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22 avril 2019

Les gratitudes [Delphine de Vigan]

L'auteur : Née en mars 1966, Delphine de Vigan est une romancière et scénariste française, habituée des prix littéraires. J'avais déjà lu No et moi.

L'histoire : Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé de la suivre.

Mon avis : Si le sujet me tentait beaucoup, c’est avec un peu d’appréhension que j’ai entamé cette lecture, car je n’ai pas gardé un si bon souvenir que ça de ma découverte de Delphine de Vigan avec « No et moi ». Après la dernière page, je peux dire que ce roman a été une lecture très émouvante.

Michka est terriblement touchante, de même que Marie et Jérôme, complètement désarmés devant les difficultés auxquelles la vieille femme doit faire face. Son entrée dans un EPHAD est pourtant l’occasion d’enfin dire sa gratitude pour les moments passés ensemble, qu’ils aient été nombreux ou simplement marquants. Cette histoire a su trouver un écho en moi, me rappelant ma grand-mère qui elle aussi perdait les mots et avec eux le moyen de communiquer avec nous. Et mes regrets de ne pas avoir passé plus de temps avec elle, de ne pas être allée plus souvent la voir.

L’auteur trouve surtout les mots pour dire la vieillesse et ses conséquences, l’isolement qui en découle, la sensation de ne plus être soi, de se perdre. Cette fin avant la fin, qui provoque aussi une grande détresse chez ceux qui vous aiment et vous perdent eux-aussi déjà un petit peu avant l’heure, témoins impuissants.

Le dénouement est un peu évident mais je pardonne volontiers cette maladresse car le roman est une petite pépite de tendresse et de nostalgie. Non, le défaut principal de ce roman est qu’il n’est pas crédible dans la description du fonctionnement d’un EPHAD : j’ai des doutes sur la capacité de chacun à être autant à l’écoute que Jérôme, à montrer autant de bienveillance, pris qu’ils sont dans les sous-effectifs et la nécessité de mener à bien au moins les tâches les plus essentiels.

Les gratitudes reste néanmoins un très beau roman que je conseille.

"Vieillir, c'est apprendre à perdre. Encaisser, chaque semaine ou presque, un nouveau déficit, une nouvelle altération, un nouveau dommage. Voilà ce que je vois. Et plus rien ne figure dans la colonne des profits. Un jour, ne plus pouvoir courir, marcher, se pencher, se baisser, soulever, tendre, plier, se tourner, de ce côté, puis de l'autre, ni en avant, ni en arrière, plus le matin, plus le soir, plus du tout. S'accommoder sans cesse. Perdre la mémoire, perdre ses repères, perdre ses mots. Perdre l'équilibre, la vue, la notion du temps, perdre le sommeil, perdre l'ouïe, perdre la boule.. Perdre ce qui vous a été donné, ce que vous avez gagné, ce que vous avez mérité, ce pour quoi vous vous êtes battu, ce que vous pensiez tenir à jamais. Se réorganiser. Faire sans. Passer outre. N'avoir plus rien à perdre."

Les gratitudes, de Delphine de Vigan
Éditions JC Lattès pour Kindle
Mars 2019

3 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Pourquoi pas, il me tente de plus en plus.

Faurelix a dit…

Ah du coup, je suis terriblement tentée ;)

La chèvre grise a dit…

@ Alex et Faurelix : je ne peux que vous le conseiller, alors que j'étais un peu sceptique avant ma lecture.