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Gen aux pieds nus, tome 1 [Keiji Nakazawa]

L'auteur : Né en mars 1939 à Hiroshima et mort en décembre 2012, Keiji Nakazawa est un mangaka japonais. Gen aux pieds nus a été initialement publié de 1973 à 1985. Traduite en 1983 pour la première fois, cette oeuvre fait de Nakazawa l'un des premiers mangakas traduit en français.

L'histoire :  Dans le Japon en guerre, le jeune Gen Nakaoka et sa famille survivent, tant bien que mal, entre la faim et les persécutions dues au pacifisme militant du père, dans une ville curieusement épargnée par les bombardements, jusqu'au matin du 6 août 1945, lorsque l'enfer nucléaire se déchaîne soudain sur Hiroshima...

Mon avis : L'oeuvre Gen d'Hiroshima (titre initial mais le titre actuel est la traduction littérale du titre japonais) est très fortement autobiographique. Keiji Nakazawa a 6 ans lorsque la première bombe atomique tombe sur sa ville et que sa soeur, son petit frère et son père meurent. De son expérience personnelle, il devient farouchement anti-guerre et anti-nucléaire, ce qui transparait dans toutes ses oeuvres et particulièrement dans celle-ci.

On suit en effet un père, farouchement opposé à la guerre, accusé de traitrise, mis au ban de la société, ce qui accroit encore les difficultés de sa famille pour subvenir à ses besoins dans une ville déjà aux bords de la famine. Si l'explosion de la bombe Little boy n'intervient qu'à la toute fin de se premier tome, l'auteur pose ici toutes les bases d'un récit qu'on sait tragique dès les premières planches : la guerre, la famine, la propagande militaire écrase toutes les individualités et ne laissent place à aucune liberté. Réduit à une vie de misère, la famille Nakaoka est pourtant bouillonnante de vie et cherche sa place, en tant que pacifiste, dans une société où l'endoctrinement fait florès. Le Japon sacrifie sa population dans une vaine course à une victoire plus que douteuse.

Dans cette ambiance qui pourrait être terriblement pesante, les pitreries de Gen et de son petit frère sont des instants d'innocence et de jeunesse qui détonnent d'autant que le drame est déjà là, et se profile encore plus atroce. Une façon d'apporter un peu d'humanité dans cette horreur déclenchée par l'Homme. On sent, dès ce premier tome introductif, toute la puissance de l'histoire et on comprend pourquoi cette série est devenue culte. Certainement le tome le plus léger de ce qu'on peut pré-sentir de la suite.

Côté dessin, celui-ci est classique, un peu daté. Il faut aimer le genre du récit historique et apocalyptique dont Nakazawa est certainement le meilleur représentant. On pourrait croire faussement à un récit pour les enfants tant le trait est rond, énergique, mettant en scène le mouvement et accordant peu de place au décor.

Un récit dur mais nécessaire. Une série à découvrir certainement, surtout si on ne connait pas ce point de vue.


Gen aux pieds nus, tome 1, de Keiji Nakazawa
Traduit par Vincent Zouzoulkovsky et Koshi Miyoshi
Éditions Le Tripode
Octobre 2025

Vigilance [Robert Jackson Bennett]

L'auteur : Né en juin 1984, Robert Jackson Bennett est un écrivain américain auteur de roman policier, de science-fiction, de fantastique et d'horreur.

L'histoire : Trois tireurs armés jusqu’aux dents lâchés dans un « environnement » public aléatoire délimité. Un but : abattre le plus de personnes possible. Une promesse : un énorme paquet de fric pour celui qui quitte les lieux indemne. Si l’une des « cibles » met hors d’état de nuire l’un des tireurs et survit, une part du pactole lui échoit. Des règles simplissimes, et des dizaines de drones qui filment le tout pour le plus grand bonheur de millions de spectateurs hystérisés, d’annonceurs aux anges et de John McDean, producteur et chef d’orchestre de Vigilance, le show TV qui a résolu le problème des tueries de masses aux États-Unis…

Mon avis : Il y a comme un air de déjà vu pour ceux qui ont déjà visionné American Nightmare ou lu Stephen King. Nous sommes dans un futur proche, et la peur a gangrené toute la société américaine. Dans la série de films, la catharsis prend la forme d'une nuit de cauchemars tous les ans. Dans le court roman de Robert Jackson Bennett, cela prend la forme d'une émission de télévision qui prend les gens par surprise : un lieu est choisi secrètement et des hommes déséquilibrés sont  armés et lâchés pour massacrer le plus de monde possible, prime à la clé. L'auteur ajoute à cette histoire déjà connue une analyse assez fine des mécanismes de marketing et de communication, poussant le capitalisme à outrance. 

Le récit de Robert Jackson Bennett est d'autant plus percutant qu'il n'est pas si éloigné que ça de notre réalité actuelle. La violence fait tous les jours la une des informations, la peur a contaminée toutes les couches de la société, le monde politique est polarisée et les relations diplomatiques sont tendues entre la Chine et les Etats-Unis. Tout est fait pour monétiser le moindre aspect de nos vies et de nous plonger dans une société du spectacle dont on essaie de nous tenir captif au maximum. Car l'économie de marché règne et étouffe toute velléité morale.

Ce qui convainc particulièrement, c'est le déclin de l'Amérique, mené tambour battant par des décisions politiques qui l'entraine toujours plus loin dans l'horreur et l'agonie : des méga-feux ravagent une partie du pays, tout le monde possède une arme, la jeunesse a fui vers des pays plus cléments et proposant un avenir plus prometteur... Et l'auteur de tirer la corde un tout petit peu plus loin, plongeant sa société dans une horreur absolue qui nous guettent peut être déjà.


"Tout tenait au fait que depuis toujours, l'Amérique est une nation qui a peur.
Peru de la monarchie. Peur des élites. Peur de perdre ses biens, par le fait du gouvernement ou d'une invasion. Peur qu'un voyou stupide ou un petit malin de la ville trouve un moyen légal ou non de voler ce qu'on a durement gagné à la sueur de son front.
Voilà ce qui faisait battre le coeur de l'Amérique : non le sens civique, non l'amour de son pays ou de ses semblables, non le respect de la Constitution... mais la peur." (p°32)


Vigilance, de Robert Jackson Bennett
Traduit par Gilles Goullet
Éditions Le Bélial

Héroïne malgré moi [Fuyu Amakura]

L'autrice : Fuyu Amakura est une mangaka japonaise.

L'histoire : Depuis qu'elle est petite, Shûko pratique différents arts martiaux. En entrant au lycée, elle aimerait choisir une activité plus féminine mais les clubs sportifs se battent pour la recruter ! C'est alors qu'elle rencontre le beau Serizawa qui se met toujours dans des situations pas possible ! Le jeune homme demande à Shûko de devenir sa garde du corps...

Mon avis : Un récit court, en quatre tomes, que j'aurais certainement apprécié étant adolescente puisqu'on rencontre une jeune fille qui est bien plus forte psychologiquement que ce qu'elle imagine. Elle va le découvrir grâce à ces nouveaux amis. 

Ca parle de l'adolescence, du temps qu'il faut pour grandir et s'accepter. Mais surtout le récit ne cherche pas à changer le personnage principal pour la faire se conformer aux exigences des autres. On se concentre surtout sur les aspects positifs des différents personnages et de leurs relations. Le récit est servi par un dessin plutôt de qualité, ce qui n'est pas si souvent le cas dans les mangas.

Bref, beaucoup de qualités donc, mais un récit clairement adolescent qui ne me touche plus vraiment à mon grand âge. Ca manque d'originalité et de surprise pour une lectrice avertie. Ca fera parfaitement l'affaire pour un public plus jeune par contre.


Héroïne malgré moi, de Fuyu Amakura
Éditions Kana
2021

Le procès des otages [Park Eun-woo]

L'auteur
: Park Eun-woo est un auteur sud-coréen de romans policiers et historiques. Le Procès des otages a remporté le prix Kocca Korea en 2019.

L'histoire : Une fête parfaite, dans une villa de luxe, isolée dans les monts. Une fête pour de riches jeunes gens, avec alcools, substances et promesses sexuelles. Quoi de mieux ? Une seule règle : porter un masque avant de franchir la porte. Tous les invités sont là à présent, Catwoman, Tom Cruise, le Renard... Vous êtes prêts ? Alors que la fête commence, la fatale mascarade.

Mon avis : Après un prologue assez obscur, une fête est lancée dans une riche demeure. Ont été invités de riches hommes, des plus hautes sphères de la société, parfois accompagnés. Difficile, sous le masque de dire qui est qui. Pourtant, tout a été orchestré de mains de maître. Le face à face entre les ravisseurs et la police commence. Les tractations vont bon train et les libérations s'enchaînent petit à petit. Et malheureusement, c'est là où le récit achoppe à mon goût : la tension ne prend pas, le suspense ne monte pas. La police semble complètement à côté de la plaque, ne faisant pas le strict minimum de vérifications basiques : trouver le nom des otages et les éventuels points communs entre eux.

Bien qu'obscur, le prologue en dit déjà beaucoup et on sait tout de suite pourquoi cette prise d'otages à lieu. On ignore par contre le pourquoi du comment. Mais tout le milieu du récit est une sorte de creux entre l'élément déclencheur et l'explication finale que l'auteur semble essayer de combler. Si il y a une belle idée de départ, j'ai trouvé la réalisation bâclée. C'est d'autant plus dommage que le personnage principal mis en scène, qui se cache derrière un masque, à des airs de Professeur dans la Casa de Papel : il planifie tout, jusqu'au moindre détail, ne se laisse surprendre par rien. Difficile d'accepter alors pour le lecteur que l'adversaire en face ne soit pas du tout à la hauteur et que pourtant le récit traine sur plus de 300 pages.

Bref, une lecture décevante.


Le procès des otages, de Park Eun-woo
Traduit par Son Mihae et Jean-Pierre Zubiate
Editions du Matin Calme
Juin 2021

The world of love, de Yoon Ga-eun

Film sud-coréen de Yoon Ga-eun sorti le 6 mai 2026, avec Seo Su-bin, Jang Hye-jin, Kim Jeong-sik. 

L'histoire : Joo-in est une lycéenne espiègle et appréciée de tous. Un jour, un camarade de classe lance une pétition que tous les élèves signent, sauf elle. Son monde, en apparence paisible et insouciant, dissimule un passé douloureux auquel Joo-in est alors contrainte de faire face. Mais loin de se laisser enfermer, elle choisit d’avancer et de se réinventer.

Mon avis : Avec ce film, il faut accepter de se laisser porter sans trop savoir où l'on va. On suit Joo-in, jeune fille dégourdie et exubérante. Peut-être un peu trop parfois, au point de mettre certains mal à l'aise. Ce malaise ne va faire que s'amplifier, le scénario dosant parfaitement les moments dramatiques.

La jeune actrice crève l'écran, faisant vivre sa rage silencieuse dont on comprendra toute l'ampleur dans la deuxième moitié, avec une scène de lavage de voiture qui secoue jusqu'aux tripes. C'est fait sans jamais susciter la pitié à aucun moment. Et ça évoque magnifiquement et en tout délicatesse la reconstruction après un drame. Que chacun vit à sa façon, et que personne n'est autorisé à juger. Et qu'il existe une multitude de voies différentes pour continuer à avancer.

Jusqu'aux dernières paroles, mélangeant plusieurs voix et qui bouleversent et marquent durablement. Un film fort, à ne pas manquer !

La Terre verte [Alain Ayroles, Hervé Tanquerelle et Isabelle Merlet]

Les auteurs : On retrouve ici Alain Ayroles au scénario, qui avait déjà fait des merveilles sur Les Indes fourbes, cette fois accompagné par Hervé Tanquerelle, dessinateur de bande dessinée français né en 1972 qui a déjà mis en scène le Groenland dans un de ses précédents ouvrages, et Isabelle Merlet, coloriste de bande dessinée française qui a notamment collaboré avec Nury et Meurisse entre autres.

L'histoire : Aux derniers temps du Moyen Age, les ultimes descendants des Vikings tentent désespérément de survivre sur les rivages glacés du Groenland. Un homme au lourd passé, en quête d'une seconde chance, débarque parmi eux. Leur apportera-t-il le salut ou précipitera-t-il l'effondrement de la " Terre verte " ?

Mon avis : Après Les Indes fourbes, autant vous dire que mes attentes étaient hautes en entamant cette lecture. Est-ce pour ça que ça n'a pas fonctionné ?

Pourtant, sur le papier, tout devait fonctionner. Le récit épique d'un homme décidé à se construire par la conquête d'un royaume. La construction, hautement inspirée de Shakespeare puisqu'on suit Richard III qui aurait réchappé à la bataille de Bosworth, est découpée en cinq actes eux-mêmes découpés en scènes. Le personnage principal est égocentrique, bourré d'ambition, abject en tout point. Pourtant, il semble fasciner la population locale, j'avoue ne pas avoir compris pourquoi. Juste à cause de son armure ? Et si l'on n'accroche pas à ce personnage principal, la mayonnaise ne prend pas. D'autant que le côté théâtral est porté à l'excès, avec un flot de paroles grandiloquentes qui dessert le récit. Là où Ayroles faisait mouche avec De capes et de crocs, ici ça tombe à plat, pseudo-intellectualisant le récit et n'apportant aucune évolution au personnage de Richard qui continue de répéter les mêmes erreurs, encore et encore. 

Du coup, au lieu de proposer une aventure épique et rocambolesque, on assiste à une simple réécriture de la légende en terres groenlandaises et qui se perd dans une multitude de sujets juste évoqués : la folie, l'exil, la survie, la foi, la nature, le pouvoir... Tout ça pour ça !



Visuellement, c'est assez bon par contre. Le travail d'Hervé Tanquerelle, que je ne connaissais pas, est riche de détails, même si je n'ai pas aimé la tête des personnages bien qu'ils soient tout à fait expressifs. La couleur d'Isabelle Merlet rend à merveille la luminosité sombre de ces cieux nordiques, le contexte géographique et humain austère.


La Terre verte, d'Ayroles, Tanquerelle et Merlet
Éditions Delcourt
Avril 2025

Les guerriers de l'hiver [Olivier Norek]

Après 3 ans et ma dernière lecture d'un roman d'Olivier Norek, Dans les brumes de Capelans, j'ai emprunté ce nouveau titre de l'auteur.

L'histoire : Imaginez un pays minuscule. Imaginez-en un autre, gigantesque. Imaginez maintenant qu'ils s'affrontent.
Au cœur du plus mordant de ses hivers, au cœur de la guerre la plus meurtrière de son histoire, un peuple se dresse contre l'ennemi, et parmi ses soldats naît une légende. La légende de Simo, la Mort Blanche.

Mon avis : J'aime les romans historiques qui me font découvrir des anecdotes ou des périodes que je ne connais pas, ou mal. Et quand on peut y associer la plume d'un auteur que j'apprécie, c'est encore mieux. Mais Olivier Norek m'avait déçue sur mes dernières lectures, alors je suis allée vers ce roman avec quelques appréhensions, craignant que l'auteur, comme dans certains de ses romans, n'abordent le contexte que de façon superficielle.

Après lecture, j'ai quelques réserves, mais pas celles que j'imaginais. Ici le contexte historique est très travaillé, très documenté, au point qu'on se rapproche parfois plus d'un essai sur la Guerre d'Hiver plutôt que d'un roman. Le lecteur plonge littéralement dans cette tragédie de l'Histoire qui m'était totalement inconnue. C'est passionnant de bout en bout de voir comment un petit pays de 5 millions d'habitants à pu tenir tête à la grande URSS de presque 200 millions d'habitants, sur le papier mieux équipée et bien plus puissante. Fierté et orgueil sont des éléments à prendre en compte et qui peuvent peser lourd sur un champ de bataille. Staline voulait annexer une partie de la Finlande pour assurer ses arrières face à Hitler : il n'aura réussi, malgré quelques gains territoriaux, qu'à se montrer faible et inciter le dictateur à ouvrir un double front à l'Ouest et à l'Est. Sans cela, la face de la seconde guerre mondiale aurait été tout autre !

Quand on tourne les dernières pages, on ne peut, en tant que Français, qu'être révolté par la position de la France à cette époque. Et de comprendre pourquoi on l'étudie assez peu dans nos manuels scolaires ! Cela rappelle qu'en temps de guerre, tous les coups sont permis pour servir ses propres intérêts, peu importe les alliances passées. Et on y trouve un écho avec la situation que nous pouvons vivre actuellement et nous force à prendre un peu de recul et à nous montrer prudent. 

Mon seul bémol est que les descriptions de mouvements militaires sont un poil rugueuses et qu'il aurait été facile à mon sens d'adoucir tout cela en étant plus dans l'empathie avec les personnages, peut être en se concentrant sur l'un d'eux et en romançant davantage. Cela n'aurait rien enlevé à la richesse et à l'intérêt des personnages historiques ayant réellement existés.

Bref un roman riche et très intéressant qui nous apprend beaucoup.


Les guerriers de l'hiver, d'Olivier Norek
Éditions Michel Lafon
Août 2024

Séries #58

Our beloved summer


Des années après avoir tourné un documentaire viral au lycée, deux ex promis à ne jamais se revoir se retrouvent devant la caméra... et dans la vie l'un de l'autre.

Une série tirée d'un manhwa en deux volumes qui a rencontré un franc succès. J'étais intriguée. Mais j'en ressors déçue, tant il ne se passe quasiment rien dans l'histoire. Les personnages n'ont pas évolué en dix ans, se morfondent toujours et passent les 16 épisodes à se poser des questions au lieu de se parler, imaginant ce que l'autre peut penser et savonnant ainsi la planche de leur relation amoureuse. Personne ne dit rien, tout est tellement en retenue qu'il ne se passe rien. Il n'y a même aucune confrontation dans les histoires secondaires. Trop lisse à mon goût.



Romance is a bonus book


Un auteur talentueux, le plus jeune rédacteur en chef de sa maison d'édition, se retrouve mêlé à la vie d'une ancienne spécialiste marketing prête à tout pour retrouver un travail.

A contrecourant de beaucoup de gens, j'ai trouvé cette histoire et les personnages assez insipides. L'univers de l'édition est pourtant intéressant, mais traité en dépit du bon sens, les collaborateurs étant tous plus préoccupés de bons sentiments et de sentimentalisme que de faire un réel travail viable de publication. Les acteurs ne sont pas bons tant ils sont monolithiques : mono expression, mono sentiment. J'ai cependant aimé la mise en lumière de l'impossibilité pour une femme de retrouver du travail après un long temps d'arrêt. Ce n'est certes pas spécifique à la Corée du Sud, mais cela semble prendre des proportions importantes chez eux. Bref, une bluette dégoulinante qui est totalement dispensable.


The king's affection




Après l'assassinat du prince héritier, sa sœur jumelle monte sur le trône tout en essayant de masquer son identité et ses sentiments pour son premier amour.

Ca commençait bien : un contexte historique qui me permet d'en apprendre un peu plus sur les us et coutumes, une histoire de pouvoir et de vengeance, un peu de romance... mais ça traine abominablement en longueur pour rien ! Faire autant d'épisodes, 20, ça oblige à être très attentif au rythme et à proposer un scénario qui tient la route. Alors oui, les k-dramas sont habituels des plans qui s'étirent, des caméras qui tournent au ralenti autour des personnages, des flashbacks de séquence déjà vu peu de temps auparavant. Mais là, ça en devient risible et le scénario n'est pas à la hauteur. Du coup, j'ai fini par m'ennuyer et par me demander quand allait arriver la fin. En espérant jusqu'au bout une surprise qui n'est pas venue. Quel dommage de gâcher ainsi une histoire qui mieux amenée aurait pu être palpitante.

La nouvelle Arcadie [Juanjo Rodriguez J.]

L'auteur
: Né à Tolède en 1969, Juanjo Rodriguez J. est un auteur de bande dessinée espagnol. Il a commencé en étudiant le droit avant de travailler dans des maisons d'édition spécialisée. Il ne commence à travailler comme auteur qu'à partir de 2015.

L'histoire :  “Dans un village où le temps semble s’être arrêté, certaines légendes refusent de disparaître...”
Fin des années 60. Prométhée Foiemangé, jeune employé d’une puissante multinationale, est envoyé dans un village méditerranéen pour acquérir les terrains afin d’y bâtir un ambitieux complexe touristique : La Nouvelle Arcadie. Les habitants y voient la promesse d’un avenir meilleur, sauf une famille : les Nomdedieu.
Le patron de Prométhée lui intime de briser l’unité de ladite famille, propriétaire du morceau de côte le plus précieux, de les diviser pour mieux les faire plier ! Il s’installe dans leur hôtel et commence une douce manœuvre de manipulation. Il les approche méthodiquement un à un et découvre un clan excessif, fascinant, explosif… et comprend que son projet touristique pourrait détruire bien plus qu’un vieux domaine en ruine.
Un parfum d’éternité flotte en effet dans l’air, et certaines forces, anciennes ou nouvelles, ne se laissent pas acheter facilement..

 
Mon avis : Le dessin s'annonçait sympathique et les couleurs évoquaient une histoire se passant en bord de mer sous un soleil de plomb, alors je me suis laissée tenter. Je ressors déçue de cette lecture.

Il s'agit d'une réécriture du mythe de Prométhée, où l'on voit les dieux grecs former une famille bien à part dans la petite ville balnéaire de Chagrin-sur-Mer. Pas encore envahie de touristes, mais cela ne saurait tarder puisqu'un promoteur veut y installer tout un complexe. Tout en étant engagé, le propos se veut aussi léger. Mais cela manque terriblement de matière, tout est bancal, comme si l'auteur ne savait pas vraiment ce qu'il cherchait à écrire : une fable mythologique moderne, un récit écologique - ni comment : humour, gravité ? Là aussi, on oscille entre des gags assez évidents et une forme de gravité liée à la tragédie grecque qui se joue sous nos yeux en déchirant cette famille, qui ne s'avère pas vraiment soudée quoi qu'on en dise.

Tous ceux qui connaissent un peu leur classique sauront d'ailleurs immédiatement comment tout cela peut finir, enlevant ainsi tout effet de surprise. La narration qui commence sur la transaction immobilière finit par occulter complètement cette aspect pour se concentrer quasi exclusivement sur la découverte des membres de la famille Nomdedieu.

Reste donc les dessins qui eux sont de qualité : des visages expressifs, un choix de couleur qui évoque la douceur méditerranéenne... Cela n'est cependant pas suffisant pour investir dans une bande dessinée qui a tout de même un prix conséquent.


La nouvelle Arcadie, de Juanjo Rodriguez J.
Éditions Bamboo Grand Angle
Janvier 2026

Ajisaï [Aki Shimazaki]

Après la déception de Zakuro d'Aki Shimazaki en début d'année, j'ai voulu changer un peu de cycle et je me suis tournée vers sa dernière oeuvre, Ajisaï.

L'histoire : Shôta est étudiant en littérature et rêve de devenir écrivain. Lorsqu’il apprend que sa famille, qui l’a toujours aidé, se heurte à des difficultés financières, il doit chercher une solution pour subvenir seul à ses besoins. Alors qu’il se résout à cumuler les emplois, se présente à lui la chance inespérée d’occuper une dépendance de la maison de campagne d’un couple marié. C’est là qu’il rencontre madame Oda, la propriétaire, musicienne troublante avec qui il va retrouver le goût du piano – une rencontre digne des plus beaux romans d’amour.

Mon avis : Voici un roman qui entame un nouveau cycle et c'est peut être ce qui perturbe un peu ici. Pourtant, j'ai déjà lu d'autres romans inauguraux de l'autrice sans avoir cette sensation. Mais ici, je n'ai pas vraiment compris ce qu'elle voulait nous raconter. 

Sa plume est pourtant toujours aussi juste et précise, délicate même. Shôta, après que sa famille ait connu des déboires financiers l'empêchant de financer ses études, se retrouve à prendre un travail de gardien d'une maison. Cela s'avère être comme une parenthèse dans sa vie, qui va lui donner l'inspiration et l'impulsion dont il a besoin pour se lancer pleinement dans son destin.

Roman d'amour et d'inspiration, j'avoue ne pas avoir été vraiment touchée par Shôta et sa retenue, ni son aventure avec madame Oda. Sa découverte du sentiment amoureux, son questionnement face à ce qu'il imagine impossible m'ont laissée de marbre. Il ne se passe pas grand chose au final, alors que j'attendais l'habituel retournement de situation. La mise en lumière de la difficulté des universitaires et des chercheurs à trouver leur voie professionnelle n'est pas une particularité de la société japonaise. Elle a donc une portée universelle qui n'est pas ce que je cherche dans les romans d'Aki Shimazaki. Cet opus manque de consistance à mon goût, et peut être d'inspiration. Il faut dire qu'écrire un roman par an complique forcément les choses.


Ajisaï, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud pour Kindle
Mai 2025

BD Express #44

Nepka, de Séverine Vidal 

L'histoire : Île d'Hokkaido. Les mots de sa mère résonnent encore. " C'est ta faute. Pars ! Et ne reviens qu'après l'avoir tuée. "Dans la forêt ancestrale, le vent s'accroche aux arbres, la nuit avale les bruits. La jeune Nepka avance, l'arc au poing, le cœur serré. C'est le début d'une traque qui durera quatre saisons. Dans cette histoire si ancienne et pourtant si proche de nous s'affrontent l'amour et la loyauté, naissent les peurs et les fantômes. Découvrez le destin de Nepka, contrainte à fuir pour comprendre qui elle est.


Mon avis : Dans cet album, on part à la découverte du peuple Aïnou, qui m'était totalement inconnu. On suit la jeune Nepka dans un conte initiatique : se voyant confier une oursonne destinée à un sacrifice rituel lorsqu'elle aura atteint l'âge voulu, la jeune fille ne peu se résoudre à l'abandonner le moment venu. Cela l'amène à entrer en conflit avec ses traditions, avant de se poser la question de son propre chemin de vie. Elle s'affranchit ainsi des attentes des autres et ne compte plus que sur elle même pour décider de ce qui est bon ou mauvais et de ce qu'il convient de faire.
Graphiquement c'est très beau, tout en teintes douces pour les moments introspectifs et en teintes plus soutenues pour les moments d'action. Malgré la beauté des planches, je n'ai pas complètement été emportée par le récit, somme toute assez classique et dont la poésie très présente, ne laisse que peu de densité à l'histoire racontée ici. Et puis, on en découvre bien peu sur la culture Aïnoue et c'est là un gros bémol à mon sens.



Pas mon genre, de Yatuu


L'histoire
:  Une bande dessinée sur la théorie du genre, les clichés et les stéréotypes, expliquant qu’il n’est pas facile de trouver sa place dans la société en étant une jeune fille ou une jeune femme qui n’aime ni la mode, ni les poupées, ni la danse, ni la couleur rose.

Mon avis : Une bande dessinée sans prétention qui explore les clichés sur les filles pour mieux les tourner en dérision. Ca se lit très facilement, ça fait sourire et réfléchir et toute femme se retrouvera à un moment donné. Les hommes aussi pourrait le lire et apprendre quelques trucs.

Après, je trouve que ça reste vraiment trop en surface, n'abordant pas par exemple l'aspect financier - les produits pour filles/femmes sont plus chers que ceux pour les hommes/garçons et ce pour la seule raison qu'on s'obstine à mettre du rose sur le paquet. L'autrice ne donne pas vraiment de clé pour en sortir. Alors bien sûr, la première étape est la prise de conscience et cet album fait donc œuvre éducative. Mais même sur cet aspect, Yatuu va parfois un peu trop loin de le caricatural, frisant le ridicule et perdant un peu le lecteur.



Lady of Shalott, de Ceppi

L'histoire
: La "Brigade des Affaires Réservées" (B.E.R.) est confrontée depuis quelques semaines à une série de crimes particulièrement sadiques, mis en scènes de façon à reproduire des œuvres picturales célèbres de Bacon, Picasso, Schiele, Goya… Un manuscrit découvert chez une connaissance de Stéphane Clément, elle aussi assassinée, démontre que les victimes sont toutes liées à des faits commis en 1971 aux Arts Décoratifs de Genève. Une course contre la montre s'engage. Qui veut solder des comptes vieux de 40 ans ?

Mon avis : Cet album semble être le 14e d'une série mettant en scène Stéphane Clément. Enfin, ici, on ne le voit pas beaucoup car il est un personnage secondaire, et si cela se sent, ça n'empêchera pas un nouveau lecteur de s'y retrouver.

Première chose à remarquer : les dessins sont hideux. Très sombres, les visages très marqués et pourtant pas si expressifs que ça ce qui les rend difficile à identifier. Les couleurs également ne sont guère alléchantes. Vraiment pas une réussite. Et encore moins quand elle empêche parfois, à cause d'ellipse dans la narration, de s'y retrouver. 
Quant à l'histoire, elle est brouillonne. Il y a de l'idée : un meurtrier reproduit des tableaux célèbres dans des mises en scène macabres pour se venger. Mais ce n'est pas très original, ça a déjà été vu

De l'origine des espèces [Kim Bo-young]

L'autrice : Née en 1975 en Corée du Sud, Kim Bo-young est une écrivaine de science-fiction. Elle a également travailler en temps que conseillère en scénario pour des films comme Snowpiercer, le transperce-neige.

L'histoire : Dans un futur lointain, l'humanité a sombré dans l'oubli et la Terre n'est plus habitée que par des robots. Kay, chercheur en chimie, rencontre Cécile, une androïde marginalisée à cause de son apparence. Inspirée par ses travaux, elle l'incite à s'aventurer dans le champ controversé de la biologie organique. Leurs recherches se heurtent à de vives résistances, d'autant plus que les plantes qu'ils s'efforcent de faire renaître dépérissent rapidement. Mais au fil des décennies, leur laboratoire s'agrandit et se mue en un lieu énigmatique dont aucun visiteur ne semble vouloir repartir.

Mon avis : Roman de science-fiction composé de trois récits écrits à un puis vingt ans d'intervalles, De l'origine des espèces est d'une modernité folle. On voyage dans le futur lointain de la Terre, de laquelle l'espèce humaine à disparue. Ne reste que les robots, qui se questionnent alors sur le pourquoi de leur existence. Certains, plus sensibles que d'autres, travaillent à la recherche universitaire, dans diverses branches. Kay, notre protagoniste principal, va être entrainé un peu malgré lui vers le domaine de la biologie organique, alors que son espèce à tout oublié des origines de sa création. Et de se poser l'éternelle question : qui a créé qui ?

Je dois avouer avoir eu un peu peur en lisant les premières pages, qui abordent des concepts un peu touffus. Mais cette impression se dissipe vite, une fois que Kay découvre le laboratoire dans lequel les chercheurs mènent des expériences visant à recréer une vie organique. Les réflexions sur les caractéristiques du vivant et sur l'encrage psychologique sont intéressantes. En effet, les robots, mus par des règles ancestrales qu'ils ne savent expliquer, développent des croyances religieuses. Et on donc, en plus de leur intégration des trois lois fondamentales d'Asimov,  une fascination pour un Dieu qu'ils incarnent dans les êtres humains. Kay, qui semble immunisé, s'interroge.

Et l'intelligence de l'autrice est de réussir à parler de nous en ne faisant que très peu apparaître d'êtres humains. Ce que nous faisons à la Terre, le désastre écologique qui s'annonce, notre prédisposition à la guerre et de la course à la technologie. Les robots ne sont pas mieux que nous et reproduisent à leur façon toutes nos dérives : racisme, xénophobie, conservatisme...

Bref, un roman passionnant, intelligent et divertissant. À ne pas rater ! 


De l'origine des espèces, de Kim Bo-young
Traduit par Pierre Bisiou et Choi Kyungran
Éditions Rivages
Mars 2026

Séries #57

Descendants of the sun


Un soldat appartenant aux Forces spéciales sud-coréennes tombe amoureux d'une belle chirurgienne. Cependant, leur romance est de courte durée car leurs professions respectives les séparent.

Une série qui m'a fait passé par un large spectre d'émotions : que ce soit de l'agacement au gros coup de cœur. Premier point, le couple à l'écran fonctionne parfaitement et j'ai trépigné d'impatience comme une midinette ! J'ai aimé l'humour pince sans rire de Yoo Si-jin, j'ai aimé les situations cocasses qui réunissent nos deux protagonistes principaux, j'ai aimé les questions qui se posent à eux en terme de philosophies de vie totalement opposées. J'ai apprécié qu'il n'y ai pas de placement produit pour une fois. J'ai été agacée par les erreurs grossières sur les soins médicaux (faire un massage cardiaque à quelqu'un qui est juste évanoui o_o), par les atermoiements de la demoiselle ou par la glorification militaire. Mais, malgré le manque de finesse sur certains points, il est bien difficile, une fois le dernier épisode visionné, de se séparer de ces personnages que j'ai adoré suivre.


Her private life


Une conservatrice d'art voit sa vie chamboulée alors qu'elle essaie de cacher sa passion pour une idole de la K-pop au nouveau directeur de sa galerie.

Je retrouve ici l'actrice qui jouait dans Qu'est-ce qui cloche avec la secrétaire Kim ? Elle jouait déjà un peu le même genre de rôle de femme compétente mais qui tombe amoureuse de son patron. Ici s'ajoute un côté un peu nunuche qui devient rapidement agaçant. Par contre, j'ai aimé découvrir le côté fangirl très poussé, qui n'est pas une spécificité coréenne mais qui peut prendre des proportions folles avec les chanteurs de K-pop.


Twilight of the gods


Dans un monde inspiré de la mythologique nordique, Leif, un roi mortel, est sauvé sur le champ de bataille par Sigrid, une guerrière à la volonté de fer dont il tombe amoureux. Lors de leur nuit de noces, Sigrid et Leif survivent à la colère de Thor, qui les envoie en mission de vengeance, un véritable voyage vers l’enfer à travers des terres incroyables, des champs de bataille sanglants et des guerres menées contre les dieux et les démons.

Une série animée de Zack Snyder, j'étais curieuse. Le parti pris graphique est original, même si les dessins sont parfois un peu grossiers. Mais l'ambiance globale est sombre et sanglante à souhait. Côté histoire, là aussi, c'est très tentant sur le papier, et ça tient la route. L'antagonisme entre Thor et Loki est fort, loin de ce qu'on a l'habitude de voir dans les productions Marvel. Les dieux nordiques ne sont ni bons ni méchants, ils ne servent que leurs propres intérêts, en ce servant des humains. Mais le bas blesse sur un ou deux épisodes qui s'égarent un peu trop de la trame originale  (comme les scènes de sexe totalement dispensables), là où d'autres proposent une vraie réflexion sur la place de la religion (Odin face à Jésus, c'est fabuleux). Ca donne à l'ensemble une impression bancale un peu dérangeante.

Soli Deo Gloria [Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour]

Les auteurs
: On a déjà croisé le travail de scénariste de Jean-Christophe Deveney sur ce blog pour sa collaboration avec Núria Tamarit pour Géante. Cette fois, c'est avec Edouard Cour, auteur français né en novembre 1986 en charge des dessins qu'il collabore pour cet album.

L'histoire : Nés sous le ciel crasseux du « Saint-Empire romain germanique », Hans et Helma étaient destinés à une vie de labeur et de pauvreté. Leur don et leur amour pour la musique s'offriront à eux comme un espoir, une lueur dans leur quotidien sombre et terreux.
Après la disparition de leur famille, ils vont être recueillis par un ermite musicien qui va leur faire découvrir la richesse des sons de la nature.
Accueillis ensuite dans un pensionnat religieux, ils vont apprendre les bases de la lecture et du solfège, leur permettant de déchiffrer les plus belles partitions de leur époque.
Adoptés par un margrave, seigneur de guerre, ils découvriront ensuite la beauté des instruments de musique.
Les palais de plusieurs villes européennes seront enfin les témoins silencieux de leur réussite et de leurs plus cruelles déceptions.

Mon avis : Cet album est unanimement salué par la critique et a reçu entre autres le prix BD FNAC France Inter 2026. On vante un récit initiatique grandiose de deux orphelins sauvés par la musique avec une mise en image d'une beauté folle. Personnellement, j'avoue être passée à côté.

Peut-être est-ce trop baroque pour moi ? Mais cette quête de l'absolu divin dans la musique, de l'accomplissement de l'artiste uniquement par ce chemin ne me parle pas. Je n'ai pas été sensible à cette histoire d'exaltation et d'ascension sociale par le biais de la musique. C'est torturé, violent et froid à mon goût. Le récit se perd aussi dans des considérations métaphysiques parfois plombantes sur le sens de la création tout en gardant une construction très linéaire et sans surprise : un lieu, une composition dans l'épreuve, un départ vers une autre ville. Ca parle en fait beaucoup mais donne assez peu à ressentir.

Les références artistiques sont nombreuses et j'ai trouvé dommage qu'elles soient cachées par des changements anecdotiques de noms (lieux et personnes historiques). Est-ce simplement pour donner une impression de conte intemporel ? Pour toucher à l'onirique voire parfois à l'horrifique ? Il y avait je pense moyen de ne pas user de cet artifice un peu artificiel. 


Le dessin est soigné, étonnamment lisible malgré le crayonné furieux à peine réhaussé parfois de pointes de couleur quand il y a des envolées lyriques, de plus en plus chatoyantes au fur et à mesure que le talent d'Helma et Hans grandit. Le fond est perpétuellement noir, rendant l'ambiance sombre. Il y a beaucoup d'idées et d'originalité ici, surtout quand ces volutes sortent des cases et brisent les lois de l'enfermement, traçant des ponts. J'ai véritablement été charmée par le travail d'Edouard Cour. 

Mais quand l'histoire ne vous captive pas, quand on reste trop à distance, le dessin seul ne peut pas contrebalancer la déception de lecture.


Soli Deo Gloria, de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour
Éditions Dupuis
Octobre 2025

Les carnets de l'apothicaire tome 4 [Natsu Hyûga]

La saison 2 des Carnets de l'apothicaire est sortie sur Netflix, l'occasion pour moi de revoir la première, de me replonger pleinement dans cette ambiance et d'avoir une furieuse envie de renouer avec ces personnages. J'ai donc ouvert le tome 4.

L'histoire : Que de changements ! Dame Gyokuyo a été sacrée impératrice et Mao Mao ne travaille plus à la cour intérieure. En effet, la jeune fille est retournée au quartier des plaisirs reprendre l'herboristerie de son père adoptif, Luomen. Quant à Jinshi, il n'est plus l'intendant du hougong. Impossible pour lui, après avoir mené la bataille visant à mater la rébellion du clan Shi, de continuer à se cacher derrière sa fausse identité d'eunuque. Si la situation semble s'être apaisée à la capitale impériale, les ennuis continuent de suivre Mao Mao et cette fois, tout le pays est menacé. Lorsque l'apothicaire est sommée de prendre part à une rencontre diplomatique entre l'empire et ses voisins occidentaux, elle n'a d'autre choix que d'obéir. Mais le voyage vers l'Ouest ne sera pas de tout repos...

Mon avis : Petite baisse de qualité sur ce tome-ci que j'ai trouvé moins mordant que les précédents. Est-ce parce qu'il faut relancer les intrigues qui ont toutes ou presque été soldées lors du time 3 ? Peut-être. 

Ici donc, voici Mao Mao exclue du hougong, dont on ne saura rien des agitations qui y ont lieu. On se concentre sur une nouvelle intrigue basée sur une épidémie à venir de sauterelles, entraînant avec elle la famine. En parallèle, Jinshi ne peut plus se cacher derrière un costume d'eunuque et doit pleinement assumer ses responsabilités de fils cadet impérial.  Dans ce contexte, un voyage dans les terres de l'Ouest est décidé. On se doute que la route ne sera pas de tout repos.

Mao Mao est-elle totalement incapable de concevoir ce qui se passe entre elle et Jinshi ? J'avoue être agacée de ne pas savoir ce qu'elle en pense réellement alors qu'on sait tout de ses pensées sur les autres sujets. A écouter les autres autour d'elle, elle si fine en général, ne peut pas ne pas savoir que Jinshi lui porte un intérêt qui dépasse sa simple utilité comme pion politique. Ca donne un côté bancal au récit qui est désagréable au bout d'un moment et rend peu crédibles certaines situations. Elle s'obstine dans son incompréhension et ne progresse absolument pas, dans un sens ou dans l'autre. Un peu rigide la demoiselle !

La relation entre les deux prend d'ailleurs des aspects "red flag" (je passe sur la polémique de traduction initiale proposée par la maison d'édition). Ce n'est pas dérangeant en soit puisqu'on s'imagine bien à l'époque que le consentement de la femme n'était pas au cœur des préoccupations de ces messieurs. Juste que le récit étant adressé à de jeunes lecteurs, il faudrait peut être prendre quelques précautions pour reposer le contexte.

J'attends de voir sur le prochain tome si la psychologie de Mao Mao progresse pour savoir si je continue ou non la série des romans.


Les carnets de l'apothicaire, tome 4, de Natsu Hyûga
Traduit par Jean-Baptiste Flamin et Sasha Boucheron
Éditions Lumen
Août 2024

Love on trial, de Kôji Fukada

Film franco-japonais de Kôji Fukada sorti le 25 mars 2026 avec Kyoko Saito, Yuki Kura, Erika Karata.

L'histoire : Jeune idole de la pop en pleine ascension, Mai commet l’irréparable : tomber amoureuse, malgré l’interdiction formelle inscrite dans son contrat. Lorsque sa relation éclate au grand jour, Mai est traînée par sa propre agence devant la justice. Confrontés à une machine implacable, les deux amants décident de se battre pour défendre leur droit le plus universel : celui d’aimer.

Mon avis : Vous l'aurez peut être remarqué, je suis dans une phase où je m'intéresse à la culture asiatique : Japon, Corée et Chine. Je ne suis pas au même niveau sur ces trois pays. Mais, que ce soit au Japon ou en Corée, le phénomène des idoles me laisse complètement insensible. Quand je vois le déferlement d'excitation qu'a suscité la sortie du dernier album de BTS par exemple, j'avoue ne pas du tout être concernée. J'ai essayé, mais je n'accroche pas du tout à leur musique. 

Ceci étant dit, le phénomène m'intrigue. Dans ma jeunesse, j'ai connu les boys band comme les NKOTB et leurs dérivés britanniques (Boyzone, Take That) ou français et je n'ai pas l'impression qu'on était aussi extrémiste dans l'attachement qu'on portait à ces chanteurs. Au Japon, c'est ce que va nous montrer le film, tout est fait pour brider la vie privée de l'artiste afin que le fan puisse s'imaginer occuper une place privilégiée dans sa vie, et donc permettre au merchandising de jouer à plein. L'agence récoltant au passage beaucoup d'argent.

Quant à la manière de filmer, c'est juste, sans sentimentalisme ni dramatisme excessif, laissant toute sa place à la plaidoirie dénonçant parfaitement le fantasme créé de toute pièce qui broie au passage des êtres humains. Et de s'ouvrir alors plus largement sur la question de la liberté individuelle et du prix à payer pour en jouir pleinement. Le réalisateur joue l'équilibriste pour ne pas tomber dans l'acidité, la romance niaise ou la facilité. La sobriété est parfois un peu excessive, presque sans musique d'accompagnement.

Un beau film, bien réalisé et percutant.

Demain, de l'autre côté [Tina Cho & Deb JJ Lee]

Les autrices : Tina Cho est une enseignante et autrice de livres pour enfants américaine. Elle a vécu plus de dix ans en Corée du Sud. Elle s'associe avec Deb JJ Lee, illustratrice et autrice américano-coréenne de bande dessinée.

L'histoire : De nombreux Nord-Coréens ont appris que rester peut être aussi mortel que de tenter de fuir... presque. Ne jamais savoir où trouver de quoi manger, éviter les soldats qui les guettent à chaque coin de rue...
Tel est le quotidien de Yunho et Myunghee. Aussi, lorsqu'ils décident chacun de fuir le sombre avenir qui les attend, ils savent qu'ils risquent de connaître un sort pire que la mort. Yunho espère retrouver sa omma, qui a traversé la frontière en cachette il y a des années. Myunghee cherche la liberté à tout prix. Ils ne se connaissent pas, mais le destin entremêle leurs chemins.
Réunis par l'espoir d'un avenir meilleur, ils affrontent une route semée de serpents venimeux dans la jungle et de soldats corrompus. Chaque jour est une épreuve pour ne pas laisser la peur d'être découverts et emprisonnés gagner. Mais à chaque pas vers la liberté, l'espoir grandit. Parviendront-ils à se mettre à l'abri sans se perdre l'un l'autre ?

Mon avis : Yunho et Myunghee rêvent de liberté mais vivent en Corée du Nord. Ils décident de partir, le même jour, et leurs chemins se croisent à la frontière avec la Chine. Un parcours difficile et périlleux dont ils ne sont pas certains de sortir indemnes.

Graphiquement, le travail de Deb JJ Lee est remarquable de poésie et de beauté. Les aquarelles font la part belle aux couleurs douces, évitant la débauche de violence. Cependant, le dessin n'est pas toujours très lisible et ne rend pas l'atrocité de la situation, qui reste du coup assez éloignée du lecteur. Ce qui me fait dire que cet album s'adresse peut être plus à un jeune public qu'aux adultes.


Narrativement, je déplore le choix d'alterner les points de vue toutes les trois pages. Ca morcelle atrocement le récit et empêche toute empathie avec les deux personnages principaux. C'est dommage pour cette histoire forcément très touchante par le sujet qu'elle aborde. Je retiens cependant un point qui m'a particulièrement intéressée, c'est celui du passage entre la Chine, le Laos et la Thaïlande. Si vous vous souvenez, je vous disais justement dans Deux coréennes que je déplorais le manque d'explication sur la sortie de Chine. Ici, on suit de bout en bout le parcours qui va mener Yunho et Myunghee jusqu'en Californie. Il me manque cependant encore quelques explications géopolitiques (pourquoi passer par le Laos et pas le Viêtnam par exemple ?).

Bref, un bel album qui sensibilisera en douceur le jeune public à la situation en Corée du Nord mais qui décevra les adultes un peu plus au fait.


Demain, de l'autre côté , de Tina Cho et Deb JJ Lee
Éditions Akileos
Septembre 2025

Re:Start [Katia Lanero Zamora]

L'autrice
: Née en mars 1985, Katia Lanero Zamora est une autrice belge.

L'histoire : Mona a intégré le prestigieux village Re:Start, une communauté entièrement dédiée à la beauté des femmes. Ses habitantes, les Lumineuses, sont prêtes à embrasser leur féminité et à saisir l'opportunité de devenir des déesses grâce au programme sportif et aux gélules minceur préconisés par leur modèle et mentore, Geneviève.
Mona a gravi les échelons, elle est désormais Semeuse. Tout semble parfait dans ce paradis des corps et de la féminité... jusqu'au jour où sa meilleure amie perd le contrôle.
Y aurait-il une faille dans ce programme de rêve ?

Mon avis : Petite novella sur laquelle je suis tombée complètement par hasard et dont la quatrième de couverture m'a intriguée. Privation alimentaires et traitements médicamenteux pour se façonner un tout nouveau corps, une nouvelle et meilleure version de soi : l'esprit suit-il ? Et d'ailleurs, sous prétexte de répondre aux injonctions sociétales et patriarcales, doit-on absolument se soumettre aux pires tortures ?

Récit de science fiction très moderne, malheureusement toujours d'actualité, Re:Start évoque les dangers que rencontrent les femmes qui veulent se soumettre aux diktats de la mode : être belle, ne pas vieillir. En allant dans le sous-genre du body horror, c'est-à-dire en touchant à la chair même des personnages, l'autrice suscite bien évidemment le malaise tout à la fois physique mais également psychologique. En voulant être acceptée, valorisée, aimée, les femmes finissent par se détester elles-mêmes. Et c'est toujours sur ce terreau fertile de l'insécurité que poussent les dérives sectaires, d'autant plus redoutables qu'elles sont présentées comme des séances de bien être. 

C'est intelligent, bien écrit, et le lecteur est immédiatement plongée dans l'ambiance malsaine du programme Re:Start. Il faut dire que les premières pages sont percutantes. Malheureusement, le récit va bien trop vite sur la deuxième partie, comme si l'autrice était pressée de donner le fin mot de l'histoire. Ca donne un problème de temporalité, là où l'enquête de Mona aurait nécessité un peu plus de temps pour se dénouer. Ce qui fait qu'on en ressort avec une impression un peu bancale.

Bref, de l'idée mais un défaut de réalisation.


Re:Start, de Katia Lanero Zamora
Éditions Argyll
2024