes quand soit même on se fait parfois l'effet d'un imposteur dans ce rôle ? La posture de parent nous met face à nos contradictions les plus profondes, entre convictions féministes et injonctions de la société. Et surtout pose clairement la question de ce qu'on souhaite transmettre à notre progéniture, quelle qu'elle soit.
Écrit avec justesse et une vraie bienveillance sur ce rôle de mère, Nadia Daam décortique parfaitement la relation mère-fille. C'est à la fois émouvant, d'une sincérité folle, sans faux-semblants, souvent drôle, absolument pas moralisateur. Bref, intelligent ! Et également la très belle déclaration d'amour inconditionnel d'une mère à sa fille.
"Et si je sais que ce n'est pas aux femmes de modérer leur apparence pour se rendre moins vulnérables mais aux hommes de cesser de violer, d'agresser et de reluquer, je ne suis pas moins affolée."
La gosse, de Nadia Daam
Éditions Grasset pour Kindle
Mars 2024
Un roman sur une relation qui a l'air touchante.
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