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Affichage des articles associés au libellé littérature canadienne

Ajisaï [Aki Shimazaki]

Après la déception de Zakuro d'Aki Shimazaki en début d'année, j'ai voulu changer un peu de cycle et je me suis tournée vers sa dernière oeuvre, Ajisaï.

L'histoire : Shôta est étudiant en littérature et rêve de devenir écrivain. Lorsqu’il apprend que sa famille, qui l’a toujours aidé, se heurte à des difficultés financières, il doit chercher une solution pour subvenir seul à ses besoins. Alors qu’il se résout à cumuler les emplois, se présente à lui la chance inespérée d’occuper une dépendance de la maison de campagne d’un couple marié. C’est là qu’il rencontre madame Oda, la propriétaire, musicienne troublante avec qui il va retrouver le goût du piano – une rencontre digne des plus beaux romans d’amour.

Mon avis : Voici un roman qui entame un nouveau cycle et c'est peut être ce qui perturbe un peu ici. Pourtant, j'ai déjà lu d'autres romans inauguraux de l'autrice sans avoir cette sensation. Mais ici, je n'ai pas vraiment compris ce qu'elle voulait nous raconter. 

Sa plume est pourtant toujours aussi juste et précise, délicate même. Shôta, après que sa famille ait connu des déboires financiers l'empêchant de financer ses études, se retrouve à prendre un travail de gardien d'une maison. Cela s'avère être comme une parenthèse dans sa vie, qui va lui donner l'inspiration et l'impulsion dont il a besoin pour se lancer pleinement dans son destin.

Roman d'amour et d'inspiration, j'avoue ne pas avoir été vraiment touchée par Shôta et sa retenue, ni son aventure avec madame Oda. Sa découverte du sentiment amoureux, son questionnement face à ce qu'il imagine impossible m'ont laissée de marbre. Il ne se passe pas grand chose au final, alors que j'attendais l'habituel retournement de situation. La mise en lumière de la difficulté des universitaires et des chercheurs à trouver leur voie professionnelle n'est pas une particularité de la société japonaise. Elle a donc une portée universelle qui n'est pas ce que je cherche dans les romans d'Aki Shimazaki. Cet opus manque de consistance à mon goût, et peut être d'inspiration. Il faut dire qu'écrire un roman par an complique forcément les choses.


Ajisaï, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud pour Kindle
Mai 2025

Au cœur du Yamato tome 2 : Zakuro [Aki Shimazaki]

Après ma lecture en fin d'année dernière du premier tome du cycle Au cœur du Yamato : Mitsuba d'Aki Shimazaki, et parce que j'ai le coffret complet, je n'ai pas tardé à ouvrir le deuxième volet, Zakuro.


L'histoire : Voilà vingt-cinq ans que Bânzo Toda est porté disparu - depuis sa déportation dans un camp de travaux forcés en Sibérie, à la fin de la guerre. Sa femme, atteinte de la maladie d'Alzheimer, n'a jamais perdu l'espoir de le revoir. Quand leur fils Tsuyoshi découvre que son père vit depuis des années dans une ville toute proche, qu'il a changé de nom et s'est remarié, il veut comprendre.

Mon avis : Cette fois, l'autrice nous réveille un pan de l'histoire japonaise qui m'était totalement inconnue : la déportation en Sibérie de japonais  au cours de la seconde guerre mondiale vers des camps de travail. Il faudra une dizaine d'années pour les rapatrier.

L'écriture toute en retenue d'Aki Shimazaki ne fait pas dans le pathos. On le sait et c'est souvent ce qui fait le charme de ses écrits. J'avoue cependant que cette fois j'ai manqué d'un peu d'implication émotionnelle pour ressentir de l'empathie envers le destin de Bânzo-san et celui de son fils qui a du assumer la charge familiale à sa place.

Le récit a pourtant de quoi être bouleversant puisqu'il traite d'une grande tragédie qui a touché des milliers de personnes. Les prisonniers japonais, qui se sont rendus au moment de la capitulation du Japon en 1945, et ne sont donc pas des prisonniers de guerre, ont vécu dans des conditions abominables, contraints aux travaux forcés, subissant des expérimentations... Avant de retrouver parfois difficilement leur pays natal et leur famille. Des familles qui ont vécues longtemps séparées et dont le destin n'est même pas raconté dans les livres d'Histoire. Comme s'il était honteux. Même l'amour touchant de la mère pour cet homme et qui va par delà la maladie n'est pas bien rendu par ces mots trop froids et distants.

Bref, j'ai connu l'autrice plus inspirée. J'espère que la suite du cycle sera de meilleure qualité.



Au cœur du Yamato tome 2 : Zakuro, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
Février 2014

Au cœur du Yamato tome 1 : Mitsuba [Aki Shimazaki]

Trois ans après ma dernière lecture d'un roman d'Aki Shimazaki, je me plonge dans un de ses anciens cycles, paru en 2012, Au cœur du Yamato, avec ce premier tome.

L'histoire : Le bientôt trentenaire Takashi Aoki, employé dans la compagnie d'import-export Goshima de Tokyo, est appelé à un brillant avenir professionnel. Ne manque à son bonheur qu'une épouse avec laquelle fonder une famille. Il résiste aux propositions de mariage arrangé qu'on lui présente car il est très attiré par la réceptionniste de sa société. Alors qu'il parvient à obtenir un rendez-vous avec elle, son supérieur lui annonce qu'on lui offre un poste important dans une succursale à l'étranger.

Mon avis : Poursuivant sa déclinaison des fleurs, Aki Shimazaki nous livre avec Mitsuba, le trèfle en japonais, en roman tout à fait dans la veine  de ce qu'elle sait si bien faire. Une écriture douce, sans superflu, un récit court pour se concentrer sur un sujet particulier, un trait de la société nippone. Ici, il s'agit de parler de l'importance que revêt l'entreprise dans la vie d'un salarié et toute l'ingérence qui peut en découler dans la vie privée. Alors même qu'il est important d'être marié. Deux impératifs difficiles à concilier. 

Entre les horaires à rallonge, les missions aux quatre coins du globe et les obligations de sociabiliser en dehors des horaires traditionnels de travail pour ne pas être mal vu, Takashi Aoki a bien du mal à rencontrer une compagne. Il est totalement dévoué à l'entreprise qui l'emploie. Il est même très fier d'en faire partie. Pourtant, il se refuse au mariage arrangé. Sa rencontre avec Yuko va le chambouler et il va s'employer à gagner le cœur de la jeune femme. Entreprise difficile car elle n'est pas du tout intéresser par un mariage avec un commercial, trop pris par son travail et trop dévoué à son entreprise pour lui donner toute l'attention qu'elle espère dans la sphère privée. Pourtant, il réussit à la convaincre. Mais la liberté est toute relative et malgré ses ambitions, Takashi voit les arrangements des classes aisées contrecarrer ses ambitions amoureuses aussi bien que professionnelles, malgré toute sa légitimité.

Bien qu'elle se concentre sur le point de vue masculin de cette histoire d'amour contrarié, Aki Shimazaki montre pleinement le peu de considération qui est donnée à l'avis de la femme dans une affaire aussi intime qu'un mariage. Les petites gens n'ont pas la possibilité de décider de leur sort s'ils veulent rester dans l'entreprise. Pire, on menace leur famille et tout leur entourage pour obtenir le mariage voulu par le fils héritier d'un grand groupe influent. La société est définitivement au-dessus de l'individu, quitte à causer son malheur. On sacrifie les désirs et les libertés pour le profit et la rentabilité. Il ne faut pas troubler le "wa", l'harmonie qui règne entre les individus et qui fonde le pays tout entier.

Une écriture douce pour un propos très violent.


Au cœur du Yamato tome 1 : Mitsuba, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
Août 2012

No-no-yuri [Aki Shimazaki]

Presque deux ans depuis ma lecture précédente de Aki Shimazaki, c'était avec Fuki-no-tô. Je ne sais pas si cet opus fait parti d'un cycle ou est un one shot.

L'histoire : Kyôko est une jeune femme à qui tout réussit : elle est brillante, sa carrière de secrétaire de direction semble se dessiner sans ombrage. Elle plaît aux hommes et jouit de leurs désirs sans jamais consentir à l’engagement, malgré les injonctions de ses parents. Avec son nouveau patron, charmant, elle entame une relation où s’intriquent l’intime et le travail.

Mon avis : J'ai cette fois été étonnée de découvrir sous la plume d'Aki Shimazaki un personnage fort peu sympathique au premier abord. En effet, Kyôko est assez imbue de sa personne. Elle se sait belle et brillante et attend que chacun autour d'elle le reconnaisse et lui en fasse l'éloge. Ca aurait pu être un poil agaçant sans la délicatesse du style de l'autrice et la distance toujours très présente dans la littérature japonaise. Celle-ci permet en effet de se détacher du personnage principal et de s'attacher davantage aux relations qu'elle tisse avec les êtres qui l'entourent.

On décortique les relations homme-femme, souvent mises à mal par des histoires de tromperie, au sein de la culture japonaise faite de silence et d'acceptation. Kyôko qui refuse cette destinée toute tracée fait alors figure de rebelle au sein d'une société très policée. Si elle garde une apparente froideur, on découvre petit à petit son tumulte tout intériorisé. Et c'est là qu'on retrouve la magie des mots d'Aki Shimazaki qui sait dire beaucoup en peu de phrases.

Un beau roman à savourer, comme souvent avec l'autrice.


No-no-yuri, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud pour Kindle
Mai 2022

Fuki-no-tô [Aki Shimazaki]

Je continue le cycle L'ombre du chardon d'Aki Shimazaki, entâmée avec Hôzuki en 2016.
 

L'histoire : Atsuko est heureuse dans la petite ferme biologique dont elle a longtemps rêvé. Ses affaires vont bien, il lui faudra bientôt embaucher de l'aide. Quand son mari a accepté de quitter la ville pour partager avec sa famille cette vie à la campagne qui ne lui ressemble pas, elle a su reconnaître les sacrifices qu'il lui en coûtait. Mais une amie qui resurgit du passé la confronte elle aussi à des choix : Atsuko va devoir débroussailler son existence et ses désirs, aussi emmêlés qu'un bosquet de bambous non entretenu.

Mon avis : Après Hôzuki (physalis) donc, puis Azami (le chardon) et Suisen (le narcisse), c'est la fleur de pétasite qui est mise à l'honneur dans ce roman où on retrouve les personnages du premier titre. Atsuko, femme trompée, et son mari Mitsuo qui a mis fin à se relation adultère, sont heureux : lui a fondé sa propre revue et elle a repris l'exploitation agricole de son père. Elle s'épanouit dans cette activité et est soutenu par son mari qui l'aide autant qu'il peut malgré sa maladresse. Elle est elle-même.

Pourtant, l'arrivée d'une amie d'enfance va la chambouler. Elle doute de son couple. Lorsqu'elle a mis son mari devant ses responsabilités, elle n'aurait pas été triste de voir ce mariage se terminer.  Elle a été surprise de le voir si facilement renoncer à sa maîtresse, si sensuelle et féminine. D'autant qu'elle-même ne fait guère d'efforts comme dit sa mère, et se contente d'être bien dans sa peau avec son allure garçonne et ses cheveux courts. En retrouvant les émois de sa prime jeunesse, le voile va se déchirer. Mais saura-t-elle l'assumer ?

On se doute d'où le roman nous mène et c'est fait avec une belle délicatesse et une grande sensibilité, avec la justesse des mots qui fait le talent d'Aki Shimazaki. Mais ce qui est surtout intéressant ici, c'est cette mise en récit de la difficulté de se connaître et de ne pas s'oublier sur le chemin, pour faire plaisir à ses proches, pour répondre aux conventions sociales ou tout simplement parce qu'on ne s'est jamais posé la question.

Comme toujours, les phrases sont courtes, ciselées avec précision mais derrière se cache toute la complexité des sentiments humains et des traditions japonaises. 


Fuki-no-tô, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
Avril 2017

Suisen [Aki Shimazaki]

Deux ans après avoir lu le précédent tome de la saga L'ombre du chardon d'Aki Shimazaki, je me lance enfin dans ce troisième tome, qui vient compléter Azami et Hôzuki.

L'histoire : À la tête d'une société prospère fondée par son grand-père, Gorô est marié avec une femme de bonne famille et père de deux enfants pour qui il a des ambitions claires. IL entretient deux maîtresses - dont une magnifique actrice -, s'entoure de clients importants dans les bars et exhibe fièrement des photos de lui auprès de célébrités. Même s'il croit en mériter toujours davantage, Gorô trouve qu'il a bien réussi sa vie. Or, le jour où ses convictions sont une à une ébranlées, il est forcé de se regarder franchement dans le miroir, sans doute pour la première fois.

Mon avis : Derrière ce simple mot se cache la fleur de narcisse, symbole parfait du personnage que l’auteur nous propose ici. Gorô est homme infatué. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur lui en train se contempler son reflet dans la glace. Cet homme contrôle son entourage : sa femme et ses enfants, qui devront suivre le chemin qu’il trace pour eux, tandis que lui s’amuse avec ses deux maîtresses ; sa société et les clients de celles-ci qui le flattent en s’adressant à lui avec déférence. Pourtant, derrière cette réussite affichée, l’auteur dessine petit à petit les failles, qui vont devenir fissures béantes. La vision archaïque de la société japonaise est portée à son paroxysme par Gorô qui, de personnage assez détestable, en devient petit à petit ridicule et triste. Car il a gardé en lui les traces de ses blessures d’enfance et il va falloir les raviver pour enfin les guérir et espérer un véritable bonheur.

Aki Shimazaki fait, comme toujours, preuve de sensibilité pour décrire l’âme, le tout avec une langue très sobre. Elle réussit à nous émouvoir d’un personnage pourtant peu sympathique.

Suisen, d'Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
2016

Washington Black [Esi Edugyan]

L'auteur : Esi Edugyan est une auteure canadienne née en 1978. Washington Black est son troisième roman. Il a obtenu le prix Giller 2018.

L'histoire : La Barbade, 1830. Washington Black, onze ans, est esclave dans une plantation détenue par un homme cruel. Très vite, sa vivacité et ses talents de dessinateur impressionnent le frère de son maître, l'excentrique Christopher Wild. Cet explorateur abolitionniste le prend sous son aile pour l'assister dans un projet fou : construire un ballon dirigeable. Mais un jour Wash est accusé à tort d'un crime et les deux hommes sont contraints de fuir. S'envolant des Antilles au Pôle Nord, de Londres au Maroc, c'est un voyage extraordinaire qui attend le jeune Wash en ce siècle de découvertes. Mais le chemin le plus dur à parcourir sera celui qui le mènera vers la liberté...

Mon avis : En ce moment, j’ai du mal à me concentrer pour lire. Autant j’apprécie le télétravail, autant je me rends compte que je lis beaucoup dans les transports en commun et que, par la force des choses, je trouve moins de temps pour lire chez moi. Bref, tout ça pour dire que si j’ai eu du mal à me lancer dans la lecture de ce roman, proposé par les éditions Folio pourtant depuis un bon moment. Je suis désolée de ce retard.

Cela étant dit, qu’en est-il de ce roman ? Le récit s’ouvre en 1818 sur une plantation sucrière à la Barbade, où vit le jeune Washington Black, esclave de son état. Suite au décès de son maître précédent, un nouveau arrive, accompagné de son frère, un scientifique abolitionniste qui va le sortir du travail des champs pour en faire son assistant. Dans son sillage, Wash va apprendre à lire, se découvrir un talent pour le dessin d’illustration et fuir vers l’Arctique.

Tout au long du roman, c’est la condition d’esclave qui est mise en lumière. Au final, il y a assez peu de scènes de violences esclavagistes puisqu’une toute petite partie du roman seulement se déroule sur la plantation. Mais une fois celle-ci quittée, comment se libérer de chaînes aussi psychologiques que physiques ? La culpabilité va poursuivre le jeune homme et les images qui le hantent ont toutes leur origine dans cette réalité qui fut la sienne. D’autant que le danger d’être repris plane en permanence au-dessus de lui. Qui est vraiment Washington Black ? Arrivera-t-il a dépassé son statut d’ancien esclave pour s’autoriser à se voir comme un individu à part entière, au-delà des considérations de l’époque ? Un roman d’apprentissage donc, qui trouve un écho parfait dans le contexte actuelle de revendications autour de la mort de George Floyd.

Si j’ai été happée par le sujet, je suis plus réservée sur le style de l’auteure, qui manque de dynamisme à mon goût pour un roman de ce genre. Il y a des longueurs et des digressions faciles par moment qui entravent les élans d’aventures et c’est dommage. Pour le reste, c'est un excellent roman à mettre entre toutes les mains.


Washington Black, d'Esi Eduygan
Traduit par Michelle Herpe-Voslinsky
Éditions Folio
Mai 2020

Le facteur émotif [Denis Thériault]

L'auteur : Né en août 1959, Denis Thériault est un auteur québecois. Diplômé en psychologie, il est acteur, scénariste et écrivain. Le facteur émotif a remporté le Prix littéraire Canada-Japon en 2006.

L'histoire : Bilodo a vingt-sept ans, il est facteur et mène une existence tranquille. À l'ère des mails et des téléphones portables, il n'a plus souvent l'occasion d'acheminer une lettre personnelle. Alors, quand il en trouve une dans le flot de courriers administratifs et de publicités, il lui fait faire un petit détour et, le soir venu, ouvre l'enveloppe à la vapeur pour en découvrir le contenu. Sagement, le lendemain, il la remet à son destinataire.
Son petit vice va le conduire à faire la rencontre épistolaire de Ségolène, qui écrit régulièrement de beaux haïkus à un certain Gaston Grandpré. Tandis que son amour pour la belle grandit à l'abri du réel, un étrange coup du sort va lui offrir l'opportunité providentielle. Mais le destin ne favorise que les audacieux. Bilodo va devoir devenir poète et abandonner tout espoir de tranquillité, en laissant entrer dans sa vie l'intrigue et le sentiment.

Mon avis : Bilodo est un solitaire, sans que ça lui pèse pour autant. Il trouve la sérénité dans son métier de facteur, apportant le courrier aux gens, avec une attention toute particulière pour les courriers manuscrits qui se font de plus en plus rares. Il va même jusqu’à ouvrir ces enveloppes le soir pour lire les messages, avant de les refermer et de les apporter à leurs destinataires premiers. Une façon de vivre une autre vie par procuration.

Bon, déjà cette habitude est un peu bizarre. Mais c’est assez classique dans les romans qui exaltent le quotidien que de partir d’une situation un peu à la marge. Donc, ok, j’accepte. Le problème, c’est que Bilobo va s’enfoncer dans un comportement de plus en plus malsain : il usurpe l’identité d’un homme décédé, il va jusqu’à se glisser dans ses murs et dans ses habits pour absorber sa personnalité. Du coup, j’ai complètement lâché l’empathie première que je pouvais ressentir pour lui, lui souhaitant de trouver un moteur supplémentaire dans sa vie. Et j’ai fini par éprouver surtout de la défiance, ce qui a gâché totalement la suite de ma lecture.

Il y a pourtant une plume poétique et simple qui est vraiment plaisante. L’auteur sait jouer l’audace dans la forme pour tisser son récit, celui d’un personnage québécois échangeant des haïkus avec une guadeloupéenne. C’est assez original. Le lecteur plonge dans la beauté de ces courts poèmes japonais qui saisissent en à peine quelques mots la magie d’un instant éphémère.

Et pour clore le récit, comme si l’auteur ne savait plus comment se débarrasser de tout ça, un retournement farfelu qui a au moins le bon ton de surprendre et de cueillir le lecteur là où il ne s’y attend pas.

Le facteur émotif, de Denis Thériault
Éditions Anne Carrière
Avril 2015

Azami [Aki Shimazaki]

Le premier tome du cycle L'ombre du chardon d'Aki Shimazaki, cette auteur canadienne d'origine japonaise déjà lue ici sur ce blog avec notamment tout son cycle Le poids des secrets.

L'histoire : Mitsuo Kawano, jeune trentenaire, est étonné quand il croise par hasard Gorô Kida, un ancien camarade de classe devenu le président d'une importante compagnie. Il est encore plus surpris lorsque celui-ci l'invite dans un club très sélect où travaille une autre ancienne amie d'école, la belle et mystérieuse Mitsuko, devenue entraîneuse.
Mitsuo mène une carrière de rédacteur pour une publication culturelle en attendant de fonder sa propre revue d'histoire. En dépit d'un certain détachement sexuel, il s'entend bien avec Atsuko, la mère de ses deux enfants. Il se contente de fréquenter les salons érotiques pour combler ses besoins. Mais ces retrouvailles fortuites ravivent en lui les rêves et les désirs de jeunesse.

Mon avis : En lisant Hôzuki, j'avais compris que le roman faisait partie d'un cycle et que je n'avais pas lu le premier tome, sans que cela ne gêne ma lecture pour autant. Mais curieuse de reprendre les choses dans l'ordre, j'avais noté ce Azami comme étant à découvrir, chose faite lorsque je suis tombée dessus à la bibliothèque.

J’ai retrouvé avec plaisir le style épuré et concis de l’auteur, tout en précision. Elle sait d’un rien laisser deviner les sentiments qui peuvent agiter ses personnages, planter un décor et une ambiance. En quelques pages, Aki Shimazaki nous propose de plonger au cœur de la société japonaise comme on a peu l’occasion de la voir, dans son quotidien le plus banal.

Cette fois-ci, on découvre le regard japonais sur le mariage. Souvent très conventionnel, il arrive que les hommes aillent voir ailleurs pour satisfaire des besoins purement physiques voire entretiennent une ou plusieurs maîtresses sans que cela ne remette en cause le foyer conjugal. Mitsuo aime sa femme et sa vie. Il sait se satisfaire de ce qu’il a sans aspirer à l’impossible. Il ne se lamente donc pas de la distance respectueuse qui s’est installée avec sa femme depuis la naissance de leur deuxième enfant. Ils font chambre à part. Lorsqu’il croise par hasard Mitsuko, son premier amour, inassouvi, c’est l’occasion pour lui de faire le bilan de sa vie et peut être de retrouver le chemin de l’amour conjugal.

"La vie parfaite n'existe nulle part. Sois content de ce que tu as."

Azami, de Aki Shimazaki
Éditions Actes Sud
Janvier 2015

Station Eleven [Emily St John Mandel]

L'auteur : Née en 1979 en Colombie-britannique, Emily St John Mandel est une romancière canadienne anglophone spécialisée dans le roman policier. C'est pourtant avec son premier roman de science-fiction Station Eleven qu'elle rencontre un franc succès, nommée pour plusieurs prix.

L'histoire : Un soir d'hiver à l'Elgin Theatre de Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander s'écroule sur scène, en pleine représentation du Roi Lear. Plus rien ne sera jamais comme avant.

Dans un monde où la civilisation s'est effondrée, une troupe itinérante d'acteurs et de musiciens parcourt la région du lac Michigan et tente de préserver l'espoir en jouant du Shakespeare et du Beethoven. Ceux qui ont connu l'ancien monde l'évoquent avec nostalgie, alors que la nouvelle génération peine à se le représenter. De l'humanité ne subsistent plus que l'art et le souvenir. Peut-être l'essentiel.

Mon avis : Qui n’a pas entendu parler de Station Eleven, le roman de science-fiction sorti fin d’année dernière et largement encensé par les média et la blogosphère ? J’ai fini par l’emprunter à la bibliothèque pour me faire mon propre avis. Et si j’ai passé un excellent moment de lecture, je ne crierai pas au coup de cœur.

Tout commence par une représentation du Roi Lear dans un théâtre à Toronto. Le grand comédien Arthur Leander est une des premières victimes d’une grippe qui va décimer 99% de la population mondiale. Les survivants que nous allons suivre ont tous un lien plus ou moins proche avec Arthur et vont devoir affronter une nouvelle vie pour laquelle ils ne sont pas du tout préparés : plus de repères et les êtres qui errent à la recherche d’un sens.

Passées les premières semaines, la technologie s’arrête : plus d’internet, plus d’électricité, plus d’eau courante, plus d’essence donc plus de déplacements mécanisés… Les voitures jonchent les routes, donnant aux paysages un air de The Walking dead (je suis en plein dans la 6e saison, d’où la ressemblance évidente). On ne sait jamais si celui qu’on croise est amical ou non et on s’adonne aux pillages des maisons désertées pour trouver des produits manufacturés. Pourtant, dans ce monde dévasté, la Symphonie itinérante est une compagnie qui va de communauté en communauté pour donner des représentations de pièces de théâtre de Shakespeare et jouer du Beethoven. La mémoire du passé et notamment de l’art est pour eux un moyen de faire plus que survivre dans ce nouveau monde. Pourtant, à ressasser le passé en permanence, ceux qui ont connu ce monde d’avant perdent le lien avec la nouvelle génération, née après l’épidémie.

Emily St John Mandel alterne les époques et les personnages pour tisser une histoire au final pas forcément très originale : McCarthy a fait bien plus effrayant avec La route dans le genre post-apocalyptique et Damasio plus profond avec La horde du contrevent dans le genre quête d’une nouvelle identité. Mais son style emporte le lecteur sur les traces des différents protagonistes et décrit un monde non dénué d’une sorte de beauté, où la civilisation revient à ses premiers besoins primaires : vivre, manger, dormir, le tout en sécurité. L’art seul porte l’Homme plus loin, vers un ailleurs où il trouvera peut-être la rédemption.

Ce qui est dommage, c’est qu’on ne suive pas davantage la Symphonie itinérante pour comprendre les motivations de chacun de ces participants. A se centrer sur Arthur Leander, qui n’a au final que peu d’intérêt comme personnage, on perd en profondeur, et on se focalise trop sur l’avant plutôt que l’après. Le personnage du fils d’Arthur, Tyler, aurait par contre mérité bien plus que ces quelques pages finales. D’autres bonnes idées parsèment ce roman, comme le Musée des Civilisations, mais cela peine à construire un univers pleinement original. L’originalité se trouvant plutôt dans la bande dessinée réalisée par Miranda, première femme d’Arthur, dont le roman tire son nom. Là aussi, on aurait aimé en savoir plus et que les liens entre les deux mondes soient plus serrés.

Bref, ça se lit avec plaisir mais ça n’est pas pour moi la claque annoncée partout.

"Les caravanes étaient d’anciens pickups aux roues en bois et en acier, aujourd’hui tirés par des attelages de chevaux. On avait retiré toutes les pièces rendues inutiles par la disparition de l’essence – moteur, système d’alimentation en carburant, tous les autres composants qu’aucun humain de moins de vingt ans n’avait jamais vus fonctionner – et on avait installé un banc sur le toit de chaque cabine pour les conducteurs."


Station Eleven, d'Emily St John Mandel
Traduit par Gérard de Chergé
Editions Rivages
Juin 2016

Mon petit bled au Canada [Zarqa Nawaz]

L'auteur : Née en 1968 à Liverpool, Zarqa Nawaz est une journaliste et réalisatrice britannico-canadienne d'origine pakistanaise.

L'histoire : Zarqa Nawaz n'a que six ans quand ses parents, musulmans pakistanais aisés, s'installent au Canada. Le choc culturel est rude pour la fillette, qui doit affronter les préjugés de ses camarades autant que le conservatisme religieux de ses pairs...

Jeune femme, elle a tôt fait de s'autoproclamer sultane de la dérision, et elle nous plonge dès les premières pages de ce roman tendre et hilarant dans la peau de cette enfant impertinente et lucide. Des mésaventures scolaires de la petite Zarqa à l'amour vache qui la lie à son flegmatique mari en passant par l'éducation de ses enfants, tout est délicieusement absurde, réaliste et d'une infinie tendresse dans ce récit d'une famille confrontée à sa différence culturelle et religieuses... et le résultat est savoureux, politiquement incorrect et salutaire.

Mon avis : En lisant le pitch sur le site Denoël, j'ai tout de suite été tentée par ce roman. D'abord parce qu'il est canadien, et que j'en lis peu. Ensuite parce qu'il promettait un traitement humoristique du décalage culturel entre Canadiens et musulmans. Et je n'ai pas du tout été déçue.

Déjà, l'écriture de Zarqa Nawaz est simple et efficace. Elle ne cherche pas à se donner un style particulier, raconte une anecdote par chapitre, en commençant par ses souvenirs de petite fille et des différences qu'elle notait avec ses camarades de classe. Au fur et à mesure qu'elle grandit, le ton devient toujours plus mordant et savoureux. L'auteur met en scène une narratrice gaffeuse mais terriblement sympathique, à la répartie décalée qui peu parfois jeter un grand froid dans une assemblée.

Autour des histoires, se dessine la différence d'être musulmane au Canada. Et l'auteur, enfant, assimile directement deux cultures, en prenant le meilleur pour se construire, rejetant ce qui lui semble aberrant ou limitant, ne comprenant pas qu'on puisse l'obliger à autre chose, la cantonner à l'un ou l'autre quand il lui semble si évident qu'elle peut être les deux. Avec l'âge adulte ne vient pas la sagesse, bizarrement mais pour la plus grande joie du lecteur.  Zarqa Nawaz veut pouvoir décider elle-même de qui elle est et refuse toujours l'intégrisme. J'ai ouvert les yeux sur certaines situations tout en rigolant beaucoup à cette lecture.

C'est intelligemment court et frais, plein d'humour et aussi de lucidité sur le monde qui nous entoure, sur les préjugés des uns et des autres, et sur l'importance qu'on peut donner aux regards de l'autre, jusqu'à s'en oublier soi-même. Un roman bourré d'humour et qui fait réfléchir. Une jolie découverte !

"Sami, regarde son zizi ! Il est tout difforme, on dirait un ver de terre ! Tu savais qu'il y avait un problème génétique dans votre famille ? Parce que ça ne vient pas de la mienne. Chez nous, aucun homme n'est fichu comme ça !"
Mon mari posa sur moi un regard incrédule.
"Tu viens de découvrir à quoi ressemble un pénis non circoncis." (p°168)

Mon petit bled au Canada, de Zarqa Nawaz
Traduit par Isabelle D. Taudière
Denoël
Septembre 2016

Hôzuki [Aki Shimazaki]

Quatre ans après avoir découvert la saga du Poids des secrets d'Aki Shimazaki, je retrouve l'auteur avec son tout dernier roman, Hôzuki.

L'histoire : Mitsuko tient une librairie d'occasion spécialisée en ouvrages philosophiques. Elle y coule des jours sereins avec sa mère et Tarô, son fils sourd et muet. Chaque vendredi soir, pourtant, elle redevient entraîneuse dans un bar haut de gamme. Ce travail lui permet d'assurer son indépendance financière, et elle apprécie ses discussions avec les intellectuels qui fréquentent l'établissement.

Un jour, une femme distinguée passe à la boutique accompagnée de sa fillette, et les enfants de chacune sont immédiatement attirés l'un par l'autre. Sur l'insistance de la dame et pour faire plaisir à Tarô, bien qu'elle évite habituellement de nouer des amitiés, Mitsuko acceptera de les revoir. Cette rencontre pourrait toutefois mettre en péril l'équilibre de sa famille.

Mon avis : On retrouve ici toute la pudeur de la plume d'Aki Shimazaki. Elle donne à toutes les histoires qu'elle raconte une couleur particulière, faite de douceur et de délicatesse. Pas de sentiments forts et ravageurs, ou en tout cas ils ne sont pas décrits en ces termes. Car on se doute que l'inquiétude que doit ressentir Mitsuko est bien réelle devant l'irruption dans sa vie de madame Sato. Ainsi que la passion qui doit habiter celle-ci.

En entrant dans l'intimité de la vie de Mitsuko, l'auteur lève les voiles petit à petit sur qui elle est et qu'elle est sa vie. Elle décortique le sentiment maternel et le lien qui peut exister entre deux êtres. J'ai bien vite deviné qui pouvait être cette madame Sato et, comme la retenue caractéristique du style japonais n'entraîne guère à l'épanchement, il y a eu tout au long de ma lecture une sorte de distance infranchissable entre l'histoire et moi. Comme si je regardais tout ceci se dérouler devant moi, derrière une vitre, même si sans déplaisir aucun. J'ai été également surprise par le mélange entre la tradition qui encre profondément la vie de tous les personnages que nous croisons et la vie plus dissolue que mène Mitsuko le vendredi soir, sans que cela ne semble choquer personne pour autant.

Un joli roman donc, mais qui m'aura laissée en retrait.

Hôzuki, de Aki Shimazaki
Actes Sud
Mars 2016

Les héritiers de la mine [Jocelyne Saucier]

Après le vrai plaisir que j'avais pris à la lecture d'Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, je n'ai pas pu résister lorsque les éditions Denoël m'ont proposé de découvrir son deuxième roman, Les héritiers de la mine.

L'histoire : Eux, c’est la tribu Cardinal. Ils n’ont peur de rien ni de personne. Ils ont l’étoffe des héros… et leur fragilité.

Notre famille est l’émerveillement de ma vie et mon plus grand succès de conversation. Nous n’avons rien en commun avec personne, nous nous sommes bâtis avec notre propre souffle, nous sommes essentiels à nous-mêmes, uniques et dissonants, les seuls de notre espèce. Les petites vies qui ont papillonné autour s’y sont brûlé les ailes. Pas méchants, mais nous montrons les dents. Ça détalait quand une bande de Cardinal décidait de faire sa place.
– Mais combien étiez-vous donc?
La question appelle le prodige et je ne sais pas si j’arrive à dissimuler ma fierté quand je les vois répéter en chœur, ahuris et stupides :
– Vingt et un? Vingt et un enfants?
Les autres questions arrivent aussitôt, toujours les mêmes, ou à peu près : comment nous faisions pour les repas, comment nous parvenions à nous loger, comment c’était à Noël, à la rentrée des classes, à l’arrivée d’un nouveau bébé, et votre mère, elle n’était pas épuisée par tous ces bébés?
Alors je raconte...

Mon avis : C'est l'histoire d'une famille hors norme. Elle est magique. À tour de rôle, certains des enfants Cardinal vont raconter cette histoire. En commençant par le benjamin, surnommé LeFion. Il raconte le quotidien d'enfants élevés dans une région minière paumée du Canada, dans la ville de Norco. Le père est totalement absorbé par la mine de zinc. Le mère obnubilée par la logistique nécessaire pour nourrir toute cette fratrie. Du coup, les aînés vont prendre les commandes : LaPucelle jouera le rôle de mère de substitution. Malgré les bizarreries de ce collectif, une forme de bonheur existe, une liberté qui ne se trouve nul part ailleurs. C'est un joyeux bazar.

Jocelyne Saucier a en elle la magie des mots. Elle façonne ses personnages à l'image de leur environnement : ils sont secs, durs, et pourtant envoûtants. Aucune facilité ici. La douleur est présente, en permanence. D'abord, la douleur de perdre son innocence d'enfants, cette enchantement d'un temps à jamais révolu où les soucis n'avaient pas la même importance, aussi vite oubliés qu'arrivés. Ensuite, celle du drame qui se profile, drapé dans un voile d'ignorance fait pour protéger les plus faibles. Des choses sont tues. Un jour de juillet a été funeste. Que s'est-il donc passé qui nécessite tant de précautions ? Petit à petit, voix par voix, le voile va se lever. Et le lecteur de ressentir tout le déchirement et la perte d'un être cher. Car la fin de la mine, de la ville de Norco, va aussi sonner le glas de la famille Cardinal. Ce qui les unit va voler en éclats, suivis par des années d'incompréhension. Et la plume de l'auteur entraîne le lecteur toujours plus loin dans cet univers, ce monde qui se révèle à lui.

Au moment de les quitter, leur destin est entre leurs mains. À eux de savoir, à eux de choisir qui ils veulent être, séparément ou collectivement. Un très beau roman.

"Le bonheur, tu le sais, nous en avons longuement discuté, je n'en voulais pas. J'avais mieux à faire que d'être heureuse dans la vie. J'avais des rêves tellement grands que je ne pouvais pas en rêver. Le bonheur n'était qu'un encombrement, une mollasserie qui allait affadir le goût de mes rêves. Et la vie, dans l'un de ces revirements cruels dont elle a le secret, a fait que je me retrouve installée dans une sorte de bonheur aux confins des terres habitées alors que tu as été arrachée à ses promesses..." (p°64).

Les héritiers de la mine, Jocelyne Saucier
Denoël
Avril 2015

Il pleuvait des oiseaux [Jocelyne Saucier]

L'auteur : Née au Nouveau-Brunswick en 1948, Jocelyne Saucier est une romancière québécoise. Elle a obtenu de nombreux prix avec Il pleuvait des oiseaux, son quatrième roman.

L'histoire : Trois octogénaires épris de liberté vivent selon leur propre loi en forêt profonde dans le nord de l'Ontario. Non loin de là, deux hommes, l'un gardien d'un hôtel fantôme et l'autre planteur de marijuana, veillent sur l'ermitage des vieillards. Leur vie d'hommes libres et solitaires sera perturbée par l'arrivée de deux femmes. D'abord une photographe en quête du dernier survivant des grands feux qui ont ravagé la région au début du XXe siècle. Puis une deuxième visiteuse, très vieille celle-là, Marie-Desneige, un être aérien et lumineux qui détient le secret des amours impossibles. La vie ne sera plus la même à l'ermitage.

Mon avis : Enquêtant sur un survivant des Grands Feux de Matheson, qui ont ravagé la région de  l'Abitibi-Témiscamingue, une photographe, découvre deux petits vieux, Charlie et Tom, installés au fond des bois. La plume poétique de l’auteur fait immédiatement merveille pour décrire un lieu, sauvage et pourtant beau, que sont ces forêts canadiennes. Chaque vieillard dispose de sa propre cabane et d’un lit fait de fourrures accueillantes qui permettent de repousser le froid. Charlie et Tom savourent leur liberté retrouvée, après tant d’années passées à se plier aux convenances. Ils ne sont pas faciles d’abord, comme la nature qui les environne, mais avec un peu d’effort… Jusqu’à l’arrivée d’une petite vieille, Maris-Desneige, qui va tout remettre en cause.

Il faut accepter, au début du roman, de se perdre dans les différents personnages présentés et dont le lecteur ne sent pas forcément tout le potentiel. Certains conserveront d’ailleurs leur part d’ombre : certains ne dévoileront pas leur prénom, d’autre leur vie de famille… Seul les « petits vieux » seront exposés en pleine lumière. L’auteur ne cherche pas à donner une réponse à tout. Ainsi le lecteur abandonne-t-il sur le chemin Steve et Bruno, sans savoir trop ce qu’il en adviendra. Mais la délicatesse du roman se dévoile peu à peu, laissant de côté la vie rude au fond des bois pour découvrir une émotion partagée entre tous les protagonistes. C’est l’intervention de Marie-Desneige qui fait tout le charme de cette histoire : comme un lutin des bois, elle vient réveiller ses vieillards quelque peu endormis pour les ramener à la vie.

Le récit tendre fait par Jocelyne Saucier est un mélange agréable et réussi : sur l’histoire de ces Grands Feux (que je ne connaissais absolument pas, qui eurent lieu en 1916 et coutant la vie à 223 personnes), les rêves de liberté, les sacrifices, l’amour, l’amitié, la vieillesse et la mort. Sur beaucoup de choses habillement mêlées. Les personnages sont justes, tout en finesse, et terriblement attachants. Et les descriptions sont belles, notamment celles, presque hypnotiques, de l'incendie de Matheson :

« En fait de folie, il y a plus insidieux, une sorte de fascination qui naît dans le déploiement des flammes, leur force, leur toute-puissance, leurs couleurs éblouissantes dans la fumée, une contemplation horrifiée qui se poursuit tout au long de la course pour la survie et qui se charge au fur et à mesure qu’on compte les morts d’un besoin irrépressible d’aller toujours de l’avant pour éprouver son état de vivant ; » (p°95)

En bref, un livre lumineux sur le crépuscule de la vie.

Merci aux éditions Folio pour ce roman magique, qui s'inscrit également dans mon challenge Petit Bac d'Enna, pour la catégorie Pronom personnel sujet.

Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier
Folio
Janvier 2015

Saison sèche [Peter Robinson]

L'auteur : Peter Robinson est un canadien d'origine anglaise. Saison sèche a obtenu le Anthony Award et le Grand prix de littérature policière.

L'histoire : Un été torride frappe le Yorkshire. Asséché, le lac artificiel révèle les ruines du village englouti de Hobb's End. C'est là que le jeune Adam, un gamin du voisinage, fasciné par ce fantastique domaine d'aventure, fait une découverte macabre : les os d'une main humaine, recouverts d'une croûte terreuse, humide et noire...

Comment mettre un nom sur ces restes ? Qui a été inhumé ainsi, à la hâte, dans la remise d'une maison ? Comment reconstituer le drame ignoré de tous qui s'est déroulé à Hobb's End alors que la guerre brassait les populations, amenant au village les réfugiés de Londres bombardé et les soldats américains ?

Un défi pour Alan Banks, le policier mis sur la touche pour insubordination, et chargé de cette affaire à l'évidence inextricable. Peu à peu, cependant, les archives locales vont livrer leurs secrets, les mémoires des survivants se délier, et le destin tragique de Gloria émerger de l'oubli dans le décor hallucinant du village fantôme.

Mon avis : En 2009, je vous parlais de ma lecture de Ne jouez pas avec le feu, qui ne m'avait pas vraiment emballée. Ma cousine avait donc décidé de me prêter une lecture du même auteur, avec le même inspecteur, qui lui avait plu et qui selon elle était le meilleur de la série. C'est comme cela que Saison sèche est arrivé dans ma PAL. De 2009 à 2014, le livre a eu largement le temps de prendre la poussière et je me suis dit qu'il était largement temps de le rendre à sa propriétaire et donc de le lire avant !

Deux fils narratifs s’entremêlent : celui de l’époque actuelle où le major Cabbot et l’inspecteur Banks tentent de découvrir à qui est le corps découvert dans le village englouti de Hobb’s End ; et celui d’une personne racontant la vie dans Hobb’s End lors de la seconde guerre mondiale. Le principal intérêt du roman réside dans ce deuxième récit qui fait toucher du doigt au lecteur ce que pouvait être la vie dans les campagnes anglaises lors de cette guerre : rationnement, couvre-feu, bals, soldats anglais, canadiens ou américains. Ce procédé narratif assez courant permet de conserver l’intérêt du lecteur : lorsqu’un des deux récits s’enlise quelque peu, l’autre le tient en haleine. Et c’est intéressant de voir les deux histoires se compléter ou se répondre.
Forcément, j’ai pensé à la trilogie de Lewis, lue il y a peu, et qui use également de ce procédé mêlant plusieurs voix et plusieurs époques. Malheureusement, la comparaison est loin d’être avantageuse pour Saison sèche. Les personnages sont caricaturaux et l’inspecteur Banks continue à m’agacer : je le trouve mollasson, il passe son temps à attendre que la solution lui tombe toute cuite dans la bouche, à ressasser ses misères pendant que le major Cabbot se tape tout le boulot de recherche. Et puis cela manque furieusement de description d’un paysage qui mériterait pourtant de s’y attarder. Car nous sommes ici dans le Yorkshire, région connue (entre autre) pour les landes décrites dans Les Hauts de Hurlevent  par Emily Brontë.

Bref, une déception encore une fois. Je vais définitivement me tourner vers d'autres séries que celle-ci.

Saison sèche, de Peter Robinson
Traduit par Dominique Rinaudo
Livre de Poche
Juin 2002

Aristote, mon père [Annabel Lyon]

L'auteur : Née en 1971, Annabel Lyon est une auteur canadienne. Son premier roman, Le juste milieu, a été publié en 2009.

L'histoire : Pythias, la fille d'Aristote, a été élevée à l'égal des hommes. Elle fait figure d'exception à Athènes, puis en Macédoine où elle est contrainte de s'exiler : c'est elle, et non son frère cadet, qui assiste Aristote dans ses travaux, provoque les collègues de son père par ses remarques pointues, et se rêve en philosophe, scientifique ou sage-femme. La mort d'Aristote disperse ses biens et sa famille à travers la Macédoine, laissant Pythias seule, en décalage avec cette société qui nie l'existence d'une conscience féminine, et l'oblige à se confronter à la réalité d'un monde dont elle s'était toujours tenue écartée.

Mon avis : Il faut d’entrée de jeu que je vous dise : je fais partie de ceux qui n’ont pas, encore, lu Le juste milieu. Et je me dis, à la lecture de ce roman, que cela m’a probablement manqué. Non parce qu’il s’agirait d’une suite étroitement liée, pas du tout. Le roman se tient parfaitement par lui-même. Mais j’ai un peu le sentiment d’avoir lu un roman qui ne se comprendrait totalement que par le tout qu’il forme avec son prédécesseur. Comme si je ne voyais qu’une seule facette d’une pièce : aussi intéressante soit cette facette, une pièce est composée de deux faces qui définissent cet objet. Une seule face n’est pas suffisante.

Ce roman est centré sur une femme, et pas n’importe laquelle, rien de moins que la fille d’Aristote, Pythias. Il semble qu’on ne connaisse véritablement pas grand-chose à son sujet : ayant reçu une bonne éducation de son père et mariée trois fois, dont la première par la volonté de son défunt père qui aura couché le nom de son époux sur son testament. Alors Annabel Lyon imagine les difficultés à s’intégrer que peut rencontrer une fille, éveillée aux plus hauts principes de philosophie, dans un monde pensé par et pour les hommes.

Jeune fille, Pythias suit son père dans ses discours, bénéficie d’un accès à un savoir inimaginable. Devenue femme, elle est immédiatement rejetée par ce père qui l’aime pourtant tendrement. Comme si le statut de femme la rendait forcément inférieure et indigne des sciences qu’on lui montrait jusque là. Mais c’est trop tard. Son esprit est déjà corrompu par cette liberté et cette curiosité qui ont été éveillées ; elle sait, parfois mieux qu’un homme. Comment entrer dans le moule ensuite et accepter les conventions ? Tenir une maison, être une bonne épouse, donner des enfants, se contenter du peu accordé aux femmes à cette époque : quelques métiers leurs sont réservés et elles peuvent y exercer un pouvoir certain, mais à quel prix.

Comme son père lui a lui-même enseigné, la théorie n’est rien sans la pratique. Elle va donc se confronter à la réalité, tenter de faire son propre chemin, seule, de trouver une place dans ce monde dont elle a été jusque-là protégée. J’ai trouvé qu’il était parfois difficile de suivre Pythias dans ses tentatives de trouver sa voie : prêtresse, sage-femme ou prostituée, on passe un peu trop vite d’une tentative à l’autre, sans forcément comprendre le cheminement de la jeune femme. C’est d’autant plus étonnant que, avant la mort d’Aristote, tout est plus explicite. A croire que l’auteur essaie de nous faire ressentir par ce biais les doutes qui saisissent son personnage. Mais ce n’était peut-être pas le meilleur moyen de les souligner.

Au bout du chemin, Pythias comprendra que les femmes ne sont peut-être pas aussi opprimées qu’elle le croit. A s’exercer discrètement, leur pouvoir existe pourtant bel et bien. A elle de s’entourer des bonnes personnes, de celles qui lui laisseront exprimer ses talents sans lui reprocher son statut de femme. Sa liberté, à être moins évidente, pourra toutefois s’exprimer, autrement.

La plume d’Annabel Lyon m’a rappelé celle de Leonor de Récondo dans son Pietra Viva. Un style moderne propre a évoqué les riches heures d’antan, celles qui sont le creuset de notre monde moderne, celles qui ont nourri et construit notre vision actuelle du monde. On sent la chaleur de l’été grec, le sable sous les pieds, la fraicheur des temples, l’importance des déesses, la fragilité des êtres, leur quête de transcendance. Il me manque maintenant l’aspect masculin de ce tableau sur l’Antiquité grecque. Ce deuxième volet qui permettrait avec ce roman de former un tout. D’où le besoin que je ressens de découvrir Le juste milieu, qui semble décrire le quotidien des hommes, en se basant sur le personnage peu ordinaire du futur Alexandre le Grand. En dehors de ce sentiment d'incomplétude que j'ai ressenti, ce roman est vraiment intéressant et riche en découvertes sur un temps assez rarement utilisé en littérature.

Merci à Livraddict et aux éditions de La Table Ronde pour ce partenariat.


Aristote, mon père d'Annabel Lyon
Traduit par David Fauquemberg
La table ronde
Août 2014

Le poids des secrets, tome 5 : Hotaru [Aki Shimazaki]

Après Tsubaki, Hamaguri, Tsubame et Wasurenagusa, voici le cinquième et dernier tome du Poids des secrets d'Aki Shimazaki.

L'histoire : À la saison des lucioles (hotaru), lorsqu'elle rend visite à sa grand-mère Mariko Takahashi, Tsubaki est loin de se douter que celle-ci lui confiera bientôt le secret qui ronge sa vie depuis cinquante ans, incapable qu'elle fut de le révéler à son mari.
Étudiante en archéologie, Tsubaki apprend à travers cette confession les lois cruelles de la vie : l'innocence et la naïveté des jeunes filles sont souvent abusées par les hommes de pouvoir et d'expérience, et leur destinée s"en trouve à jamais bouleversée.

Mon avis :  Cette fois, l’auteur choisit de nous faire revenir au point de vue de Mariko (après une introduction de sa petite fille). Mais, au lieu d’évoquer son enfance, c’est l’histoire de la naissance de Yukio et de son mariage qui est évoquée sous la forme d’une confession à sa petite fille Tsubaki. Pour clore cette saga, Mariko révèle ce qu’elle a tu si longtemps à son mari Kenji Takahashi.
J’avais beaucoup aimé entendre la voix de Mariko dans Tsubame, et j’ai également beaucoup aimé la retrouver ici. Sa façon de conter son histoire et sa vision des choses, sa retenue face aux drames qui jalonnent son chemin font que ne peut que ressentir de l’empathie pour elle. C’est elle réellement le personnage clé de toute la relation entre les différents personnages.
Ceci dit, je suis assez déçue que ce soit elle qui prenne la parole pour clore cette saga. Il n’est nulle part question du père, monsieur Horibe, et de son point de vue sur l’histoire. D’autant qu’ici, cet éclairage certes nouveau sur ce secret de famille n’apporte en fait rien du tout à la compréhension. Le lecteur savait déjà tout.
L’accent est mis sur la crédulité des jeunes filles, quelques soient les générations concernées : les hommes de pouvoir abusent toujours d’elles. La société japonaise est une société construite par les hommes pour leur agrément. Cet état de fait n’est pas spécifique au Japon et il est dommage que l’auteur ne dévoile pas à nouveau un pan de la culture japonaise que j’avais tant aimé découvrir dans les tomes précédents.
J’ai retrouvé néanmoins avec plaisir ce style simple et épuré qui fait le charme de cette série. Je m’y suis plongée, sans surprise malheureusement, mais confortablement.

Le poids des secrets 4, Wasurenagusa [Aki Shimazaki]

Après Tsubaki, Hamaguri et Tsubame, voici le quatrième tome du Poids des secrets d'Aki Shimazaki.

L'histoire : Après un premier mariage raté, Kenji Takahashi découvre qu'il est stérile. Accablé, il quitte la maison familiale. Seule compte encore pour lui sa nurse, Sono. Lorsqu'il fait la connaissance de Mariko, qui vit seule avec son fils Yukio, il en tombe amoureux et l'épouse contre l'avis de ses parents, qui le déshéritent.
Quarante-six ans plus tard, retraité et affaibli, il recherche les traces de Sono. Au moment où il retrouve sa tombe, sur laquelle est inscrit le nom de la fleur de myosotis (wasurenagusa), il découvre le secret de ses origines et le malheur qui a frappé ses parents.

Mon avis : Que dire de nouveau sur cette saga, que je n’ai pas déjà évoqué pour les tomes précédents ou qui n’ait pas été déjà dit par d’autres ? C’est toujours le même style simple et épuré qui fait le charme de ces petites histoires personnelles s’entrelaçant pour former une seule histoire familiale.
Cette fois, c’est le mari de Mariko que nous suivons. L’auteur évoque avec délicatesse la détresse d’un homme s’apercevant de sa stérilité, fait de repli sur soi et d’attente. Qui est-il ? Choisit-il son destin ? Osera-t-il s’opposer à la volonté de ses parents pour construire son propre bonheur ?
Il se dégage de Kenji une douceur de vivre, une vraie tendresse et une vraie acceptation des différences. A aucun moment on ne le sent en train de juger Mariko ou quiconque pour les erreurs ou les choix qu’ils ont faits. J’ai trouvé dommage toutefois que nous ne découvrions quasi rien de l’histoire du Japon, contrairement aux épisodes précédents où on découvrait le tremblement de terre de 1923 ou encore l’intolérance envers les Coréens émigrés. Et bien que Kenji soit vraiment très sympathique, je ne me suis pas particulièrement impliquée dans son histoire. J’ai trouvé que cela manquait de recontextualisation culturelle. Certes, se dessine en transparence du récit l’importance des traditions et de la famille, mais ce n’était pas assez clair à mon goût, d’autant que cela n’a jamais été un problème pour nos trois personnages précédents.
On se retrouve bientôt pour le dernier tome.

Le poids des secrets 3, Tsubame [Aki Shimazaki]

Après Tsubaki et Hamaguri, voici le troisième tome du Poids des secrets d'Aki Shimazaki.

L'histoire : Lors du tremblement de terre de 1923, qui a dévasté la région du Kanto et entraïné plus de cent quarante mille morts, la Coréenne Yonhi Kim devient, question de survie, la Japonaise Mariko Kanazawa. À la fin de sa vie, alors qu'elle est veuve, mère d'un chimiste et grand mère de trois petits-enfants, le mystère de sa naissance lui est dévoilé : le prêtre catholique qui l'avait recueillie dans son église lors du tremblement de terre, surnommé monsieur Tsubame, était-il l'instrument du destin qui a permis à cette hirondelle de s'élancer hors du nid ?

Mon avis : L'auteur revient ici sur un détail qui n'a été que légèrement évoqué dans Hamaguri. Nous retrouvons alors Mariko, la mère de Yukio. Sa naissance a elle aussi est entourée de secret : elle est la fille d'une Coréenne et ne connait pas son père.
En 1923, après l'invasion de la Corée, beaucoup de Coréens refont leur vie au Japon. Ils sont méprisés par la population, vite accusés de tous les maux et persécutés après le Kanto-daïshinsaï, le grand tremblement de terre. Sa mère n'a d'autre choix que de cacher sa fille dans une église, auprès du prêtre surnommé Monsieur Tsubame, et de la faire passer pour une Japonaise, en la renommant Mariko. Ce n'est que 60 ans plus tard qu'elle découvrira le nom de son père, alors qu'elle se refuse à s'avouer Coréenne.
C'est donc les thèmes de la perte, de l'exil, de l'étranger et des racines qui sont évoqués. Le secret, pour être différent des tomes 1 et 2, n'en est pas moins fort. Toujours dans le même style simple et épuré qui emporte, l'auteur a su écrire là l'histoire que je préfère des trois premiers tomes de cette saga, surtout parce qu'on ressent profondément la douleur de Mariko face à la disparition sans explication de cette mère qu'elle adorait. Elle s'est néanmoins construite en toute discrétion. Et la plume poétique de l'auteur colle parfaitement à son histoire.

Une petite pause, et je me précipite sur le 4e tome.

Le poids des secrets 2, Hamaguri [Aki Shimazaki]

Après Tsubaki, voici le deuxième tome du Poids des secrets d'Aki Shimazaki.

L'histoire : Deux petits enfants de Tokyo, Yukio et Yukiko, scellent un pacte de fidélité en inscrivant leurs noms à l'intérieur d'une palkourde, comme un serment d'amour éternel. Devenus adolescents, ils se retrouvent à Nagasaki sans se reconnaître ; les sentiments qui les habitent désormais, qui les troublent profondément, leur seraient-ils interdits ?
Aux dernières heures de sa vie, la mère de Yukio cherchera à ouvrir les yeux de son fils en lui remettant ce coquillage sorti du tiroir de l'oubli.

Mon avis : Je retrouve ici la sage du Poids des secrets d'Aki Shimazaki, mais l'auteur adopte cette fois le point de vue de Yukio, et sa façon dont son monde s'articule autour de sa rencontre avec Yukiko. La grande Histoire est davantage passée sous silence. Il n'est que peu question de la seconde Guerre mondiale.
L'histoire qui nous est contée est la même donc, à quelques détails près, que seul Yukio peut connaitre. Les deux tomes peuvent donc se lire de façon indépendante. Pas besoin de connaitre Tsubaki pour comprendre. Par contre, on retrouve le même style simple et épuré, une certaine tendresse dans les descriptions des personnages. Même si le lecteur connait déjà les grandes lignes de l’histoire pour avoir lu le premier tome, il peut encore se laisser porter.
J’ai peut être été plus convaincue par ce tome-ci, d'ailleurs. Peut être parce qu'il n'y a plus d'alternance entre le passé et le présent, mais une narration plus linéaire, qui fait parfois des bonds en avant dans le temps. Enfin, là où Tsubaki évoquait surtout le sentiment de trahison ressenti par une enfant, ici, l’accent est mis sur l’amour filial. Le lien indéfectible qui lie mère et fils s’oppose vraiment à celui qui ne liera pas le père et le fils, alors que le père adoptif prendra une vraie place.

Je continue maintenant ma lecture avec le tome 3.