La déesse des petites victoires [Yannick Grannec]

Après avoir beaucoup aimé le troisième roman de Yannick Grannec, Les simples, j'ai voulu me plonger dans son premier titre, prix des libraires 2013.

L'histoire : 1980. Deux an après la mort de Kurt Gödel, l'un des plus grands mathématiciens du siècle, ses archives dorment encore dans des cartons. Mandatée par l'université de Princeton pour les récupérer, une jeune documentaliste se voit contrainte de charmer sa veuve, femme acariâtre à présent recluse. Anna Roth comprend vite que, pour gagner sa confiance, il lui faut écouter ce que personne n'a jamais voulu entendre.
De la Vienne des années folles à l'Amérique maccarthyste, Adèle Gödel lui narre peu à peu une histoire d'amour jalonnée de petites victoires - sur les préjugés, l'horreur nazie, la folie inhérente au génie... Une passion absolue avec laquelle il a fallu vivre.

Mon avis : Malgré des qualités, je n'ai pas pris autant de plaisir à cette lecture que dans Les simples. Il faut dire que le sujet n'aide pas à la concision puisqu'il est ici question du destin et des recherches d'un grand nom des mathématiques. Heureusement, la construction systématique en chapitres alternant les souvenirs d’Adèle et l’histoire d’Anna, documentaliste chargée de récupérer les documents de l’illustre génie pour la postérité, permet d’offrir au lecteur des pauses entre deux passages mathématiquement denses. Yannick Grannec tente même de rendre accessible au plus grand nombre les théories de certains grands maîtres. Cela nécessite un peu de concentration chez le lecteur et fut pour moi l’occasion d’échanges avec ma moitié, plus à l’aise sur la manipulation de ces concepts. Les contextes politiques, d’abord en Autriche puis aux États-Unis, ajoutent à l’intérêt historique de ce roman.

Mais, contrairement à beaucoup de lecteurs, je ne me suis pas du tout attachée au personnage de ce mathématicien impossible à vivre, complètement en dehors du monde, centré uniquement sur ses études, dépressif et bourré de tocs. Je n’ai pas plus accroché à celui d’Adèle qui sacrifie absolument tout à un homme incapable de lui en être reconnaissante. Elle fait preuve d’un oubli d’elle-même qui m’est totalement incompréhensible. Surtout parce que rien à travers ses souvenirs ne laisse supposer chez Kurt un attachement réciproque autre que purement fonctionnel. J’y vois aussi une forme de folie qui entre en écho avec celle de Gödel lui-même. Deux êtres qui n’ont rien en commun mais qui refusent de vivre séparés. Appelons ça amour si on veut.

Une lecture appréciée pour la découverte d’un grand nom des mathématiques qui m’était totalement inconnu jusque-là.

La déesse des petites victoires, de Yannick Grannec
Éditions Pocket
Janvier 2014

Commentaires

Alex Mot-à-Mots a dit…
J'ai préféré celui-ci à Les simples, qui m'avait déplu sur la fin.
keisha a dit…
Un livre qui parle de matheux, ça m'a donc plu!
La chèvre grise a dit…
@ Alex Mot-à-mots : j'ai trouvé dans "Les simples" une douceur liée au rythme de vie monacale (même si c'est loin d'être de tout repos dans le roman) alors qu'ici les deux personnages se houspillent en permanence ce qui a fini par me taper sur les nerfs. Au final, mon ressenti est plus lié à la réalité des personnes qui ont existées qu'à un défaut dans l'écriture, j'en suis bien consciente.

@Keisha : la partie sur les mathématiques est très intéressante en tout cas, même pour quelqu'un qui n'y connait pas grand chose. Il faut juste ne pas y être totalement allergique :)