Fille de Tunis [Olivia Elkaim]

Après avoir beaucoup aimé le précédent roman d'Olivia Elkaim, Le tailleur de Relizane, je n'ai pas pu résister à la proposition de l'opération Masse Critique de Babelio de recevoir ce nouveau livre.


L'histoire : "D'elle, il me reste un foulard bleu, une bouteille vide de son parfum et ce cliché sépia, conservé dans un cadre rouge : la vingtaine resplendissante, chignon laqué, bustier soulignant le galbe de sa poitrine, Arlette trône sur la cheminée de mon salon. Mais je ne sais presque rien d'elle, quelques dates, mes souvenirs d'enfance. Je fouille ma mémoire, gratte le passé. Comment la saisir, elle qui ne s'est jamais laissé attraper par personne ?".

Entre Tunis et Marseille, Olivia Elkaim nous entraîne dans le sillage de sa grand-mère maternelle, une femme libre et magnétique au destin percuté par la guerre, la décolonisation et l'exil, dont elle livre un portrait incandescent.


Mon avis : Un peu dans la lignée de son précédent roman, Le tailleur de Relizane, qui parlait magnifiquement de l'exil, Olivia Elkaim livre ici un nouveau récit sur ses ascendants, en se concentrant cette fois sur la grand-mère maternelle, qui a elle aussi du fuir son pays, la Tunisie, pour se retrouver en France, à Marseille. Femme refusant les convenances dès son plus jeune âge, Arlette se heurte à la guerre, à la décolonialisation puis à l'exil.

Le portrait est terriblement vivant mais aussi douloureux. Arlette entend vivre pleinement, quitte à faire souffrir son entourage au passage. L'autrice ne trouve guère de matière à son cheminement sur les traces de cette grand-mère auprès de sa mère et de sa tante. Celles-ci sont pressées d'enterrer Arlette, de mettre enfin de côté toutes ces élucubrations, de ne retenir que quelques images joyeuses et d'enfermer à double tour en jetant la clé tous les souvenirs plus gênants. Car l'émancipation d'Arlette abîme. Elle en premier lieu, qui tombe dans les addictions, aux courses, à l'alcool et à la cigarette. Dans cette famille, les non-dits sont légion autour de cette femme assez forte pour s'opposer aux dictats de la société mais aussi faible pour ne pouvoir le faire sans béquilles. Elle payera le prix fort à sa liberté.

La plume d'Olivia Elkaim est toujours aussi belle. Elle m'a fait découvrir une partie de l'Histoire que je ne connais pas vraiment. Et surtout, elle évoque des images, une lumière, des odeurs. Tous les sens sont convoqués à la lecture des pages qui composent ce roman. Et on ne le lâche pas jusqu'à la fin, attendue certes, mais il ne peut en être autrement. Et après tout, c'est le voyage que la narratrice entreprend qui est important, un voyage pour se connaître à travers ses origines. Au final, c'est un cri d'amour à cette grand-mère flamboyante et terriblement humaine.
 

"J'écris pour reconstituer ce qu'aucun registre d'état civil ne contient, l'intensité de sa vie, ses bifurcations, les choix qui se sont imposés, qu'elle a imposés, ceux dont elle a pensé qu'ils n'étaient pas des choix.
J'écris pour lutter contre l'absence des miens." (p°248)


Fille de Tunis, d'Olivia Elkaim
Éditions Points
Janvier 2025

Commentaires

  1. Une auteure que je ne connais pas, et cette fille de Tunis pourrait me plaire.

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    1. @ Alex Mot-à-mots : je te conseille fortement son précédent, "Le tailleur de Relizane", que j'ai adoré. Là, j'ai beaucoup aimé, mais le personnage de la grand-mère est plus clivant.

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