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Molosses [Craig Johnson]

Presque deux ans depuis ma dernière lecture des aventures du shérif Walt Longmire. Je poursuis donc la série avec le sixième opus, Molosses, après Dark Horse.


L'histoire : Alors que l'hiver s'installe dans le comté le moins peuplé de l'État le moins peuplé des États-Unis, Walt Longmire, son shérif, se voit confier une curieuse mission : celle de mettre la main sur le propriétaire d'un pouce abandonné à la décharge. L'enquête devient rapidement haute en couleur, car Walt se trouve face à deux molosses qui gardent le terrain, à son vieux propriétaire loufoque et à un promoteur immobilier multimillionnaire qui cherche à prendre possession des lieux pour étendre son vaste ensemble de ranchs luxueux. Sans parler d'un jeune couple fleurant bon la marijuana, de la vieille institutrice au charme incontesté, du perroquet dépressif et déplumé et de quelques cadavres qui bientôt viennent compliquer cette affaire.

Mon avis : Walt Longmire est en mauvais état. Ses aventures précédentes l'ont marqué dans sa chair : il boite, à la vue qui baisse, mais son cerveau fonctionne toujours. S'il est réticent à se mettre au repos, il faut dire que les habitants du comté d'Absaroka, Wyoming, ne lui laisse pas beaucoup le temps, même au milieu de tempêtes de neige à répétition. Il doit se lancer à la poursuite d'un meurtrier alors qu'un de ses collaborateurs, en plein syndrome de stress post-traumatique, menace de démissionner.

C'est toujours un plaisir de retrouver la galerie de personnages attachants que propose Craig Johnson, ainsi que le ton humoristique de l'auteur. Car tout commence de façon assez légère : un pouce est retrouvé dans une décharge, il faut identifier son propriétaire. Une mission parfaite pour le Basque, qui déprime après avoir été gravement blessé dans une mission précédente. Il faut donc l'occuper, quitte à le lancer sur les traces d'un homme dont on connait en fait déjà l'identité. En parallèle, le propriétaire un peu loufoque de la décharge est blessé, et il faut aller s'occuper de ses animaux, assez étonnants, découvrir ses amours avec l'ancienne institutrice du shérif et cadrer un peu sa progéniture turbulente. La noirceur va monter petit à petit, comme la neige s'installe durablement et gèle le paysage. Cette météo du Wyoming est un élément clé des romans de Craig Johnson, chacun de ses romans correspondant à une saison et à ses charmes particuliers.

Un tome en dessous des autres, c'est la première fois chez l'auteur et il faut le noter. Ici, la sauce ne prend pas vraiment, elle reste froide, comme le climat décrit. Je n'ai pas particulièrement adhéré à l'histoire racontée, l'histoire est trop tarabiscotée. Et j'ai trouvé l'humour moins fin. De plus, la place réservée à la communauté native américaine est quasi-nulle, Henry Standing Bear n'apparait qu'assez rarement (mais le peu nous donne surement la scène la plus comique du roman). En espérant retrouver dans le prochain tome l'auteur plus inspiré pour mettre en scène notre équipe de choc en pleine saison du printemps.


Molosses, de Craig Johnson
Traduit par Sophie Aslanides
Éditions Gallmeister pour Kindle
Décembre 2015

Dark Horse [Craig Johnson]

À nouveau un an et demi après ma lecture d'Enfants de poussière, je retrouve le personnage créé par Craig Johnson dans ce cinquième opus.

L'histoire : Comment Mary Barsad, si douce, a-t-elle pu abattre son mari de sang-froid ? Elle a tout avoué. Et les mobiles ne manquent pas : infidèle, magouilleur, il aurait peu avant sa mort enfermé les chevaux de course auxquels elle tenait tant dans sa grange, avant d'y mettre le feu. Mais le shérif Walt Longmire se méfie des évidences. À Absalom, Wyoming, il décide de mener sa propre enquête...

Mon avis : Walt Longmire est un personnage bourru, taiseux mais attachant. C’est pourquoi on a toujours plaisir à le retrouver. Lui, et toute la galerie de personnages récurrents qui tourne autour de lui, y compris Le chien. C’est ce qui fait le sel de ces romans, ça et la description de ce Wyoming qu’on sait cher à Craig Johnson. Pourtant, il n’en dresse pas un portrait toujours flatteur, de ces grands espaces, loin de là. S’il est question de la beauté et de la fragilité de la Nature, il n’est pas fait abstraction de sa dureté et de sa violence. D’autant que cette dernière est plus d’une fois exacerbée par les hommes. Les dialogues parfois pince-sans-rire, viennent apporter la touche d’humour qui adoucit cependant le trait. Bref, toujours la même recette que l’auteur arrive à reproduire sans jamais lasser son lecteur.

Ici donc, Longmire se rend dans le comté voisin pour enquêter sur un crime. Sa cellule de Durant, dans le comté d’Absaroka, est occupée par une jeune femme qui s’accuse du meurtre de son mari, après que celui-ci ait mis le feu à la grange du ranch où dormait ses chevaux. Une affaire a priori simple. Pourtant, quelque chose cloche. Et le shérif n’aime pas quand les pièces ne semblent pas s’emboiter.

Walt souhaite toujours rendre son étoile, mais il sent bien que ses députés ne sont pas près. Le voilà, à contrecœur, obligé de rempiler et de se soumettre au cirque d’une campagne électorale. Elle se fera tout de même, mais à sa manière, c’est-à-dire sans qu’il y participe ! Entouré de ses amis, dont l’indétrônable Henry Standing Bear, prêt à le seconder sans qu’il ait à le demander, Longmire préfère enquêter et découvrir la vérité. Il se jette donc à corps perdu dans ce mystère. Une façon aussi pour lui de tenir à distance ce qui le tarabuste.

De nouveau un excellent cru que cet opus. Si vous ne connaissez pas cette série, allez-y. Et si vous connaissez, vous pouvez la poursuivre !


Dark Horse, de Craig Johnson
Traduit par Sophie Aslanides
Éditions Points
Mai 2015


Enfants de poussière [Craig Johnson]

Voici un an et demi que je n'avais pas retrouvé la plume de Craig Johnson pour conter les aventures de son shérif Walt Longmire. C'est réparé avec ce quatrième tome Enfants de poussière.

L'histoire : Absaroka, dans le Wyoming, est le comté le moins peuplé de l'État le moins peuplé d'Amérique, aussi y découvrir le corps d'une jeune Asiatique étranglée est plus que déconcertant. Le coupable paraît tout désigné quand on trouve, à proximité de la victime, un colosse indien frappé de mutisme en possession du sac à main de la jeune femme. Mais le shérif Walt Longmire n'est pas du genre à boucler son enquête à la va-vite. D'autant que le sac de la victime contient une vieille photo de Walt prise quarante ans plus tôt, et qui le renvoie à ses souvenirs de la guerre du Vietnam.

Mon avis : Craig Johnson mêle ici passé et présent pour mener de front deux enquêtes. La première se déroule lors de la guerre du Vietnam où on retrouve Longmire et Henry Standing Bear au coeur des conflits ; Walt engagé dans la police des Marines doit démanteler un trafic de drogues sur une base américaine. La seconde est à l'époque actuelle, alors que le corps d'une femme vietnamienne est retrouvé ; c'est avec cette découverte que les flash backs se déclenchent et nous en apprennent davantage sur le passé du shérif. Y aurait-il un lien entre les deux époques ?

En parallèle, sa fille Cady se remet doucement de leur aventure précédente à Philadelphie : taiseux, Longmire n'en est pas moins un père attentif et inquiet. Plus ancré sur les personnages et ce qui les façonne, les préjugés comme les rencontres, que sur la nature du Wyoming, ce roman est peut être un tout petit peu moins bon que les précédents : le jeu de double enquête, s'il lève un voile sur le passé du personnage principal, limite la plongée dans l'ambiance si agréable de ce petit coin de terre reculé. Mais permet de toucher une réalité qui m'était inconnue, celle de ces enfants de militaires de l'autre côté du monde, qui tentèrent de retrouvèrent leurs racines paternelles en venant aux États-Unis mais durent lutter pour rejoindre ce pays.

Enfants de poussière, de Craig Johnson
Traduit par Sophie Aslanides
Éditions Gallmeister
Mars 2014

L'indien blanc [Craig Johnson]

Et on continue les aventures du Shérif Longmire de Craig Johnson, après le tome 2 Le camp des morts, voici le troisième L'indien blanc.

L'histoire : Walt Longmire, le shérif du comté d'Absaroka, n'a pas pour habitude de s'éloigner de ses terres familières du Wyoming. Quand il décide d'accompagner son vieil ami Henry Standing Bear à Philadelphie, où vit sa fille Cady, il ne se doute pas que son séjour va prendre une tournure tragique. Agressée pour une raison inconnue, Cady se retrouve dans le coma, première victime d'une longue liste, et Walt doit se lancer sur la piste d'un vaste réseau de trafiquants de drogue. Commence alors une longue errance urbaine sous la surveillance d'un mystérieux Indien blanc.

Mon avis : Vous qui me suivez savez que je ne suis pas portée sur le nature writing. Mais il y a chez Craig Johnson une écriture vraiment particulière qui vous plonge merveilleusement dans une ambiance, un décor, des relations entre personnages, tout en vous divertissant avec une enquête, plus ou moins secondaire selon les tomes.

Ici, point de Wyoming mais la Pennsylvanie, forcément plus urbaine que rurale. Changement de décor donc pour notre Shérif et la Nation Cheyenne qui l'accompagne. Nos deux compères ne manquent pas de se faire remarquer, pour notre plus grande joie : c'est que rien qu'à leur look, ils ne passent pas inaperçus au milieu des cols blancs des avocats, policiers et politicards en tout genre de Philly. Il faut tout le flegme de Longmire, même mis à rude épreuve, pour détricoter l'intrigue faite de magouilles et de trafics. Cette enquête fait encore une fois la part belle aux personnages, dont la ville, et l'ambiance à tout le temps pour s'épanouir.

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai retrouvé Walt Longmire, personnage bourru et attachant. Les non-dits portent beaucoup d'émotions dans les récits de ses aventures. Ils atteignent ici des sommets puisque Cady est dans le coma. Mais la palme revient à toute la famille de Vic, l'adjointe du Shérif, qui habite la ville de Philadelphie. Nous faisons alors connaissance avec toute une parenté haute en couleur qui explique beaucoup le tempérament de la dame. L'humour qui se dégage des échanges de tous ses personnages est savoureux. Des liens se tissent entre eux, peut-être seront-ils réutilisés dans les prochaines aventures.

Les grands paysages secs ou neigeux manquent légèrement, c'est sûr. Mais je ne doute pas que nous les retrouveront au prochain tome. Celui-ci en tout cas a sa pointe d'originalité et redonne souffle à des personnages qu'on apprécie toujours autant. Bref, si vous ne connaissez pas encore, filez découvrir, et sinon, filez continuer !

L'indien blanc, de Craig Johnson
Traduit par Sophie Aslanides
Éditions Gallmeister
Février 2013

Le camp des morts [Craig Johnson]

Après la découverte de Craig Johnson avec Little Bird, je poursuis la lecture des aventures du shérif Longmire avec ce deuxième tome Le camp des morts.

L'histoire : Lorsque le corps de Mari Baroja est découvert à la maison de retraite de Durant, le shérif Longmire se trouve embarqué dans une enquête qui le ramène cinquante ans en arrière. Il plonge dans le passé déchirant de cette femme et dans celui de son mentor, le légendaire shérif Connally. Tandis que résonne l'histoire douloureuse de la victime, d'autres meurtres viennent jalonner l'enquête. Aidé par son ami de toujours, l'Indien Henry Standing Bear, le shérif mélancolique et désabusé se lance à la poursuite de l'assassin à travers les Hautes Plaines enneigées.

Mon avis : Après avoir découvert Walt Longmire, shérif un peu bourru mais très attachant du comté d'Absaroka, je l'ai retrouvé avec plaisir pour cette deuxième aventure, où les impressions peuvent être trompeuses. Car, dans cette petite ville de Durant, où tout semble endormi, les montagnes comme les plaines et les gens, où tout est recouvert par une bonne couche de neige qui ne cesse de tomber, il peut aussi y avoir des meurtres. Pris entre le besoin de connaître la vérité et faire appliquer la loi, Longmire va devoir choisir et naviguer sur un fil entre comprendre et mettre en plein jour. Sa quête va le mener à déterrer des secrets enfouis depuis plus de cinquante ans et poser des questions douloureuses à son entourage.

Les personnages sont encore une fois admirablement posés, tout comme le décor. Le lecteur sent littéralement le vent glacial et la neige le paralyser. C'est pourtant une vraie ode à la nature et aux gens du cru que Craig Johnson écrit ici. Qui donnerait envie de partir découvrir incessamment ce Wyoming profond dont on le sent amoureux. Les liens entre les personnages sont forts, de ceux qui ne se disent pas mais qui n'en sont pas moins à toute épreuve pour autant. La poésie se niche là, au détour d'un paragraphe, lorsque Walt utilise cette omniscience indienne qui fait partie de lui, même s'il n'en comprend pas tout. Et toujours cet humour doux-amer qui imprègne les dialogues bourrus et affectueux.

Encore un bel ouvrage donc, que je conseille vivement.

"Une vie sans ami s'achève par une mort solitaire" Proverbe basque.

Le camp des morts, de Craig Johnson
Traduit par Sophie Aslanides
Gallmeister
Février 2012

Little bird [Craig Johnson]

L'auteur : Craig Johnson est un écrivain américain, né en février 1961 en Virginie-Occidentale. Avant d’être écrivain, il a exercé diverses métiers comme policier, professeur d’université, charpentier, conducteur de camion, pêcheur ou cow-boy. Il s’est beaucoup déplacer dans l’ouest des Etats-Unis puis s’est installé dans le Wyoming.

L'histoire : Après vingt-quatre années au bureau du shérif du comté d'Absaroka, Walt Longmire aspire à finir sa carrière en paix. Ses espoirs s'envolent quand on découvre le corps de Cody Pritchard près de la réserve cheyenne. Deux ans auparavant, Cody avait été un des quatre adolescents condamnés avec sursis pour le viol d'une jeune Indienne, un jugement qui avait avivé les tensions entre les deux communautés. Aujourd'hui, il semble que quelqu'un cherche à venger la jeune fille. Alors que se prépare un violent blizzard, Walt devra parcourir les vastes étendues du Wyoming sur la piste d'un assassin déterminé à parvenir à ses fins.

Mon avis : Je craignais un côté nature writing trop prononcé dans ce roman, ainsi qu’une intrigue trop lente. C’est donc avec un peu de circonspection, malgré tout le bien qu’on a pu en dire, que je me suis lancée dans cette lecture. Et j’ai découvert un très bon roman, voire un véritable coup de cœur.

Effectivement, ici, tout tient à l’ambiance que l’auteur crée : la personnalité du shérif Walt Longmire, la relation entre les blancs et les amérindiens, les descriptions de paysage. Tout cela tisse une toile autour du lecteur et l’emporte dans des contrées dépaysantes et pourtant rudes. Car tout ne se passe pas bien. Quelques années en arrière, 4 jeunes blancs ont sauvagement agressé et violé une jeune amérindienne déficiente. Malgré le jugement, ils n’ont jamais fait de prison. Ils ne sont guère aimés dans la région et nombreux sont ceux qui leur en veulent. Alors, lorsqu’un de ces jeunes gens est retrouvé mort, la liste des suspects est longue et personne ne cherche particulièrement à aider le shérif.

L’automne laisse petit à petit la place à l’hiver, la neige approche et le lecteur plonge au côté de Walt dans le monde du shérif du comté d’Absaroka. Longmire est un homme blessé par la mort de sa femme, devenu un ours mais que tout le monde apprécie. Plein de contradictions, il est soutenu par son ami Henry Standing Bear. Le récit, mené à la première personne, accentue l’immersion et permet de gouter l’humour du personnage et les relations entre les deux amis sont pleines d’affection : une fois que le lecteur se fait à l’écriture si particulière de Craig Johnson, les répliques sont drôles.

Il ne faut pas s’attendre ici à une intrigue trépidante, à des courses poursuites ou des empoignades. Après un premier corps trouvé rapidement, le lecteur attendra longtemps le second. Et même si Walt est capable de se défendre, voire de se faire respecter de ses subordonnés un peu trop bornés, le roman est bien plus dans la réflexion. De nombreux flash-backs permettent au lecteur de saisir tout le contexte de l’histoire. On respire l’air des grands espaces, on sent le Grand Ouest sur notre peau aussi simplement que si on y était. Et moi qui suis pourtant réfractaire au nature writing, j’ai trouvé cela particulièrement bien amené grâce à la personnalité du shérif, tellement authentique et attachant.

Un vrai coup de cœur donc ! Et j'ai hâte de me procurer la suite, puisque Craig Johnson a fait de Walt Longmire un personnage récurrent.

Little bird, de Craig Johnson
Traduit par Sophie Aslanides
Gallmeister
Février 2011