Articles

Affichage des articles associés au libellé Aki Shimazaki

Ajisaï [Aki Shimazaki]

Après la déception de Zakuro d'Aki Shimazaki en début d'année, j'ai voulu changer un peu de cycle et je me suis tournée vers sa dernière oeuvre, Ajisaï.

L'histoire : Shôta est étudiant en littérature et rêve de devenir écrivain. Lorsqu’il apprend que sa famille, qui l’a toujours aidé, se heurte à des difficultés financières, il doit chercher une solution pour subvenir seul à ses besoins. Alors qu’il se résout à cumuler les emplois, se présente à lui la chance inespérée d’occuper une dépendance de la maison de campagne d’un couple marié. C’est là qu’il rencontre madame Oda, la propriétaire, musicienne troublante avec qui il va retrouver le goût du piano – une rencontre digne des plus beaux romans d’amour.

Mon avis : Voici un roman qui entame un nouveau cycle et c'est peut être ce qui perturbe un peu ici. Pourtant, j'ai déjà lu d'autres romans inauguraux de l'autrice sans avoir cette sensation. Mais ici, je n'ai pas vraiment compris ce qu'elle voulait nous raconter. 

Sa plume est pourtant toujours aussi juste et précise, délicate même. Shôta, après que sa famille ait connu des déboires financiers l'empêchant de financer ses études, se retrouve à prendre un travail de gardien d'une maison. Cela s'avère être comme une parenthèse dans sa vie, qui va lui donner l'inspiration et l'impulsion dont il a besoin pour se lancer pleinement dans son destin.

Roman d'amour et d'inspiration, j'avoue ne pas avoir été vraiment touchée par Shôta et sa retenue, ni son aventure avec madame Oda. Sa découverte du sentiment amoureux, son questionnement face à ce qu'il imagine impossible m'ont laissée de marbre. Il ne se passe pas grand chose au final, alors que j'attendais l'habituel retournement de situation. La mise en lumière de la difficulté des universitaires et des chercheurs à trouver leur voie professionnelle n'est pas une particularité de la société japonaise. Elle a donc une portée universelle qui n'est pas ce que je cherche dans les romans d'Aki Shimazaki. Cet opus manque de consistance à mon goût, et peut être d'inspiration. Il faut dire qu'écrire un roman par an complique forcément les choses.


Ajisaï, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud pour Kindle
Mai 2025

Au cœur du Yamato tome 2 : Zakuro [Aki Shimazaki]

Après ma lecture en fin d'année dernière du premier tome du cycle Au cœur du Yamato : Mitsuba d'Aki Shimazaki, et parce que j'ai le coffret complet, je n'ai pas tardé à ouvrir le deuxième volet, Zakuro.


L'histoire : Voilà vingt-cinq ans que Bânzo Toda est porté disparu - depuis sa déportation dans un camp de travaux forcés en Sibérie, à la fin de la guerre. Sa femme, atteinte de la maladie d'Alzheimer, n'a jamais perdu l'espoir de le revoir. Quand leur fils Tsuyoshi découvre que son père vit depuis des années dans une ville toute proche, qu'il a changé de nom et s'est remarié, il veut comprendre.

Mon avis : Cette fois, l'autrice nous réveille un pan de l'histoire japonaise qui m'était totalement inconnue : la déportation en Sibérie de japonais  au cours de la seconde guerre mondiale vers des camps de travail. Il faudra une dizaine d'années pour les rapatrier.

L'écriture toute en retenue d'Aki Shimazaki ne fait pas dans le pathos. On le sait et c'est souvent ce qui fait le charme de ses écrits. J'avoue cependant que cette fois j'ai manqué d'un peu d'implication émotionnelle pour ressentir de l'empathie envers le destin de Bânzo-san et celui de son fils qui a du assumer la charge familiale à sa place.

Le récit a pourtant de quoi être bouleversant puisqu'il traite d'une grande tragédie qui a touché des milliers de personnes. Les prisonniers japonais, qui se sont rendus au moment de la capitulation du Japon en 1945, et ne sont donc pas des prisonniers de guerre, ont vécu dans des conditions abominables, contraints aux travaux forcés, subissant des expérimentations... Avant de retrouver parfois difficilement leur pays natal et leur famille. Des familles qui ont vécues longtemps séparées et dont le destin n'est même pas raconté dans les livres d'Histoire. Comme s'il était honteux. Même l'amour touchant de la mère pour cet homme et qui va par delà la maladie n'est pas bien rendu par ces mots trop froids et distants.

Bref, j'ai connu l'autrice plus inspirée. J'espère que la suite du cycle sera de meilleure qualité.



Au cœur du Yamato tome 2 : Zakuro, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
Février 2014

Au cœur du Yamato tome 1 : Mitsuba [Aki Shimazaki]

Trois ans après ma dernière lecture d'un roman d'Aki Shimazaki, je me plonge dans un de ses anciens cycles, paru en 2012, Au cœur du Yamato, avec ce premier tome.

L'histoire : Le bientôt trentenaire Takashi Aoki, employé dans la compagnie d'import-export Goshima de Tokyo, est appelé à un brillant avenir professionnel. Ne manque à son bonheur qu'une épouse avec laquelle fonder une famille. Il résiste aux propositions de mariage arrangé qu'on lui présente car il est très attiré par la réceptionniste de sa société. Alors qu'il parvient à obtenir un rendez-vous avec elle, son supérieur lui annonce qu'on lui offre un poste important dans une succursale à l'étranger.

Mon avis : Poursuivant sa déclinaison des fleurs, Aki Shimazaki nous livre avec Mitsuba, le trèfle en japonais, en roman tout à fait dans la veine  de ce qu'elle sait si bien faire. Une écriture douce, sans superflu, un récit court pour se concentrer sur un sujet particulier, un trait de la société nippone. Ici, il s'agit de parler de l'importance que revêt l'entreprise dans la vie d'un salarié et toute l'ingérence qui peut en découler dans la vie privée. Alors même qu'il est important d'être marié. Deux impératifs difficiles à concilier. 

Entre les horaires à rallonge, les missions aux quatre coins du globe et les obligations de sociabiliser en dehors des horaires traditionnels de travail pour ne pas être mal vu, Takashi Aoki a bien du mal à rencontrer une compagne. Il est totalement dévoué à l'entreprise qui l'emploie. Il est même très fier d'en faire partie. Pourtant, il se refuse au mariage arrangé. Sa rencontre avec Yuko va le chambouler et il va s'employer à gagner le cœur de la jeune femme. Entreprise difficile car elle n'est pas du tout intéresser par un mariage avec un commercial, trop pris par son travail et trop dévoué à son entreprise pour lui donner toute l'attention qu'elle espère dans la sphère privée. Pourtant, il réussit à la convaincre. Mais la liberté est toute relative et malgré ses ambitions, Takashi voit les arrangements des classes aisées contrecarrer ses ambitions amoureuses aussi bien que professionnelles, malgré toute sa légitimité.

Bien qu'elle se concentre sur le point de vue masculin de cette histoire d'amour contrarié, Aki Shimazaki montre pleinement le peu de considération qui est donnée à l'avis de la femme dans une affaire aussi intime qu'un mariage. Les petites gens n'ont pas la possibilité de décider de leur sort s'ils veulent rester dans l'entreprise. Pire, on menace leur famille et tout leur entourage pour obtenir le mariage voulu par le fils héritier d'un grand groupe influent. La société est définitivement au-dessus de l'individu, quitte à causer son malheur. On sacrifie les désirs et les libertés pour le profit et la rentabilité. Il ne faut pas troubler le "wa", l'harmonie qui règne entre les individus et qui fonde le pays tout entier.

Une écriture douce pour un propos très violent.


Au cœur du Yamato tome 1 : Mitsuba, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
Août 2012

No-no-yuri [Aki Shimazaki]

Presque deux ans depuis ma lecture précédente de Aki Shimazaki, c'était avec Fuki-no-tô. Je ne sais pas si cet opus fait parti d'un cycle ou est un one shot.

L'histoire : Kyôko est une jeune femme à qui tout réussit : elle est brillante, sa carrière de secrétaire de direction semble se dessiner sans ombrage. Elle plaît aux hommes et jouit de leurs désirs sans jamais consentir à l’engagement, malgré les injonctions de ses parents. Avec son nouveau patron, charmant, elle entame une relation où s’intriquent l’intime et le travail.

Mon avis : J'ai cette fois été étonnée de découvrir sous la plume d'Aki Shimazaki un personnage fort peu sympathique au premier abord. En effet, Kyôko est assez imbue de sa personne. Elle se sait belle et brillante et attend que chacun autour d'elle le reconnaisse et lui en fasse l'éloge. Ca aurait pu être un poil agaçant sans la délicatesse du style de l'autrice et la distance toujours très présente dans la littérature japonaise. Celle-ci permet en effet de se détacher du personnage principal et de s'attacher davantage aux relations qu'elle tisse avec les êtres qui l'entourent.

On décortique les relations homme-femme, souvent mises à mal par des histoires de tromperie, au sein de la culture japonaise faite de silence et d'acceptation. Kyôko qui refuse cette destinée toute tracée fait alors figure de rebelle au sein d'une société très policée. Si elle garde une apparente froideur, on découvre petit à petit son tumulte tout intériorisé. Et c'est là qu'on retrouve la magie des mots d'Aki Shimazaki qui sait dire beaucoup en peu de phrases.

Un beau roman à savourer, comme souvent avec l'autrice.


No-no-yuri, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud pour Kindle
Mai 2022

Fuki-no-tô [Aki Shimazaki]

Je continue le cycle L'ombre du chardon d'Aki Shimazaki, entâmée avec Hôzuki en 2016.
 

L'histoire : Atsuko est heureuse dans la petite ferme biologique dont elle a longtemps rêvé. Ses affaires vont bien, il lui faudra bientôt embaucher de l'aide. Quand son mari a accepté de quitter la ville pour partager avec sa famille cette vie à la campagne qui ne lui ressemble pas, elle a su reconnaître les sacrifices qu'il lui en coûtait. Mais une amie qui resurgit du passé la confronte elle aussi à des choix : Atsuko va devoir débroussailler son existence et ses désirs, aussi emmêlés qu'un bosquet de bambous non entretenu.

Mon avis : Après Hôzuki (physalis) donc, puis Azami (le chardon) et Suisen (le narcisse), c'est la fleur de pétasite qui est mise à l'honneur dans ce roman où on retrouve les personnages du premier titre. Atsuko, femme trompée, et son mari Mitsuo qui a mis fin à se relation adultère, sont heureux : lui a fondé sa propre revue et elle a repris l'exploitation agricole de son père. Elle s'épanouit dans cette activité et est soutenu par son mari qui l'aide autant qu'il peut malgré sa maladresse. Elle est elle-même.

Pourtant, l'arrivée d'une amie d'enfance va la chambouler. Elle doute de son couple. Lorsqu'elle a mis son mari devant ses responsabilités, elle n'aurait pas été triste de voir ce mariage se terminer.  Elle a été surprise de le voir si facilement renoncer à sa maîtresse, si sensuelle et féminine. D'autant qu'elle-même ne fait guère d'efforts comme dit sa mère, et se contente d'être bien dans sa peau avec son allure garçonne et ses cheveux courts. En retrouvant les émois de sa prime jeunesse, le voile va se déchirer. Mais saura-t-elle l'assumer ?

On se doute d'où le roman nous mène et c'est fait avec une belle délicatesse et une grande sensibilité, avec la justesse des mots qui fait le talent d'Aki Shimazaki. Mais ce qui est surtout intéressant ici, c'est cette mise en récit de la difficulté de se connaître et de ne pas s'oublier sur le chemin, pour faire plaisir à ses proches, pour répondre aux conventions sociales ou tout simplement parce qu'on ne s'est jamais posé la question.

Comme toujours, les phrases sont courtes, ciselées avec précision mais derrière se cache toute la complexité des sentiments humains et des traditions japonaises. 


Fuki-no-tô, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
Avril 2017

Suisen [Aki Shimazaki]

Deux ans après avoir lu le précédent tome de la saga L'ombre du chardon d'Aki Shimazaki, je me lance enfin dans ce troisième tome, qui vient compléter Azami et Hôzuki.

L'histoire : À la tête d'une société prospère fondée par son grand-père, Gorô est marié avec une femme de bonne famille et père de deux enfants pour qui il a des ambitions claires. IL entretient deux maîtresses - dont une magnifique actrice -, s'entoure de clients importants dans les bars et exhibe fièrement des photos de lui auprès de célébrités. Même s'il croit en mériter toujours davantage, Gorô trouve qu'il a bien réussi sa vie. Or, le jour où ses convictions sont une à une ébranlées, il est forcé de se regarder franchement dans le miroir, sans doute pour la première fois.

Mon avis : Derrière ce simple mot se cache la fleur de narcisse, symbole parfait du personnage que l’auteur nous propose ici. Gorô est homme infatué. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur lui en train se contempler son reflet dans la glace. Cet homme contrôle son entourage : sa femme et ses enfants, qui devront suivre le chemin qu’il trace pour eux, tandis que lui s’amuse avec ses deux maîtresses ; sa société et les clients de celles-ci qui le flattent en s’adressant à lui avec déférence. Pourtant, derrière cette réussite affichée, l’auteur dessine petit à petit les failles, qui vont devenir fissures béantes. La vision archaïque de la société japonaise est portée à son paroxysme par Gorô qui, de personnage assez détestable, en devient petit à petit ridicule et triste. Car il a gardé en lui les traces de ses blessures d’enfance et il va falloir les raviver pour enfin les guérir et espérer un véritable bonheur.

Aki Shimazaki fait, comme toujours, preuve de sensibilité pour décrire l’âme, le tout avec une langue très sobre. Elle réussit à nous émouvoir d’un personnage pourtant peu sympathique.

Suisen, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
2016

Azami [Aki Shimazaki]

Le premier tome du cycle L'ombre du chardon d'Aki Shimazaki, cette auteur canadienne d'origine japonaise déjà lue ici sur ce blog avec notamment tout son cycle Le poids des secrets.

L'histoire : Mitsuo Kawano, jeune trentenaire, est étonné quand il croise par hasard Gorô Kida, un ancien camarade de classe devenu le président d'une importante compagnie. Il est encore plus surpris lorsque celui-ci l'invite dans un club très sélect où travaille une autre ancienne amie d'école, la belle et mystérieuse Mitsuko, devenue entraîneuse.
Mitsuo mène une carrière de rédacteur pour une publication culturelle en attendant de fonder sa propre revue d'histoire. En dépit d'un certain détachement sexuel, il s'entend bien avec Atsuko, la mère de ses deux enfants. Il se contente de fréquenter les salons érotiques pour combler ses besoins. Mais ces retrouvailles fortuites ravivent en lui les rêves et les désirs de jeunesse.

Mon avis : En lisant Hôzuki, j'avais compris que le roman faisait partie d'un cycle et que je n'avais pas lu le premier tome, sans que cela ne gêne ma lecture pour autant. Mais curieuse de reprendre les choses dans l'ordre, j'avais noté ce Azami comme étant à découvrir, chose faite lorsque je suis tombée dessus à la bibliothèque.

J’ai retrouvé avec plaisir le style épuré et concis de l’auteur, tout en précision. Elle sait d’un rien laisser deviner les sentiments qui peuvent agiter ses personnages, planter un décor et une ambiance. En quelques pages, Aki Shimazaki nous propose de plonger au cœur de la société japonaise comme on a peu l’occasion de la voir, dans son quotidien le plus banal.

Cette fois-ci, on découvre le regard japonais sur le mariage. Souvent très conventionnel, il arrive que les hommes aillent voir ailleurs pour satisfaire des besoins purement physiques voire entretiennent une ou plusieurs maîtresses sans que cela ne remette en cause le foyer conjugal. Mitsuo aime sa femme et sa vie. Il sait se satisfaire de ce qu’il a sans aspirer à l’impossible. Il ne se lamente donc pas de la distance respectueuse qui s’est installée avec sa femme depuis la naissance de leur deuxième enfant. Ils font chambre à part. Lorsqu’il croise par hasard Mitsuko, son premier amour, inassouvi, c’est l’occasion pour lui de faire le bilan de sa vie et peut être de retrouver le chemin de l’amour conjugal.

"La vie parfaite n'existe nulle part. Sois content de ce que tu as."

Azami, de Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
Janvier 2015

Hôzuki [Aki Shimazaki]

Quatre ans après avoir découvert la saga du Poids des secrets d'Aki Shimazaki, je retrouve l'auteur avec son tout dernier roman, Hôzuki.

L'histoire : Mitsuko tient une librairie d'occasion spécialisée en ouvrages philosophiques. Elle y coule des jours sereins avec sa mère et Tarô, son fils sourd et muet. Chaque vendredi soir, pourtant, elle redevient entraîneuse dans un bar haut de gamme. Ce travail lui permet d'assurer son indépendance financière, et elle apprécie ses discussions avec les intellectuels qui fréquentent l'établissement.

Un jour, une femme distinguée passe à la boutique accompagnée de sa fillette, et les enfants de chacune sont immédiatement attirés l'un par l'autre. Sur l'insistance de la dame et pour faire plaisir à Tarô, bien qu'elle évite habituellement de nouer des amitiés, Mitsuko acceptera de les revoir. Cette rencontre pourrait toutefois mettre en péril l'équilibre de sa famille.

Mon avis : On retrouve ici toute la pudeur de la plume d'Aki Shimazaki. Elle donne à toutes les histoires qu'elle raconte une couleur particulière, faite de douceur et de délicatesse. Pas de sentiments forts et ravageurs, ou en tout cas ils ne sont pas décrits en ces termes. Car on se doute que l'inquiétude que doit ressentir Mitsuko est bien réelle devant l'irruption dans sa vie de madame Sato. Ainsi que la passion qui doit habiter celle-ci.

En entrant dans l'intimité de la vie de Mitsuko, l'auteur lève les voiles petit à petit sur qui elle est et qu'elle est sa vie. Elle décortique le sentiment maternel et le lien qui peut exister entre deux êtres. J'ai bien vite deviné qui pouvait être cette madame Sato et, comme la retenue caractéristique du style japonais n'entraîne guère à l'épanchement, il y a eu tout au long de ma lecture une sorte de distance infranchissable entre l'histoire et moi. Comme si je regardais tout ceci se dérouler devant moi, derrière une vitre, même si sans déplaisir aucun. J'ai été également surprise par le mélange entre la tradition qui encre profondément la vie de tous les personnages que nous croisons et la vie plus dissolue que mène Mitsuko le vendredi soir, sans que cela ne semble choquer personne pour autant.

Un joli roman donc, mais qui m'aura laissée en retrait.

Hôzuki, de Aki Shimazaki
Actes Sud
Mars 2016

Le poids des secrets, tome 5 : Hotaru [Aki Shimazaki]

Après Tsubaki, Hamaguri, Tsubame et Wasurenagusa, voici le cinquième et dernier tome du Poids des secrets d'Aki Shimazaki.

L'histoire : À la saison des lucioles (hotaru), lorsqu'elle rend visite à sa grand-mère Mariko Takahashi, Tsubaki est loin de se douter que celle-ci lui confiera bientôt le secret qui ronge sa vie depuis cinquante ans, incapable qu'elle fut de le révéler à son mari.
Étudiante en archéologie, Tsubaki apprend à travers cette confession les lois cruelles de la vie : l'innocence et la naïveté des jeunes filles sont souvent abusées par les hommes de pouvoir et d'expérience, et leur destinée s"en trouve à jamais bouleversée.

Mon avis :  Cette fois, l’auteur choisit de nous faire revenir au point de vue de Mariko (après une introduction de sa petite fille). Mais, au lieu d’évoquer son enfance, c’est l’histoire de la naissance de Yukio et de son mariage qui est évoquée sous la forme d’une confession à sa petite fille Tsubaki. Pour clore cette saga, Mariko révèle ce qu’elle a tu si longtemps à son mari Kenji Takahashi.
J’avais beaucoup aimé entendre la voix de Mariko dans Tsubame, et j’ai également beaucoup aimé la retrouver ici. Sa façon de conter son histoire et sa vision des choses, sa retenue face aux drames qui jalonnent son chemin font que ne peut que ressentir de l’empathie pour elle. C’est elle réellement le personnage clé de toute la relation entre les différents personnages.
Ceci dit, je suis assez déçue que ce soit elle qui prenne la parole pour clore cette saga. Il n’est nulle part question du père, monsieur Horibe, et de son point de vue sur l’histoire. D’autant qu’ici, cet éclairage certes nouveau sur ce secret de famille n’apporte en fait rien du tout à la compréhension. Le lecteur savait déjà tout.
L’accent est mis sur la crédulité des jeunes filles, quelques soient les générations concernées : les hommes de pouvoir abusent toujours d’elles. La société japonaise est une société construite par les hommes pour leur agrément. Cet état de fait n’est pas spécifique au Japon et il est dommage que l’auteur ne dévoile pas à nouveau un pan de la culture japonaise que j’avais tant aimé découvrir dans les tomes précédents.
J’ai retrouvé néanmoins avec plaisir ce style simple et épuré qui fait le charme de cette série. Je m’y suis plongée, sans surprise malheureusement, mais confortablement.

Le poids des secrets 4, Wasurenagusa [Aki Shimazaki]

Après Tsubaki, Hamaguri et Tsubame, voici le quatrième tome du Poids des secrets d'Aki Shimazaki.

L'histoire : Après un premier mariage raté, Kenji Takahashi découvre qu'il est stérile. Accablé, il quitte la maison familiale. Seule compte encore pour lui sa nurse, Sono. Lorsqu'il fait la connaissance de Mariko, qui vit seule avec son fils Yukio, il en tombe amoureux et l'épouse contre l'avis de ses parents, qui le déshéritent.
Quarante-six ans plus tard, retraité et affaibli, il recherche les traces de Sono. Au moment où il retrouve sa tombe, sur laquelle est inscrit le nom de la fleur de myosotis (wasurenagusa), il découvre le secret de ses origines et le malheur qui a frappé ses parents.

Mon avis : Que dire de nouveau sur cette saga, que je n’ai pas déjà évoqué pour les tomes précédents ou qui n’ait pas été déjà dit par d’autres ? C’est toujours le même style simple et épuré qui fait le charme de ces petites histoires personnelles s’entrelaçant pour former une seule histoire familiale.
Cette fois, c’est le mari de Mariko que nous suivons. L’auteur évoque avec délicatesse la détresse d’un homme s’apercevant de sa stérilité, fait de repli sur soi et d’attente. Qui est-il ? Choisit-il son destin ? Osera-t-il s’opposer à la volonté de ses parents pour construire son propre bonheur ?
Il se dégage de Kenji une douceur de vivre, une vraie tendresse et une vraie acceptation des différences. A aucun moment on ne le sent en train de juger Mariko ou quiconque pour les erreurs ou les choix qu’ils ont faits. J’ai trouvé dommage toutefois que nous ne découvrions quasi rien de l’histoire du Japon, contrairement aux épisodes précédents où on découvrait le tremblement de terre de 1923 ou encore l’intolérance envers les Coréens émigrés. Et bien que Kenji soit vraiment très sympathique, je ne me suis pas particulièrement impliquée dans son histoire. J’ai trouvé que cela manquait de recontextualisation culturelle. Certes, se dessine en transparence du récit l’importance des traditions et de la famille, mais ce n’était pas assez clair à mon goût, d’autant que cela n’a jamais été un problème pour nos trois personnages précédents.
On se retrouve bientôt pour le dernier tome.

Le poids des secrets 3, Tsubame [Aki Shimazaki]

Après Tsubaki et Hamaguri, voici le troisième tome du Poids des secrets d'Aki Shimazaki.

L'histoire : Lors du tremblement de terre de 1923, qui a dévasté la région du Kanto et entraïné plus de cent quarante mille morts, la Coréenne Yonhi Kim devient, question de survie, la Japonaise Mariko Kanazawa. À la fin de sa vie, alors qu'elle est veuve, mère d'un chimiste et grand mère de trois petits-enfants, le mystère de sa naissance lui est dévoilé : le prêtre catholique qui l'avait recueillie dans son église lors du tremblement de terre, surnommé monsieur Tsubame, était-il l'instrument du destin qui a permis à cette hirondelle de s'élancer hors du nid ?

Mon avis : L'auteur revient ici sur un détail qui n'a été que légèrement évoqué dans Hamaguri. Nous retrouvons alors Mariko, la mère de Yukio. Sa naissance a elle aussi est entourée de secret : elle est la fille d'une Coréenne et ne connait pas son père.
En 1923, après l'invasion de la Corée, beaucoup de Coréens refont leur vie au Japon. Ils sont méprisés par la population, vite accusés de tous les maux et persécutés après le Kanto-daïshinsaï, le grand tremblement de terre. Sa mère n'a d'autre choix que de cacher sa fille dans une église, auprès du prêtre surnommé Monsieur Tsubame, et de la faire passer pour une Japonaise, en la renommant Mariko. Ce n'est que 60 ans plus tard qu'elle découvrira le nom de son père, alors qu'elle se refuse à s'avouer Coréenne.
C'est donc les thèmes de la perte, de l'exil, de l'étranger et des racines qui sont évoqués. Le secret, pour être différent des tomes 1 et 2, n'en est pas moins fort. Toujours dans le même style simple et épuré qui emporte, l'auteur a su écrire là l'histoire que je préfère des trois premiers tomes de cette saga, surtout parce qu'on ressent profondément la douleur de Mariko face à la disparition sans explication de cette mère qu'elle adorait. Elle s'est néanmoins construite en toute discrétion. Et la plume poétique de l'auteur colle parfaitement à son histoire.

Une petite pause, et je me précipite sur le 4e tome.

Le poids des secrets 2, Hamaguri [Aki Shimazaki]

Après Tsubaki, voici le deuxième tome du Poids des secrets d'Aki Shimazaki.

L'histoire : Deux petits enfants de Tokyo, Yukio et Yukiko, scellent un pacte de fidélité en inscrivant leurs noms à l'intérieur d'une palkourde, comme un serment d'amour éternel. Devenus adolescents, ils se retrouvent à Nagasaki sans se reconnaître ; les sentiments qui les habitent désormais, qui les troublent profondément, leur seraient-ils interdits ?
Aux dernières heures de sa vie, la mère de Yukio cherchera à ouvrir les yeux de son fils en lui remettant ce coquillage sorti du tiroir de l'oubli.

Mon avis : Je retrouve ici la sage du Poids des secrets d'Aki Shimazaki, mais l'auteur adopte cette fois le point de vue de Yukio, et sa façon dont son monde s'articule autour de sa rencontre avec Yukiko. La grande Histoire est davantage passée sous silence. Il n'est que peu question de la seconde Guerre mondiale.
L'histoire qui nous est contée est la même donc, à quelques détails près, que seul Yukio peut connaitre. Les deux tomes peuvent donc se lire de façon indépendante. Pas besoin de connaitre Tsubaki pour comprendre. Par contre, on retrouve le même style simple et épuré, une certaine tendresse dans les descriptions des personnages. Même si le lecteur connait déjà les grandes lignes de l’histoire pour avoir lu le premier tome, il peut encore se laisser porter.
J’ai peut être été plus convaincue par ce tome-ci, d'ailleurs. Peut être parce qu'il n'y a plus d'alternance entre le passé et le présent, mais une narration plus linéaire, qui fait parfois des bonds en avant dans le temps. Enfin, là où Tsubaki évoquait surtout le sentiment de trahison ressenti par une enfant, ici, l’accent est mis sur l’amour filial. Le lien indéfectible qui lie mère et fils s’oppose vraiment à celui qui ne liera pas le père et le fils, alors que le père adoptif prendra une vraie place.

Je continue maintenant ma lecture avec le tome 3.

Le poids des secrets 1, Tsubaki [Aki Shimazaki]

L'auteur : Aki Shimazaki est une écrivaine québécoise, née en 1954 à Gifu au Japon. Elle a enseigné au Japon avant d’émigrer au Canada en 1981.

L'histoire : Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko, une survivante de la bombe atomique, évoque les épisodes de son enfance et de son adolescence auprès de ses parents, d'abord à Tokyo puis à Nagasaki. Elle reconstitue le puzzle d'une vie familiale marquée par les mensonges d'un père qui l'ont poussée à commettre un meurtre.
Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Hisotire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n'échappe à son destin.

Mon avis : Voici une saga que j'avais hâte de découvrir après en avoir tant entendu parler sur la blogosphère. Et effectivement, je comprends ce qui a pu tant plaire à beaucoup. L'écriture est légère et simple, permettant d'aller à l’essentiel du ressenti du personnage principal Yukiko. À travers la lettre adressée à sa fille, elle nous décrit une situation où l’on sent le poids du non-dit et des traditions qui se liguent contre le bonheur des êtres.
Si l'écriture est légère, non dénuée d'une certaine forme de poésie, le sujet ne l'est pas : une vieille femme, au seuil de la mort, écrit à sa fille une lettre dans laquelle elle raconte un événement marquant de sa jeunesse. Elle a tué son père le jour où la bombe tombait sur Nagasaki. La petite histoire de famille dessine la grande Histoire.
On sent une plume fortement inspirée par les grands auteurs japonais, comme Yasushi Inoué. J’ai d’ailleurs pensé au Fusil de chasse. Trop peut être ? Du coup, cette histoire manque d’un peu d’originalité à mon goût. Les secrets sont levés comme toujours à la mort du personnage détenteur de ce secret.. Par contre, je n'ai pas trop d’impression de vague ou de flou, au contraire, une précision extrême du terme, sans fioriture. Le style est sobre.
Même si je ne suis pas totalement convaincue, il n’en demeure pas moins une jolie et triste histoire. Une fois terminé ce premier volet, je commence tout de suite le deuxième.